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mercredi, 18 octobre 2017

« Il faut éviter les amalgames »

20171018_Intelligent-dabidjan_4037.jpgCela fait évidemment un bail que je me tiens en marge…des pages de commentaires politiques du marigot ivoirien. Il grouille tellement que cela parait étrange, à la limite, suspect à ceux qui, à raison, ne peuvent comprendre que le long fleuve d’une passion si forte puisse tarir subitement. Un ami, qui se reconnaitra, dira que je ne suis pas en marge. Je suis plutôt englué dans la page parce que c’est dans la marge que se font les observations, les critiques et les notes d’évaluations. Je ne suis donc pas celui qui juge, mais celui qui est jugé. Je suis un suspect qui n’a plus droit à la marge.
Depuis mon banc des accusés, je lève la main ce matin pour vous demander la permission d’intervenir dans la marge.
Les malfrats ou les hors la loi qui agissent avec intelligence ont, eux aussi des codes d’honneur. C’est parce que leurs codes ne sont pas les mêmes que ceux de la société normative qu’ils sont jugés durement. C’est simple, la raison suit son cours à tout rationaliser et l’irraison le sien à loger l’irrationnel. Un penseur Allemand dira que l’agneau suit sa nature à servir de steak au loup qui suit la sienne à être féroce. Nous avons là deux mondes différents qui fonctionnent chacun selon ses règles. Quoique le passage d’un monde à l’autre relève du possible, il est quasiment impossible de garder sa nature dans un autre monde. L’huile ne peut se mélanger à l’eau si elle n’a pas changé de texture avant et vice versa.
La question que vous me permettez de poser ce matin est celle-ci : « Madame Dominique Ouattara est-elle devenue rationnelle ou irrationnelle en demandant qu’on évite de faire des amalgames entre les enfants de nos paysans et ceux victimes d’exploitation ? » Dans les deux cas il ya un cataclysme. Soit, elle est devenue folle, soit elle est guérie d’une folie antérieure. Pourvue que ça dure dans le meilleur des cas.

Joseph Marat

mercredi, 11 mars 2015

Appel de Daoukro : indignation hypocrite des media français

« Congrès extraordinaire du PDCI : les révélations gênantes des média français ». Ce titre est certainement de la rédaction du journal « Aujourd’hui » qui relayait ainsi le reportage de Maureen Grisot, correspondante de RFI à Abidjan. Les temps forts du texte qui justifient le titre sont les suivants :
« On se croirait à la meilleure époque de l’Union soviétique » ; « Henri Konan Bédié a réussi à faire entériner par les dirigeants du PDCI l’impensable pour un parti politique : ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2015 » ; « 98,84 % des militants ont approuvé cette mesure, un score brejnévien brandi sans complexe » ; « un membre du bureau politique dit que les voix discordantes ne sont pas les bienvenues » ; « J’avais critiqué “l’appel de Daoukro” lors d’une précédente réunion, le lendemain mon chef m’a dit que je risquais d’être mis au placard si je ne mettais pas de l’eau dans mon vin », soupire ce fonctionnaire qui préfère garder l’anonymat. » ; « C’est dans un unanimisme presque angoissant que l’appel de Daoukro a été adopté »
Tout est pratiquement dit sur le caractère bolchevique de l’appel de Daoukro. Un texte de reportage qui aligne des expressions du genre : « impensable pour un parti politique ; score brejnévien ; voix discordantes indésirable ; unanimisme angoissant », est forcement réprobateur. Quand on croit naïvement que ceux qui gouvernent actuellement la Côte d’Ivoire sont des démocrates et que les dictateurs sont devant les tribunaux à travers le monde, il va de soi qu’on soit abusé par l’appel de Daoukro. N’empêche que la question demeure : les medias français sont réellement gênés par le caractère totalitaire du congrès qui a entériné le deal de Bédié et Ouattara ? La gêne n’est-elle pas feinte ? N’est-ce pas la même hypocrisie légendaire qu’on a désormais coutume de trouver à Rfi, l’une des voix attitrée de la communauté dite internationale ? C’est du pain béni. Nous ne cracherons pas sur cette lucidité superficielle et passagère qui traverse, comme un météore, les rares journalistes de la françafrique devant le manque de tact de leurs poulains tropicaux. Cela leur donne l’illusion, à eux, qu’il leur arrive de s’émouvoir devant des grossièretés politiques. Mais nous ne sommes pas dupes. On a passé l’âge de croire au père noël. En 2010, toute l’année durant ces media ont publié, à intervalle régulier, des sondages donnant tous Laurent Gbagbo vainqueurs des présidentielles de cette année là. Une analyse pointue de Norbert Navarro avait démontré, chiffre et considérations sociopolitiques à l’appui qu’il était quasi impossible de voir Laurent Gbagbo perdre les élections de 2010, devant Bédié et Ouattara réunis. Une certaine Tatiana Mousso de France 24, dans une sorte de naïveté digne d’une première venue, s’était offusquée de la mascarade de l’hôtel du golf. Elle ne savait pas qu’elle s’y rendait ce jour-là pour couvrir la proclamation des résultats par Youssouf Bakayoko.
Cette presse, prompte aux boniments quand ce n’est pas nécessaire, s’est retrouvé aussitôt dans le camp des forces rétrogrades quand il fallait défendre les valeurs démocratiques. Elle a escorté des hordes de rebelles, de zozo et de dozos jusqu’aux portes de la présidence d’une République, couvert le bombardement de la résidence d’un chef d’Etat et a royalement ignoré l’appel au recomptage de voix lancé par celui qu’elle avait présenté comme le super favori.

Joseph Marat

vendredi, 06 mars 2015

Peut-on se ressaisir au FPI ?

PEUT ON SE RESSAISIR AU FPI.jpgY a-t-il quelqu’un qui comprenne quelque chose à la crise qui secoue le FPI depuis quelque temps ? C’est la question qu’un ami, le weekend dernier, a osé poser pour tirer la langue des autres comme on dit. Nous étions au nombre de 5, nous venions de savourer des délicieux pains de foutou trempés dans du « biokeusseu ». La causerie se poursuivait autour de quelques bons vins débouchés. Chacun y est allé de son grain de sel à la suite de cette question qui ne pouvait pas manquer d’alimenter cette petite réunion. Je suis resté très coi parce que, malgré tous les écrits que j’ai pu ingurgiter sur cette crise, je continuais de ne rien y comprendre. Je ne comprenais pas comment on pouvait autant se tirer les chignons dans un parti politique censé draguer un électorat par son élégance et sa prestance. Au bout d’une vingtaine de minutes, on est passé à un autre sujet. Je n’ai pas souvenance qu’on est partagé une même conclusion. Dans la méditation qui s’est emparé de moi après, je me suis égaré dans la recherche d’une compréhension et d’une solution. J’en arrive quelque fois à une évidence : même si le Président Gbagbo, depuis la Haye, se prononçait de façon plus univoque sur cette question il n’est pas sûr qu’il règle de façon définitive le problème. Il s’est personnalisé et a éclipsé les textes du parti. On ne sait plus qui en fait la juste interprétation. Les ambitions personnelles se sont mises à brouiller les cartes du jeu.
Affi a-t-il vraiment été corrompu par le pouvoir en place ? Si c’est le cas, le préjudice moral est vraiment lourd, mais cela justifie-t-il toute cette bousculade qui montre bien plus notre barbarie que notre ruse. Entre nous, qu’est-ce que celui qui a dérouté tous ses adversaires politiques pour se hisser à la tête de la Côte d’Ivoire à partir de sa minorité ethnique nous aurait conseillé : barbarie ou ruse ? Ceux qui l’ont traité de boulanger étaient loin de savoir à quel point ils le complimentaient parce qu’en politique, ce qui est en réalité inélégant et laid c’est de trahir son peuple en violant sa Constitution. Sinon, le bon politicien tel qu’on le vénère en Laurent Gbagbo, c’est celui qui, à travers toutes ses frasques, n’oublie pas de s’adosser et de respecter la Loi fondamentale.
Alors, à tous les militants du FPI, je dirai que nous avons perdu trop de temps et nous en perdons encore à donner dans l’émotif. Le pouvoir nous fait encore des clins d’œil et nous sourit de nouveau. Sortons donc nos textes et tenons-nous en à ce qu’il dit. Mettons le reste sur le compte de la ruse personnelle à vouloir le perchoir. Le véritable combat nous attend. Celui que nous devons mener contre ceux qui prêtent serment par courrier. Ne faisons pas comme eux pour donner de la solidité à nos arguments au moment venu. Pour l’heure, Laurent Gbagbo est le Président élu de la Côte d’Ivoire et Affi N’Guessan, le Président du Front Populaire Ivoirien. Laissons ce dernier dérouler sa stratégie, confédérer toutes les forces vives de la Nation pour que sorte de prison le premier. On n’a pas donné les rênes du parti à Affi pour que, comme une marionnette, il soit balloté au gré de tous les vents contraires de nos sensibilités. Pour la petite histoire, Mandela n’a pris officiellement la tête de l’ANC que quand il est sorti de prison. Pas avant. Et c’est lui qui l’écrit.

Joseph Marat

mercredi, 04 mars 2015

La candidature de Ouattara est une promesse de fraude

« Le Chef de l’Etat, Alassane Ouattara, a assuré que les élections présidentielles de 2015 seront « libres, justes et transparentes » pour garantir la démocratie, la stabilité et la paix en Côte d’Ivoire ». Lu sous la plume de Armand Depeyla dans le Soir Info du 25 février dernier. Info ou remplissage ? Une chose est certaine, après avoir relu l’article, c’est la seule occurrence sur ce que pense faire Ouattara pour les prochaines élections. Ce qui intrigue, ce n’est certainement pas cette tautologie. Aucun régime au monde ne fait la promesse à son peuple de lui organiser une élection « non transparente ». En revanche, C’est connu, quand un politicien s’empresse de faire de telles promesses, on peut être sur qu’il y a une partie de son cerveau qui pense le contraire. Et c’est ce contraire qui nous intéresse. C’est ce que Ouattara ne dit pas et qu’il aurait dû dire en pareille circonstance qui nous intéresse. Sera-t-il candidat aux élections qu’il compte organiser dans la transparence ? C’est à partir de sa réponse à cette question que son discours sur la transparence des élections de 2015 devient crédible ou non.
Si Ouattara n’est pas candidat aux prochaines élections présidentielles, on peut, peut-être, espérer qu’il jouera la transparence, parce que rien ne nous garantit qu’il ne veuille pas mettre l’un de ses pions en scelle pour avoir une retraite paisible. Sa candidature pour 2015 est donc déjà une promesse de fraude. Pourquoi ? Il y a suffisamment de littérature sur la question ces jours-ci. Même, la réponse de Francis Wodié à la lettre que lui a adressée, tout frileux, Gnénéma Coulibaly pour requérir son avis sur la modification de la constitution est un savoureux faisceau de lumière. Alassane Ouattara n’est pas éligible s’il ne recoud pas sur mesure et par voie référendaire la Constitution Ivoirienne. Ce qui sera un paradoxe aux yeux du peuple Ivoirien qui s’est donné cette Loi fondamentale à plus de 86% parce qu’en son temps le bravetchè avait dit qu’il se sentait visé mais pas concerné. Plus près, en 2010, il a laisse le Président Gbagbo faire de lui un candidat exceptionnel. Il ne s’est pas opposé à cette exception qui confirmait tacitement qu’il était bel et bien concerné par l’article 35. Ouattara et nous savons donc tous qu’il n’est pas éligible et que son cas ne peut prospérer à la suite d’un referendum sans qu’il ne confesse aux Ivoiriens qu’il est concerné même par le « ou » ; sans qu’il n’avoue enfin cette vérité qu’il a toujours su et pour laquelle, il leur a fait subir une décennie de calvaire. En somme, si Ouattara n’est pas éligible et ne peut l’être dans les 8 mois à venir, comment peut-il, en y participant, organiser des élections transparentes ? Sa participation est déjà une fraude, le viol de la règle qui régit la concurrence. Le chef bandit rentre par effraction dans votre maison, vous bâillonne et vous dit : « je vous promets d’être équitable avec vous dans la redistribution des biens de la maison ». Allez-y comprendre quelque chose.

Joseph Marat

mardi, 03 mars 2015

Le secours de Joël N’Guessan !

Joel_Nguessan1.jpgQuand une affaire est pendante en justice, la bienséance voudrait qu’on ne cherche pas à influencer la décision du juge par des déclarations politiques. Mais que voulez-vous ? Joël N’Guessan nous aura, finalement, habitués aux frasques du garçon un peu trop gâté par la nature pour se conformer aux règles de la décence.
Je me suis efforcé de lire la déclaration qu’il a publiée dans la presse cette semaine, pour sauver la face du régime dans le conflit qui l’oppose à Simone Gbagbo aux assises du palais de justice d’Abidjan. Tous les comptes rendus de l’intervention de cette Dame, épurée par 4 ans de souffrance inutile, sont unanimes. Le régime de Ouattara boit la tasse. Les témoins apprennent mal leurs récitations, les avocats de l’accusation sont à retourner sur les bancs de la fac de droit et le juge Tahirou apparemment s’agace de ne pas pouvoir avoir la tâche facile face à une Simon Gbagbo plus que jamais magistrale et cassante.
On peut comprendre que Joël N’Guessan veuille plonger au secours du navire RDR qui se noie dans ce procès en mondovision, mais on comprend difficilement sa rhétorique. Dans un procès qui engage la vie d’un Etat dit de droit, les opinions subjectives ne devraient pas prospérer comme preuve de l’inculpation, pour atteinte à la sureté de l’Etat, d’une autorité aussi importante que Simone Gbagbo. Les trois arguments fondamentaux de sa déclaration sont les suivants :
1-que Laurent Gbagbo s’est fait investir dans des circonstances vives de la crise postélectorale, comme si la Loi fondamentale était muette sur la question et qu’il devrait attendre l’avis de son adversaire, en l’occurrence Ouattara ;
2-que c’est Laurent Gbagbo qui a demandé la certification de l’élection présidentielle dans une rencontre privé à Pretoria. Etait-ce une invitation à modifier la Constitution ou le désir d’un président-candidat de jouer la transparence jusqu’au bout dans une élection que son régime organise ? Cet argument montre que ceux qui l’évoquent ne savent rien du concept de certification, à commencer par le Coréen Choi. Ce dernier aurait pu se limiter à montrer comment ces présidentielle de 2010 n’obéissent pas aux normes internationales d’une élection présidentielle au lieu de foutre le bordel dans un Etat en vendant sa certification au plus offrant des candidats. Preuve qu’il n’a finalement rien certifié, mais vendu son cachet ;
3- que c’est Laurent Gbagbo qui a appelé le panel de l’Union Africaine pour dire qui a gagné la présidentielle de 2010. Signe que Laurent Gbagbo ne tarissait pas d’initiatives pour éviter qu’on épilogue sur le nombre macabre de morts, suite à une crise postélectorale. Le lui reprocher aujourd’hui, montre qu’on sait difficilement de quoi on parle.
Il y a en revanche une chose que Joël N’Guessan ne dit pas et qui aurait pu tenir la route comme preuve, au minima moral, pour accabler le camp du Président Gbagbo. C’est cet accord matériel, dont a parlé Simone Gbagbo, entre les candidats Gbagbo et Ouattara. Ils ont paraphé un document stipulant qu’ils devraient attendre et respecter la décision du Conseil Constitutionnel. J’ai l’impression qu’on louche ou qu’on boite un peu trop au RDR quand il s’agit de sortir cette preuve matérielle, à la lumière de quoi, tout se clarifie entre le filou et l’élu.

Joseph Marat

vendredi, 27 février 2015

La scène du dramaturge

Tiburce Koffi et l'autre tribaliste Venance Konan.jpgChers lecteurs permettez que je revienne, une fois de plus, sur un sujet qui a fait l’actualité il n’y a pas longtemps. Pas que le présent soit pauvre en sujet, mais pendant mon absence, j’ai eu des positions que j’aimerais partager avec vous à travers cette rubrique. Il s’agit du réveil, que je juge tardif, de Tirbuce Koffi. A ceux qui me diront qu’il n’y a pas de réveil du tout si c’est pour défendre la chapelle de CK Banny, je répondrai, qu’apparemment le coma ne semble plus être très profond et que Tirbuce Koffi est un comédien. Je tiens cette sentence de l’analyse froide des écrits et du comportement de l’individu dans des circonstances bien précises.
A la commémoration littéraire de Zadi Zahourou au lendemain de son décès, dans une salle de conférence de la mairie de Cocody, Tiburce Koffi a sorti le grand jeu du fils éploré à travers une apparition et un discours qui avaient laissé pantois l’auditoire. Feu Anasse Anasse, journaliste émérite, qui nous a quittés trop tôt et qui connaissait bien le personnage, me chuchota à l’oreille : « Tirbuce vient de sortir le grand jeu de l’acteur pour rendre hommage à son maitre.» Comment ? « Tout ce que tu as vu est le fruit d’une préparation minutieuse. Son entrée, son discours et sa sortie sont faits exprès pour faire de l’effet. Il vient de transformer la salle en une salle de spectacle et son intervention était la pièce de théâtre à ne pas manquer. » En effet, Tirbuce est entré dans la salle de façon impromptue, simulé une maladie qui a failli l’empêcher de venir, rendu un témoignage bien plus poétique qu’ordinaire de sa rencontre avec Zadi, et il est sorti aussitôt après, comme si la suite des hommages au père du Didiga, ne comptait pas.
C’est avec un rictus que j’ai accueilli la dernière sortie de T. Koffi contre l’appel de Daoukro. Je suis devenu hilare, quand deux jours après je lisais l’autre tribaliste, Venance Konan, lui ruer dans les brancards pour son accointance avec Banny. La politique Ivoirienne ou toute la Côte d’Ivoire n’est-elle pas devenue une gigantesque scène de théâtre pour le dramaturge Tiburce Koffi ? Je me suis posé cette question devant tout le bouillon de journalisme qui traitait le sujet parce que je me souvenais aussi avoir produit deux ou trois textes contre T. Koffi qui, aujourd’hui, me paraissent quelque peu trop sévères. Quand on est éclairé, on n’a que faire des bouffonneries d’un comique. Que celui qui regrettait hier que Laurent Gbagbo ne soit pas mort sous les décombres des bombardements français comme un rat (bété en baoulé), s’offusque aujourd’hui de son emprisonnement à la CPI, relève bien plus de Molière que de Hegel. On se trompe trop souvent à prendre T. Koffi au sérieux parce qu’on devrait comprendre que le génie de l’art réside aussi dans l’association harmonieux des contraires.

Joseph Marat

Question de turpitude

Une autre histoire rangée dans un petit coin de notre armoire collective et qu’on ressortira au moment venu. Ce moment viendra-t-il ? Sûrement, quand Francis Wodié daignera expliquer au peuple de Côte d’Ivoire, ce qui l’a poussé à rendre sa démission de la tête du Conseil Constitutionnel. Je parie, pour ma part, que cela n’arrivera jamais.
Deux personnalités politiques ivoiriennes pensent par contre le contraire ou du moins, sont dans l’attente, comme tout le monde, qu’il parlera un jour. Ce sont Séri Gouagnon, anciennement Secrétaire National chargé des Droits de l’Homme, de la Justice et des libertés du FPI, aujourd’hui, chargé des relations avec les grandes institutions de l’Etat pour le compte de son parti, KKB, militant PDCI, candidat à la présidence de la République. J’ai lu leur texte respectif, la semaine dernière sur la toile. Pour le premier, une interview accordée à un journal de la place et pour le second une déclaration politique. Un bout de la réflexion de monsieur Séri m’amène à penser qu’il ne devrait pas espérer que Wodié l’ouvre un jour. Lisons : « Le Président Wodié est un juriste émérite. Tous ceux qui se réclament aujourd’hui juristes (…), sont des disciples ou des élèves du Président Wodié. Donc, du point de vue de la connaissance du Droit, personne ne peut contester son mérite et sa compétence. C’est pour cela d’ailleurs que le Président Wodié a été la cheville ouvrière de la mise en place de la Constitution de 2000. Donc, nous avons été surpris lorsque le Président Wodié a accepté, en violation de la Constitution, d’être porté à la tête du Conseil constitutionnel. Et de ce fait, il a rompu en fait l’armure qu’il y avait autour du Conseil constitutionnel. En acceptant de prendre un mandat à la succession d’un Président du Conseil constitutionnel qui n’avait pas terminé son mandat, d’une part. D’autre part, il a accepté de banaliser en fait le pouvoir du Conseil constitutionnel, puisque cette Institution, a rendu, contrairement à ce que prévoient les textes, deux décisions dans une seule élection. Alors que le Conseil constitutionnel qui est le juge des élections, ne rend qu’une seule décision, et elle est exécutoire. C’est tout cela que le Président Wodié a voulu couvrir par sa prestance en acceptant d’être le Président du Conseil constitutionnel, illégalement nommé. » Tout semble être dit, sauf cette célèbre formule de son éminence grise du droit qui nous avait tous cloués le bec en 2011, quand nous vociférions sur la défense de notre Loi Fondamentale et l’irrévocabilité de la décision du Conseil Constitutionnel. Wodié avait dit ceci : « Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. » je me suis jeté sur mon dictionnaire et j’ai trouvé les synonymes suivants de turpitude : « déshonneur, indignité, honte, opprobre, indignité, bassesse… » Que va-t-il donc bien vouloir nous dire ? Wodié va-t-il se prévaloir de tous ces mots et maux ? Le pari n’est peut-être pas gagné. Lors de la passation de charge au Magistrat Koné Mamadou, il n’a pas manqué de moquer le régime des zozos avec l’évocation de l’allégorie de la porte ouverte et fermée à la fois. Prêter serment avant d’aller à la tâche n’est pas une question de mode, c’est un rituel qu’impose la Constitution. Entende qui peut, cet autre sourire en coin du maître Wodié.

Joseph Marat
Francis Wodié.jpg

mercredi, 25 février 2015

L’exception en passe de devenir la règle !

Dramane Ouattara.jpgC’est avec un sujet qui n’est plus d’actualité ou dont l’actualité a été gelée par la pudeur condescendante, propre à la politique ivoirienne, que je redis bonjour à tous mes lecteurs. J’ai énormément ri, à en avoir pratiquement honte, (il ya belle lurette que la politique a cessé de faire rire en Côte d’Ivoire), quand j’ai lu ce post d’un internaute qui a visiblement tapé dans le mille. Celui d’arracher aux Ivoiriens ce sourire de dérision qu’ils ont cessé d’avoir sur des sujets politiques trop sérieux. Il écrit : « Puisque Gbagbo n'est pas là, Ouattara doit demander à sa femme légitime Simone Gbagbo d'écrire une lettre pour lui permettre d'être encore Candidat comme en 2010. Puisque les deux ont fait un mariage légal sous le régime de la communauté de biens, la Signature de l'épouse est aussi valable que celle de l'époux. Si Ouattara ne sait pas ça. Dites le lui. »
Vous avez certainement deviné le sujet et si vous n’avez pas ri, c’est que vous êtes un Ivoirien normal. C’est le contraire qui est exceptionnel par ces temps qui courent. Je ne suis pas juriste, je suis donc, comme l’Albatros de Baudelaire sur le quai des matelots, embarrassé par cette question de l’éligibilité de Ouattara qui nous revient comme un boumerang que nous avons feint d’ignorer pendant un quinquennat. Les juristes ont toujours eu l’art des entourloupes pour vous faire prendre le faux pour le vrai. En droit, les évidences n’existent décidément pas. Il y a toujours un avocat pour défendre le flagrant délit. Mamadou Koulibaly, il n’est pas juriste, mais ne compter pas sur lui pour avoir la modestie de le reconnaitre, aurait trouvé la formule choque pour dire : « Nous avons illégalement légalisé une candidature qui ne pouvait l’être. L’illégal étant devenu le légal protecteur de la Loi fondamentale, il n’est plus possible de faire machine arrière, sauf à vouloir tourner en rond et retarder la marche de notre pays vers le progrès social. » Ce à quoi un internaute répond : « En droit tout d'abord l'illégalité ne peut créer de droits acquis. Si l'on suivait le raisonnement par l'absurde de Mamadou Koulibaly, M. Ouattara pourrait être président à vie puisque dispensé désormais de remplir une quelconque condition d'éligibilité… » A défaut d’avoir l’arsenal juridique nécessaire pour prendre part à ce débat, je me fie toujours au bon sens dont un éminent penseur français a dit qu’il est la chose la mieux partagée du monde. Où a-t-on vu une exception devenir la règle au lieu de la confirmer ?

Joseph Marat

jeudi, 30 janvier 2014

A la cuisine comme à la politique (1)

C’est un ami qui me prête le mot : cuisine. Quoique nous l’ayons tous appris sur les bancs et dans la connotation qu’elle va prendre dans ce texte de la bouche de ce vénérable personnage d’Aimé Césaire : le Roi Christophe. Il disait quelque part qu’il n’il n’y pas de différence entre la politique et la cuisine. Peut-on cuisiner sans se salir ? Et peut-t-on faire la cuisine sans faire son marché.
En Côte d’Ivoire le monde de la presse a rejoint la classe politique actuelle dans la gadoue de la place publique. Corrompre et être corrompu est un métier aussi vieux que la presse. Dans ce qui a l’air d’être un scandale dans l’actualité ivoirienne sur la tentative de corruption du DP de « L’Eléphant Déchainé » par Mme le Ministre auprès du Premier Ministre, chargé de l’Economie et des Finances, chacun a sa carte. Le Sieur Tiemoko Assalé crie au loup moins par probité que parce qu’il croit qu’on lui a coupé la route. Il ne renonce pas à rencontrer Mme Kaba, mais l’ultimatum qu’il lui envoie a tout l’air de dire « Est-ce vraiment 500 000 F CFA que vous m’avez envoyé ? » il connait son milieu. La destinataire qui est un Ministre de la République n’a pas inventé la pratique. C’est à cela que servent les services de communication dans toutes les structures. Apparemment, Mme kaba Nialé n’en a pas. Cela relève du noviciat qu’elle se retrouve être mise en demeure de répondre à l’ultimatum d’un journaliste. Dans ce genre de situation on ne cite pas l’autorité. C’est le chargé de communication qui dit au journaliste « je ne veux pas que ma patronne soit citée dans cette affaire » et non « c’est ma patronne qui m’envoie ». Le jour que Niale Kaba voudra rompre le silence, pour un peu d’oxygène dans cette atmosphère viciée, il faudra qu’elle se démette. La démission du président de l’UNJCI, n’était pas évitable. C’est d’abord un aveu de tentative de corruption et s’il avait voulu se substituer au service de communication de Mme le Ministre, il a montré qu’il n’en a pas eu l’intelligence. Pouvait-il continué de diriger l’Union des Journalistes de Côte d’Ivoire avec cette qualité en moins ? Je demanderai à mon ami Alafe wakili d’arrêter de vouloir se justifier parce qu’il ne convainc personne. Il y perd son latin et sa philosophie. Pour celui qui gagne sa vie à coups de barbouzes, le silence en pareille circonstance préserve la notoriété. Quant au CNP, il ne nous fera pas croire qu’il n’a pas trempé dans le jeu de la corruption. Arracher les cartes de presse ne suffira pas pour sauver l’honneur. Raphaël Lakpé a tout de même tenté, sous injonction de la Présidence ou du Ministre, de ramener le feu follet Tiemoko à la raison. Il n’y est pas arrivé et cette pression a tout l’air d’une tentative de corruption morale…
Au Burkina Faso, c’est Blaise Comparé qui fait son marché. Je tiens cette image de mon ami quand j’ai fini de lui confier mes doutes quant à la supposée révolution qui se prépare dans ce pays au dessus cité. Nous donnons tous l’impression que Blaise Compaoré est menacé et pourtant …A suivre.

Joseph Marat

A la cuisine comme à la politique (2)

Après mon avis sur l’affaire « L’Eléphant Déchainé » contre l’UNJCI et Kaba Nialé, je disais précisément ceci : « Au Burkina Faso, c’est Blaise Comparé qui fait son marché. Je tiens cette image d’un ami quand j’ai fini de lui confier mes doutes quant à la supposée révolution qui se prépare dans ce pays. Nous donnons tous l’impression que Blaise Compaoré est menacé et pourtant … »
En effet, il nous faudra faire attention aux apparences qui nous emballent un peu trop facilement et faussent nos analyses politiques. Dans les contingences actuelles, il est difficile à un homme politique sérieux, surtout Blaise Compaoré, de vouloir tripatouiller la Constitution de son pays sans soulever l’ire de son peuple et même celui de ses soutiens internationaux. Et comme c’est un homme politique qui a au minimum 3 décennies de pratique derrière lui, le moins qu’on puisse lui reconnaitre c’est l’expérience des vieux renards qui savent scénariser leur sortie. Tout le mouvement politique que nous observons au Burkina Faso m’a bien l’air d’une mise en scène, d’un scenario hollywoodien orchestré par le beau Blaise pour continuer à garder la main sans être au pouvoir. Je peux me tromper, mais c’est bien la première fois, dans la cosmogonie politique africaine, que les caciques d’un parti politique, qui doivent porter la voie du mentor, quittent le bateau justement au moment où celui a besoin de leur soutien. S’est-on une seule fois demandé s’ils étaient en mission dans leur ruée vers l’opposition. La combine est simple. Les hommes sûrs de Compaoré investissent l’opposition et comme ce sont eux qui ont les moyens matériels et financiers accumulés trente ans durant, ils le phagocytent. Sans toucher à la fameuse Constitution, les burkinabés, sans s’en rendre compte, vont se donner comme président un poulain de Blaise Compaoré qui lui aménagera une sortie honorable et pourquoi pas un retour après un repos bien mérité de cinq bonnes années ?
Un ami me demandait ce matin si ce qui se passe au Madagascar ne me rappelait pas Poutine et Medvedev. Je lui ai répondu que c’est en cela que le jeu de la politique est passionnant. Tant qu’il est le lieu de la confrontation des intelligences dans le strict respect des textes fondamentaux, et non celui des armes qui remettent en cause notre simple fait d’exister, cela devrait nous arracher des « standing ovation ». C’est quand elle est faite par des roturiers qui n’ont jamais lu une seule ligne de la Constitution du pays qu’ils prétendent diriger, qu’elle devient terrorisante. Suivez mon regard….
A mon humble avis donc, ce qui se passe au Burkina ressemble bien plus à une orchestration politique du seul marionnettiste de la place qu’à une véritable contestation de voir Blaise Compaoré rempiler en changeant la constitution. Ce dernier est en train de faire son marché pour farcir demain le peuple, l’éternel dindon de la farce.

Joseph Marat