18.05.2012
Somalisation
Il y a des fois où la fiction côtoie la réalité. Au regard de tout ce qui se passe actuellement dans notre pays, tous les scenarii se bousculent dans nos têtes, plus par patriotisme que par ressentiment. Il y a trop d’armes qui circulent en Côte d’Ivoire. Par ambition démesurée pour le pouvoir, les challengers ont armé la population plus que de raison. Un concitoyen gendarme, réaffecté après la crise postélectorale dans le nord du pays me racontait un jour une scène ubuesque qu’il a vécue à un poste de gendarmerie dans cette localité du septentrion de notre pays. « Je me suis permis de siffler un motocycliste qui passait, sans panique, il s’est tranquillement arrêté. Je me suis approché et j’ai remarqué qu’il portait en bandoulière une kalachnikov. Moi, je n’avais que mon sifflet pour verbaliser. Après avoir fait semblant de le contrôler, c’est lui qui me souhaite bonne chance avant de démarrer en trombe. Ils sont tous armés là-bas ». Cela m’a rappelé l’histoire de cette dame, ici à Abidjan, avant le déclenchement de la crise postélectorale, qui a été traumatisée quand elle a vu sous le siège d’un conducteur de taxi une arme à feu. Depuis le kidnapping du président Laurent Gbagbo, l’Organisation des Nation Unies en Côte d’Ivoire se comporte comme si le désarmement a été tacite. Elle se complait dans une sorte d’auto-satisfaction qui dessert totalement l’équilibre de notre société. Elle assiste, si elle n’y travaille pas à « comzoniéser » la gestion politique du pays. Aujourd’hui tous les anciens chefs de guerre sont entourés de factions composées de plusieurs hommes en armes qui défendent une sorte de territoire matériel et virtuel indépendamment du pouvoir central. Soro Guillaume, hier chef rebelle, aujourd’hui président du parlement ivoirien n’est pas suffisamment rentré dans la république. Il traine encore plus 300 hommes en armes autour de lui, dans le périmètre résidentiel du chef de l’Etat comme s’il s’en méfiait toujours. Rien qu’à les lister, on imagine les différentes zones qu’ils dirigent. Aucune localité du pays n’échappe à l’influence d’un com-zone. Chacun attendant son heure. Dramane Ouattara est la clé de voute de tout cet échafaudage qui ne nous garantit qu’une seule chose : la partition à l’ infini du pays quand il ne sera plus là. Nous vivons et l’Onu avec nous, comme si Dramane Ouattara était eternel. Personne ne s’imagine, à commencer par lui-même, qu’il est fait de chair et comme tous les hommes, il est appelé à tirer un jour sa révérence. Si nous n’y prenons garde, c’est la « somalisation » qui nous guette dans l’après Dramane Ouattara.
Joseph Marat
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Est-ce qu’il n’y pas pire ?
Ce n’est plus facile pour nos amis d’en face. Leur rôle d’accusateurs devient ardu. Au fur et à mesure que nous avançons vers la date fatidique du procès du président Laurent Gbagbo, leurs arguments se raréfient et s’appauvrissent. A coté de cette misère de l’esprit, quand ils ne disent pas une chose et son contraire, ils profèrent carrément des contre-vérités. « Laurent Gbagbo a menti à la CPI ». Voici la Une de l’avant-dernière parution du journal Le patriote qui veut persuader son lectorat qu’avec 700 millions sur son compte, le célèbre prisonnier de Scheveningen ne peut avoir dit vrai en se déclarant indigent devant la cour pénale internationale. On comprend le journal Le patriote et tous ses acolytes verts. Pour ceux qui les lisent, l’hygiène de l’information est un luxe. Ils sont devenus accrocs aux stupéfiants qui galvanisent. Sinon, avec un peu de lucidité, Laurent Gbagbo aurait-il pu dire autre chose au regard de l’état dans lequel il atterrit devant les juges de la CPI. Le président Laurent Gbagbo a décrit, lors de sa première comparution à la Haye, les circonstances et les conditions dans lesquelles il a été enlevé et déporté devant cette cour. Etaient-ce celles d’un richissime prisonnier ? En sus, même si le président Laurent Gbagbo avait des milliards sur son compte - ce qui aurait été banal à coté des comptes de ceux à qui on ne connait aucune activité lucrative ou qui savent à peine mettre un article devant un nom et qui trône aujourd’hui librement sur les fortunes de leurs rapines - comment aurait-il pu s’en prévaloir si la première solution de Dramane Ouattara a été de bloquer tous les comptes de tous ceux qui ont une seule fois dans leur vie prononcé le nom du Président Gbagbo. Alors vous confisquez de façon abusive, et par abus de pouvoir, les biens de quelqu’un et vous vous attendez à ce qu’il dise qu’il est plein aux as. A coté de cela, nous nous interrogeons encore sur l’opportunité de revenir sur une information qu’ils ont eux-mêmes ébruitée au moment où leur régime gelait tous les comptes, il y a maintenant plus d’un an. Au départ il était question de quatre comptes du président Gbagbo qui ne contenaient en tout que 700 millions. Aujourd’hui on parle d’un compte qui contiendrait plus d’un milliard de nos francs pour donner l’impression qu’il y en a d’autres dont on ne peut mesurer l’énormité. Que faut-il dire pour s’expliquer de telles manipulations ? La proximité du procès du président Gbagbo ou le non lieu qui va s’en suivre peuvent-ils tout justifier ? Une chose est sûre, si Dramane Ouattara n’avait pas déjà échoué, lui et ses hagiographes auraient été occupés à mieux que d’entretenir dans la mémoire de leurs affidés la prépondérance d’un homme qu’ils ont cru pouvoir dégommer de la vie politique nationale.
Joseph Marat
12:34 Publié dans analyse politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
15.05.2012
Hollande n’a pas encore changé
J’ai été réveillé ce matin par le sms d’un ami français. « François Hollande, le 7ème président de la 5ème rendra hommage à Jules Ferry dans son discours d’investiture. Pourquoi Jules Ferry ? Tu as la réponse. Car tu connais l’œuvre colonisatrice de Jules Ferry. Bonne journée ». J’avoue que je me suis réveillé malheureux. D’habitude je le rappelle pour en discuter un peu. Mais cette fois je n’ai pas eu le courage de rappeler mon ami. Je venais de publier la semaine dernière une longue citation de Georges Clemenceau dans sa virulente opposition aux thèses d’un colonialiste patenté qu’est J. Ferry. Je pouvais donc m’attendre à tout de la part de celui qui, sous la bannière du socialisme et l’humanisme remplace Nicolas Sarkozy à la présidence française, sauf un hommage appuyé à quelqu’un reconnu pour son racisme ; pour quelqu’un qui aurait eu aujourd’hui la même réflexion que Claude Guéant sur les civilisations. L’instantané de Fraternité Matin se prêtera aussi au jeu : « Quelle douche froide pour ceux des Africains qui ont applaudi la victoire du socialiste François Hollande à la présidentielle du 6 mai. Un pied-de-nez à l’Afrique et aux Africains. Dans la balance, le racisme primaire de J. Ferry, farouche partisan de l’expansion coloniale de la France qui a développé l’idée d’une hiérarchie des races, a pesé moins lourd que l’action de ce dernier en faveur de l’école républicaine » a critiqué le quotidien d’Etat ivoirien. Pour le canard pro-gouvernemental on comprend qu’il irait, à l’heure actuelle, chercher un pou sur la tête d’un chauve. Le gouvernement de Dramane Ouattara est prêt à tout pour se distraire du cataclysme que représente la chute de Nicolas Sarkozy en France. Quant à mon ami, je tiens à dire qu’il a trop vite désespéré de François Hollande. Il s’est certainement laissé prendre au jeu de ceux qui veulent déjà faire la comptabilité des erreurs de celui-ci.
Il n’y avait pas meilleure occasion que ce discours d’investiture pour dénoncer l’erreur morale de Jules Ferry quant à sa défense du colonialisme avant de saluer honnêtement en l’homme son activisme pour la promotion de l’école. Pour un président socialiste qui veut remettre l’école sur les rails, il n’était pas moins opportun d’invoquer l’esprit tutélaire de l’éducation en France. En sus, en bonne place dans ce discours d’investiture de François Hollande, l’affirmation de ses convictions humanistes initiales avec toutes les nations. Cela faisait d’ailleurs de Jules Ferry une occurrence négligeable à cette occasion solennelle.
Joseph Marat
20:56 Publié dans analyse politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Hollande n’a pas encore changé
J’ai été réveillé ce matin par le sms d’un ami français. « François Hollande, le 7ème président de la 5ème rendra hommage à Jules Ferry dans son discours d’investiture. Pourquoi Jules Ferry ? Tu as la réponse. Car tu connais l’œuvre colonisatrice de Jules Ferry. Bonne journée ». J’avoue que je me suis réveillé malheureux. D’habitude je le rappelle pour en discuter un peu. Mais cette fois je n’ai pas eu le courage de rappeler mon ami. Je venais de publier la semaine dernière une longue citation de Georges Clemenceau dans sa virulente opposition aux thèses d’un colonialiste patenté qu’est J. Ferry. Je pouvais donc m’attendre à tout de la part de celui qui, sous la bannière du socialisme et l’humanisme remplace Nicolas Sarkozy à la présidence française, sauf un hommage appuyé à quelqu’un reconnu pour son racisme ; pour quelqu’un qui aurait eu aujourd’hui la même réflexion que Claude Guéant sur les civilisations. L’instantané de Fraternité Matin se prêtera aussi au jeu : « Quelle douche froide pour ceux des Africains qui ont applaudi la victoire du socialiste François Hollande à la présidentielle du 6 mai. Un pied-de-nez à l’Afrique et aux Africains. Dans la balance, le racisme primaire de J. Ferry, farouche partisan de l’expansion coloniale de la France qui a développé l’idée d’une hiérarchie des races, a pesé moins lourd que l’action de ce dernier en faveur de l’école républicaine » a critiqué le quotidien d’Etat ivoirien. Pour le canard pro-gouvernemental on comprend qu’il irait, à l’heure actuelle, chercher un pou sur la tête d’un chauve. Le gouvernement de Dramane Ouattara est prêt à tout pour se distraire du cataclysme que représente la chute de Nicolas Sarkozy en France. Quant à mon ami, je tiens à dire qu’il a trop vite désespéré de François Hollande. Il s’est certainement laissé prendre au jeu de ceux qui veulent déjà faire la comptabilité des erreurs de celui-ci.
Il n’y avait pas meilleure occasion que ce discours d’investiture pour dénoncer l’erreur morale de Jules Ferry quant à sa défense du colonialisme avant de saluer honnêtement en l’homme son activisme pour la promotion de l’école. Pour un président socialiste qui veut remettre l’école sur les rails, il n’était pas moins opportun d’invoquer l’esprit tutélaire de l’éducation en France. En sus, en bonne place dans ce discours d’investiture de François Hollande, l’affirmation de ses convictions humanistes initiales avec toutes les nations. Cela faisait d’ailleurs de Jules Ferry une occurrence négligeable à cette occasion solennelle.
Joseph Marat
20:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La guerre autour du butin
Le Rhdp va-t-il imploser ? Au regard de toutes les Unes et de toutes les attaques auxquelles les canards verts se livrent les uns contre les autres, on n’est pas moins sûr. Et cela, à l’image de ce groupement politique qui n’a jamais franchi le cap de se constituer en véritable parti politique. Ils ont beau avoir l’ houphouëtisme en projet ou comme ciment politique, ils nous ont toujours rappelé cette fameuse expression de Laurent Dona Fologo de « panier à crabes » pour désigner le gouvernement produit par les accords de Marcoussis. Le délai de carence a expiré. La période de latence n’a pu résister à la pression des intérêts et surtout au manque de vision politique. Il y a à peine un an que le RHDP a arraché le pouvoir au président Laurent Gbagbo. Mais sur quelle base ? Les compromissions qu’il faut distinguer des compromis politiques qui se construisent généralement autour de valeurs rationnelles, donnent toujours lieu à des scènes rocambolesques. L’artiste dit que quand deux personnes entrent en rixe pour le partage d’une somme de 1 000 francs, c’est qu’il y a un qui veut 600. L’histoire rappelle toujours les anecdotes sur les cambrioleurs et les braqueurs. Après un grand casse, le moment du partage du butin devient inéluctablement crucial si au départ le chef du groupe n’a pas eu la poigne d’imposer une clé de répartition. Même quand la clé existe, les braqueurs ne sont jamais à l’ abri de se faire doubler par l’un d’entre eux. La guerre autour du butin, dans l’imagerie populaire est toujours inévitable parce que ce ne sont pas les valeurs d’honnêteté ou de transparence qui unissent les malfaiteurs. Loin de nous l’idée de penser que le RHDP est un assemblage de malfaiteurs. Mais en procédant par l’absurde, la guéguerre qu’ils se font actuellement ne pourrait-elle pas nous emmener à la fatale conclusion. Anaky Kobenan innocent a été un prisonnier politique d’Houphouët Boigny. Dans quel coup il est devenu houphouëtiste ? Mabri Toakeusse est le dauphin de Robert Guei qui a renversé le gardien de la maison d’Houphouët le PDCI. Est-ce qu’il n’y a pas une sorte de reniement dans son alliance avec Bédié ? Après les révélations de ce dernier dans son livre Les chemins de ma vie, qui aurait pu parier qu’il trouverait un jour en Dramane Ouattara un concitoyen fréquentable. Quant à ce dernier, après avoir cavalé a travers le monde pour échapper au mandat d’arrêt international lancé contre lui par Bédié, on se demande bien au nom de quelle valeur il a failli éliminer celui qui l’a réhabilité et fait de son traqueur d’hier son parrain ? Bien malin sera celui qui arrivera à comprendre l’échafaudage dénommé RHDP. Pour le malheur des Ivoiriens, la guerre se fait autour de leurs ressources et au risque de leur existence individuelle.
Joseph Marat
20:55 Publié dans analyse politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

