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jeudi, 06 septembre 2018

Aveux de taille

Madame Simone Ehivet Gbagbo est sortie de prison après 7 ans d'incarcération le 8 août dernier. Depuis quelque temps, comme quelqu'un qui a suffisamment creusé et remué sa langue, elle reçoit, elle parle et le marigot politique ivoirien est en ébullition. Cette sorte d'effervescence qui amène à la surface ce qui est enfoui. Les langues se délient et les gestes trahissent. Au lendemain de sa libération, qui annonce certainement celle de son mari, ce sont les pro-Soro de la diaspora qui se sont précipités aux portes de Scheveningen comme s'ils se réveillaient subitement d'un cauchemar. En prime, ils font le serment de voter pour Gbagbo aux prochaines élections présidentielles. Le PDCI qui a échangé son plat de lentilles pour une promesse électorale de diriger par procuration le pays s'est retrouvé accroupi aux pieds de la véritable première Dame de Côte d'Ivoire. Le jeudi 30 août dernier, les populations du nord ont offert une liesse digne de ce nom à Simon Gbagbo à son domicile privé de Cocody-Riviera. Qui l’eut cru ? Aujourd'hui c'est la sulfureuse Salimata Porquet qui avale la mémoire des « 7 glorieuses d'Abobo » pour tisser des couronnes d’Ambassadrice de la paix de l’Union africaine, excusez du peu, sur les tresses violemment arrachées hier de Simone Gbagbo. Avant elle, c'est Joël N'Guessan, le pathétique porte-parole du Rdr qui a renié ses convictions et tout ce qu'il a déblatéré devant les juges de la Cpi, pour dire et je cite : « Il faut féliciter l’ex-Première Dame de Côte d’Ivoire pour la profondeur de ses propos...Nous sommes certainement nombreux à avoir lu et relu avec émotions les propos tenus ce weekend à Moossou, par l’ex Première Dame de Côte d’Ivoire, Madame Simone Ehivet GBAGBO. Ces propos emprunts de sagesse et d’humilité prouvent que la réconciliation totale des fils et filles de Côte d’Ivoire est possible. Le premier constat que nous faisons, c’est qu’elle a l’honnêteté de dire la vérité sur ses sept (7) années de détention aussi bien à Odienné qu’à l’Ecole de Gendarmerie à Abidjan. Prenant le contrepied de tous ceux qui ont prétendu que pendant son temps de détention elle a été régulièrement maltraitée, elle affirme au contraire qu’elle a été traitée avec respect et dignité ». Pour la réconciliation, nous saluons ces propos et ces attitudes qui expriment clairement les aveux d'un régime illégal et illégitime. Parce que, mine de rien, c'est à cause de cette profondeur qui sourd de leurs propos, de cette honnêteté qui les caractérise que nous avons toujours pensé que ce sont leurs ennemis politiques qui sont superficiels et malhonnêtes. Et les Ivoiriens n’ont pas pu faire le choix, en 2010, de personnes véreuses et sans contenance pour les diriger. Deux question à quelques sous pour Bensouda. Comment une Dame chez qui les gens du nord ivoirien effectuent aujourd’hui un pèlerinage a-t-elle pu concocter un plan avec son époux pour les exterminer ? Les miraculés ou les rescapés ont-ils perdu la mémoire de leurs parents décimés ? Plus sérieusement, nous sommes face à un remake de l’histoire de la sagesse de Salomon. Supposons que le roi Salomon ait été vassalisé et contraint de se soumettre à la volonté de la mère indigne. La transcendance n’a pas permis que la Côte d’ivoire soit totalement coupée en deux. Simone Gbagbo est en train de recoudre son enfant. C’est heureux que les coupables avouent leur crime.

joseph Marat

Hautement politique

J'ai trouvé ceci sur la toile : " Internet, téléphone : pour une nouvelle politique tarifaire en Côte en d'Ivoire". C'est le titre d'un pamphlet très séduisant que je me permets de citer entièrement.

« Lors de mes récents voyages en Côte d'Ivoire, j'ai été assez édifié sur le coût particulièrement élevé des communications téléphoniques et le harcèlement permanent des clients par les opérateurs avec une pluie de sms et une incitation permanente à la consommation par de fausses réductions. Il serait temps que les opérateurs téléphoniques instituent en Côte d'Ivoire des forfaits illimités , comme en France, parce qu'il n'est pas normal de dépenser plus de 40000 FCFA, soit plus de 60 euros en moins de trois semaines, là où en France, sont proposés des forfaits illimités à 20 euros par mois, soit 13.000 FCFA , qui te permettent d'avoir l'internet illimité, les appels illimités, les SMS illimités, des appels dans certains pays européens illimités, des appels aux Etats-Unis illimités. Et tu bénéficies encore de tous ces services quand par exemple tu te déplaces en Europe Schengen d'où tu peux appeler la France et les pays de ton forfait en illimité. Il serait donc particulièrement bienvenu que les associations de consommateurs et l'opposition dénoncent cette situation (car il n'y a pas que la politique politicienne qui intéresse les citoyens) et que les autorités en charge des télécommunications incitent fortement les opérateurs téléphoniques à aller vers des offres de ce type plutôt que de traire les ivoiriens comme des vaches. »

Ce texte d’Alexis Bayoro Gnagno du REZOPANACOM est tellement entier que je ne peux que l’illustrer. Les compagnies de téléphonie bombardent les abonnés de bonus et d’autres subterfuges d’avantages donnant l’illusion d’une réduction indirecte des coups des prestations. Il ne faut certainement pas s’y tromper parce qu’où se trouve la réduction lorsque pour 300% de bonus, le coup d’un appel, même de 10 secondes, monte automatiquement à 300 FCFA. C’est presqu’idiot de courir après les bonus parce que l’arnaque est cousue de fil blanc. Un autre fait. Il n’y a pas longtemps un responsable d’une association de consommateurs a fait circulé une vidéo sur la toile pour demander aux Ivoiriens de s’abstenir de changer leurs décodeurs Canal monnayant un coût parce que la même compagnie le fait gratuitement ailleurs. Il a pratiquement été combattu par le régime qui l’a réduit à la clandestinité. Et pourtant…quelle belle occasion de montrer au peuple que le pouvoir lui appartient.

J’aurais tant aimé n’avoir rien à objecter à monsieur Alexis Bayoro Gnagno, mais son « (car il n'y a pas que la politique politicienne qui intéresse les citoyens) » ne me parait pas entièrement juste. Pour une fois j’aurais aimé partager un avis purement sociétal. Malheureusement, dans le pré-carré français la société est ouvrière de la politique. Les ex-colonies françaises ne peuvent se donner le luxe d’être autre chose des sociétés de consommation. Pour qui la France produirait-elle ? Où voulez-vous que la France sorte les moyens pour soutenir sa sécurité sociale. Sa fierté. La société civile existe au-delà des Pyrénées et la politique y est ouvrière. Chez nous, englués dans la nébuleuse de l’impérialisme et du néocolonialisme, nous n’avons que la politique politicienne parce que les problèmes les plus trivialement sociaux ne se résolvent pas par le cri de cœur d’un nègre. Tout ce qui nous reste, c’est l’espoir que nous ne soyons pas face à une fatalité…

Joseph Marat

Kieffer, le radeau de fortune !

Le rdr est vraiment aux abois. Au cours d'une revue de presse légère le jeudi 16 août dernier, je tombe sur deux pages entières consacrées à l'affaire Guy André Kieffer. C'est tout de même curieux. Lire le journal Le Patriote est fastidieux, mais je n'ai pu contenir ma curiosité qui a eu la soif subite de vouloir savoir ce que ce quotidien pouvait bien vouloir dire de nouveau sur cette affaire volontairement " surannéisée" par le régime Ouattara. Nous avions fini par comprendre que ce parti et ses alliés de la communauté internationale en avaient eu assez de brandir ce chiffon rouge. Ils n'y avaient plus d'intérêt, surtout après la dernière confession de l'Union européenne. Mme Osange, l'épouse très attentionnée du disparu, avait elle aussi fini par disparaitre des radars. On était donc en droit de penser qu'elle et la famille biologique de son époux avait finalement compris qu'elles n'ont été qu'un instrument politique pour accroître la batterie d'ingéniosités qui devait chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Il y'a huit bonnes années que leur objectif a été atteint. La première année aurait suffi pour apporter tout l'éclairage nécessaire à cette affaire puisque c'est le clan Gbagbo qui, soi-disant, empêchait son élucidation. Qu'on en soit encore à des élucubrations sur cette affaire huit ans d'exercice du pouvoir effectif après est pour le moins surprenant. Il n'était pas nécessaire de lire l'attaque de ce dossier pour comprendre que le régime finissant essaie de s'accrocher à une ultime bouée pour sauver rien qu'une image déconfite. Je me suis prêté a l'exercice et je n'ai pas été déçu. Je vous donne en 3 séquences tout le contenu de cette misère de journalisme. 1) le clan Gbagbo a fait disparaître Kieffer. Au fil de la lecture, la vacuité des affirmations devient gênante et la promesse de saisir une cour de justice ridicule. Avec quels éléments puisque la suite de l'article ne donne pas la main. 2) c'est Jacques Anoma qui a réceptionné tous les chèques de la filière café-cacao pour le compte de Gbagbo. Voici des fac-similés. Quid du rapport avec l'affaire Kieffer ? Jacques Anoma n'a jamais été inquiété pour ce crime économique et il reste encore à prouver la culpabilité des Gbagbo. 3) finalement, Kieffer a été tué par erreur et enterré à 20 kilomètres au nord d'Abidjan. Allez-y comprendre quelque chose. Le rdr veut faire d'une pierre plusieurs coups. Réveiller l'affaire Kieffer pour tenter de ternir l'image de leur adversaire politique qui a le vent en poupe actuellement et dans le même temps se préserver de rendre des comptes à la famille du disparu. Pourquoi avoir attendu 8 ans pour sortir ce qui est si évident pour eux ? D'aucuns me diront que j'ai dû mal lire. Mais je ne suis pas certain qu'une exégèse en tirerait quelque chose. A part qu'il se noie, essayez de comprendre le discours de quelqu'un qui ne sait pas nager, qui prend l'eau de toute part, obligé de se contenter d'un radeau de fortune.

Joseph Marat (Aujourd'hui)

Liesse et merci

L'onction populaire ne se force pas. C'est l'expression d'un sentiment qui vient naturellement. Elle est spontanée. Madame Gbagbo est sortie de prison le 07 août dernier avec le fameux sourire qu'on lui connaît. Elle n'avait aucunement l'air de forcer l'évidence. Elle était dans une sorte de révélation. Cette foi et assurance qui animent tous ceux qui marchent dans le chemin de la juste cause. Ils ont une espérance transcendantale qui les transfigure. Madame Simon Gbagbo était plus rayonnante que son geôlier qui la veille dans une sorte de précipitation, le regard perdu, lisait l'ordonnance de sa libération. Ce qui s'en est suivi est tout aussi sublime. Une onde de choc heureuse s'est emparée de tout le pays. Le domicile de l'ostracisée est devenu un lieu de pèlerinage politique depuis. Dans l'autre camp c'est le deuil. La liesse populaire qui entoure la sortie d'une militante de parti contraste énormément avec la peur qui s'est emparée du pays le 02 décembre 2010 alors que Ouattara venait d'être désigné président de la république par Youssouf Bakayako.
Leur "Ouattara n'a subi aucune pression" sonne creux parce qu'on est tenté de leur demander pourquoi rompre subitement le cours de ce confort politique ? De quel chapeau, ceux qui se targuaient hier d'être le régime le plus démocratique au monde avec zéro prisonniers politiques, ont-ils sorti 800 bagnards ? Alors des voix s'élèvent pour réclamer qu'on disent merci à Ouattara. Comble de l'histoire, que ces prisonniers qui ont survécu organisent une festivité à la magnanimité de leur bourreau. A eux, je dis que cela ne coûterait rien matériellement, mais beaucoup moralement, parce que cela impliquerait qu'on reconnaisse tacitement que le tyran a gracié des bandits de grands chemins. Le merci aurait pu être à ceux qui lui ont tordu le bras si et seulement si ce ne sont pas eux les marionnettistes de notre triste histoire.

Joseph Marat

La malhonnêteté de l'UE

Soro Kigbafori Guillaume est encore au Canada, en "mission", au moment où j'écris ces lignes. Son absence aux festivités de la fête nationale pourrait être remarquable. J'ai vu ce samedi 4 août, au journal de 20h, Bruno Nagbané Koné, ministre de Ouattara ranger son arrogance congénitale dans un placard de fortune morale pour présenter ses plates excuses au peuple ivoirien devant l'échec des logements sociaux. "Ko, nous reconnaissons que tout n'est pas parfait". Le dernier rapport de l'UE est passé sous son nez comme une poudre de cocaïne mal coupée. Vous entendrez certainement dire aujourd'hui que l'une des grandes gueules du rdr s'en est pris à l'objectivité de ce rapport . Argutie : " certains ambassadeurs sont contre nous" comme si l'unanimisme devrait absolument prévaloir comme principe pour détecter une dictature. Ce sont là des faits, des signes montrant le déclin d'un régime qui a porté l'espoir de toute la communauté internationale et d'une partie congrue de la population ivoirienne. On pourra toujours tirer des épilogues sur ce que prépare Guillaume Soro au delà de sa mission prolongée au Canada, sur la subite humilité de Bruno Koné et la panique du sérénissime Touré Mamadou, mais il faut avoir vécu la crise poste électorale dans tout son cynisme pour comprendre la duplicité du rapport de l'UE. Nous n'irons pas jusqu'à dire, comme ceux d'en face, que ce rapport est bancal. C'est ce que les moins initiés de la politique en Côte d'Ivoire ont toujours au minima pensé et nous sommes même très surpris de la virulence du rapporteur européen. L'opposant le plus dur, sous ce régime de Ouattara, aurait même tourné 7 fois la langue avant de se résoudre à la fermer. On en revient difficilement que l'UE des privations de visas d'entrée au clan Gbagbo, du gel des avoirs des hautes personnalités du régime Gbagbo, de l'embargo sur les produits pharmaceutiques et agricoles en 2010, ait été à même de pondre un tel rapport. Tout excité, j'ai dit à un ami que si l'Union Européenne a ainsi lâché Ouattara, c'est qu'elle a déjà trouvé un accord avec Laurent Gbagbo, lui a demandé pardon de s'être méprise et trouver les moyens de le rétablir dans ses droits. Ne soyons pas naïfs m'a rétorqué l'ami. Tout le contenu de ce rapport n'est pas nouveau. Il est même édulcoré par rapport à ce qu'on peut lui prêter de savoir. L'UE aurait même pu produire un rapport d'une telle teneur au lendemain de la présidentielle de 2010. Écrire aujourd'hui contre Ouattara, 3 décennies après l'avoir dressé comme un chien de chasse pour descendre tout un peuple, relève d'un opportunisme au qualificatif inconnu. Nous attendons plutôt de l'UE un mea culpa empreint de sincérité et pas besoin d'autant de lignes. "Nous nous sommes trompés. Nous nous retirons de nous mêler désormais de vos affaires. Cela pourrait largement suffire à côté de cette logorrhée insipide qui cache mal le projet manipulateur de l'UE de vouloir sauver et sa face et sa mise dans le dénouement d'une tragédie qu'elle a montée de toutes pièces.

Joseph Marat

La décapitation politique

Je ne me suis jamais expliqué pourquoi Jean le Baptiste a eu le sort qui fut le sien. Emprisonné et décapité par le roi Hérode au cours d'un dîner gala en l'honneur d'une courtisane, Hérodias la femme de son frère Philippe. Jean Baptiste était très réputé comme un homme de Dieu, un vrai. Il est celui qui, comme le prophète Élie, a annoncé l'avènement du Messie. Il est celui qui l'a, le premier, reconnu et baptisé quand il ne s'en trouvait pas digne. Il fut atrocement assassiné par tout ce qu'il y avait de plus païen à l'époque. La fille d'une courtisane a demandé sa tête sur un plat, alors que celui à qui les saintes écritures le compare en terme de mission, n'a pas de sépulcre. Élie aurait été enlevé par Dieu parce qu'il était trop pur pour mourir et connaitre la putréfaction de la chaire. Pourquoi le juste Dieu a-t-il permis que le contraire arrive à Jean-Baptiste ? Jésus Christ dont il fut le précurseur sacerdotal dira même de lui que le plus petit d'entre nous est plus grand que lui dans le royaume céleste. Beaucoup de mystères dans les saintes écritures ont conquis ma raison sauf celui-là. Je vis en revanche ma foi en espérant que mon esprit s'ouvre un jour.
J'y ai repensé ce matin en lisant un article de presse rendant compte de la visite faite par le professeur Danon Djédjé au président Laurent Gbagbo à Scheveningen. Le dernier aurait dit au premier, après avoir exprimé sa satisfaction quant aux démarches et décisions prises par Aboudramane Sangaré, que de tous les émissaires qu'Affi N'Guessan lui a envoyés, un seul a rapporté la vérité à son mandataire. C'est parabolique et il me revient que le Christ avait dit aux émissaires de Jean-Baptiste qui doutait du fait qu'il soit le Messie "allez lui dire que les paralytiques marchent, les aveugles voient et les malades guérissent". Décryptage. Les grands hommes parlent rarement de façon explicite. Platon a eu son allégorie sur la vérité, le Christ, ses paraboles, Le philosophe Allemand Nietzsche avait un style aphoristique, Hegel était pédant. Laurent Gbagbo a-t-il aujourd'hui ce style elliptique qui veut que ses disciples ne cherchent pas forcément a recevoir des signes mais à les comprendre ? L'otage de l'Occident impérialiste ne prendra jamais le micro à un meeting pour désigner le camp qui roule pour lui. De tous ceux qui lui rendent visite, Danon Djédjé n'est pas forcément le plus crédible à mes yeux, le compte rendu de visite m'a simplement ouvert l'esprit sur un fait. La foi. Celle qui vient de la compréhension des signes. Jean le Baptiste avait perdu cette grande foi en Dieu et son plan. Dans le cachot d'Hérode, le doute s'était installé en lui. Or Il est aussi écrit que Dieu est plus sévère avec ceux qui perdent la foi qu'avec ceux qui ne l'ont jamais eu. D'où cette atroce décapitation. Revenant à cette visite, Gbagbo aurait confié à Danon Djédjé qu'il a déjà signifié à Affi N'Guessan d'aller créer son parti. Nous sommes dans le symbolisme de la décapitation politique. Laurent Gbagbo n'est ni Dieu, ni Hérode, mais Affi ne fait rien pour être dissemblant de Jean le Baptiste.

Joseph Marat

les moutons se promènent ensemble, mais...

Je reste perplexe, dubitatif et un peu complexé. J'ai peur que l'on me cloue au pilori, m'accusant de vouloir réveiller le démon de l'exclusion ivoiritaire qui dort, drogué, ''overdosée'' par le rattrapage ethnique.
Il y'a de cela bien peu de temps, j'ai vu les images de madame Dominique Ouattara dans une ruelle délabrée, dAbobo, avec un cortège kilométrique de grosses cylindrées pour aller exprimer la compassion du couple présidentiel, du gouvernement et de la communauté internationale à la famille du petit Bouba qu'on venait lâchement d'assassiner. Bien avant, toute la Côte d'Ivoire a vu à quel point la police et la justice ivoiriennes peuvent faire preuve de célérité. Le criminel a été déniché, il est passé aux aveux devant caméra et aussitôt écroué à la MACA. Nous avons tous naïvement cru que c'en était fini avec des sacrifice crapuleux des enfants sous le régime Ouattara. Que les criminel auraient eu plus de scrupule et qu'il nous fallait encore attendre un bail avant d'en entendre parlé. Mais comprenez que plus rien ne devrait surprendre les ivoiriens. Avant qu'on ne s'engage à surprendre le monde, nous avions eu la double portion de notre étonnement. Nous sommes vaccinés. Ma question aujourd'hui est en revanche ceci : le sommes-nous assez ? Il y'a deux semaines que les internautes se triturent les méninges pour dénoncer un autre crime crapuleux d'un enfant. Konan axel Kouamé. Monsieur Djiré, le suspect numéro un ne s'est pas caché. Mieux, il est allé lui-même appelé la police méprisant la mère qui tournait autour de son domicile à la recherche de sa progéniture. Cette fois la moyonnaise ne semble pas prendre. Point de la patronne de Children of Africain, un communiqué bien laconique et tardif du gouvernement pour dire qu'il est informé et compte entamer une enquête. Le présumé coupable est cette fois-ci soustrait du regard du public. On attend tranquillement que tout se tasse et que les 200 internautes répertoriés par Koné Bruno passent à autre chose. Pourquoi une telle discrimination ? La question est posée. Pour ma part et je peux me le permettre parce que ce pays est entré en guerre contre l'exclusion pour instaurer le rattrapage ethnique, on peut assassiner et sacrifier tous les enfants tant que cela ne heurte pas les principes sacrosaints du rattrapage ethnique qui fait de Bouba un enfant qu'on n'aurait jamais dû toucher. La maman de Konan Axel Kouamé peut donc verser toutes les larmes de ses yeux, elle ne verra pas le cortège de Dominique Ouattara. Le gouvernement n'a-t-il pas classé le dossier avec son communiqué de crocodile dans sa marre. France 24 de la communauté dite internationale à pour l'heure d'autres chats à fouetter comme si une voie secrète lui avait secrètement dit que les moutons se promènent ensemble en Côte d'Ivoire, mais ils n'ont pas le même prix.

Joseph Marat

Emergent ou immergent

Il nous faut nous résoudre, au seuil de la résignation que nous sommes décidément dans une république bananière. Encore que je doute même de la notion de république quand il s'agit de mon pays la Côte d'Ivoire. l'État Ivoirien est ami à l'État Marocain depuis des lustres. Il se raconte même que l'actuel monarque du Royaume chérifien a passé une bonne partie de son enfance ici à cause des liens particuliers que son père Hassan II avait avec Houphouët-Boigny. Cette relation entre les deux États s'est aujourd'hui ravivée. Les amis sont revenus aux affaires depuis bientôt dix ans, mais ils n'ont plus la même démarche, la même classe. Je ne connais pas le Maroc, mais les échos qui m'en parviennent sont chaque fois laudateurs. Pour la petite histoire, le sol du marché de Casablanca, aussi grand que le forum d'Adjamé est recouvert de pavées. On y entre comme si on entrait dans le hall d'un hôtel. Ce pays ne chante pas l'émergence, il le pratique. Je me moque aujourd'hui que le régime ivoirien soit démocratique. C'est le dernier des soucis de la communauté dite internationale. Le Maroc comme la Chine et la Libye du Colonel Kadhafi n'ont pas eu besoin de ce concept politique grec pour soigner le quotidien de leurs concitoyens. Nous pouvons toujours attendre que poussent des couilles de l'intelligence à l'opposition ivoirienne pour établir l'équilibre des forces démocratiques. Mais pouvons-nous continuer de nous coltiner un dirigisme sans vision. L'information que j'ai est que le ministère en charge de notre urbanisation est géré par les hommes au pouvoir d'aujourd'hui depuis 2005. Alors immergent ou émergent ? De quoi partent-ils ? Quand depuis près de 13 ans, on n'a pas eu le temps de lire deux lignes des études qui existent déjà pour maintenir la population hors des eaux dès que le ciel s'assombrit, est-il encore décent de parler d'émergence ? Une mise au point. Je ne désespère pas de la démocratie. C'est un régime politiquement idéal pour un peuple de plus 60 ethnies comme le nôtre. Je suis simplement étonné comme Aristote qu'on puisse faire de la tromperie du peuple un véritable projet de société et gouvernement.

Joseph Marat

Décidément Mortifère

Le rapport que le régime actuel entretient avec le concept de cimetière est décidément intriguant. Le célèbre regard du Président Laurent Gbagbo, écarquillant les yeux pour moquer ceux qui voyaient en Ouattara la solution à tous les maux de la Côte d'Ivoire commence à être perçu par les mêmes comme une véritable prophétie : Gbagbo kafissa. Et pourtant, il n'était pas nécessaire de regarder dans une marre de café pour voir que des jours macabres nous attendaient sous Alassane Ouattara. Aussi loin que je me souvienne, en mai 1991, ce dernier était le premier ministre d'Houphouët Boigny quand la Force d’Intervention rapide para commando (Firpac), une unite d’élite de l’armée ivoirienne, dirigée par le commandant Faizan Bi fait une descente musclée dans la cité universitaire de Yopougon et se livre aux pires exactions: viols d’étudiantes, tortures, arrestations. Cette pratique a consacré une chose : la mort de l'époque de gloire des étudiants. La base de la pyramide de l'éducation fut profondément aussi impactée. Défier la mort parce qu'on désespère du lendemain devint un jeu dans les écoles. La découverte du charnier de Yopougon a été un événement au sommet dans la manipulation des cadavres. Il y en a eu qui sont sortis des décombres, juste pour témoigner et manipuler l'opinion. On a compté des corps aux pieds de luminaires célébrant les festivités d’une fin d'année...Par pure honnêteté, Laurent Gbagbo dit avoir accédé au pouvoir de façon calamiteuse. On pourrait lui accorder le bénéfice d'un accident involontaire. En revanche, la terreur qui a prévalue à l'occasion de l'accession au pouvoir du Rdr était carrément un mode opératoire. La mort a été portée jusqu'au cœur des symboles de l'Etat. La résidence présidentielle de l'ex-régime est encore un tas de gravats et des endroits portent encore la marque de la haine qu’on voue aux populations ivoiriennes. Le Rdr a-t-elle la mort dans la peau ? L’un des secrétaires généraux de parti l’a même officiellement revendiqué. Il a fini par hérité du nom de « cimetière » parce qu’il a été jusqu’à dire sans sourciller que celui qui a affaire à Ouattara finit au cimetière. La logique du gel des avoirs tourne en plein régime. Les opposants continuent de mourir en exil par manque de soins adéquats… Le chapelet des faits illustrant ce pacte avec la mort et la destruction est interminable, mais nous étions loin de penser qu’il pouvait se cristalliser dans le squat des cimetières des personnes déguerpies de leur lieu d’habitation. Pour la petite histoire et comme s’il fallait rire pour ne pas mourir de la cruauté des faits, un post sur les réseaux sociaux condense dans un échange toute la politique mortifère du Rdr. Un certain Parfait Amani écrit ceci : « Je suis ivoirien du nord, j’ai voté ADO et il a cassé ma maison. Je dors au cimetière. Pourtant je suis vivant. Que dois-je faire ? ». Un commentateur, Tamiastelle Dore, lui répond ceci : « il faut mourir mon frère, sinon il va venir casser cimetière là aussi ». Nous ne manquons pas d’humour. Il développe chez l’Ivoirien un sens aigu de l’art de la dérision. Un célèbre penseur dit à juste titre ceci : « cultivons l’art pour ne pas mourir de la vérité ». Est-ce, ce qui nous fait vivre en attendant Godot ?

joseph Marat

Le mouvement des lignes

La déclaration qui accompagne l’image de Jean Louis Billon et le député Youté Wonsébéo à la sortie de la prison internationale de la Haye est bien claire selon le commentaire d’un cadre PDCI proche de Bédié « le Ministre Jean louis Billon s’est rendu à la Haye pour parler avec le Président Gbagbo qui est le fondateur du FPI afin que les lignes bougent ». Quoiqu’imperceptible, le déplacement des émissaires de Bédié à la Haye, est un coup de secousse important à l’histoire politique de la Côte d’Ivoire. Dans cette grisaille qui recouvre toutes les actions politiques, le PDCI conservateur pousse enfin le pion dans ce jeu de stratégie politique. La presse, il y a deux mois, avait levé le voile d’une visite programmée de Billon au Président Gbagbo. Comme si cela contrariait une tactique secrète, un démenti formel avait été pondu par ce dernier et son parti qui espérait encore quelque chose de son alliance avec le Rdr. Ce masque qui tombe n’est pas rien. C’est le mouvement d’une ligne importante de la vie politique en Côte d’Ivoire. On peut tranquillement dire que le divorce est consommé entre Ouattara et Bédié. Il y a des chemins qu’on n’emprunte pas en politique parce qu’ils sont de non-retour. Le premier a pris le sien le 16 juillet en s’inféodant le RHDP. Dix jours plus tard, le dernier fait un pas de géant sur la route de la discorde. Les analystes politiques s’étaient, très tôt, interrogés sur la démarche que devrait avoir le Sphinx de Daoukro dans son probable alliance avec le FPI. Va-t-il se jeter dans les bras d’Affi N’Guessan ou bien négocier avec Aboudramane Sangaré ? « C’est une occasion en or pour lui de faire enfin preuve de son génie politique » m’a confié un ami. Il lui faudra saisir l’hydre du FPI par le bon bout. Hercule vainquit l’hydre de Lerne en tranchant, d’un seul coup, ses sept têtes. Pour l’heure Bédié semble avoir compris cette leçon de l’histoire. Il était sur tous les fronts au FPI à la fin de la semaine dernière. Il a intérêt à rassembler toutes les têtes du parti de Laurent Gbagbo. Billon était à la Haye et des délégations du PDCI ont été envoyées indistinctement au 4ème congrès du FPI au Palais des sports de Treichville et à la place CP1 de Yopougon SICOGI pour soutenir la jeunesse du mouvement pro Sangaré. Ce fut la liesse un peu partout. Oubliant ce qu’est réellement Henri Konan Bédié, l’homme qui a mis tout son poids dans la balance à la présidentielle de 2010 pour faire le roi Ouattara et tomber son bienfaiteur Laurent Gbagbo. Tout compte fait, le décor est planté et les lignes vont certainement bouger dans le jeu politique ivoirien. Le retour de Laurent Gbagbo et l’ostracisme qui frappe Soro Kigbafori Guillaume dans son propre camp sont des faits qui laisseront indubitablement moins de marge au marionnettiste du jeu politique.

Joseph Marat.