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jeudi, 16 janvier 2014

Le mur du « démocrate »

Alassane Ouattara va-t-il s’étrangler de lui-même ? La question vaut certainement son pesant d’or dans cette course contre la montre qui emmène aux échéances électorales de 2015. Si les élections doivent avoir lieu en octobre 2015, il ne reste plus que 725 jours au « démocrate » venu restaurer la situation politique en Côte d’Ivoire. Dans une conversation avec des amis, le sujet s’est invité dans le débat. J’étais, pour ma part, convaincu que Ouattara pourrait même passer 2015 sans organiser les élections et cela ne changerait rien dans ce pays. Ce monsieur a déjà violé maintes fois la Loi Fondamentale sans conséquence majeure pour sa gouvernance; le soutien de la communauté internationale étant très intéressé, leur soi-disant promotion des valeurs démocratiques relève de la pure hypocrisie et j’ai des raisons objectives de ne pas croire en un soulèvement populaire dans un pays dirigé par des personnes qui ont désacralisé la vie humaine et qui ont créé leur propre dieu en leur ascension sociopolitique. La peur est un sentiment humain et Ouattara, peut toujours jouer sur cette donne naturelle pour se maintenir au pouvoir en continuant d’entretenir le climat de terreur en Côte d’Ivoire. L’un des interlocuteurs s’est souvenu de cette sagesse de l’Ecclésiaste qui dit que chaque chose a son temps et que toute chose a une fin. Pendant combien de temps Ouattara tiendra-t-il avec cette tension sociopolitique ? C’est contre lui, ajoute mon vis-à-vis, que se serre l’étau du temps qui passe parce qu’au-delà des intérêts bassement matériels, les animateurs de la communauté dite internationale ont engagé leur honneur et la crédibilité des Institutions communautaires qu’ils dirigent en s’engageant derrière Ouattara en qui, ils ont vu avant tout un "démocrate". Vont-ils donc le laisser rater l’échéance des élections présidentielles de 2015 ? Toutes ces organisations internationales vont-elles laisser prospérer l’idée qu’elles ont contribué à remplacer le démocrate par le dictateur ? Cette argumentation peut paraitre naïve à tous ceux qui observent la démarche de la communauté dite internationale dans la crise ivoirienne uniquement sous le prisme d’une grosse combine. En revanche, pour peu qu’on pense qu’ils prennent leur idée de gouvernance mondiale au sérieux, il faut envisager avec rigueur qu’elles n’ont pas installé Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire pour qu’il y foute la pagaille. Il y a au minimum un cahier de charge qu’ils lui ont confié pour ne pas perdre totalement la face dans cette grosse forfaiture du 11 avril 2011. C’est contre l’exécution de cette feuille de route que le temps presse. Aux pieds du mur des exigences démocratiques, Ouattara semble décevoir ses mandataires qui, s’ils sont sérieux, devraient songer à changer de fusil d’épaule. De quoi s’agit-il ? La liste des reformes à faire avant les élections de 2015 est encore impressionnante quant on la met en rapport avec le temps qui reste. Youssouf Bakayoko est toujours à la CEI. Chaque jour qui passe réduit la marge de manœuvre de son successeur pour organiser une élection transparent. Les 60 000 ex-combattants à désarmer pour sécuriser cette échéance électorale, continuent leur rodéo criminel. Cette fois, sur toute l’étendu du territoire. Le dialogue politique qui doit consacrer l’adhésion populaire à la politique de réconciliation pour qu’on aille à cette élection dans un climat apaisé, est au point mort. Quel temps faut-il pour le toilettage de la liste électorale ? Depuis 2010, nombreux sont ceux qui ont eu l’âge de voter qu’il faut introduire et nombreux sont qui ont disparu et qu’il faut extraire… le « démocrate» Ouattara est-il sur le point de reproduire le schéma du « dictateur » Gbagbo ? Le temps qui passe nous conduit vers le point de rupture qui révélera l’impossibilité de Ouattara d’incarner un démocrate, même avec tous les moyens dont n’a pu disposer Laurent Gbagbo. Il faudra en tirer les conséquences salutaires pour le peuple de Côte d’Ivoire.

Joseph Marat

lundi, 08 avril 2013

Décidément D’UN CAMP


Pourquoi, il est si difficile, pour des ivoiriens prétendument intelligents de suivre Ouattara. C’est à croire que dans le pacte qui les lie à ce monsieur, il leur est demandé de surseoir à leur capacité de réflexion, à leur bon sens et au sens de l’Etat pour se ‘’dozoïfiér’’ et ne défendre que les intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.
Daniel Kablan DUNCAN était devant la presse avant-hier. On dit dans le jargon qu’il est monté au créneau pour donner un coup de nettoyage à l’image de son gouvernement qui prend l’eau de toute part. A-t-il réussi ce coup de com ? Les espoirs ont été anéantis. Il n’y a décidément personne au RHDP, autour de Ouattara pour sauver ce pays. Kablan DUNCAN dont on aurait pu dire qu’il est le premier de la classe et en qui les Ivoiriens étaient en droit de placer quelques attentes au regard de son passé peu tortueux, a plus que déçu. Il a perdu le peu de crédit qu’on confère aux hommes qui ont un sens de l’Etat, même quand les contingences de l’existence les placent dans des postures peu honnêtes.
Au cours de cette conférence, il a torpillé comme un jeune premier, le dialogue de son gouvernement avec l’opposition significative. Oubliant totalement que le pays qu’il dirige est bloqué parce que ces discussions sont dans l’impasse. La sagesse politique recommande que quand on a la responsabilité de diriger un Etat, on se donne l’attitude et le langage qui conviennent pour ne pas le fissurer davantage. Il a oublié que les bailleurs de fonds du PND, qui doit propulser la Côte d’Ivoire dans le gotha des pays émergeants d’ici 2020, attendent les résultats de ces pourparlers avec le FPI à qui on reconnait le soutien d’au moins 46 % de la population. Les investisseurs sont des personnes très intelligentes et très informés, elles ne risquent pas leur sou dans un pays où des dozos font le rodéo et où les clients sont soit en exil ou en prison.
Je passe la plaisanterie de mauvais goût qui a consisté à dire aux Ivoiriens qu’ils sont à la veille de vivre pleinement une croissance à deux chiffres. Ce qui au fond ne veut rien dire parce que à quoi DUNCAN compare ses données de croissance. Sont-ils capables de nous montrer qu’un point de croissance en Côte d’Ivoire est le même qu’un point de croissance au Brésil, en Afrique du Sud ou en Chine où les agrégats économiques sont tels que le chiffre d’affaire d’une seule entreprise fait plusieurs fois le budget annuel du dozoland.
Ce qui m’étonne le plus chez DUNCAN, c’est la réponse qu’il donne à la question de la justice des vainqueurs. J’ai la nette impression qu’il ne sait pas ce que cela veut dire. La préoccupation de ceux qui dénoncent cette justice à double vitesse n’est pas relative à une justice indépendante qui doit prendre son temps pour poursuivre tous les criminels. La question est : pourquoi ne poursuivez-vous et n’emprisonnez-vous que les pro-Gbagbo dans une affaire où vous reconnaissez, vous-mêmes, que les crimes ont été commis de part et d’autres ? Il y a un principe qui dit : qui peut le plus, peut le moins. Comment dans votre soif de justice impartiale, arrivez-vous à extrader et incarcérer les fugitifs sans vous soucier des criminels qui se pavanent sous votre nez….

Joseph Marat

dimanche, 10 mars 2013

Et pourtant ça change



J’ai eu une conversion atypique avec un ami la dernière fois. Il m'a paru tellement abattu moralement que je m'en suis, en effet, quelque peu étonné. Au moment de l'élection de François Hollande, mon était de ceux qui étaient très lucides. Malgré la joie de voir la chute de Nicolas Sarkozy, il gardait toute sa lucidité et tout son pessimisme de voir cette France changer sa manière de s'asseoir du jour au lendemain. C’est d'ailleurs à lui que je dois cette très image assez démoralisante pour un combattant de la liberté que la France politique est comme un train sur ses rails. Ce n'est pas le changement de la tête du conducteur qui changera sa trajectoire. Aujourd’hui cet ami est déçu par le mutisme de François Hollande devant la dictature de Dramane Ouattara. Je comprends aussi qu'il aurait tellement souhaité être un faux prophète pour le succès du combat de la liberté que nous menons tous.
Pour lui remonter le moral, je tiens à lui dire ceci : « et pourtant ça change ». Je me souviens que ce même ami m’enseignait que les Chinois avaient mis quelque centaines d’années à faire leur révolution. La plupart des Etats africains étaient, eux-disant, indépendants depuis une dizaine d’années quand Nelson Mandela est entré en prison pour la même cause. C’est à sa rencontre avec le président sénégalais d’alors, Léopold Sedar Senghor que Mandela lui-même a compris toute la subtilité du néocolonialisme naissant. Ce dernier était assisté d’une assistante française, oreille de la France, qui ne lui a pas permis d’avoir un tête-à-tête avec le chef de l’Etat du Sénégal indépendant.
Aujourd’hui, pour les Etats "ex-colonies" françaises, Laurent Gbagbo est cette graine qui a été mis en terre. Il faut se faire à l’idée qu’il doit mourir pour laisser place au bourgeon de l’espoir. Je crois qu’on se comprend. Laurent Gbagbo pourrait ne plus revenir de la Haye et je ne pense pas que lui-même n’envisage intérieurement pas cette éventualité parce que c’est un coureur de fonds en politique. Ceux qui le détiennent actuellement pourraient, malgré le caractère apparemment infondé de leur accusation, continué à le gardé, mais le combat est déjà gagné. Ce sont eux qui auront désormais des difficultés à articuler devant le peuple africain leurs fallacieux discours de recolonisation. Ils ne lâcheront rien si facilement. Ils continueront à se mentir à eux-mêmes, mais l’éveil de conscience que nous apporté le Président Gbagbo dans ce laps de temps suffira largement pour gripper la machine de la répression coloniale.
Cher ami le silence de Hollande est révélateur de ce que, malgré lui les choses changent. Il aurait pu être loquace comme Sarkozy, mais je crois qu’il est victime du tournis que lui donne la tournure des événements. Ces événements composent avec le temps qui est, selon le même sage, un autre nom de Dieu. Il est vrai qu’il serait déprimant, de ne pas pouvoir voir le changement total des choses, l’expérience a montré que le temps d’une vie peut ne pas suffire. Mais soyons tout simplement heureux de vivre et de participer à cette étape de notre histoire.
Pour ma part je bois du petit lait quand je vois le Woody de Mama au perchoir d’une tribune internationale établir la vérité des faits. Je bois du petit lait devant la gêne de la France. Et je continue d’en boire quand je vois Dramane Ouattara, comme un cheveu sur la soupe, s’embourber dans la politique nationale d’un Etat qui n’est, apparemment, pas le sien…

Joseph Marat

lundi, 20 août 2012

POURQUOI L’AFRIQUE NE DOIT PAS ACCEPTER LES LEÇONS DE GOUVERNANCE D’UN OCCIDENT EN FAILLITE ?






De Jean-Paul Pougala (*)


« C'était mieux du temps des Blancs. Dans nos dispensaires il n'y a pas un flacon de mercurochrome, les blancs nous en donnaient. On était vacciné, on ne l'est plus. Les écoles fonctionnaient, il n'y en a plus. Il y avait des pistes qui étaient entretenues, il n'y en a plus. Quand on regarde ça, on a envie d'en pleurer ». Cette phrase n'est pas d'un alcoolique dans un maquis du quartier Yopougon à Abidjan en Côte d'Ivoire; ce ne sont pas les propos d'un pensionnaire du Centre de Santé Mentale « Tulizo Letu » à Goma en République Démocratique du Congo, encore moins ceux d'un patient à peine admis à l’Hôpital psychiatrique de Zébé à Aného (localité située à une quarantaine de kilomètres à l’Est de Lomé) au Togo. Ce sont les déclarations sur la chaîne parlementaire française LCP de Janvier 2010 d'un intellectuel africain, Monsieur Kofi Yamgnane, Secrétaire d'état (vice-ministre) sous Mitterrand, ancien maire du village breton de St Coulits (en France), conseiller pour l'Afrique de François Hollande durant la campagne présidentielle de 2012. Sa candidature a été recalée par la cour constitutionnelle pour les élections présidentielles togolaises de 2010. Le Malheureux politicien fait partie d'une espèce très prolifique en Afrique, de politiciens ayant connu l'ère de l'occupation coloniale, qui pour la plupart, pour avoir sa part du gâteau, n'a pour seul programme politique que l'allégeance et la procession vers ce qu'ils appellent eux-mêmes "les chancelleries occidentales" transformant certaines ambassades européennes dans les pays africains en véritables sanctuaires d'où ils peuvent recevoir la bénédiction pour le chemin vers le pouvoir.


Et c'est pour rentrer dans la peau du "sauvage" à peine "civilisé" qui doit remercier le sauveur, que tout l'argumentaire est construit pour convaincre l'ancien bourreau qu'on est toujours son esclave et fier de le rester. Ces personnes ont pour la plupart des fils qui font des études en Grande Bretagne avec souvent l’argent de la corruption des parents, où bien y résident. Qu'ils soient membres des partis de l'opposition ou des ministres au pouvoir, c'est la même chose. L'action qui les occupe le plus consiste à la compilation du catalogue de tous les malheurs du monde présentés comme propres à l'Afrique avec un seul et même coupable : l'homme (leur président), et on explique à l'Ambassadeur qu'en le remplaçant on serait plus pantin que lui. Lorsqu'ils sont à l'opposition, dans leur programme, il n'y a presque jamais l'ombre de ce qui marche et comment on pourrait l'améliorer. Et pire, Il n'y a jamais de solution à la liste des malheurs énoncés plus tôt. Et lorsqu'ils tentent d'ébaucher un semblant de solution, c'est toujours pour jouer au père Noël hors saison, sans jamais expliquer comment ils pensent trouver les ressources pour y parvenir. Là où le bas blesse c'est qu'on retrouve aussi cette attitude de démission chez ceux qui sont au pouvoir.

Les révélations de Wiki-Leaks en 2010 nous ont montré à quel point en Afrique, des Ministres, mais aussi des Présidents de la République ne savent pas pourquoi ils sont là. On a par exemple découvert une relation de subalternité démesurée entre la présidence du plus grand pays d'Afrique, le Nigéria, et l'Ambassadeur Américain, allant jusqu'au limogeage du Chef d'Etat Major de l'armée nigériane, le Général Victor Malu, dont le seul crime commis a été celui de mettre en garde les politiciens de son pays de la forte influence des Etats-Unis d'Amérique sur le système de défense du pays. Dans une note confidentielle, révélée par le journal nigérian Vanguard News, le Général expliquait tout simplement aux politiciens qui avaient à peine assumé la transition démocratique des militaires aux civils que les USA, qui faisaient pression pour former les militaires nigérians dans les missions de Peacekeeping (maintien de la paix) ne vantaient aucun succès en la matière, mettant le doigt sur les successifs échecs américains sur tous les théâtres de guerre depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, du Vietnam, à la Corée (toujours divisée en deux) à l'Iraq en passant par la Somalie et l'Afghanistan. Il concluait ainsi que l'armée nigériane victorieuse de la guerre du Biafra avait plus à enseigner aux américains et non l'inverse.

Conséquence de C'ETAIT MIEUX AVANT ?

Dans la leçon 34, nous avons déjà abordé la question de la fausse comparaison entre 4 dragons asiatiques et les pays africains, où nous avons établi un bilan sommaire et catastrophique de la colonisation avec l'absence de routes, d'écoles, d'hôpitaux. Aujourd'hui nous allons nous pencher sur un autre élément. Les RUP, Régions Ultra Périphériques de l'Union Européenne peuvent nous servir de comparaison. Il y en a 8 dont 5 à la France (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Mayotte), 2 au Portugal (Açores et Madère) et 1 à l'Espagne (Canaries). A la période des indépendances africaines des années 60, les pays Européens ont décidé de ne pas concéder l'indépendance à ces territoires, et les ont administrés jusqu'aujourd'hui, 2012. Comme nous n'étions pas là avant pour savoir si c'était bien ou mal, nous pouvons comparer la gestion des 53 états africains à ces 8 états encore colonies de l'Europe. Nous allons utiliser pour cela le système appliqué aux entreprises pour mesurer la vertu de sa fonctionnalité. En d'autres termes, il s'agit dans une entreprise de savoir combien a été investi en une année et comment cet investissement a été rendu productif, rentable ou pour le moins équilibré par rapport aux choix de positionnement stratégique de l'entreprise. Pour comparer ces pays, nous prendrons en examen le budget d'une année donnée. Alors qu'en Afrique, le budget de chaque année est annoncé publiquement il est presque impossible de le savoir pour les pays encore colonisés, les RUP. Mais nous nous sommes procuré une information capitale publiée dans le journal français Le Figaro du 11/02/2009 communiquant le budget des RUP français à 12,7 milliards d'Euros au titre de l'année budgétaire 2009. C'est à-dire que la France, pour maintenir des colonies au 21ème siècle doit débourser chaque année la somme de 12,7 milliards d'Euros, soit 1.115 milliards de Fcfa pour une population totale de 2,6 millions d'habitants sur un total de 119.975 km2. Nous devons donc comparer ce que la gestion coloniale française obtient avec ce chiffre en termes de résultat que nous allons ensuite comparer avec des pays africains, pour savoir si c'était mieux avant ou maintenant. Dans le cas actuel de la richesse par nation, on divise les 12,7 milliards sur les 2,6 millions de personnes pour qui ce montant est affecté et l'on obtient un revenu par tête d'habitant de 4.884 Euros. Et dans les détails, le budget de la Réunion en 2009 était de 4,05 milliards d'Euros, pour une population d'à peine 800.000 habitants. On obtient le chiffre de 5000 € par habitant qui est un montant très élevé au niveau international. Mais que cache ce chiffre? Il s'agit au fond un piège comportemental hérité du passé colonial Européen. Disposer des terres qu'on commanderait hors d'Europe donne l'illusion de commander le monde. Mais si en 1946 lorsque les états coloniaux français se sont constitués sous l'appellation de DOM (Département d'Outre Mer), le prix du pétrole avoisinait les 2 Dollars par baril, le problème de la continuité territoriale ne se posait nullement. On pouvait s'offrir le luxe d'isoler des terres qui ne communiquent pas, n'échangent rien avec les voisins, faisant tout venir, même l'eau à boire de plus de 10.000 km, 66 ans après, en 2012, le prix du Baril de pétrole a été multiplié par 48, en passant de 2 dollars à 96 dollars. Ceci a transformé ces territoires, qui auraient dû donner à l'Europe l'illusion de l'universalité de son pouvoir, en véritable cauchemar financier. Le pire de tout ça est que ce flux d'argent ne sert nullement à créer de la richesse, mais presqu'entièrement à soutenir une économie spéculative de rente entretenue par des descendants d'esclavagistes dit "Béké", qui n'ont rien perdu des vieilles habitudes d'esclavagisation de la population d'origine africaine réduite à la misère ou à la mendicité des aides sociales. Ainsi, le prix de toute denrée alimentaire ou non est artificiellement tenu élevé afin de réserver au peu qui peut se le permettre. Exactement comme cela se passait en Afrique avant les années 60, des indépendances, lorsque c'était les mêmes esclavagistes qui contrôlaient les activités économiques de tout le continent Africain. L'état français pris au dépourvu d'une situation qu'il avait lui-même appliquée en Afrique pendant plus de 100 ans, ne sait plus aujourd'hui quoi faire, pour libérer sa propre population prise en otage par une poignée d'ex esclavagistes qui n'ont rien perdu de la ferveur d'antan. Alors il a préféré une solution de fuite en avant : payer ses propres fonctionnaires, les policiers, les magistrats, les infirmiers, les gendarmes etc. 40% plus cher qu'en France même. Ce qui a contribué plutôt a jeter de l'huile sur le feu de la crise sociale que vivent toutes ces colonies depuis des dizaines d'années, parce que si le salaire des fonctionnaires a augmenté de 40%,, l'état a oublié d'augmenter de la même proportion, les allocations familiales et les aides sociales versées au plus démunis, qui sont toujours plus nombreux.

LA SICILE, SYMBOLE D'UNE EUROPE MAL GEREE

Pour savoir si l'Afrique qui a très mal été gérée par les Européens durant la période sombre de l'occupation coloniale de 77 ans, pouvait l'être mieux par ces derniers, aujourd'hui, il suffit d'aller voir comment est gérée l'Europe elle-même, comment sont gérées les régions d'Europe. Il me plait pour cette analyse, de choisir la région de Sicile en Italie. Pourquoi ce choix ? Parce que c'est en absolu, la région européenne la plus proche d'Afrique. Par comparaison, l'ile italienne de Lampedusa est plus au sud que la ville africaine de Tunis, capitale de la Tunisie. C'est-à-dire que les migrants qui partent des côtes tunisiennes de Tunis, Sousse, Nabeul, Hammamet ou Kelibia pour rejoindre les cotes italiennes de Lampedusa, font un retour sur l'Afrique, puisque leur bateau met le cap vers le sud pour atteindre les côtes italiennes. Donc au moment où on a parlé du printemps arabe pour mentionner un pays mal géré et qui a porté aux manifestations populaires de 2010 et 2011, comment était gérée la région européenne voisine de la Sicile ? D’après le très célèbre quotidien économique italien : Il Sole 24 Ore du 24 Mars 2012, communiquant les chiffres des syndicats italiens, en Sicile, 28,5% de personnes sont au chômage. 1 jeune sur 2 est au chômage, 1 diplômé d’université sur 3 ne fait plus de demande de travail, parce qu’il sait d’emblée qu’il n’obtiendra même pas de réponse, même négative, les entreprises n’ayant plus d’argent pour financer un service ad-hoc pour répondre le fameux « nous sommes au regret » à toute l’armée des chômeurs de l’île. Ce qui fait dire à Mr. Ivan Lo Bello, président des industriels de l’île qu’à cause de 50 ans de mauvaise gouvernance, les politiciens n’ont pas vu que les dépenses augmentaient toujours plus alors que les recettes subissaient une dégradation vertigineuse. Et que si la route n’était pas modifiée, on allait tout droit vers la mort économique et politique de l’ile.
Mais quelle est cette mauvaise gouvernance dont parle le président des industriels ? Selon la cour des comptes italienne, l’institution de la région de Sicile coûte 516 € par habitant et par an. C’est l’un des taux les plus élevés au monde. Par comparaison avec le Togo, selon le budget officiel 2011, l’administration togolaise coute 152 € par habitant, 42€ au Mali qui avant la crise politico-militaire, était considéré comme l’un des pays les mieux gérés au monde où le coût des fonctionnaires ne représentait que 13,77% de la richesse nationale contre 60% en Sicile qui vante un triste record de 5 milliards d’Euros de dettes que la région n’arrive plus à rembourser, dues à l’incompétence des politiciens empirée par du clientélisme à outrance et la corruption de type mafieuse que ne connait fort heureusement aucun pays africain. Plusieurs exemples peuvent nous permettre de
comprendre le phénomène :


1- Selon les informations publiées le 23/07/2012 par Domenico Ferrara dans Il Giornale, quotidien italien de la famille Berlusconi, ancien président du Conseil, pour un discours d’une heure de Mr. Lombardo, président de la Région Sicile, 18 sténographes se sont succédés. L'assesseur régional aux infrastructures, Andrea Vecchio auteur des propos, a même chronométré cette indécence qui relève de la psychiatrie politique et a certifié le record mondial de 3 minutes pour chaque sténographe pour recopier ce discours historique de
Lombardo.

2- Salaire : restons avec nos gentilles secrétaires siciliennes en jupes courtes, très courtes. Combien gagnent-elles pour 3 minutes de travail par jour ? C’est encore Vecchio qui nous donne la réponse : à peine recrutée sans expérience, elles touchent la modique somme de 2518 € net par mois. Et après 24 mois de dur labeur et forte transpiration à recopier 3 minutes du discours du président Lombardo, elles touchent 6300 € net par mois, c’est-à-dire presque 4 millions de Francs CFA chaque mois.

3- L’addiction au Recrutement : dans la région Sicile, il faut recruter tous les matins peu importe le travail que les nouveaux recrus feront. Le journal Il Giornale dans cette même édition, nous révèle qu’il y a des Camminatori, c’est-à-dire des « Marcheurs », des employés qui passent leurs précieuses journées de travail à marcher, marcher, marcher encore d’un bureau à l’autre pour savoir s’il n’y a pas un bout de papier à donner au bureau de l’étage en dessous, pour savoir si quelqu’un n’a pas besoin d’un verre d’eau. Ils ont été tous recrutés en Avril 2012, alors que la région qui croule sous le poids de 5 milliards d’Euros de dettes, risquait déjà la faillite. Avec eux, 157 nouveaux chauffeurs ont été recrutés, parce que comme pour les secrétaires, il ne faut pas que les chauffeurs se fatiguent à conduire plus de 15 minutes. Le même jour, la région a recruté 55 nouveaux surveillants pour les 3 musées de la ville. Qui sait ? En temps de crise, peut-être que les Grecs voisins eux aussi en difficulté financière peuvent avoir l’idée de venir voler tous les tableaux religieux des musées siciliens. Ces vaillants soldats sont venus s’ajouter aux 30.000 gardiens de forêts siciliennes. Sauf qu’après avoir sillonner plusieurs fois la zone, je n’ai pas trouvé l’ombre d’une forêt. L’île, qui souffre de sècheresses chroniques chaque année, n’a pas de véritable forêt. Qu’importe, sûrement en recrutant 30.000 personnes pour garder la forêt imaginaire, cette dernière va finalement se décider à sortir de terre. A ce chiffre, il faut bien entendu ajouter les 18.000 fonctionnaires que comptent les organismes de la Région Sicile, tout ce beau monde ne comprend pas, bien entendu, les fonctionnaires qui relèvent de la compétence nationale comme la police, la gendarmerie, la poste, le fisc, la préfecture etc.

4- Les funérailles payées par le contribuable. En Sicile, il est prévu pour les politiciens, 500.000 € à donner à la veuve ou au veuf pour organiser les funérailles. Cette somme est versée même pour les familiers jusqu’à 3 degrés de parenté. Vive la démocratie.

5- Maladie nationale : quelqu’un peut penser que ce sont ces siciliens qui sont fous. Un exemple : parlant de sténographe, une secrétaire au parlement national italien, touche 290.000 € par an net d’impôt, c’est-à-dire : 24.166 € net par mois, soit 15.850.917 FCFA de salaire mensuel versé à chaque secrétaire du parlement italien, un pays qui cumule une colossale dette publique de 1.965 milliards d’Euros de dette publique et chaque semaine. Il faut trouver toujours et toujours de l’argent sur les marchés pour payer les policiers, les infirmiers
etc.

LA BONNE GOUVERNANCE N’EXISTE PAS


Avant de dire si l’Afrique peut oui non recevoir les leçons de la gouvernance des pays Européens et nord-américains, nous allons d’abord définir ce qu’est une gouvernance et utiliser les critères que le maître a lui-même élaborés pour le juger, l’apprécier pour dire si lui-même est capable d’enseigner la vertu qu’il professe. Qu’est-ce qu’une gouvernance ? Le dictionnaire nous apprend que la gouvernance est une gestion menée avec rigueur. Ce qui signifie tout simplement que ceux qui parlent de bonne gouvernance » ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent. On devrait plutôt parler de la bonne ou mauvaise gestion de la chose publique. Si nous parlons de gouvernance, nous devons donc être certains de bien mettre la rigueur au centre de nos préoccupations. S’il y a la rigueur dans la gestion, alors on peut parler de gouvernance ou de gestion optimale ou de gestion maitrisée de la chose publique. Ceci nous amène à la question fatidique du jour : l’occident pratique-t-il la gouvernance ? Pour répondre à cette question, il nous est facile de tout simplement poser une autre toute petite question à première vue sans importance, mais qui va se révéler capitale pour comprendre la suite de notre analyse et c’est : consommons-nous ce que nous produisons ? Les ressources que nous produisons au quotidien sont-elle suffisantes pour faire face à notre consommation quotidienne ? Rapportons cette question au niveau des mairies, des régions, des pays : la richesse produite chaque mois, chaque trimestre, chaque année est-elle suffisante pour combler la consommation de cette ville, de cette région, de ce pays ? En septembre 1980, à mon tout premier cours d’économie en classe de seconde BG au Lycée Technique de Douala au Cameroun, pour nous expliquer ce qu’était l’économie, notre professeur nous a raconté l’histoire de Robinson Crusoé vivant tout seul sur une île déserte avec ce qu’il trouve sous la main et de conclure que, dans ces conditions, sur cette île, il n’existe pas d’économie. L’économie existe parce que nos besoins du fait de l’interaction avec la société sont énormes et les ressources pour les satisfaire sont malheureusement réduites, insuffisantes. Elle permet de classer les besoins par ordre de priorité afin d’utiliser de façon optimale ces ressources insuffisantes. Le lendemain c’était au tour de notre professeur de mathématiques financières de nous expliquer l’utilité de sa discipline. Selon lui, les mathématiques financières permettaient de traduire en argent ce que nous allions apprendre en cours d’économie. C’était l’instrument mathématique qui permettait de contrôler avec rigueur le niveau d’utilisation des ressources disponibles et le coût de celles non disponibles afin de garantir dans le temps le bien-être et l’autonomie d’un foyer, d’une entreprise, d’une mairie d’un pays. Lorsqu’on consulte le World Factbook de la CIA d’année en année, on peut conclure que ces deux banalités économiques et financières qui ne sont pas enseignées à l’université, mais dès le lycée en Afrique, sont de loin mieux maitrisées par les pays africains dans la gestion des affaires publiques comme par exemple les mairies qui n’ont pas de bilan au rouge, au contraire des pays occidentaux qui croulent sous les dettes. Si la gouvernance d’un politicien se mesure par sa capacité à optimiser le peu de ressources à sa disposition pour offrir le meilleur service à sa population, on peut dire sans risque de se tromper que les politiciens occidentaux sont une véritable catastrophe dans l’art de manier les finances. Ce n’est pas moi qui le dis, mais c’est la conclusion du rapport de l’agence de notation américaine Fitch qui, comme les autres agences Moodys et Standard and Poor’s, a dégradé les notes de 75% des mairies et régions des pays de l’Union européenne, malgré les protestations des intéressés qui crient au complot américain contre l’Europe. Dans ce rapport, publié le 6 septembre 2011, Fitch affirme qu’il faudra à la région Picardie par exemple près de 11 ans pour rembourser sa montagne de dette. Examinons sans trop de technicité les finances des régions françaises, c’est-à dire un pays qui continue de bénéficier du triple A, la note maximale dans 2 de ces 3 agences de notation américaines. Sur le tableau présenté par la revue française Capital dans son édition du 25/02/2010, analysant la situation des régions françaises avant la crise de 2001 à 2008, il ressort ceci : en dehors de l’Aquitaine et de la Haute Normandie, toutes les 20 régions françaises ont vu leurs dettes augmenter de façon exponentielle sans qu’on comprenne bien comment elles feront pour les rembourser, puisqu’elles sont installées dans cette logique d’emprunter toujours plus chaque jour sur les marchés. Par exemple dans cette période de 7 ans la dette de l’Alsace de 327%, Champagne de 286%, Corse de 234%, Limousin de 311% Loraine de 338%, la Basse Normandie de 345%, le Poitou Charentes de 335% etc… Le journal va plus loin en tirant à boulet rouge sur la médiocrité diffuse des politiciens français qui se cachent derrière le prétexte de la réduction des recettes publiques dues à de nombreuses délocalisations des entreprises vers la Chine ou ailleurs. Cette explication ne peut rien justifier puisque conscient de la réduction des ressources, les dettes de 5 régions françaises ont été quadruplées durant la période prise en examen comme en Corse où la dette régionale arrive à 1105 € par habitant. Ceci ne tient évidemment pas compte de la dette communale, encore moins de la dette nationale qui place la France parmi les nations les plus endettées au monde, nations qui vivent donc très loin au-dessus de leurs moyens. Ce n’est pas mieux pour les dettes des villes européennes. Par comparaison, la dette individuelle, c’est-à-dire de chacune des 60 plus grandes villes françaises dépasse le budget de plusieurs pays africains réunis. C’est encore la revue CAPITAL dans son édition du 19/11/2011 qui nous révèle les techniques qu’utilisent les villes françaises pour dissimuler leurs véritables situations catastrophiques d’endettement, en faisant oublier le poids de l’intercommunalité : par exemple, on présente les chiffres de la mairie de Paris apparemment en ordre et oubliant que ceux des autres mairies de l’Ile de France qui sont toutes financièrement dépendantes de Paris. C’est en observant cette globalité que journal conclut que Delanoé, le maire de Paris, qu’on présente comme un bon gestionnaire a fait exploser la dette de sa ville de 153% en 10 ans. Et Capital de communiquer d’après ses calculs, les dettes réelles des 60 plus grandes villes françaises qui toutes, sans exception, mordent la terre, parce qu’elles ne savent plus quoi faire ni comment inventer pour ne plus emprunter, même avant de répondre à la question de comment rembourser leurs dettes colossales. On peut ainsi découvrir un palmarès des plus inquiétants de dettes par habitants des mairies de France, ainsi : Le Mans, 2817 € par habitant, Perpignan 2657 € par habitant, Orléans 2791 € par habitant, Grenoble, 3355 € par habitant, Saint-Etienne, 3070 €/habitant, Lille 2730 €/habitant, Marseille 3535 €/habitant, Lyon 2716€/habitant, etc. La dette des villes, des régions, des pays lorsqu’elle n’est pas maitrisée est par définition une véritable bombe à retardement qui attend son heure pour exploser. Etait-ce mieux avant ? En tout cas, la gestion présente de nos occupants d’hier ne nous rassure pas sur ce que serait devenue l’Afrique avec eux à la manette. Le taux record de chômage dans les colonies françaises de Martinique, Guyane, Réunion, Guadeloupe et le niveau exorbitant des prix à la consommation ne rassure pas sur ce que seraient devenu les africains dans leur majorité. Ce qui est encore plus ridicule est que l’Africain qui a fait cette déclaration pour le moins dénuée de tout fondement est celui-là même qui se vante d’avoir été le conseiller pour l’Afrique durant la campagne électorale pour la présidentielle 2012 de celui qui deviendra président, François Hollande. Et après le plat de résistance de la bêtise humaine, Monsieur Kofi Yamgnane nous sert même le dessert en nous expliquant les 5 mesures phares qu’il a exposées au président français comme ligne guide de sa politique africaine, un ensemble de
caricatures de certaines idées reçues véhiculées depuis plusieurs années par certains intellectuels africains ont hissé le drapeau blanc de la soumission. Le poids des dettes des villes et des régions françaises vient aussi des placements hasardeux et des emprunts dits toxiques, ce qui est une preuve que la plupart de ces maires que le système dit démocratique du suffrage universel a porté au pouvoir ne maitrise pas la moindre notion des cours élémentaires d’économie, encore moins de mathématiques financières. Et comme le peuple vote par définition, celui qui promet le plus et peut faire plus de bruit, et non le plus compétent, on a le phénomène de la mafia qui fait désormais partie du paysage politique européen, pas seulement en Sicile, mais un peu partout en Europe.


QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE


S’il est prouvé que ce n’était pas mieux avant, il est aussi clair que l’Afrique n’est pas immunisée des maux qui minent aujourd’hui le paysage politique et économique des pays occidentaux dans leur ensemble. L’Afrique dans sa marche vers le progrès, est en train de devenir le nouvel El Dorado. La nouvelle génération de politiciens africains qui est en train d’arriver au pouvoir saura-t-elle exploiter l’avantage de l’expérience de la privation à outrance à laquelle le système dominant avait contraint ses prédécesseurs ? L’Afrique ne doit pas répéter les erreurs des pays occidentaux qui ont fait croire à la population qu’ils possédaient ce qu’ils n’avaient pas et le modèle du suffrage universel aidant, chacun a prétendu une part d’un gâteau qui n’existait en réalité que dans la propagande pour s’attribuer les meilleurs superlatifs de vertu au monde. On a commencé ainsi à vivre non pas de ce qu’on possédait, mais de ce qu’on croyait posséder de l’individu pour sa voiture à l’Etat pour financer ses guerres. L’Afrique doit se dire qu’à quelque chose, malheur est bon et faire de la sobriété dans la consommation, une valeur. L’exemple de l’Algérie est à mes yeux très louable d’un pays africain capable de résister aux sirènes occidentales sur comment utiliser son pactole résultant de la vente de son pétrole et de son gaz, pour privilégier le futur et ses générations. Le sous-sol africain doit dans sa majorité rester inexploré, car nous avons pris l’habitude de la privation et même si à l’indépendance on n’était propriétaire de rien, nous avons appris à nous retrousser les manches, à bosser dur même quand le résultat n’était pas perceptible. On a commis beaucoup d’erreurs comme le fait de cultiver le café et le cacao au lieu de cultiver les cerises, les truffes, les vignes etc. de loin plus rentables. Mais nous avons appris de nos erreurs et il suffit de les corriger. Nos écoles, nos universités doivent pouvoir former suffisamment de personnes pour comprendre et maitriser le monde aujourd’hui. L’occident s’est érigé en généreux donneur de leçons. Mais leurs conseils sont comparables à ceux des prêtres catholiques célibataires qui expliquent en experts à des couples comment réussir un mariage. Comment l’occident peut-il prodiguer à l’Afrique des conseils qu’il n’a pas su appliquer à lui-même ? Comment peut-on prendre un entraîneur européen pour offrir la coupe du monde de football à un pays africain s’il n’a même pas réussi à le faire pour son propre pays européen ? Comment peut-on recruter un Directeur d’une grande entreprise publique un gestionnaire européen qui vient d’être remercié par son entreprise en Europe pour sa mauvaise gestion ? L’Afrique ne dispose pas des meilleures ressources humaines du monde, mais la rigueur que la misère nous a contraint à subir doit devenir un atout que nous pouvons enseigner au monde. Cela ne sert à rien de brûler les étapes pour posséder un tram comme à Paris ou à Londres, un système social qu’on nous vante avoir fait des miracles à Oslo ou à Melbourne, si nous ne maîtrisons pas chaque étape de notre progrès, chaque centimètre de notre liberté. Sans cela nos atouts d’aujourd’hui risquent de devenir notre principal inconvénient de demain.



Douala le 10/08/2012


(*) Jean-Paul Pougala est directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégiques de Douala au Cameroun et enseigne Géostratégie Africaine à l’Institut Supérieur de Management ISMA de Douala.


mercredi, 04 juillet 2012

Condamnés pour leur patriotisme


Un ami a voulu que je partage avec ceux qui nous lisent le drame moral d’un célèbre prisonnier d’Alassane Ouattara et à travers lui, celui de tous les autres dans les goulags du nord pour avoir trop aimé la Côte d’Ivoire. Il s’agit du leader syndicaliste Mahan Gahé. Il sortait d’une audience avec le juge en charge de son dossier, quand il a passé un coup de fil à un ami commun. Celui-ci a aussitôt compris que le prisonnier voulait que le contenu de cette conversation se sache. J’ai donc été mis dans ce qui n’est plus une confidence. L’intérêt, c’est qu’à la suite de cette histoire, on se rend compte à quel point les geôliers, dans des prisons morales, sont plus à plaindre que ceux qui sont enfermés. Le juge du syndicaliste s’était tissé ses propres fers à partir d’une certaine idée de la justice née de la dramanie. Mahan Gahe s’est senti certainement soulager après cette rencontre. Il doit s’être dit que le temps s’est en fait arrêté pour tout le monde en Côte d’Ivoire parce qu’il n’est pas plus prisonnier que ses geôliers qui ne doivent pas être heureux de faire ce que leur conscience leur refuse de faire. En effet le juge qui prend la parole le premier dit à Mahan Gahé : « Monsieur Mahan vous êtes accusé d’avoir lancé un contre-appel aux travailleurs pour leur demander de désobéir à l’ordre du président qui appelait à cesser de travailler… » Voilà ce que répond le prisonnier politique. « Monsieur le juge, vous me faites peur ! Vous me faites peur parce que vous êtes censé appliquer la loi. Mais il me semble que vous ne la connaissez. J’ai donc peur que vous appliquez autre chose que la loi dans cette affaire qui me concerne. D’abord de quel président parlez-vous ? Si c’est du président Alassane Ouattara que vous parlez, ce que je devine aisément, il n’était pas encore président quand j’ai lancé mon appel. Je ne pouvais donc pas lui avoir désobéit avant qu’il n’est été reconnu comme tel par le Conseil Constitutionnel qui avait déjà investi son adversaire. » Il a été reconnu par la communauté internationale a relancé le juge. « Vous me faites encore plus peur. Mais soit, supposons que ce sont les Ivoiriens qui votent et c’est la communauté internationale qui proclame les résultats, le président élu n’est pas comme moi un leader syndical pour lancer des grèves et appeler à saboter l’économie du pays qu’il est appeler à diriger. Je comprends que mon crime est d’avoir souhaité que les Ivoiriens travaillent pour sortir leur pays du sous développement… j’étais loin de penser qu’un chef d’Etat aurait pu prendre cela pour un crime gravissime.» Invariablement, le juge reprendra son refrain de la toute puissance de la communauté internationale devant un Mahan Gahé, serein savourant ce moment où il se rend compte de la vacuité des accusations du régime Ouattara contre tous ses prisonniers politiques !

Joseph Marat

dimanche, 01 juillet 2012

Le professeur Yacouba Konaté, un dozo ?


Peuvent-ils cesser de nous faire honte ? Il est difficile de l’espérer. Parce que même les intellectuels de leur camp ont perdu la main. Ils ont perdu la main parce que c’est toujours une gageure, un reniement de soi et une contorsion psychologique éprouvante pour un intellectuel de s’adonner au jeu de la malhonnêteté. On attend de l’intellectuel qu’il soit une lumière qui guide sa société à sortir de l’obscurantisme. Quand il fait le contraire, c'est-à-dire, lorsqu’avec une torche en main il fend les ténèbres pour vouloir y engouffrer le peuple, il cesse d’en être un pour devenir objet d’indignation. Yacouba Konaté cet universitaire et philosophe est un brillant intellectuel. Celui qui me fait cette révélation argumente que sur Google, plus de 11 pages sont consacrées à l’homme. Mais dans la même confidence, comme s’il doutait finalement de notre capacité à nous parfaire au contact du savoir, il finit par dire ceci : « mais c’est un dozo ». J’avoue que j’ai trouvé l’image antinomique. Mais c’est la suite de l’histoire qui finit par convaincre les plus irréductibles. Après le flop de son colloque international sur la renaissance africaine en décembre dernier, au moment où la « charte du nord » déportait Laurent Gbagbo à la Haye, Yacouba Konate vient de remettre le couvert. Et comment ? Au cours d’un forum sur la réconciliation nationale qu’il fait organiser par la Banque Mondiale, il est pratiquement le seul intervenant. A-t-il perdu son carnet d’adresse ? Dans la forme, se réconcilie-t-on avec quelqu’un quand on est seul à avoir la parole de l’invective ? Voilà la prouesse qu’a réalisée l’éminence grise du RDR qui s’est entouré d’un modérateur et d’un commentateur qui, las des injures portées à leur intelligence ont fini par devenir ses farouches contradicteurs au cours de ce forum censé aller dans une seule direction : brocarder la politique de Laurent Gbagbo. Le pire viendra quand il eut l’étincelle de donner la parole à l’assistance. Torturé par la bile déversée par l’orateur sur l’histoire de la vie politique en Côte d’Ivoire, un participant s’est pratiquement mis à genoux pour supplier Yacouba Konaté de prouver ce qu’il dit. Surtout quand il accuse les pro-Gbagbo de casser les travaux d’Alassane Ouattara à Yopougon. Tout est dans la réponse de l’éminent professeur : « il faut aller voir Ben Laden le com-zone de Yopougon. Il te montrera les pro-Gbagbo qu’il a arrêtés » ! Sans commentaire ! Sauf qu’à un niveau plus bas, il y eut un certain Amadou « cimetière ».

Joseph Marat (Aujourd'hui )


Houphouëtistes, semeurs de vent

Lors de la cérémonie de clôture du forum de réconciliation que le président Laurent Gbagbo a organisé en 2001, il a sorti un pan de sa relation avec le président Houphouët Boigny qui est demeuré culte dans l’esprit de tous ceux qui se souviennent encore de ce moment de communion du peuple ivoirien. Je me demande aujourd’hui, à la lumière de la gouvernance des héritiers d’Houphouët, si nous avons compris de part et d’autre la profondeur de ce soupir du président Houphouët à l’endroit de son opposant d’alors : « Hélas ! Tu me ressembles ». Le vieux s’était reconnu dans le combat de son opposant pour l’indépendance totale de la Côte d’Ivoire et perçu dans son âme, son propre combat pour la stabilité ou pour la paix. Ils étaient opposés, et même farouchement opposés au point que certains aficionados ont vu dans le combat politique, un combat à mort qui aurait emporté le vieux. Mais ils avaient également des choses en partage. Ils aimaient profondément leur pays pour faire la politique avec sagesse et mettre leur peuple a l’abri des menaces des groupes terroristes de tout genre. Houphouët Boigny a dirigé ce pays pendant 33 ans. On peut lui reconnaitre, avec du recul, qu’il a tout fait, jusque plonger dans certaines compromissions politiques pour préserver ce pays de la guerre. On doit ce qu’on a appelé « le miracle ivoirien » à la stabilité relative qu’il a entretenue durant son règne. Parce qu’en réalité, la stabilité est le véritable facteur de développement d’un pays. Les investisseurs, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs ont bien plus besoin de stabilité que de la démocratie qui n’est qu’un aspect de la tranquillité dont a besoin l’environnement des affaires. Laurent Gbagbo n’a pu conserver cette paix. Mais, personne ne peut honnêtement dire qu’il ne s’est pas battu comme un beau diable pour ramener la paix dans ce pays. Le forum national de réconciliation, les couleuvres de Linas Marcoussis, le dialogue direct, les accords de Ouagadougou… même le recomptage des voix alors que le Conseil Constitutionnel le déclarait vainqueur, sont les sacrifices consentis par un homme qui voulait éloigner coûte que coûte les démons de la guerre de son pays. Alassane Ouattara et toute sa coalition Rhdp se sont précités pour s’autoproclamer houphouëtistes, arnaquer moralement le peuple et arracher la pouvoir. Mais depuis qu’ils l’ont, leur langage dirime avec celui des hommes de paix. La rancœur, la violence de tout genre, la haine, le discours hautain et inutilement méchant, les menaces, les exactions… voilà ce qu’ils sèment partout comme vent. Et voila que s’amoncelle à l’horizon de la Côte d’Ivoire une tempête sans nom. Quelqu’un a dit que les menaces des terroristes sont faits contre les pauvres populations qui n’ont pas la logistique pour s’en prémunir. Je lui ai répondu que mettre constamment son peuple en danger c’est cela qu’on appelle gouverner, pas pour lui, mais contre lui.

Joseph Marat (Aujourd’hui )

La Cedeao met la vie de ses populations en danger


La Cedeao est dans tous ses états. Cette Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest n’a jamais été aussi ridicule dans son impuissance à régler une crise. Est-ce parce qu’elle s’est donnée pour la première fois un président ivoirien que la force du dicton qui dit : « celui qui règne par les armes périt par les armes » s’impose ? Ou bien, est-ce parce qu’elle n’a pas mesuré la portée de cette parole de sagesse du président Laurent Gbagbo qui disait ceci « quand la maison du voisin brule, aide-le à éteindre le feu de peur qu’il ne se propage et n’atteigne la tienne » ? Dans tous les cas, la Cedeao est prise au piège de ses propres turpitudes. Après avoir porté à bout de bras la rébellion ivoirienne et soutenu l’insoutenable dans la crise postélectorale en Côte d’ivoire, la voilà incapable aujourd’hui de recourir à ses propres panacées. Depuis le déclenchement de la crise malienne, elle tient réunion sur réunion pour prendre des décisions aussi farfelues les unes que les autres. Dès le coup de force du capitaine Sanogo, sans comprendre pour quoi un pareil coup de force, à seulement un mois d’une élection présidentielle, elle a appelé au retour de l’ordre constitutionnel. Sur un ton très arrogant, Ouattara avait même dit qu’il ne tôlerait pas que prospère à sa frontière nord un putsch. La même Cedeao, toujours sans solution ou avec les solutions de Ouattara, reviendra, contre la même constitution, imposer au peuple malien un mandat d’un an pour Dioncounda Traoré. Ce dernier contesté par la junte reste actuellement introuvable. Et comme si elle ne pouvait pas se départir d’une méthode qui apparemment ne marche pas, la Cedeao vient de se réunir pour une énième fois à Yamoussoukro pour prendre des décisions incongrues et lancer des diatribes. Elle exige que le président Dioncounda Traoré revienne de France comme si quelqu’un l’y retenait. Elle décide que le capitaine Sanogo est déchu de son titre d’ancien chef d’Etat comme si cela pouvait servir de solution à la profondeur de la crise malienne. Et comme si la sagesse avait vraiment quitté cette organisation sous régionale, elle vient de décider de l’envoi d’une force militaire contre les mouvements islamistes du nord-Mali, obstruant ainsi toute voie de négociation et de dialogue avec les parties en conflits. La négociation « ne serait pas possible avec les terroristes ». La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Les mouvements islamistes d’Ansar Dine et du Mujao qui ont actuellement le vent en poupe en chassant les « indépendantistes » du MNLA de Gao et de Tombouctou et que la Cedeao qualifie de terroristes pour appâter l’aide américaine, viennent d’envoyer un message bien clair à tous les chefs d’Etat de la Cedeao. Tout Etat ouest africain qui apportera son concours à la Micema (Mission de la Cédéao au Mali) verra sur son sol la manifestation d’actes terroristes. Cette menace est inédite. Et nous notons qu’elle est consécutive à la démarche, depuis toujours ambigüe, et ces derniers temps cavalière, de la Cedeao. Les attentats à la bombe ou autre que nous avions l’habitude de voir à la télévision, et qui paraissait si loin et si étrangers vont bientôt entrer dans notre quotidien. Pour les Ivoiriens, c’est une situation assez ubuesque. Il a fallu attendre l’arrivée d’un « houphouëtiste » au pouvoir en Côte d’Ivoire et à la tête de la Cedeao pour que la notion de dialogue devienne taboue et que la voix des armes occupe tout l’espace diplomatique.

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

jeudi, 28 juin 2012

Après avoir fait main basse sur notre patrimoine



L’ensemble de la presse d’en face a rapporté hier que Alassane Ouattara a informé le conseil des ministres qui se tenait cette fois à Yamoussoukro que conformément à l’article 55 de la Constitution ivoirienne, il a produit, le vendredi 8 juin dernier devant la chambre des comptes de la cour suprême, sa déclaration de patrimoine. Comme s’ils étaient quelque peu gênés de voir leur champion en flagrant délit de violation de la constitution et de mal gouvernance, les journaux verts se soulagent depuis de le voir desserrer un peu l’étau sur ses nombreuses violations de notre pauvre Constitution. Ils ont tellement peu de choses à se mettre sous la dent, qu’ils profitent pour célébrer la bonne gouvernance et cette forme d’amblyopie politique qui consiste à prendre la certification de notre misère (ppte) pour une victoire économique. L’article 55 de notre Constitution en son premier paragraphe dit précisément ceci : « Lors de son entrée en fonction et à la fin de celle-ci, le président de la République est tenu de produire une déclaration authentique de son patrimoine devant la Cour des Comptes. » Il faut bien noter ici que l’article dit bien « Lors de son entrée en fonction ». Ouattara aurait donc dû déclarer ses biens lors de son investiture. Surtout quand on sait les conditions dans lesquelles il a accédé au pouvoir, le bon sens aurait voulu que pour donner un signal de bonne gouvernance et surtout de probité, le chef de l’Etat déclarât ses biens avant d’entrer dans ses nouveaux habits d’homme d’Etat. La fonction de chef d’Etat est comme un territoire dont la porte d’entrée est gardée par une douane soumise au régime de la déclaration. Imaginez un quidam qui entre sur ce territoire, au lieu de se soumettre à toutes les procédures douanières, bombarde le poste de douane et plus d’un an après avoir fait ce qu’il veut à l’intérieur du territoire, après même avoir installé sa propre douane aux frontières, il revient pour déclarer ses soi-disant biens. Alassane Ouattara a été investi devant un panel de chefs d’Etat le 21 mai 2011. Deux semaines avant, il a obtenu, sur commande, les services de Yao Paul N’Dré pour son intronisation le 6 mai de la même année. Mieux, il se considérait déjà comme chef d’Etat depuis le 2 décembre 2010. Tout cela pour dire que ce n’est pas le temps qui a manqué à Ouattara pour déclarer son patrimoine. Mais nous ne sommes pas surpris que cela soit pris pour un acte de bonne gouvernance par les tenants actuels du pouvoir. Nous ne sommes pas allés à la même école. Et personne ne nous empêchera de douter de la sincérité de cette manœuvre digne de la mafia.

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

Génocide, ils ont lâché le mot


Pour donner plus de poids aux chefs d’accusation contre les prisonniers qu’ils détiennent dans les goulags du nord, Alassane Ouattara et son régime ont mué la notion de crimes contre l’humanité en génocide. Et parmi les génocidaires, il faut compter les personnes insoupçonnables comme Aké N’Gbo, Désiré Dallo, le diplomate Alcide Djédjé… et tous les autres pro-Gbagbo. Qu’ils soient en exil, incarcérés ou en sursis partout dans les rues. La notion de génocide est tellement sensible que son apparition dans le corpus des charges contre ces derniers, est révélatrice du drame qui se prépare sous nos yeux. Devant ce drame, l’idée que le régime neutralise les élites et travaille à compromettre durablement l’avenir de ce pays est une peccadille. Tous les documents qu’ils produisent sur le génocide ne nous dit pas qui sont ceux qu’on génocide. Si c’est le groupe ethnique de l’actuel chef d’Etat qui est visé, l’argument risque apparemment d’être bancal parce que le plus farouche partisan de la cause des prétendus génocidaires se nomme Koné Katina. Un grain de sable dans un engrenage mal monté. Le régime de Ouattara ne peut pas pertinemment traiter un seul homme politique de génocidaire dans ce pays. Parce que personne à part lui, n’est dans une logique de rattrapage depuis la charte du nord jusqu'à la constitution d’une armée de dozos pour conquérir le reste du pays. C’est pourquoi nous appréhendons plus le drame qu’il prépare que l’usage d’un concept vide contre les cerveaux de cette génération d’Ivoiriens. Sous nos yeux, une campagne agressive du régime de Alassane Ouattara n’est-il pas en train de préparer le génocide des pro-Gbagbo ? La question mérite qu’on s’y attarde. Etant donné qu’il ne peut enfermer tous les partisans du président Laurent Gbagbo dans une ethnie, ce dernier ayant vraiment dragué le peuple ivoirien sur la base d’un discours politique purement idéologique et non ethnique, le régime de Ouattara veut créer une « ethnie d’opinion » à exterminer. La volonté manifeste du régime de broyer les pro-Gbagbo dépasse visiblement le simple cadre du délit d’opinion. Il est devenu dangereux de montrer son penchant pour la politique du président Gbagbo. Tous les pro-Gbagbo sont des pestiférés dans ce pays. A l’ouest ils sont pris pour des miliciens quand, fuyant la guerre, ils sont pris dans la brousse, leur lieu de refuge. Partout dans le pays, là où les rixes opposent des populations exaspérées aux forces dites d’ordre, on trouve en face des pro-Gbagbo. Quand des camps de refugiés libériens, on extrade des personnes qui ont fui la guerre, pour justifier toutes les dérives liées à leur traitement, on parle de pro-Gbagbo. Un ministre de la République sur un plateau de télévision a même attribué les déboires de gouvernance du régime actuel à des pro-Gbagbo qui seraient en campagne d’intoxication contre Ouattara. Après la dernière sortie de Alassane Ouattara contre Koné Katina, on est convaincu que le principal sujet de conversation que le chef de l’Etat ivoirien partage avec ses homologues est la traque des pro-Gbagbo. Peut-on dans un régime prétendu démocratique stigmatiser à ce point une communauté d’opinion sans déjà avoir planifié contre elle une élimination génocidaire comme solution aux problèmes qu’on lui colle ?

Joseph Marat (Aujourd'hui)