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mardi, 05 juillet 2011

Le racket institutionnalisé


En dépit des incessantes mises en garde du gouvernement Soro, tout porte à croire que le fléau du racket a été institutionnalisé depuis l’enlèvement et la séquestration du Président Laurent Gbagbo. Les FRCI qui contrôle désormais le territoire national semble transmettre le message suivant : « nous ne sommes pas venus pour mettre fin aux rackets, nous sommes là pour vous en montrer toutes les facettes ».
En effet les faits sont têtus, et ce ne sont pas les menaces prononcés du bout des lèvres par Alassane Ouattara qui changent quelque chose. Dans les sous quartiers résidentiels de Cocody – Angré comme Djibi, cité BCEAO, Arcade 1 et 2 …dans les premières heures de la crise, face aux pillages et aux exactions, les habitants ont été subtilement conduits à accepter de se faire protéger par les éléments des FRCI monnayant des repas quotidiens et des rémunérations mensuelles. Ce sont près de 1 million 500 mille qui ont été remis à la demi-douzaine de soldats qui ont gardé la cité de Djibi 1 pendant un mois et demi. Ailleurs ce sont des prélèvements de 5000 f par semaine ou 20 000 par mois qui sont exigés individuellement aux habitants. Evidemment tout refus de se faire protéger est exclu. Sinon on expose la cité à l’insécurité totale. Dans le petit village d’Aboboté, jouxtant la grande commune d’Abobo, après que les FRCI aient pris le contrôle du recouvrement des taxes de leur marché, les villageois se sont autorisés de refuser poliment l’offre de protection de 250 000 par mois des nouveaux patrons. C’est pratiquement la jambe au cou que les pauvres villageois ont cédé au chantage des FRCI quand dans les jours qui ont suivis leur réticence, ils ont vu le taux d’insécurité centuplé.
Sur les artères de la ville d’Abidjan et sur nos routes joignant les localités de l’intérieur du pays, ce sont des faits coquasses qui finissent par convaincre du caractère institutionnel du racket. Sur l’avenue principale de la 8ème tranche à Angré, juste après l’espace gastronomique « Murphy », monsieur Tuo Samuel à bord d’une Peugeot 406, se fait arrêter. Il ouvre sa boite à gant et tend ses pièces à l’élément FRCI qui l’a arraisonné. Ce dernier, au lieu de prendre les pièces, continue de tendre la main et réplique « je ne sais pas lire, et je ne suis pas là pour ça monsieur, celui qui m’a envoyé ici m’a demandé de faire payer toutes les voitures qui passent. » monsieur Tuo qui a voulu parlementer pour dire qu’il était dans un véhicule personnel a immédiatement compris qu’il lui fallait mettre la main à la poche. L’agent de l’ordre a ôté sa kalache de sa bandoulière et l’a déposée bruyamment sur le capot.
Sur les routes de l’intérieur du pays le spectacle se mêle aux regards désapprobateurs mais résignés des voyageurs. A l’entrée comme à la sortie des localités traversées par les grandes voies de transit, les rackets sont organisés : la passagère paye 200 ou 300, le passager c’est 500. Cela veut dire qu’aujourd’hui, à cause de ces barrages, le cout du déplacement est passé du simple au triple. Pour ce qui est du transport des marchandises et produits agricoles, c’est le jackpot des Frais de Route en Cote d’Ivoire (FRCI). Il n’y a pas longtemps, monsieur Farikou Soumahoro, président de la Fédération Nationale des Commerçants de Cote d’Ivoire (FENACCI), dans une interview accordé à un confrère n’a pas mâché ses mots pour décrire l’ampleur prise par le fléau. « Les tracasseries et rackets que nous avons décriés se sont intensifiés. Avant la crise, il fallait payer 400 000 francs Cfa pour un camion qui vient de San Pedro à Abidjan. Aujourd`hui, c`est le double qu`il faut payer. Les éléments des Frci (ndlr : Forces républicaines de Côte d`Ivoire) prennent 40 à 50 mille francs par camion à chaque corridor. Pour le café-cacao, il faut payer entre 200 et 500 mille francs Cfa pour un camion. Nous avons été saisis par nos représentations de l`intérieur du pays sur ces tracasseries routières. A notre tour, nous avons informé les autorités face à ce fléau qui s`aggrave»
Par ailleurs, on n’assiste pas seulement à une intensification du phénomène, il se diversifie aussi dans des formes auxquelles on a rarement été confronté en Cote d’Ivoire : les demandes de rançons. Ils ne se comptent plus, les citoyens ivoiriens qui sont obligés de racheter leurs propres véhicules. Même quand la procédure de récupération est officielle, ce n’est pas gratuit. Sinon, c’est à des centaines de mille ou à des millions, selon la valeur du véhicule, que se négocie la rançon. L’autre stratagème très flippant mis en place pour soutirer de l’argent à la population, c’est le kidnapping des personnes physiques. Le dernier en date qui défraie la chronique est celui du sous directeur de l’ENS (Ecole Normale Supérieure) monsieur Koudou Opadou. Répondant à l’appel du gouvernement de la reprise des activités, monsieur Koudou a eu le malheur de sortir de sa tanière. Enlever par des éléments de FRCI, c’est en contre partie de 2000 000 f cfa qu’il a été remis le 02 juin dernier à sa famille. Une semaine avant, c’est la chaine de télévision TCI qui n’a pas pu se taire face à la douleur de la famille Koné à Abobo. Leur fille Koné Marie Rose a été séquestrée par son petit ami FRCI. Ce dernier a réclamé 5 000 000 f CFA aux parents pour libérer Marie Rose. Mais quand, trahi par sa voix, son identité fut révélée, le ravisseur Yeo Kamagnigui dit Dubaï s’est volatilisé dans la nature avec sa proie.

Joseph Marat

19:28 Publié dans reportage | Lien permanent | Commentaires (0)

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