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jeudi, 28 juillet 2011

Au nord, l’or divise les anciens amis

Ils ne l’ont pas porté au pouvoir pour qu’il leur arrache le pain de la bouche. Mieux, maintenant qu’ils ont le pain du pouvoir, il n’y a pas de raison qu’ils ne le beurre pas. Voici l’état d’esprit dans lequel baignent actuellement les hommes de Soro qui contrôlent toutes les zones Centre Nord Ouest et qui interdisent à Alassane Ouattara de vouloir, même en rêve, d’étendre ses tentacules fiscales sur les 60% du territoire qu’ils administrent.

L’information a été rendue publique sur l’un des nombreux sites favorables à Alassane Ouattara par un confrère. En mission dans le nord du pays, précisément à Ponondougou, il livre un bout très significatif de la communication téléphonique que lui a transmise un des soldats restés en poste à Korhogo avant d’en tirer les conséquences désastreuses pour l’économie du pays. Avant d’y ajouter quelques observations, nous vous livrons entièrement cette information telle que nous l’avons récupéré pour vous sur la toile :

« Il faut leur dire que nous, on continue notre boulot tranquillement, tous les régisseurs sont en place, la Centrale (Ministère des Finances des ex rebelles, Ndlr) ici à Korhogo fonctionne correctement. Les entrées d’argent du port suffisent à Ouattara et à ses amis blancs. Ils veulent fermer nos postes, mais qu’ils arrêtent d’abord les tickets de Wattao au port d’Abidjan et des autres à San-Pedro. Wattao taxe les camions vides à 5000 Fcfa et les camions remplis à 10.000 Fcfa, est-ce que eux ils ne voient pas ça ? Et c’est nous ici, qu’ils viennent emmerder. Dernièrement nos éléments ont reçu 100.000 FCFA à la CTK, mais toi-même tu es journaliste vieux-père, est-ce que c’est normal ça, cent mille pour tout le travail qu’on a fait. Nos frères et amis sont tombés (mort, Ndlr) au front, leurs parents n’ont rien reçu, mais Soro et Ouattara parce que l’armée française les soutiennent pensent qu’ils peuvent nous forcer à déposer les armes et puis fermer la Centrale. Eux, ils ont leurs milliards, nous on a nos régisseurs aux postes frontaliers. Je répète, l’argent du port suffit à Ouattara et à ses amis. Ils nous ont trompé eux tous, on a compris ça depuis la mort du Major (IB), on va te recontacter frère, y a des choses que tu dois savoir. »
Avant d’ajouter sa propre analyse Hervé Coulibaly, le confrère en question, précise que telle est la teneur des propos d’un soldat FRCI, ancien des Forces nouvelles qu’il a eu au téléphone depuis la localité de Ponondougou dans le nord de la Côte-d’Ivoire le samedi 16 juillet dernier. Alors le commentaire qui suit est révélateur des difficultés de gouvernance dont le journaliste prend conscience à son corps défendant.
« Au mois de juin, nous vous faisions cas du refus des hommes du commandant « rebelle » Fofié Kouakou, de laisser les postes de contrôles frontaliers aux fonctionnaires des douanes, affectés depuis Abidjan. Ceux-ci avaient d’ailleurs été menacés et sommés sous la menace des armes de retourner d’où ils venaient. Un mois plus-tard, nous sommes repartis aux nouvelles. Le constat est que le statu quo demeure, « les douaniers de Ouattara » ne sont toujours pas les bienvenus dans le « Soroland ». Ainsi, des difficultés budgétaires pour le gouvernement Ouattara pointent déjà à l’horizon. L’information sur cette crainte, circule déjà dans les milieux économiques ivoiriens. On comprend mieux tout le sens de l’annonce faite la semaine dernière par le gouvernement Ouattara, sur son incapacité à faire face au service du remboursement de la dette contractée auprès du Club de Paris, pour l’exercice 2011. Cette dette s’élève à 2,3 milliards de dollars US, plus de mille cent (1.100) milliards de FCFA. »
Pour un journaliste pro Ouattara, l’analyse est très courageuse et bien pertinente. Elle nous fait savoir de prime abord que l’enlèvement de Laurent Gbagbo n’a pas suffi à établir le pouvoir de l’Etat sur l’entièreté du territoire national. Et que mieux les rebelles continuent de l’être, cette fois contre Alassane Dramane Ouattara qui manque ainsi de réaliser l’une de ses promesses électorales : diriger toute la Côte d’Ivoire depuis le sud. Voilà donc Ouattara, selon le confrère, contraint de se contenter des apports financiers de 40% du territoire et pouvant à peine faire mieux que Laurent Gbagbo.
En revanche, la où cette observation ne creuse pas en profondeur la boutade du rebelle jouissant des deniers publics des zones CNO, c’est que depuis la fin de la crise post électorale, les frontières économiques ou fiscales de la rébellion en Cote d’ivoire ne sont pas restées figées. Elles se sont déplacées au sud. Puisque le rebelle qui semble en savoir beaucoup décrit même la façon dont Watao et consorts qui ont déplacé leurs quartiers à Abidjan rongent les prérogatives fiscales de l’Etat. A la limite, le pouvoir de Ouattara n’est pas seulement interdit de faire des prélèvements fiscaux dans le nord du pays. Les caisses publiques du trésor souffrent aussi de la généralisation de la rébellion.
Sous cet angle, les difficultés de gestion d’Alassane Ouattara deviennent plus compréhensibles. Sinon c’est avec le handicap d’un nord non imposable que Laurent Gbagbo a dirigé le pays en remboursant les dettes et sans emprunter un rond aux clubs de Paris et de Londres. Aujourd’hui le fait que le ministre Charles Koffi Diby ait des problèmes budgétaires, qu’il ne puisse plus faire face au service du remboursement de la dette, qu’il supprime les primes que le régime précédant versait même aux ex rebelles, montre que Ouattara n’a pas qu’hérité d’un nord rebelle. Il lui est interdit d’y accéder.
L’ex rébellion est présente dans toutes les contrées du pays. Et elle s’exprime, pour subvenir à ses propres besoins, par des prélèvements parallèles. Entre temps, le trésor public reste constamment asséché parce que le payement des vignettes est suspendu, les commissariats, les mairies des zones CNO ne rapportent plus rien à l’Etat parce qu’ils sont rarement fonctionnels.

Joseph Marat

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