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jeudi, 03 novembre 2011

Le Chef, le boulanger et le boucher


Après une dure journée à écrire pour informer le peuple ivoirien sur la non gouvernance de Dramane Ouattara, je suis rentré chez moi. Je me suis pratiquement jeté dans le premier canapé qui s’est offert à moi pour essayer de trouver quelques instants de repos. Mais le programme de la télévision au bout de quelques minutes, m’a tiré de ma lassitude. Master chef, tel est le nom de l’émission de compétition culinaire qui passait sur TFI. C’est la demi-finale qui opposait une jeune fille de 22 ans à un monsieur d’un âge mâture. Une seule place en finale les oppose dans la confection d’un met en un temps donné.
Dans ce genre de compétitions, c’est à la dernière minute que tout se précipite. Au bout de l’heure, la jeune fille, à peine a-t-elle mis la dernière touche à sa présentation qu’elle se rend compte que l’adversaire est dans les difficultés. Son œuvre était encore dans le four. Au lieu de se réjouir, elle interpelle son adversaire pour lui rappeler la fuite du temps et jaillit de sa position pour apporter son concours au protagoniste. L’accolade des compétiteurs consécutive à cet instant de panique consacre un moment de forte émotion. On voit animateurs et membres de jury écraser des larmes au coin des yeux. Ironie du moment, mais charme de la compétition, celle qui a secouru a perdu. La leçon de l’histoire et la réflexion que cela inspire est que la politique est comparée, par les poètes, à la cuisine. Le rapport n’est certes pas évident, mais je me suis demandé s’il n’y aurait pas eu une série d’empoisonnements en raison de la haine que se vouent généralement les politiciens. Je ne puis aller loin dans cette imagination parce que l’essence de la cuisine est de nourrir et non de nuire. Ceux qui ont comparé la politique à la cuisine ont eu la pensée perspicace parce qu’en réalité on ne fait pas la politique pour nuire. On la fait pour proposer aux autres la joie de vivre ou le bonheur, même sur sa courbe asymptotique. Aujourd’hui, nous nous demandons si les Ivoiriens ont encore envie de se mettre à table. Y-a –t-il encore quelqu’un en Côte d Ivoire qui veuille faire la politique ? Les armes sont les filtres mortels de l’art de diriger les hommes et cet art cesse d’en être un quand il charrie des armes contre le peuple.
En Côte d’Ivoire on a introduit les armes dans le champ politique et plus personne aujourd’hui ne veut s’attabler. Tenez ! Seka Seka Anselme ne s’est pas présenté au procureur de la République et nous entendons dire qu’on nous dise qu’il s’est évadé ou a tenté de s’évader. La politique est devenue trop dangereuse pour des gens qui tiennent à la vie. L’épilogue de l’histoire c’est que sous le régime du président Gbagbo ceux qui étaient en exil sont rentrés avec des allocations viagères. Sous ce régime c’est la présidence qui se rendait chez les opposants pour partager leur peine, leur joie et souvent même les prévenir des dangers qu’ils pourraient courir. Sous ce régime les partis politiques étaient financés, les journalistes expérimentaient la véritable liberté d’expression. Les rebelles avaient leur place dans les gouvernements. Sous ce régime l’homme fort faisait vraiment la cuisine et tout le monde mangeait. C’était un bon cuisinier. Et les convives furent tellement ivres de bombance qu’ils le surnommèrent le boulanger. Ils ne croyaient pas si bien dire. Ils ignoraient certainement qu’en politique il est préférable d’être un boulanger qu’un boucher.

Joseph Marat

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