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lundi, 07 novembre 2011

Le Far West de Dramane


Ce qui s’est passé hier à Yopougon est grave. D’autant plus grave que nous avons tous déploré l’introduction des machettes sur les campus universitaires en Côte d’Ivoire. Elles prospéraient déjà dans le milieu syndical des transporteurs et c’est en toute logique que dans leur volonté de vouloir casser la Fesci, les pontes du Rdr, en son temps, avaient introduit les machettes dans le milieu estudiantin. La suite nous la connaissons tous, et nous en sommes tous victimes aujourd’hui. Une jeunesse arrachée aux bancs de l’école et instrumentalisée pour faire la guerre à leur propre pays. Aujourd’hui la machette a cédé le champ à la kalachnikov. D’aucuns diront que cela est normal puisqu’on sort d’une guerre armée. Mais la gravité de ce qui s’est passé avant-hier sur le tronçon reliant Siporex et le carrefour sable, à l’entrée de Yopougon en venant du Banco, est d’autant plus inquiétant qu’il nous montre à quel point la dangerosité du pays est désormais sans limite. Il faut dorénavant se détromper de croire que les hommes en armes en Côte d’ivoire sont les seuls éléments des Frci en tenue bigarrée dans les rues du pays. Les conducteurs de gbaka, des taxis et taxis communaux communément appelés Woro woro sont aussi plus que suspects de détenir des armes sous leur siège. Avant-hier, tôt le matin, les habitants de l’entrée de Yopougon se sont réveillés avec des tirs de kalach. Nous sommes convaincus que ceux qui n’avaient pas le visuel ont pensé dans un premier instant qu’il s’agissait encore des clans rivaux des pistoleros Frci qui s’affrontaient dans un ultime règlement de compte. Nous nous sommes habitués et nous espérions secrètement que quand le régime et ses soutiens occidentaux seront fatigués de les voir ainsi parader dans les rues comme des âmes en peine, ils procéderont à leur désarmement. La relance économique en dépend et nous nous disons aussi qu’on ne conquiert pas un pouvoir pour le laisser dégénérer. Nous étions donc en droit d’attendre que Dramane Ouattara ramène ce pays sur les rails un jour. Seulement voilà, non seulement son "armée paysanne", pullule dans les rues et s’y est, en définitive, installée mais on s’est rendu compte aussi que la population a été armée. C’est dire que, même si demain, par extraordinaire, le pouvoir de Dramane, à son corps défendant procédait au désarmement de sa milice, il n’aurait rien fait pour la sécurité des Ivoiriens. Il se serait attaqué à la partie visible de l’Iceberg.
La Côte d’ivoire, après avoir "perdu" son prestige de première puissance économique de la sous région, s’enfonce, depuis la disparition d’Houphouët Boigny, dans une métamorphose qui fait d’elle la plus grande poudrière à ciel ouvert de la sous région.
Le drame dans tout ça, c’est que rien n’est fait et rien n’est envisagé pour endiguer le fléau. La sortie des armes par des transporteurs syndicalistes pour régler dans le sang un simple contentieux de contrôle d’un espace public est le signe d’un abcès profond. La Côte d’ivoire va mal et il ne pouvait en être autrement. Quand par courte vue et par manque de vision politique on prend des armes pour faire des revendications d’ordre social ou pour vider un contentieux électoral, il n’y a pas meilleure façon d’ériger en paradigme l’usage des armes à feu pour régler n’importe quel problème de société. Les échanges de tirs entre civils dans des tranchées de quartier, voilà Le projet de société auquel Dramane pensait certainement quand il ameutait tous les vendeurs d’armes et tous les mercenaires du monde pour dégager son adversaire politique qui l’invitait pourtant au recomptage des voix. Si le subconscient n’entretenait pas l’équivoque de l’interprétation subjective celui de Dramane nous aurait clairement dit qu’il souhaite, pour la société ivoirienne, cette totale déliquescence.

Joseph Marat

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