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mardi, 29 novembre 2011

Gouvernance à vue


Voulez-vous avoir une idée de la pagaille qui règne dans la conduite de l’Etat de Côte d’Ivoire ? Il aurait fallu fréquenter cette semaine le grand carrefour de la Riviera II à Cocody. Le jeudi 24 novembre dernier à minuit, Le gouvernement de Ouattara a fermé cette grande voie qui relie Adjamé, Cocody et Bingerville au niveau du grand carrefour de la Riviera II. Imaginez la gène des automobilistes et des usagers qui, le lendemain, étaient obligés de se chercher des passages sur les voies cahoteuses d’Attoban et de la Riviera Palmeraie pour rallier soit leur lieu de travail, soit leur domicile. Quand on sait la densité de la circulation à cet endroit aux heures de pointe, le désarroi dans les embouteillages monstres est inimaginable. Le gouvernement Ouattara a justifié cela par le fait que les travaux du troisième pont devraient incessamment débuter. « On va faire comment, on n’a pas dit qu’on veut pont ! De toute façon un an de maquis pour s’offrir un pont ce n’est pas cher payé. C’est encore mieux que le bombardement de nos palais ! » Grande fut ma surprise, moi qui avais déjà commencé le compte à rebours, de constater à mon réveil ce lundi 28 novembre que le rond point de la Riviera II était de nouveau ouvert à la circulation. Quelqu’un me dit à côté que c’est la résurrection du carrefour de la II. Oui, parce que bizarrement ce doux calvaire qui berçait nos rêves de riche de pont a duré 3 jours comme le Christ dans son tombeau. Mais alors que deviennent le début des travaux du pont ? J’apprends qu’après les fêtes de fin d’année nous allons encore réapprendre à nous passer de ce grand carrefour de la voie Mitterrand. On s’est regardé et quelqu’un s’est interrogé « mais Dramane ne savait-il pas que les fêtes arrivaient ?» Un autre a répondu : gouvernance à vue et de courte vue.

Joseph Marat

Koenders se croit en brousse


« Le conseil constitutionnel est une institution principale dans le pays, elle est très importante avant les élections par exemple sur les contentieux, mais aussi après. Il est donc important de connaitre son point de vue », d’après une déclaration de Bert Koenders, le remplaçant de Choi en Côte d’Ivoire, a l’issue d’une rencontre avec Francis Wodié. Quoiqu’ on ne perçoive pas bien l’opportunité d’une telle assertion tautologique, on aimerait bien savoir s’il s’agit d’une critique adressée à Choi son prédécesseur qui avait totalement ignoré l’importance du Conseil Constitutionnel ou faut-il penser que Koenders nous informe que cette Institution est devenue principale et importante depuis peu, depuis qu’elle est dirigée désormais par l’ami de Dramane Ouattara ? Dans un cas comme dans l’autre, il est autant ridicule que celui qui l’a précédé dans cette fonction. Si c’est une critique qu’il adresse à Choi pour remettre l’organisation des Nations Unies à la place qui est la sienne dans la crise ivoirienne, il devrait commencer par lire la charte des Nations Unies et la Constitution de l’Etat de Côte d’Ivoire. Comprendra-t-il, peut-être, dans un premier temps, que l’Institution qu’il visite n’est ni importante ni principale parce que, quelle que soit la renommée de celui qui la dirige, son mandat est illégal. Nous ne ferons pas de dessin. Le Conseil Constitutionnel est prestigieux dans L’ordre juridique de la nation ivoirienne, mais pas celui que dirige Francis Vanga Wodié. Deuxièmement, il est vrai que ces derniers temps, la sauvagerie des rébellions rappelle constamment l’âge néolithique de notre humanité, mais Keonders doit savoir qu’il ya longtemps que nous avons cessé de vivre dans les arbres en Côte d’Ivoire. C’est en toute souveraineté que le peuple ivoirien s’est doté en 2000 d’une Constitution qui fait du Conseil Constitutionnel la clé de voûte de notre arsenal juridique. Nous connaissons donc son importance. Mais nous comprenons aussi pourquoi ce fonctionnaire international, petit fils d’esclavagistes, tient à nous shooter l’importance de ce conseil-ci. Il sait que nous savons qu’il n’émane pas de nous, mais de ses mandataires.

Joseph Marat.

dimanche, 27 novembre 2011

Nous avons tous des fusils sur la tempe.



Sont-ils vraiment sérieux ? On aurait bien aimé que cela soit une plaisanterie de mauvais goût. Mais que non ! Cette réflexion me vient, suite à la lecture d’un article d’un confrère, éboueur des couloirs du palais de la justice du Plateau, sur le rejet de la requête de mise en liberté provisoire d’un autre confrère : Herman Aboa. C’était un reportage et Landry Kohon de ‘’Frat-mat ‘’ est resté droit dans ses petits souliers de journaliste professionnel, aucun commentaire désobligeant. Mais nous avons perçu le message. Avec un fusil sur la tempe vous pouvez même renier vos propres parents. A plus forte raison. Sinon le professionnalisme n’interdit pas au journaliste de rappeler à l’occasion les termes de la loi ivoirienne qui interdit l’incarcération des journalistes. A moins qu’il ne soit lui-même convaincu que dans l’exercice de notre profession nous sommes des miliciens soupçonnables d’ « Atteinte à la défense nationale ; complot contre l’autorité de l’Etat ; constitution d’une bande armée ; direction ou participation à une bande armée ; participation à un mouvement insurrectionnel, coalition de fonctionnaires atteinte à l’ordre public ; rébellion ; usurpation de fonction, et enfin tribalisme, ou xénophobie. » Pour établir une pareille liste de chefs d’inculpation à l’endroit d’Herman Aboa, il faut avoir pris Dramane Ouattara au sérieux lorsque, devant l’impertinence des journalistes américains, il a botté en touche en disant que ce dernier est un milicien. Depuis, ce jeune homme est écroué à la Maca au mépris de la loi qui protège notre corporation.
Dans l’affaire, j’ai aussi compris qu’il n’y a pas que le journaliste reporter qui a un fusil sur la tempe. Le juge qui refuse sa mise en liberté provisoire a-t-il jugé en son âme et conscience ? Si c’est un juge ivoirien, lui, devrait savoir qui est Herman Aboa et se dire que ce n’est pas parmi les agents de la RTI que se comptent les miliciens. C’est l’adage qui le dit : « Quand on veut noyer son chien on l’accuse de rage. » Nous sommes donc tous autant que nous sommes en sursis en Côte d’ivoire. Il suffira à Dramane, qui nous connaît peu, de nous prendre pour des miliciens, selon ses humeurs, pour que nous perdions tous nos droits civiques.

Joseph Marat

jeudi, 24 novembre 2011

Machine à dette grippée

Alassane Dramane Ouattara est encore en Europe. Le ratio d’un voyage par mois se confirme. Quelqu’un nous avait même prévenu de nous habituer à ce rythme de déplacement du chef de l’Etat en Europe. Il a des CR mensuels à faire. Un autre s’était même engagé dans un débat pour dire que c’est en Côte d’Ivoire qu’il vient de temps en temps sinon c’est là-bas qu’il réside. Quoi de plus normal. Il est au travail. L’homme qui a dit que son travail c’est de chercher l’argent, qu’est ce qu’il a à faire ici, autour de vos cases ruinées par la misère ? En tout cas Dramane est en Europe et il faut qu’il y soit parce que c’est là-bas qu’on trouve l’argent et il est pressé par le temps. Il lui reste à peine un mois pour boucler la récolte d’au moins 2500 milliards. Il nous avait promis d’endetter la Côte d’Ivoire au delà de 12 000 milliards au bout de cinq ans de gouvernance. Ce n’est certainement pas en mettant les Ivoiriens au travail ici qu’il y parviendra.
Mais, même là notre "bravetche" national est à la peine. Il tourne à vide. La science semble souffrir d’obsolescence. Le compte n’est pas bon. Heureusement pour nous qui avions rêvé de vivre dans un Etat sans dette. 45 milliards pour un programme présidentiel d’urgence. L’homme était encore cloîtré au golf hôtel. 260 autres, juste après l’arrestation du président Gbagbo. Et les indécrottables se sont mis à rêver. Aujourd’hui 82 milliards pour le financement de cinq autres projets viennent de lui être remis par José Manuel Barosso. Quand on fait le point, on est loin du compte. 387 milliards au total sur les 12 000 milliards après un an. Juste des jetons que l’Etat ivoirien s’était habitué à s’offrir lui-même. Réjouissons-nous que la machine à s’endetter soit grippée.

Joseph Marat

Il est là, le débat sur la dévaluation aussi


Il me plait de conseiller aux compatriotes ivoiriens de ne pas rechigner à débattre avec leurs camarades du Rdr. Si les armes se sont quelque peu tues et qu’ils consentent maintenant à discuter, je vous assure que c’est très intéressant de les écouter. Ce sont des gisements inépuisables du ridicule qui, heureusement, ne tue pas.
Je trouve un matin un "fou" de Dramane Ouattara attablé à un kiosque à café. Il prenait son aboki. Après les salamalecs, je lui lance «frère, comment va maintenant le pays ? » il me répond : « au début c’était un peu difficile mais maintenant tout va bien. Nous sommes à 8% de croissance et on prévoit même un taux à 2 chiffres d’ici l’année prochaine. » Quoique le ton soit un peu caverneux, j’ai apprécié la variation du langage. Au lendemain de l’arrestation du Président Gbagbo, tout allait déjà bien pour eux. Reconnaitre que c’est à cette époque que c’était dure, je me dis que le triomphe de la vérité ne se presse pas. Je n’ai pas eu besoin de commenter les 8 % de croissance, soit un point de croissance à chaque voyage mensuel de Dramane en France. On ne s’acharne pas sur quelqu’un qui est déjà au tapis. Il est victime de l’intox. Alors Je relance le débat et lui dit : « mais, on parle de dévaluation pour le premier janvier prochain, c’est ce qui va certainement booster la croissance ?» ; « oh non c’est faux, il n’y aura pas de dévaluation. J’ai écouté Rfi la dernière fois. Des spécialistes disent que ce n’est pas possible. Et je pense qu’ils ont raison parce qu’on ne peut pas dévaluer la monnaie d’une économie en pleine croissance. » Ah oui ! J’avais oublié les 8 % de croissance et le fait même que pour nos frères d’en face n’importe quel quidam blanc qui a feuilleté deux ou trois pages sur les Pygmées du Gabon et les Massaïs du Kenya est un spécialiste de tous les problèmes d’Afrique. Alors je lui rappelle timidement qu’en 1994, les mêmes spécialistes avaient nié la même évidence parce qu’une dévaluation ne s’annonce pas officiellement de peur de créer une panique financière. «S’ils font ça, nous allons quitter le FCFA pour créer notre propre monnaie…» Écoutez, j’en avais pour ma dose journalière.

Joseph Marat

mardi, 22 novembre 2011

Jean Marc Simon l’anti - diplomate

« Tout est relatif.» C’est Albert Einstein, l’icône de l’intelligence de notre modernité qui, au sommet de toutes ses certitudes scientifiques, est parvenu à cette conclusion. Elle sert aujourd’hui de boussole à toute réflexion qui veut trancher avec la sottise de la subjectivité et se revêtir d’un bout d’objectivité. Surtout quand il s’agit de se prononcer non sur son propre goût pour la cruauté mais de produire l’analyse d’un fait vécu par au moins deux personnes.
Face à la question «qui est responsable de la crise postélectorale ?» ; nous sommes souvent frappés par le manque de recul réflexif dans la réponse que donnent les tenants du pouvoir actuel, prêts à se blanchir au-delà du possible. Dramane Ouattara, n’en parlons pas. Lui, trouve même qu’Hermann Aboa est un milicien. Soro Guillaume, Gnenema Coulibaly, Kouamé Bruno, Ahoussou Jeannot… nous ont tous joué le coup du procès achevé de Laurent Gbagbo et ses partisans avant de trouver que les enquêtes allaient situer les responsabilités pour les Frci…
Il faut aujourd’hui ajouter à cette liste le nom du chef de la diplomatie française en Côte D’Ivoire : Jean Marc Simon. Ce monsieur, après s’être longuement fourvoyé dans une interview accordée à un confrère, a trouvé que Gbagbo est le responsable de tout. Et que depuis qu’il n’est plus là, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Que répondre à cela si ce n’est lui proposer l’éclairage de maître Lucie Bourthoumieux, avocate du président Gbagbo « il serait insultant de dire que le président Gbagbo n’a aucune responsabilité dans cette crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis 1993. Je dis bien 1993. Aurait-il fallu qu’en 1993, il dise à Ouattara "oui monsieur le premier ministre piétinons la constitution, prenez le pouvoir et donnez moi un strapontin" ? En 2004, aurait-il dû applaudir la France qui canardait la population ivoirienne devant l’Hôtel Ivoire ? Quand en 2010, le Conseil Constitutionnel, s’appuyant sur la constitution adoptée par referendum sous Robert Guéi dit que c’est lui qui est élu au regard des PV des bureaux de vote et des observations factuelles des observateurs internationaux, y compris ceux de l’Union Européenne, Laurent Gbagbo aurait-il dû dire "comme la communauté internationale dit que ce n’est pas moi le vainqueur donc je m’en vais ?" » Le bon sens est-il encore la chose la mieux partagée dans le pays de Marc Simon ? Simple question.

Joseph Marat

Gouverner se pense

Une opposition constructive, ça aide. Ça permet de garder la forme, de se faire au rouage du métier et de se préparer à exercer le pouvoir. Alassane Dramane Ouattara a fait irruption dans le microcosme politique ivoirien en 1989. Quatre ans plus tard, à la mort d’Houphouët Boigny en 1993, il faisait ses premiers pas dans l’opposition. Cela faisait 18 ans d’opposition, le 11 avril dernier quand il accède au pouvoir suite à l’arrestation du président Laurent Gbagbo. Avec un peu de recul, que pouvons-nous retenir de l’opposition de Dramane Ouattara ? Qu’a-t-il apporté aux différents régimes qui se sont succédé à la tête du pays ? S’il ne les a pas aidés, les a-t-il, au moins, laissés travailler pour apprendre en regardant ? Ou bien s’il savait déjà tout, à part les slogans de campagne qui tiennent généralement sur des quarts de page A4, lui connaissez-vous un livre où il élabore un projet de société ou un programme de gouvernement ? Quand on veut gouverner un pays, on prend le temps de penser et d’écrire ce qu’on veut faire. Cela sert par la suite de boussole ou de guide de gouvernance. Les slogans devant des foules de badauds qui ne comprennent que le langage du boucan et les séminaires gouvernementaux, dans le feu de l’action pour rattraper des tares, ne suffisent pas. « Un million d’emplois en 5 ans », c’est bien beau de le crier à tue-tête, mais quand on n’y a pas suffisamment réfléchi, il est difficile de le réaliser. Aux milliers d’emplois qui se perdent depuis qu’il est au pouvoir, vient s’ajouter la mauvaise gestion de la seule activité gouvernementale visible depuis le 11 avril dernier : le nettoyage des rues. Que peut espérer la jeunesse ivoirienne d’un régime qui a du mal à assurer des emplois de balayeurs de rue ?

Jaseph Marat

Le parlement est fait pour les démocrates



C’est officiel le FPI ne prendra pas part aux élections législative du 11 décembre prochain. Les discussions que Dramane Ouattara a annoncées pompeusement avec le FPI, après deux tours de table ont accouché d’une souris. Nous nous interrogeons tous. Pourquoi ? La réponse est claire et apparente et c’est Amadou Soumahoro, le secrétaire général du parti au pouvoir qui nous la donne « le président Ouattara doit tout faire pour avoir la majorité à l’Assemblée nationale pour faire passer les lois. » Quoique, nous sachions tous que ce régime n’a pas besoin de parlement pour faire passer ses lois - les nombreuses violation de la constitution en sont la preuve - il ne veut pas prendre des risques d’avoir un parlement bicolore. Le risque est trop grand parce que le parlement ce n’est pas un champ de guerre armée ou du moins de violence physique. On ne s’y arme pas pour s’imposer. Si guerre il y a, c’est la guerre des idées. Et là, les limites de ceux qui sont passés maîtres dans l’usage de la force physique pour se frayer un chemin en politique, deviennent immédiatement apparentes. Nous nous souvenons de ces débats parlementaires redoutés par les tenants du pouvoir actuel. Avec tous ces députés de la majorité présidentielle férus de véritables convictions politiques on sortait difficilement indemne de ces débats. L’enrichissement intellectuel pour ceux qui avaient l’esprit ouvert et la frustration, la honte pour ceux avaient les débats intellectuels et les discussions politiques en horreur. Vous en convenez avec moi les appels du président Gbagbo à s’asseoir pour discuter ont rarement eu d’échos en face et ce qui abouti aujourd’hui à l’absence du Fpi aux législatives est simplement un refus catégorique d’asseoir le débat politique. Il ya donc une seule lecture à faire actuellement, Ouattara n’a jamais voulu que le Fpi aille à ces élections parce qu’il peut difficilement s’accommoder d’une Assemblée Nationale qui, même si à cause d’une majorité surfaite doit laisser passer des lois, exposerait les limites de sa politique. C’est donc à dessein qu’après deux profondes contributions du FPI/CNRD qui l’invite à analyser avec lucidité la situation politique et à engager des discussions constructives sur l’avenir de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a mis fin de façon unilatérale aux négociations. Sinon qu’est ce qui peut bien empêcher, le chef de l’Etat de créer les conditions élémentaires d’une élection transparente ? Sans en faire une préoccupation secondaire, le FPI aurait pu fermer les yeux sur la libération de Laurent Gbagbo et aller à ces élections si et seulement si deux conditions élémentaires de transparence étaient réunies. La composition de la CEI pour préserver son caractère de structure indépendante et la question de sécurité sur toute l’étendue du territoire pour permettre à tous de faire campagne librement partout. Nous n’avons rien contre Youssouf Bakayoko, mais quelqu’un qui a été à la base de la crise postélectorale telle que nous l’avons vécue en Côte d’Ivoire, à cause de son inconstance, devrait être démis s’il ne le fait pas de lui-même. En sus que font encore les groupements rebelles dans une commission électorale dite indépendante et totalement déséquilibrée en faveur d’un parti ? Si on ajoute à tout cela la hantise de l’insécurité, il faut féliciter le FPI pour son refus de manger de ce pain. Il se serait lui-même empoisonné autrement.

Joseph Marat

lundi, 21 novembre 2011

Mamadou et Amadou dans leur boue


Savez-vous à quel niveau ils descendent le débat politique aujourd’hui dans ce pays ? Quand vous les écoutez, si ce n’est pas la nausée qui vous étreint la gorge, c’est la déception qui vous saigne le cœur. Ce sont Mamadou Koulibaly et Amadou Soumahoro qui, comme de piètres comédiens, jouent à s’opposer. Nous aurions ri jaune devant la laideur de la représentation si la politique en Côte d’Ivoire n’était pas devenue trop dangereuse à cause de ces débats qui ne décollent pas de la boue.
Tenez, Mamadou Koulibaly, recevant le représentant du secrétaire général de l’Onu, aurait reproché à Ouattara d’avoir donné 4 millions à chaque candidat du Rhdp pour les futures législatives. Entendez bien que le sieur se plaint que la mesure ne soit pas étendue à tous, surtout à lui et à ses 12 parfaits tocards dans la course. Qui l’eut cru ? L auteur de La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, est à 4 millions près et en proie à une naïveté digne d’un ingénu politique. Mamadou Koulibaly croit-il vraiment que c’est la revendication de 4 millions qui nous soulagera de cette mer de souffrances qui noie le peuple ivoirien ? Ou pense-t-il vraiment que Ouattara a pris le pouvoir pour jouer le dirigeant humaniste et soucieux de l’équité ? Non ! Et nous en déduisons qu’il joue le jeu de l’opposant complaisant.
L’autre comédien, Amadou Soumahoro, secrétaire général du parti au pouvoir ? croit faire une réplique sérieuse en disant ceci: « 4 millions n’est rien. Si nous devons demander de l’argent au président Ouattara, ce serait au moins 20 millions par candidat. J’espère qu’il lui a dit que pendant 10 ans, ils ont pillé les caisses de l’Etat et qu’ils n’ont pas pu mettre 2 kilomètres de bitume sur l’ensemble des routes de la Côte d’Ivoire (…) que Mamadou sache qu’on l’a à l’œil ». Vous avez là un message incongru à Ouattara, un mensonge grossier et une menace inutile.
Le pouvoir de Ouattara renonce au financement des partis politiques pour ériger le favoritisme et le népotisme en mode de gestion politique. Pour Amadou Soumahoro, l’autoroute du nord qui serait déjà arrivé à Korhogo s’il n’avait pas soutenu une rébellion sauvage, n’est pas une route ivoirienne. Pour ce qui est de la menace, pourquoi là où des LMP ordinaires sont emprisonnés, relâchés et emprisonnés de nouveau, souvent au mépris de ce qu’ils n’ont pas dit ou fait, lui, n’a que son œil fixer sur le numéro 2 du régime ostracisé ? Mon œil !

Joseph Marat

Le style Dramane


L’information lui est parvenue comme un boulet en plein visage. Depuis le Togo où il est en voyage officiel, Dramane Ouattara a annonce aux étudiant de Cote d’Ivoire que l’université restera fermée jusqu’en octobre 2012. Totalement assommé par cette information qui obscurcit l’horizon de son avenir, la réaction de l’étudiant est un peu décalée mais en même temps elle est révélatrice du cynisme et du mépris dont fait preuve le nouvel homme fort de la Côte d’Ivoire. « Il se fout de nous quoi … pourquoi c’est depuis l’étranger qu’il nous dit ça… ? » Il n’ya pas en fait de rapport pertinent entre le dire ici et le dire ailleurs. Cela ne change pas grande chose. Cela revient au même. Mais on comprend dans ce genre de circonstance que la colère vous arrache la réflexion et la réaction épidermique qui sort, résume toute la frustration accumulée qui explose un peu n’importe comment. Un autre chef d’Etat ne se serait pas comporté de la sorte. Mais qu’est-ce vous voulez ? D’aucuns diront qu’il a eu trop d’égards pour les étudiants. Le FPI/CNRD a été invité par Alassane Ouattara pour discuter. Miaka Oureto et ses camarades se sont assis pour produire deux longues contributions et propositions qui à la lecture donnaient toutes les armes nécessaires à Dramane Ouattara pour sortir le pays du gouffre et organiser des élections irréprochables. Nous demandons aujourd’hui ce qu’il a pu faire de ces textes. Les a-t-il lus ou les a-t-il simplement rangés ? Une chose est certaine, c’est depuis le Burkina Faso que les opposants ont appris récemment, qu’avant qu’ils ne s’asseyent à nouveau avec lui pour discuter, les négociations ont pris fin. Conséquences immédiates, l’opposition qui pèse au minimum 46% de l’électorat ne participera pas aux futures élections législatives. Et ne vous dites pas qu’il se dise qu’il doit des explications au peuple ivoirien. Non ! D’ailleurs, depuis qu’il est chef d’Etat, les adresses à la nation il en a fait combien ? Et quand il lui arrive d’en faire, qu’est-ce qu’on y comprend ? Quelle est leur pertinence ? Je me souviens de la réaction d’un compatriote face au discours de Dramane le jour de l’arrestation du Président Laurent Gbagbo. Il venait de prendre les rênes d’un pouvoir tant convoité, le visage grave sans aucun répit à la souffrance du peuple ivoirien, Ouattara annonçait déjà le sort qu’il allait réserver à son ennemi Laurent Gbagbo. « Après tout ce qu’on vient de vivre, ce n’était pas le moment de tenir un tel discours. Il aurait pu avoir un ton conciliant et rassembleur ». Oui ! Mais les temps venaient de changer. Ouattara, ce n’est pas Gbagbo. Nous venions de rentrer dans une autre République. Celle d’un autre style de gouvernance. Celle d’une communication distante avec le peuple. Celle des slogans sans fondements.

Joseph Marat