UA-108822782-1
topblog Ivoire blogs

dimanche, 15 janvier 2012

Peuple sans visage

Un ami qui aime partager quelques belles réflexions sur l’actualité de notre pays m’a appelé le jour de l’an. Après que nous nous soyons renvoyé les vœux de passer une année qui nous purge de toutes les intoxications de 2011, notre conversation a glissé vers le concept de l’ivoirité. Dès cet instant, quoiqu’il m’ait avoué qu’il aimait bien ce mot, j’ai immédiatement compris le fonctionnement du mécanisme du refoulement freudien. Il m’a même dit que l’un de nos grands intellectuels de la place éprouvait désormais de la gêne à parler de la notion d’ivoirité. Le concept est devenu un tabou. Les Ivoiriens ont dorénavant peur de ce mot, qui aurait pu les réunir dans une sorte de communion fraternelle. Traumatisés et lobotomisés, ils errent dans un univers mondialisé comme des zombies sans repère d’identité. Nous avons voulu remonter à l’hygiène de ce vocable dont les Ivoiriens ont été exorcisés. Nous nous sommes rendus compte que le cercle d’intellectuels qui ont inventé le mot, le voulait culturel au sens ou tout peuple a besoin de se donner une culture et de se retrouver autour d’une idée qui intègre même cette formule d’ "ouverture des frontières" du professeur Augustin Dibi Kouadio qui ne devrait pas oublier que c’est parce que les frontières existent qu’on les ouvre. Que vous soyez Burkinabé, Chinois, Chilien, Norvégien, Aborigène, a partir du moment où vous adoptez la nationalité ivoirienne vous devriez vous inscrire automatiquement dans le fait de l’ivoirité. Ce que vous apportez de votre culture d’origine ne peut être qu’un enrichissement de l’exception ivoirienne. Nous sommes donc d’accord qu’il faut condamner toute récupération politique perverse d’un tel gisement culturel. Le paradoxe en Côte d’Ivoire c’est que c’est celui qui s’en empare politiquement à travers la création de la carte de séjour par exemple qui lobotomise quelques années plus tard les ivoiriens en montrant des atomes crochus avec une rébellion sauvage, en organisant la déplanification institutionnelle et le bombardement de tous les symboles de l’Etat ivoirien. Aujourd’hui, la préoccupation reste angoissante. N’avons-nous pas l’impression de vivre désormais dans un pays sans visage … culturel ? Oui, une hésitation à dire "culturel" parce que la défiguration dépasse désormais le cadre de l’identité culturelle. Avec une Constitution violée régulièrement en ses points essentiels, avec un parlement monocolore, avec une armée bigarrée, avec les patriotes traqués et exilés, avons-nous encore un pays ?

Joseph Marat

Les commentaires sont fermés.