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mercredi, 15 février 2012

La solution de la Gestapo


Les Frci ne quitteront pas Arrah. Voilà ce qu’on peut retenir du déplacement du ministre délégué à la défense de Dramane Ouattara dans cette localité après les tristes événements qui ont endeuillé la population du fait des agissements de certains éléments Frci. Si cette déclaration faisait suite à une analyse sérieuse de la situation, il aurait fallu saluer la détermination du ministre à vouloir garder l’ordre maintenu dans cette localité. Seulement nous avons l’impression que le ministre a un autre souci. La préoccupation de la population ne l’intéresse pas et en la bravant, il donne l’impression de tenir avec elle un dialogue de sourds. Premièrement, ce n’est pas en maintenant les Frci à Arrah que le ministre fera respecter l’Etat de droit dans la localité, parce qu’en réalité, ce n’est pas ce que dit la loi. Nous ne sommes pas des spécialistes en matière de défense, mais pour le peu que nous savons des sociétés modernes et policées, ce n’est pas le rôle de l’armée d’assurer la police dans les agglomérations d’un pays. C’est dans des circonstances exceptionnelles d’un état de siège qu’on mobilise les forces armées dans les rues d’une cité pour régler une situation de crise ponctuelle. A moins qu’on ne veuille nous dire que l’Etat de Côte d’Ivoire est en état de siège permanent depuis que Ouattara est au pouvoir, ce n’est pas très pertinent de la part du ministre Paul Koffi Koffi de dire que les Frci ne quitteront pas les rues d’Arrah. Deuxièmement, quelle est cette mentalité de tribu assiégée que développe le régime de Dramane Ouattara au point de vouloir créer des bases militaires partout où il y a âme qui vive ? C’est totalement incohérent pour un régime qui refuse qu’on doute de son caractère démocratique. Le dispositif militaire dont parle le ministre délégué à la défense et que le gouvernement de Dramane compte mettre en place dans son plan d’encasernement a-t-il quelque chose à envier à la Gestapo (la police militaire d’Hitler) ? Il ne sert à rien de vouloir maintenir des populations sous la domination de forces dans lesquelles elles ne se reconnaissent pas. L’enseignement que Les hagiographes de Dramane Ouattara devraient tirer de toutes ces révoltes et de toutes ces crises qu’on règle ainsi dans le sang, a été déjà donné par le diplomate burkinabé, Boureima Baldini : la plupart des ivoiriens ne se reconnaissent pas en leur champion. Ce dernier avait donc déjà échoué avant d’avoir commencé à gouverner ce pays. C’est tout. Il n’y a personne qui veuille le renverser. La tendance douteuse et suspecte qui consiste à indexer de façon systématique, les partisans de Laurent Gbagbo qui créeraient des rixes un peu partout pour renverser Dramane Ouattara, ne tient pas la route. Et cela crève les yeux, qu’on veuille noyer le poisson en détournant le fond du débat. N’importe quel analyste politique aurait vu dans tous ces affrontements une véritable crise de légitimité. Ou bien, si l’on tient au fait que Ouattara est un chef d’Etat légitime, on peut au moins parler de l’impopularité de sa politique. Devant le flot de licenciements abusifs qui meuble exclusivement sa politique d’emploi, devant la tribalisation du débat politique à travers sa politique de rattrapage ethnique, devant le bradage des fondamentaux de notre économie à l’ex-puissance coloniale, devant le manque de solution à la montée du coût de la vie, devant les exactions de tout genre, devant les pratiques d’une justice des vainqueurs qui tient encore dans des goulags des personnes qui n ont fait qu’obéir à l’appel de la nation, devant la violation quasi quotidienne de sa Constitution, aucun peuple aussi pacifique soit-il, ne peut rester de marbre. Et toutes les secousses que nous observons çà et là, à travers le pays, ne sont que les soubresauts d’un peuple qu’on étouffe à travers une armée sans visage. Maintenir les Frci dans les rues n’obéit à aucun paradigme de gouvernance moderne, si ce n’est celui de la répression sauvage d’un peuple orphelin.

Joseph Marat

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