UA-108822782-1
topblog Ivoire blogs

vendredi, 16 mars 2012

Le Gôpô de rattrapage


Il y a des faits dans des traditions qui n’ont pu résister à la lumière de la raison, malgré le bouclier culturel dont on a voulu les couvrir. Le Gôpô en pays bété fait partie de ces pratiques qui ont été abandonné dès la toute première vague de réprobations contre un mécanisme de détection trop faillible de malfaisants. Même si en Afrique, on meurt difficilement d’une mort naturelle. Il y a en effet toujours un sorcier qui ‟bouffe″ l’âme du défunt et le précipite de vie à trépas. La recherche du coupable est donc scénisée en pays Bété. Elle consiste à verser la sève du Gôpô dans les yeux des présumés coupables. Cette sève est censée rendre aveugle le coupable et épargner les innocents d’une cécité certaine. Le drame, c’est que l’opération tourne généralement court. Dès les premières sèves dans les yeux du premier client, l’effet est immédiat ce qui rend le coupable indéfendable. C’est beaucoup plus tard qu’on a compris que la sève est nocive pour les yeux et que s’il ne dépendait que de sa vertu intrinsèque, le Gôpô rendrait tout le village coupable et aveugle. La méthode s’est donc avérée contre productive et a été retirée depuis très longtemps des us et coutumes. Néanmoins le Gôpô demeure un esprit, celui de l’enquête consécutive au décès de quelqu’un parce que nous continuons de penser qu’il y a toujours une main assassine dans la mort d’autrui. En revanche dans notre modernité, le gôpô qui s’est entre temps paré de tous les instruments scientifiques de recherches et de précision ne tient plus à se tromper. Il peut même se permettre de rattraper toute erreur commise dans une certaine précipitation orchestrée, parfois, par le coupable lui-même pour se cacher des conséquences de son forfait. La crise ivoirienne a connu son moment de Gôpô traditionnel que vient aujourd’hui rattraper le Gôpô moderne. Dans la précipitation organisée par les véritables responsables de toutes les tueries injustifiées en Côte d’Ivoire depuis 2002, le Gôpô traditionnel a encore condamné un innocent qui se trouve incarcéré depuis le 11 avril 2011. Les enquêteurs de la Cpi sont depuis quelques jours sur le terrain avec tous les instruments de précision du gôpô moderne pour rattraper le coup.

Joseph Marat

Les commentaires sont fermés.