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lundi, 19 mars 2012

La sorcellerie n’existerait pas !



Monsieur BOA Thiémélé Ramsès L. professeur de philosophie à l’université d’Abidjan Cocody a sortie un livre très lumineux sur la question de la sorcellerie dans nos sociétés africaines. Ce livre qui est sorti en 2010 fera l’objet d’un café littéraire le jeudi 22 mars prochain dans une salle du musée municipal de Cocody. A l’occasion la controverse s’enclenchera surement la question de l’existence ou non de la sorcellerie parce que le livre qui expose clairement la thèse du professeur BOA a pour titre : « la sorcellerie n’existe pas ». Ce qui, dans le jargon intellectuel, est appelé « jeter un pavé dans la mare ». Et le débat promet d’être des plus intéressant parce qu’il n’est pas aisé de déboulonner la forteresse des mentalités surtout lorsqu’elle est parvenue, malgré le progrès de la rationalité et quelque fois même avec son concours, à asseoir un confort explicatif et compréhensible de tout. A la limite, après une lecture attentive de cette révolte du professeur BOA, je me suis résolu à cette idée, sans rien enlever à la noblesse de la motivation humanitaire de l’œuvre du professeur, que nous évoluons dans des ‟mondes″ parallèles et rien de ce qu’on peut faire avec la raison ne peut influencer durablement le recul espéré des ténèbres de l’irrationalité. Ceux qui comme l’auteur du livre ont trouvé dans les études universitaire et dans la rencontre de la raison scientifique un fil explicatif de tout, au point de nier l’existence de la sorcellerie, rendent compte de la force d’un monde que nie avec des arguments aussi pertinents que plausibles l’existence du monde de ceux qui pensent que le fondement du monde est irrationnel et que la superstition est ce qu’il ya de plus vraie. Le professeur BOA pourra toujours rétorquer que ce qu’il dénonce, c’est le fait qu’au nom de cette superstitions des crimes abominables contre notre chère humanité sont commis sans conséquence et qu’il faut résolument tourner dos à la sorcellerie comme interprétation erronée de notre vécu quotidien pour mettre fin à ces pratiques insensées. Oui, mais le débat pourra toujours s’ouvrir sur une interrogation non moins pertinente. Sait-on le nombre d’êtres humains sacrifié tous les jours sur l’autel de la rationalité ? Dans les sociétés africaines encore sous l’emprise de la superstition, pour préserver l’équilibre social, des subterfuges sont organisés pour faire croire à l’action d’une puissance tutélaire qui punirait les déviants. Dans un discours rationnel, Thomas Hobbes dit-il autre chose dans le Léviathan ? Ceci nous emmène à faire une herméneutique de la notion de sorcellerie. Le hors la loi ou le rebelle qui sous des prétextes fallacieux arraisonne un Etat et qui dans sa méthode éventre même des femmes enceintes, un homme politique qui dans une connexion lobbyiste organise un embargo de médicaments sur un Etat pour combattre un adversaire politique bien portant, un autre, chef d’un Etat moderne régi par des lois rationnelles, qui, en violation flagrante de la Constitution de cet Etat, planifie l'extermination de ses opposants en les maintenant en exil et en tenant gelés leurs avoirs… sont-ils des criminels beaucoup plus acceptables pour la promotion des droits de l’homme que le sorcier du village ? D’aucuns diront que justement, il n’y a pas de preuve objective de la culpabilité du sorcier du village, c’est pourquoi il faut penser qu’il n’existe qu’imaginairement dans la tête de ses bourreaux et qu’il est une victime innocente qu’on assassine impunément. Le philosophe allemand Nietzsche, perspectiviste à souhait, posera la question suivante : d’où parle celui qui innocente le sorcier du village ? Parle-t-il de sa sphère de rationalité sans être suffisamment sûr de l’inexistence du monde irrationnel ? Ce café littéraire autour de ce livre « la sorcellerie n’existe pas » promet d’être très nourrissant pour tous ceux qui se sont quelque peu égarés à l’intersection de la raison et de l’irraison, du physique et de la métaphysique…dans un monde de folie.

Joseph Marat

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