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mercredi, 28 mars 2012

Hantés par les limites de la raison


Le jeudi 22 mars dernier, dans la salle d’exposition du musée municipal de Cocody, le café littéraire autour de l’essai littéraire du professeur Boa Thiemélé Ramses L, la sorcellerie n’existe pas, a tenu toutes ses promesses. La promesse de créer, dans le convivial public présent à cet échange, le chaos de la réflexion d’où jaillira certainement un jour la vérité sur le mal de la sorcellerie. D’entrée de jeu, M. koffi Koffi, le promoteur du café, qui n’a pas voulu s’encombrer du protocole des propos liminaires a donné la parole à l’assistance. Les deux premiers intervenants dont je suis, ont relevé l’impression confuse que l’auteur de l’œuvre dit une chose et son contraire. Nous comprendrons plus tard que le titre n’a pas qu’une fonction commerciale. Il transcrit toute la thèse de l’auteur qui pour y parvenir a seulement fait le détour d’exposer tout ce qu’il sait sur la pratique de la sorcellerie et de toutes les conséquences qu’on lui attribue indûment. Le décor étant ainsi planté, c’est en toute logique que le public, fort de ses expériences tentera d’infirmer la conviction du professeur Boa. Les plus nombreux, à l’image de notre société que le philosophe veut soulager de la pesanteur de la croyance en la sorcellerie, sont ceux qui n’en revenaient pas qu’on puisse nier l’existence de la sorcellerie dans un monde où la conception désensorcelée de la vie est encore très rare. Ils avaient leurs lots de phénomènes incompréhensibles que ne peut expliquer que l’existence de la sorcellerie. Le professeur Boa fort de ses investigations restera imperturbable, reprenant invariablement qu’il faut arrêter de prendre les phénomènes que notre raison n’arrive pas encore à expliquer pour les effets de la sorcellerie. Cette grille de lecture que nous portons tous comme élément de notre être au monde sclérose toute la mécanique du progrès essentiellement lié à l’acceptation de la rationalité comme seule mode de pensée moderne et modernisant. Cette position du professeur Boa est d’une part un appel à un changement de mentalité pour que prennent fin certaines pratiques injustes et inhumaines qui consistent à ôter la vie aux autres sous le prétextes qu’ils sont sorciers et à crédibiliser avec l’alibi d’un lien mystique une certaine irresponsabilité notoire face aux échecs de la vie. D’autre part, la négation du phénomène de la sorcellerie est une invite implicite à remettre en cause l’existence même de Dieu ou, sans aller si loin, à revoir notre rapport avec la transcendance. Si la sorcellerie n’existe pas, pourquoi Dieu attaquerait ses œuvres à travers un miracle de guérison, de délivrance, de restauration…de cure d’âme etc. En définitive, en voulant ôter à la sorcellerie son contenu mythique et mystique pour la nier, n’est-on pas dans une sorte de réflexion totale en train de remettre en cause la fonction pondérale des mythes et mystères dans les civilisations dites modernes et modèles ? Le débat ne fait certainement que s’ouvrir pour savoir ce que les sociétés évoluées ont pu faire de leurs mythes et mystères.

Joseph Marat

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