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vendredi, 30 mars 2012

L’irresponsabilité a un nom


Le régime de Dramane Ouattara n’est vraiment pas inspiré. Il interprète, en sa faveur certainement, l’accalmie qui règne actuellement dans le pays. Il croit jouir constamment d’un quitus populaire, tellement les eaux sociales sont calmes. Je me suis permis de dire, un jour à un ami, que le régime est très solide. Il me répondit sur un air de quelqu’un qui en savait beaucoup : « non, il n’y a rien de plus fragile. C’est le parrain, le Big Brother qui est puissant ». Qui est le Big Brother ? Lui ai-je demandé. C’est celui qui sait tout. Ce sont les grandes oreilles qui, dans l’imagination de l’écrivain britannique George Orwell est le chef de la gouvernance mondiale. Aussi me suis-je dit que les Ivoiriens manquent vraiment de pot. Pourquoi le Big Brother est-il tombé sous le charme de nos gouvernants actuels ? Pourquoi a-t-il fallu qu’on nous impose un si grand désespoir contre lequel nous ne pouvons pratiquement rien ? Le régime de Ouattara se tourne tellement les pouces, confiant d’être bien adossé à la puissance du grand manitou, qu’il s’amuse à se moquer de la misère des Ivoiriens. Dagobert Banzio, comme un prestidigitateur annonce depuis un an que le coût de la vie va baisser. Ahoussou Jeannot, quant à lui est allé récemment se promener avec un panier sur les marchés pour se rendre compte à quel point le coût de la vie est élévé. Jusque-là, il faut comprendre qu’il en était déconnecté. Il multiplie les réunions avec les administratifs pour impacter les prix sur les marchés comme si ceux-ci échappaient désormais à la loi. Savent-ils qu’on n’arrive plus à rire d’eux ? Le ridicule est devenu désespérant. Et comme des enfants gâtés, conscient de la protection de leurs géniteurs, ils jouent avec la vie de leurs adversaires. Quelle idée de convoquer les avocats de Simone Gbagbo à Odienné pour parler de son éventuel transfèrement à la CPI alors que la Cour de Justice Internationale n’en est même pas informée ? Ils viennent de lancer un ultimatum aux putschistes Maliens alors que leurs ‟Faux FRCI″ sont toujours dans les rues en Côte d’Ivoire...

Joseph Marat

mercredi, 28 mars 2012

Hantés par les limites de la raison


Le jeudi 22 mars dernier, dans la salle d’exposition du musée municipal de Cocody, le café littéraire autour de l’essai littéraire du professeur Boa Thiemélé Ramses L, la sorcellerie n’existe pas, a tenu toutes ses promesses. La promesse de créer, dans le convivial public présent à cet échange, le chaos de la réflexion d’où jaillira certainement un jour la vérité sur le mal de la sorcellerie. D’entrée de jeu, M. koffi Koffi, le promoteur du café, qui n’a pas voulu s’encombrer du protocole des propos liminaires a donné la parole à l’assistance. Les deux premiers intervenants dont je suis, ont relevé l’impression confuse que l’auteur de l’œuvre dit une chose et son contraire. Nous comprendrons plus tard que le titre n’a pas qu’une fonction commerciale. Il transcrit toute la thèse de l’auteur qui pour y parvenir a seulement fait le détour d’exposer tout ce qu’il sait sur la pratique de la sorcellerie et de toutes les conséquences qu’on lui attribue indûment. Le décor étant ainsi planté, c’est en toute logique que le public, fort de ses expériences tentera d’infirmer la conviction du professeur Boa. Les plus nombreux, à l’image de notre société que le philosophe veut soulager de la pesanteur de la croyance en la sorcellerie, sont ceux qui n’en revenaient pas qu’on puisse nier l’existence de la sorcellerie dans un monde où la conception désensorcelée de la vie est encore très rare. Ils avaient leurs lots de phénomènes incompréhensibles que ne peut expliquer que l’existence de la sorcellerie. Le professeur Boa fort de ses investigations restera imperturbable, reprenant invariablement qu’il faut arrêter de prendre les phénomènes que notre raison n’arrive pas encore à expliquer pour les effets de la sorcellerie. Cette grille de lecture que nous portons tous comme élément de notre être au monde sclérose toute la mécanique du progrès essentiellement lié à l’acceptation de la rationalité comme seule mode de pensée moderne et modernisant. Cette position du professeur Boa est d’une part un appel à un changement de mentalité pour que prennent fin certaines pratiques injustes et inhumaines qui consistent à ôter la vie aux autres sous le prétextes qu’ils sont sorciers et à crédibiliser avec l’alibi d’un lien mystique une certaine irresponsabilité notoire face aux échecs de la vie. D’autre part, la négation du phénomène de la sorcellerie est une invite implicite à remettre en cause l’existence même de Dieu ou, sans aller si loin, à revoir notre rapport avec la transcendance. Si la sorcellerie n’existe pas, pourquoi Dieu attaquerait ses œuvres à travers un miracle de guérison, de délivrance, de restauration…de cure d’âme etc. En définitive, en voulant ôter à la sorcellerie son contenu mythique et mystique pour la nier, n’est-on pas dans une sorte de réflexion totale en train de remettre en cause la fonction pondérale des mythes et mystères dans les civilisations dites modernes et modèles ? Le débat ne fait certainement que s’ouvrir pour savoir ce que les sociétés évoluées ont pu faire de leurs mythes et mystères.

Joseph Marat

samedi, 24 mars 2012

Histoire de cimetière, de charnier et de fosse commune

Monsieur Amadou Soumahoro, le secrétaire général du RDR, le parti de Dramane Ouattara a fait une de ses sorties dont il a la marque déposée, la semaine dernière dans la localité de Daloa devant une foule assoiffée de ces paroles enflammées qui soignent sans doute le mal du pouvoir. Je n’étais pas présent donc je suis obligé de citer la presse qui rapporte ses propos : « tous ceux qui s’attaquent à Ouattara vont au cimetière. Insultez tous ceux qui insultent le président Ouattara ». Apparemment, il ne faut pas compter sur eux pour prendre de la hauteur. Par ailleurs devant de tels propos le Conseil National de la Presse (CNP) va peut-être s’offusquer et sanctionner la presse qui s’est fait l’écho d’un brûlot pareil pour préserver la fonction sociale unificatrice de la presse. Le procureur de la République y verra-t-il une atteinte à la sureté nationale ? À moins que pour lui le délit n’est constitué que lorsque de tels propos sont tenus par les opposants. La Commission Dialogue Vérité et Réconciliation de Charles Konan Banny va peut-être condamner du bout des lèvres. Et les moralistes comme le journaliste Gbane Yacouba, vont s’émouvoir dans un billet pour rappeler à l’homme politique que le devoir de responsabilité lui impose d’élever le niveau du débat et de plutôt appeler à l’unité nationale. Pour ma part, et je ne pense pas surprendre beaucoup de personnes, Amadou Soumahoro est certainement l’homme politique le plus lucide du RDR. Un philosophe allemand disait dans l’un de ses nombreux aphorismes que la folie, loin d’être une maladie au sens ordinaire du terme, est un point de vue sur la vie. Celui du secrétaire général du RDR est ce qu’il y a de plus lucide actuellement sur la politique nationale. Il dit deux choses. La première est une observation et la seconde, une mise en garde révélatrice de l’état d’âme de la classe dirigeante actuelle. Qui ne sait pas que Dramane Ouattara est un conquérant politique venu dompter le peuple de Côte d’Ivoire avec un sabre dans la main et le feu dans l’autre et que de toute évidence la place de ses adversaires se trouve dans les cimetières, les charniers, les fosses communes et les cendres. Nous le vivons tous depuis le jour où le “guerrier de Kong” s’est signalé à nos frontières et Amadou Soumahoro au mépris de nos petits scrupules d’humanistes timorés nous le dit. Le reste, c'est-à-dire la mise en garde, coule de source. Celui qui règne par l'épée n’attend évidemment pas que le peuple l’acense à longueur de journée. Amadou Soumahoro en a une conscience si claire qu’il recommande aux affidés de ne pas laisser passer une seule occasion de tuer dans l’œuf toute forme de révolte en insultant ou en envoyant, pourquoi pas, au cimetière ceux qui osent léser la majesté de l’empereur Dramane.

Joseph Marat

lundi, 19 mars 2012

La sorcellerie n’existerait pas !



Monsieur BOA Thiémélé Ramsès L. professeur de philosophie à l’université d’Abidjan Cocody a sortie un livre très lumineux sur la question de la sorcellerie dans nos sociétés africaines. Ce livre qui est sorti en 2010 fera l’objet d’un café littéraire le jeudi 22 mars prochain dans une salle du musée municipal de Cocody. A l’occasion la controverse s’enclenchera surement la question de l’existence ou non de la sorcellerie parce que le livre qui expose clairement la thèse du professeur BOA a pour titre : « la sorcellerie n’existe pas ». Ce qui, dans le jargon intellectuel, est appelé « jeter un pavé dans la mare ». Et le débat promet d’être des plus intéressant parce qu’il n’est pas aisé de déboulonner la forteresse des mentalités surtout lorsqu’elle est parvenue, malgré le progrès de la rationalité et quelque fois même avec son concours, à asseoir un confort explicatif et compréhensible de tout. A la limite, après une lecture attentive de cette révolte du professeur BOA, je me suis résolu à cette idée, sans rien enlever à la noblesse de la motivation humanitaire de l’œuvre du professeur, que nous évoluons dans des ‟mondes″ parallèles et rien de ce qu’on peut faire avec la raison ne peut influencer durablement le recul espéré des ténèbres de l’irrationalité. Ceux qui comme l’auteur du livre ont trouvé dans les études universitaire et dans la rencontre de la raison scientifique un fil explicatif de tout, au point de nier l’existence de la sorcellerie, rendent compte de la force d’un monde que nie avec des arguments aussi pertinents que plausibles l’existence du monde de ceux qui pensent que le fondement du monde est irrationnel et que la superstition est ce qu’il ya de plus vraie. Le professeur BOA pourra toujours rétorquer que ce qu’il dénonce, c’est le fait qu’au nom de cette superstitions des crimes abominables contre notre chère humanité sont commis sans conséquence et qu’il faut résolument tourner dos à la sorcellerie comme interprétation erronée de notre vécu quotidien pour mettre fin à ces pratiques insensées. Oui, mais le débat pourra toujours s’ouvrir sur une interrogation non moins pertinente. Sait-on le nombre d’êtres humains sacrifié tous les jours sur l’autel de la rationalité ? Dans les sociétés africaines encore sous l’emprise de la superstition, pour préserver l’équilibre social, des subterfuges sont organisés pour faire croire à l’action d’une puissance tutélaire qui punirait les déviants. Dans un discours rationnel, Thomas Hobbes dit-il autre chose dans le Léviathan ? Ceci nous emmène à faire une herméneutique de la notion de sorcellerie. Le hors la loi ou le rebelle qui sous des prétextes fallacieux arraisonne un Etat et qui dans sa méthode éventre même des femmes enceintes, un homme politique qui dans une connexion lobbyiste organise un embargo de médicaments sur un Etat pour combattre un adversaire politique bien portant, un autre, chef d’un Etat moderne régi par des lois rationnelles, qui, en violation flagrante de la Constitution de cet Etat, planifie l'extermination de ses opposants en les maintenant en exil et en tenant gelés leurs avoirs… sont-ils des criminels beaucoup plus acceptables pour la promotion des droits de l’homme que le sorcier du village ? D’aucuns diront que justement, il n’y a pas de preuve objective de la culpabilité du sorcier du village, c’est pourquoi il faut penser qu’il n’existe qu’imaginairement dans la tête de ses bourreaux et qu’il est une victime innocente qu’on assassine impunément. Le philosophe allemand Nietzsche, perspectiviste à souhait, posera la question suivante : d’où parle celui qui innocente le sorcier du village ? Parle-t-il de sa sphère de rationalité sans être suffisamment sûr de l’inexistence du monde irrationnel ? Ce café littéraire autour de ce livre « la sorcellerie n’existe pas » promet d’être très nourrissant pour tous ceux qui se sont quelque peu égarés à l’intersection de la raison et de l’irraison, du physique et de la métaphysique…dans un monde de folie.

Joseph Marat

vendredi, 16 mars 2012

Le mal de l’approche ethnique des peuples (1)


Sait-on pourquoi parle-t-on d’ethnologie quant il s’agit des études scientifiques portant sur la connaissance des peuples africains et de sociologie quand il s’agit des autres peuples, pour ne pas de façon facile dire des peuples d’Occident ? A l’occasion du débat qu’à suscité cette réflexion sur les ethnies, j’ai eu l’honneur de partager le déjeuner d’un de mes maîtres qui a lu l’œuvre de Jean Lou Anselme et de Elikia M’Bokolo intitulé ‟Au cœur des ethnies". Oppressé par les exigences d’un autre ordre, je fus obligé d’écourter ce commerce très nourrissant. J’eus néanmoins le temps de comprendre une chose importante sur la façon dont a été scellé notre destin depuis des temps immémoriaux. Pour faire vite, il a simplement essayé de me faire comprendre que l’ethnologie n’est pas une approche aussi scientifique qu’on pourrait le penser. Elle émane en tant qu’étude des peuples primitifs du continent, d’un choix calculé de l’administrateur colonial. Pour les Ivoiriens qui sont familiers à ce nom, l’administrateur colonial Delafosse avait le choix entre l’ethnie et la lignée dans son étude des peuples qui habitaient le territoire ivoirien. Il a fait le choix de la catégorisation ethnique parce que selon mon interlocuteur, cela servait mieux les intérêts du système colonial. L’étude des lignées l’aurait conduit à établir des relations transversales entre les peuples. Laquelle méthode conduit systématiquement tout chercheur à se rendre compte que tous les hommes sont liés dans le seul concept d’humanité. Parce que dans une lignée, par le mécanisme des mariages et des alliances interfamiliales, on peut retrouver lié dans une même unité lignagère, un noir, un jaune, un blanc et même un rouge…Et en suivant cette ligne sur laquelle les traits de démarcation des couleurs disparaissent par le métissage et le mélange, on se rend aisément compte qu’on est en train de parcourir la toile de notre simple humanité. Là où l’étude des lignées établit donc les ponts entre les hommes et montre qu’ils appartiennent tous à la même espèce pour forger leur mentalité contre la méchanceté inutile, au sens où si selon la sagesse indoue, l’autre est moi, le mal contre l’autre est un mal contre moi-même, l’approche ethnique de nos sociétés est cloisonnante et pernicieuse. Comment ?...
Joseph Marat

Le mal de l’approche ethnique des peuples (2)


Lors de son meeting du samedi 10 mars 2012 à Paris, un rendez-vous électoral consacré à l’outre-mer, le candidat socialiste, François Hollande a réclamé la suppression du mot «race» de la Constitution. Cette préoccupation est peut-être l’un des enjeux fondamentaux de cette élection en France. Pendant que Nicolas Sarkosy, pour sauver sa barque qui prend l’eau de toute part, est pratiquement obligé de jouer la carte du repli racial ( son ministre de l’intérieur est convaincu de la supériorité de leur civilisation et lui-même veut revoir le traité de shegen ), François Hollande pense que la notion de race sur laquelle ses adversaires surfent dans leur propos allusifs est incompatible avec l’idée de la République. «il n’y pas de place pour le mot race dans la République» dit-il. Au-delà de la sémantique qui donne à Hollande l’avantage de la mentalité progressiste, nous comprenons mieux pourquoi le régime de Nicolas Sarkozy continue de supporter la politique du rattrapage ethnique en Côte d’ivoire. Au fond, autant il n’y a pas de place pour la race dans une République autant il n’y en a pas pour les allusions et références ethniques. Pourquoi ? Et cela nous ramène à notre débat initial. C’est à dessein que les personnes comme Nicolas Sarkozy soutiennent tous les dirigeants africains dont la vision se limite à la promotion de leur ethnie. C’est un choix colonial et ils poursuivent ensemble la perpétuation du système colonial. Le choix des grilles ethniques dans l’approche scientifique des peuples d’Afrique a ceci de pernicieux qu’il est la matérialisation de l’idée même de diviser et de cloisonner. Les colons en avaient besoin pour régner et aujourd’hui les impérialistes l’utilisent pour mieux piller nos ressources. Parce que pendant que nous nous bâtons pour assurer la suprématie de notre ethnie sur l’autre, eux ils s’occupent de l’essentiel. Et puisque nous avons besoin de leur puissance de frappe pour, nous aussi, assujettir les autres, nous leur vendons notre âme en échange de leur soutien. L’ethnie est un instrument qui sert à enfermer les hommes dans des cercles conceptuels irrationnels avec l’idée qu’en défendant par tous les moyens leur spécificité artificielle, ils affirment la supérioté de leur race sur les autres. A la lumière de ce que nous vivons aujourd’hui, on ne sera pas surpris que des recherches approfondies nous montrent que les guerres tribales ont été expressément organisées par les impérialistes pour se donner l’argument-paravent de nous civiliser.

Joseph Marat

Le Gôpô de rattrapage


Il y a des faits dans des traditions qui n’ont pu résister à la lumière de la raison, malgré le bouclier culturel dont on a voulu les couvrir. Le Gôpô en pays bété fait partie de ces pratiques qui ont été abandonné dès la toute première vague de réprobations contre un mécanisme de détection trop faillible de malfaisants. Même si en Afrique, on meurt difficilement d’une mort naturelle. Il y a en effet toujours un sorcier qui ‟bouffe″ l’âme du défunt et le précipite de vie à trépas. La recherche du coupable est donc scénisée en pays Bété. Elle consiste à verser la sève du Gôpô dans les yeux des présumés coupables. Cette sève est censée rendre aveugle le coupable et épargner les innocents d’une cécité certaine. Le drame, c’est que l’opération tourne généralement court. Dès les premières sèves dans les yeux du premier client, l’effet est immédiat ce qui rend le coupable indéfendable. C’est beaucoup plus tard qu’on a compris que la sève est nocive pour les yeux et que s’il ne dépendait que de sa vertu intrinsèque, le Gôpô rendrait tout le village coupable et aveugle. La méthode s’est donc avérée contre productive et a été retirée depuis très longtemps des us et coutumes. Néanmoins le Gôpô demeure un esprit, celui de l’enquête consécutive au décès de quelqu’un parce que nous continuons de penser qu’il y a toujours une main assassine dans la mort d’autrui. En revanche dans notre modernité, le gôpô qui s’est entre temps paré de tous les instruments scientifiques de recherches et de précision ne tient plus à se tromper. Il peut même se permettre de rattraper toute erreur commise dans une certaine précipitation orchestrée, parfois, par le coupable lui-même pour se cacher des conséquences de son forfait. La crise ivoirienne a connu son moment de Gôpô traditionnel que vient aujourd’hui rattraper le Gôpô moderne. Dans la précipitation organisée par les véritables responsables de toutes les tueries injustifiées en Côte d’Ivoire depuis 2002, le Gôpô traditionnel a encore condamné un innocent qui se trouve incarcéré depuis le 11 avril 2011. Les enquêteurs de la Cpi sont depuis quelques jours sur le terrain avec tous les instruments de précision du gôpô moderne pour rattraper le coup.

Joseph Marat

mercredi, 14 mars 2012

Des souris de déception


Il n’y avait de place hier sur la Une du journal Le Patriote pour caser toutes les photos des membres du dernier gouvernement pléthorique de Dramane Ouattara. Les pauvres ils ont eu du mal à communiquer sur ce qui a tout l’air d’une pitoyable contre performance de leur ‟champion″. L’homme le verbe hautain qui criait à qui veut l’entendre qu’il pouvait introduire ce pays dans le concert des nations émergentes avec seulement 15 ministres est en train de perpétuer une tradition spécifique aux chefs d’Etats africains qui manquent d’imagination. Ce qui est décevant et en même temps n’émeut plus, c’est la gradation croissante sur l’échelle du pire à laquelle Dramane Ouattara nous accoutume. Un gouvernement qui était déjà truffé de maillons faibles est passé de 36 à 40 membres sans notable changement. Tous les ministres qui trainent des casseroles ont été reconduits comme si on avait voulu spécifiquement accorder une prime à la mauvaise gouvernance. Le journal pro-gouvernemental Fraternité Matin, en désespoir de cause s’est contenté d’un titre ambigu pour décrire la gêne de la déception qui accompagne la formation de ce troisième gouvernement de Dramane Ouattara. « Rien ne change pour que tout change » est une sémantique particulière à laquelle l’équipe de Venance Konan ne nous a pas habitués. Espérait-elle un changement pour que tout change ? Ou pourquoi prophétiser que tout va changer si en fait rien ne change ? Oui, Fraternité Matin nous a servi un labyrinthe réflexif parce qu’il n’a pas le choix de constater que la Côte d’Ivoire est dans un labyrinthe politique depuis le 11 avril 2011. C’est donc la façon pour ce journal pro-gouvernemental de dire que l’immense montagne Alassane Dramane Ouattara qui nous a tous bassinés, depuis deux décennies de ses performances politiques au point de faire admettre à certains ivoiriens que le largage d’obus sur leur pays était un mal nécessaire, ne fait qu’accoucher des souris de déception. Toute la littérature qu’on pourra inventer pour acenser l’actuel gouvernement de Dramane Ouattara ne changera rien au fait qu’il fait du surplace en attendant la sanction du peuple.
Joseph Marat

mardi, 13 mars 2012

On ne sort pas de la gadoue


Jeannot Ahoussou Kouadio est depuis hier le nouveau chef de gouvernement que Dramane Ouattara, dans sa petite combine avec son ennemi d’hier et ami d’aujourd’hui Henri Konan Bédié, s’est choisi pour remplacer l’encombrant Chef rebelle Guillaume Soro. Il croit certainement avoir fait d’énorme progrès en civilisant quelque peu son entourage. De part et d’autre, on a pété le champagne pour célébrer le progrès. Mais pourquoi le citoyen lambda a-t-il l’impression, devant le choix de ce monsieur, que la paire Ouattara-Bédié manque vraiment de solution. Même Jeannot Ahoussou, connu dans ce pays comme l’un des avocats de Bédié, après ses arguties et balbutiements juridiques dont le dernier en date est son piètre justificatif de l’incarcération de Michel Gbagbo, dans son rêve le plus optimiste ne se voyait pas à ce poste. Un avocat peut être premier ministre, oui. Mais tous les avocats n’ont pas forcement le profil de l’emploi. Et surtout ceux pour qui le titre est apparemment trop pompeux. Nous n’avons absolument rien contre la personne de Jeannot Ahoussou Kouadio. C’est un citoyen ordinaire qui a fait la preuve, ces derniers temps de ne pas être fait pour diriger les autres à un tel niveau de responsabilité. Il a échoué au ministère de la justice parce qu’il a manqué de prendre de la hauteur et il a dévoyé le rôle social de cette auguste Institution en la soumettant au bon vouloir d’un exécutif haineux. Mais que voulez-vous ? Guillaume Soro a été premier ministre de ce pays cinq année durant, pourquoi pas Ahoussou Jeannot. C’est le peuple de Côte d’Ivoire qu’il faut plaindre. Ses problèmes sont les derniers des soucis de ceux qu’il a pensés mettre au pouvoir. Il peut toujours attendre l’heure de son immolation sur l’autel des ‟dealers". Sinon, ce n’est pas à Dramane Ouattara et à Konan Bédié que nous allons apprendre qu’un pays qui crée plus de misères que de richesses est un pays en crise économique. Quand on veut vraiment redresser un tel Etat, on pense à faire nettement mieux que piocher son premier ministre dans la classe des derniers.

Joseph Marat

lundi, 12 mars 2012

Le parlement de la régression


Décidément, cela leur colle à la peau comme une malédiction irrémissible et irrachetable. Même quand ils sont tous d’accord pour plébisciter un des leurs à la tête d’une institution et dans le cadre d’une assemblée dont l’effectif peut être contrôlé par le plus nul de notre système éducatif, la fraude trouve toujours le moyen de se glisser dans leur désir le plus fou de transparence. Les élus des dernières législatives en Côte d’Ivoire se sont retrouvés hier à Yamoussoukro pour élire le président de l’Assemblée Nationale. Il n’y avait en réalité pas d’enjeu. Seulement, la liste de ceux qui ont présidé cette illustre Institution, creuset de toutes les lois républicaines, devait s’assombrir en enregistrant quelqu’un qui n’a jamais regretté d’être un hors-la-loi et qui s’est même aménagé un titre de noblesse `dans sa rébellion. C’était une triste journée pour cette auguste Assemblée Nationale qui perd du coup en crédibilité et en valeur. Et ce, jusqu’au bout. Gaston Ouassenan Koné qui était le président de cette séance inaugurale a déclaré 243 inscrits avant de trouver plus tard une parade ridicule pour justifier, une fois encore, pourquoi il y a eu plus de votants que d’inscrits. Dans le fond, y a-t-il de quoi être surpris ? Une Assemblée monocolore qui souffre d’un déficit de légitimité et dont l’élection de la plupart des députés a été émaillée de fraude massive, pouvait-elle nous servir autre chose que le mode opératoire de sa mise en place ? A Adjamé, on dira trivialement qu’ils ne savent faire que ça. En sus, nous accusons, à travers la façon dont cette Assemblée Nationale se met en place, une régression démocratique en Côte d’Ivoire. Avec un chef rebelle à la tête d’un parlement monocolore mis en place au forceps, pouvons-nous encore rêver de retrouver les débats parlementaires qui ont nourri notre conscience politique sous le régime du Président Laurent Gbagbo ? Dans ce parlement de professeurs, même ceux qui font tout aujourd’hui pour n’être qu’entre eux, ont eu le privilège de s’exprimer et d’exposer quelquefois leurs limites. Aujourd’hui que pouvons nous espérer d’un parlement qui renoue apparemment avec la "pensée", que dis-je, l’opinion unique ?

Joseph Marat