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dimanche, 29 avril 2012

SOI-DISANT DISCIPLE DE ZADI ZAOUROU


Tirburce Koffi a souhaité l’assassinat de Gbagbo

Aux adieux et hommages à Bernard Zadi Zaourou se mêle une sorte de récupération malsaine de son héritage intellectuel. Tous ceux qui ont connu le professeur Zadi peuvent se targuer d’avoir reçu quelque chose de lui. Ils peuvent même, par abus de langage, se dire disciple de l’illustre homme de lettres. D’après des chiffres qui hallucinent, Zadi Zaourou a produit une quarantaine de promotions de docteurs es lettres à travers le monde. Il était vraiment un maitre au propre comme au figuré. Que tout ce monde se réclame avoir hérité de lui, voilà qui est banal. On ne peut reprocher à quelqu’un de s’être un jour approché du feu, de s’être suffisamment réchauffé, de s’être constamment réchauffer ou de s’être toujours retrouvé auprès de ce feu. Mais rares sont ceux qui peuvent se targuer d’avoir franchi la dernière étape. Celle de s’être tellement réchauffé qu’on devient soi-même une braise, un feu qui réchauffe aussi. Et quand on est soi-même devenu un feu, on cesse d’avoir un maitre. On devient soi-même un émetteur de valeurs. C’est le personnage de Zarathoustra du philosophe allemand Nietzsche qui nous donne cet enseignement dans Ainsi parlait Zarathoustra. Il dit précisément ceci : « C’est des compagnons vivants qu’il me faut qui me suivent parce qu’ils veulent se suivre eux-mêmes, - Je vais maintenant aller seul, mes disciples ! Vous aussi, vous allez vous en aller et chacun seul ! Je le veux ainsi ».
Dans ces heures d’hommages à un maitre, on a trouvé des occurrences pour dire que Tirburce Koffi est le disciple le “plus abouti” du professeur Zadi Zaourou. Lui-même se targue de le connaitre mieux que quiconque et d’être son unique héritier ou le continuateur de son œuvre. Quoique je doute énormément que ceux qui ont aimé Bottey Moum’ Koussa puissent se consoler de le retrouver en Tirburce Koffi, je ne lui conteste pas d’être resté au “stade” du disciple. Au sens où Freud parle de stades de croissance psychophysiologique de l’enfance à l’âge adulte. Je ne conteste pas à Tirburce Koffi de reconnaitre être bloqué à un stade et de se contenter d’une sorte de nanisme intellectuel. C’est peut-être ce qui amène à douter qu’il soit vraiment l’héritier le plus accompli de Zadi Zaourou.
Il y a des concepts récurrents dans le discours de tous ceux qui parlent du maitre de la parole : humanisme et ouverture d’esprit. Oui nous avons là des concepts-enveloppes extra-larges que je me garderai bien de définir ici. Je procéderai plutôt par l’absurde pour me demander si Tirburce Koffi est en réalité le disciple ou le coursier de Bernard Zadi Zaourou. On suppose qu’en se disant le disciple le mieux abouti, il veut que nous comprenions qu’il est celui dont la moralité et les prises de positions politiques ou autres nous rapprochent le mieux de celles du maitre. Aussi suis-je à me demande si Bernard Zadi Zaourou aurait célébré le 11 avril 2011 comme l’a fait Tirburce Koffi ? Le simple humanisme lui aurait-il permis de danser et de chanter autant autour du malheur d’un homme ? En sus, si Zadi Zaourou qui a bénéficié aussi des largesses du président Gbagbo, avait été une âme ingrate, il n’aurait pas brillé autant dans l’estime de ses contemporains. Tirburce Koffi a, par contre, marqué le coup de cette date douloureuse de l’histoire des hommes d’une jubilation tellement nauséabonde qu’on s’embarrasse de scrupules pour reprendre tous ses termes. On retient toutefois que dans le numéro 14 214 du journal pro-gouvernemental Frat-Mat, il traite le président Gbagbo de « rat », dans la pure tradition de l’autre descendant de la civilisation égyptienne qui traite toute une catégorie de la population ivoirienne de « bad ». On comprend du coup pourquoi Dramane Ouattara parle de rattrapage ethnique. Ses idéologues sont des tribalistes qui manient avec dextérité tous les instruments du péril rwandais. Le plus grave est-il à venir ? Tirburce Koffi avouait, il n’y a pas deux ans, à un parent de Gbagbo qui trimait pour bénéficier d’une assistance de la présidence, que celui-ci (Gbagbo) lui (Tirburce) a donné 30 millions en guise de bourse d’étude pour son fils aux Etats Unis. Il a pourtant osé écrire qu’il a ardemment souhaité que son bienfaiteur soit assassiné. Il parle de suicide dans le texte en question parce que des gens comme lui ont rarement le courage de leurs idées. Comme un traitre qui plante le couteau dans le dos de sa victime pour ne pas avoir à supporter le regard de celui qu’il assassine, Tirburce Koffi s’en veut encore que Laurent et Simone Gbagbo ne se soient pas suicidés. Le disciple le plus abouti de Bernard Zadi Zaourou ignore que le suicide est un acte de lâcheté pratiquement inconnu dans la culture des africains en dépit de leurs lots de misères et de désespoirs. Pourquoi, Laurent Gbagbo et son épouse qui vivaient dans un palais et qui étaient psychologiquement prêts à affronter leurs adversaires sur le terrain démocratique du recomptage des voix devraient-ils se suicider ?
Comment, avec une âme recouverte de tant de pansements, en proie à la torture de ses propres démons “stupéfianisés” , Tirburce Koffi peut-il valablement camper l’âme de Bottey Moun’Koussa ?

Joseph Marat

Aveu de tyrannie


Le gouvernement de Cote d’Ivoire a invité le vendredi et le samedi derniers les partis de l’opposition à un conclave dans un hôtel de Grand Bassam. Le Fpi, le plus important parti de cette opposition, tenait dans la même période sa convention nationale pour se concerter sur toutes les questions qui engagent la bonne marche du parti. Il a par conséquent demandé au gouvernement de bien vouloir reporter ses assises avec l’opposition pour ne pas que la tenue de la convention soit perçue comme un boycott. La réponse du régime a été claire « nous ne sommes pas sensé discuter avec vous. Ce ne sont pas aux dialogues politiques que nous devons notre pouvoir. Si vous ne venez pas tant pis. Nous dirons à ceux qui nous poussent à nous asseoir avec vous pour discuter que vous avez refusé de discuter et ce qui marche avec vous, c’est la répression ». Le FPI qui a été nourri à la sève du dialogue politique s’est malgré tout déplacé à la cérémonie d’ouverture de ce conclave qui se tenait la veille de la convention pour marquer son intention de ne pas compromettre le dialogue politique qu’il souhaite de tous ses vœux. En revanche, il n’a pu prendre part aux travaux à proprement dit parce qu’ils coïncidaient avec la tenue de la convention du parti. En définitive, les assises de Grand Bassam se sont tenues sans le FPI et ce parti a tenu sa convention sans problème dans la même période. A la lecture du communiqué final des assises de Grand Bassam, on se rend compte finalement que c’était une perte de temps parce qu’aucune des décisions prises ne nécessitait qu’on se réunisse vraiment. Et c’est Miaka Oureto qui a eu raison hier à la convention du FPI. Avait –on besoin de se réunir avec les opposants pour prendre la décision de normaliser la vie politique dans un pays qu’on croit avoir conquis démocratiquement. « La libération des prisonniers politique ; le retour des exilés ; l’annulation des mandats d’arrêts abusifs ; le dégel des avoirs ; le financement des partis politique de l’opposition ; l’accès aux medias d’Etat ; le respect de la liberté d’expression et de manifestation… » Voilà un échantillon de ce qu’un régime dit démocratique fait ou ne fait pas, en dépit de la recommandation ou non de la loi fondamentale dudit Etat. Le conclave n’a donc rien apporté à la vie politique en Côte d’Ivoire sauf reconnaitre ce qu’on savait déjà : que le régime de Dramane Ouattara est un régime non démocratique !

Joseph Marat

Thémis chez Dramane


A une question qu’on lui a posée lors de sa conférence de presse faisant suite à son périple dans la l’ouest de la Cote d’Ivoire, Dramane Ouattara a donné une réponse qu’on pourrait désormais appeler « dramaniste ». Le journaliste lui demande ceci : « Vous avez lancé un appel à l’endroit des cadres pro-Gbagbo qui sont encore en exil. Jusqu’où êtes-vous prêt à aller en vue de rassurer ceux là qui hésitent à rentrer ? » En termes plus simples : « Quel sacrifice êtes-vous prêt à faire pour la réconciliation des Ivoiriens ? ». Voilà la réponse du chef de l’Etat ivoirien : « Jusqu’où aller je ne sais pas ce que ça veut dire. Nous avons un Etat de droit. Nous avons mis en place une commission nationale d’enquête qui travaille. Pour la question des revendications, moi je ne suis pas le procureur, je ne suis pas juge. Je ne ferai rien qui relève de la justice. Maintenant une fois que la justice aura fait son travail, le président de la République peut faire éventuellement des grâces. Donc la justice ira jusqu’à son terme. Et ceux qui seront reconnus comme coupables, seront traités en conséquence. Ceux qui ne le seront pas seront libérés par la justice. Ne comptez pas sur moi pour des interférences sur le schéma de l’Etat de droit. Je suis pour la réconciliation mais dans les deux parties. » Le dramanisme serait, à partir de ces genres de réponse, une sorte de politique de l’autruche qui, en fourrant la tête dans le sable, cache à lui-même l’existence de la réalité. Cela peut être se raconter à soi-même des contre-vérités et croire que ce sont les autres qu’on tourne en bourrique. Dramane Ouattara, pour ne rien avoir à faire pour normaliser ce pays, se présente comme un homme politique respectueux de l’Etat droit. Sur la question, je rappelle simplement que nous avons déjà publié dans nos colonnes la contribution d’un compatriote qui avait relevé une vingtaine d’articles de notre Loi fondamentale que Dramane Ouattara viole constamment depuis son accession, dans les conditions que vous savez, à la tête de la Cote d’Ivoire. Mais l’homme peut avoir changé. Il peut avoir été visité, le temps de cette randonnée, par la déesse de la justice. Thémis, cette dame aux yeux bandés de la mythologie grecque lui a certainement bandé aussi les yeux pour qu’il se prenne pour un homme de droit là où son régime pratique à outrance la justice des vainqueurs sur fond de rattrapage ethnique.

Joseph Marat

Nerveux autour de la table à manger



Laurent Dona Fologo nous a déjà sorti le numéro de sa nième trahison. On a même du mal à parler de trahison. C’est tout simplement une marque déposée. Le style est particulier. C’est du “fologo”. Retourner la veste aussitôt pour se retrouver dans le camp des vainqueurs, quelle que soit leur méthode. Pour lâcher Bédié en 2000, il avait eu cette boutade extraordinaire « Bédié n’a pas mangé les “gboflotos“ avec moi au camp militaire d’Agban, il ne peut donc pas me dicter ma conduite politique ». Récemment, au lendemain du bombardement de la résidence présidentielle du président Gbagbo, au perron de la résidence de Dramane Ouattara, Fologo nous a sorti l’une de ses plus belles fresques politiques « le Baobab ne tombe jamais avec ses oiseaux ». A son temps, nous avions apprécié cette image qui est une reconnaissance et un hommage a la grandeur du président Laurent Gbagbo et en même temps la saine appréciation de la réalité politique qui n’est jamais sans les parasites des idéologies profondes des autres. Nous nous étions même permis, dans une sorte de lyrisme descriptif condescendant, de dresser la liste de nos parasites politiques nationaux, émules du dinosaure Fologo : « Laurent Dona Fologo, chapeau pour cet albatros pour qui la politique a toujours été la saine appréciation de la réalité. Moa Gloféi, compassion pour ce faucon en cage. Enfermé dans la prison de sa propre cachette, il crie à ses ‛‛geôliers″, qu’il est devenu inoffensif. Elie Halassou, pitié pour le corbeau qui s’est laissé prendre dans les filets de sa propre turpitude….Meambly, sourions au perroquet qui s’est subitement souvenu de son maitre et de ses vieilles récitations. Maguy le Tocard, requiem pour l’aiglon qui n’a pu échapper à l’adresse du chasseur dozo. Mamadou Koulibaly, le tisserand dont le nid nous avait paru définitif. » Aujourd’hui, avec la farouche volonté de dialoguer avec l’opposition, cette liste s’est allongée. Mel Eg Théodore, Kabran Appiah Aimé et Lagou Adjoua Henriette sont revenus aux petits soins des amis de Dramane Ouattara s’asseoir sur la table de négociation de ce dernier avec une opposition. Tout cela fait partie du jeu de la politique. Nous qui avons fait le choix au FPI de nous battre pour des idées, quoique cela nous coûte, nous comprenons que la grandeur d’une lutte réside dans la notoriété de ses parasites. Nous apprécions donc avec beaucoup d’humour que ceux qui plombaient la lutte se révèlent et nous quittent. Seulement nous ne comprenons pas que ce sont ceux qui partent qui pleurent et se plaignent. Ils sont presqu’au bord de la crise de nerf. C’est l’image d’un ami qui me permet de comprendre pourquoi. Imaginez que vous êtes tous affamés autour d’une table garnie de victuailles. Pour ouvrir le buffet, il faut forcement qu’une personne se mêle aux convives. Imaginez la colère de ceux qui attendent ce moment pour se goinfrer, surtout quand le convive attendu se fait désirer.

Joseph Marat

mardi, 24 avril 2012

Les insinuations malhonnêtes d’Ibrahime Sy Savané

Je n’ai pas attendu la fièvre publicitaire qui s’est emparée d’Ibrahim Sy Savané ces derniers temps avant de lire son dernier livre. C’est la même curiosité intellectuelle qui a poussé un de mes maitres à arracher ce livre au rayon du libraire qui me poussa à le lui arracher pour savoir ce que pouvait bien vouloir raconter le ministre le plus nonchalant, le plus taciturne et le plus discret de tous les gouvernements de Côte d’Ivoire. Ces qualités m’avaient d’ailleurs fait penser qu’il était à coup sûr le ressort de la rationalité entre la sauvagerie d’une rébellion et la mesure d’un régime démocratique pris dans le tourbillon des vents contraires. Même fiché comme appartenant au camp des rebelles, l’idée qu’il tenait ce rôle de modérateur me remplissait d’une certaine admiration pour ce personnage qui, pour moi, avait compris, comme Aristote, que la vérité se trouve dans le juste milieu. Malgré les passions diverses qui peuvent tous nous animer dans nos querelles de tranchées, nous savons, et il nous arrive d’admirer les personnes qui nous rappellent toujours comme Hegel que « le vrai, c’est le tout » et non le partiel, le partial et le partisan. Ceci étant dit, cinq bonnes heures de lecture m’ont suffi pour avaler « D’espérance et de douleurs vives : au cœur de la tourmente ivoirienne » comme on avale un comprimé amère. La déception s’est pointée au rendez-vous. Par où commencer ? Je commencerai par les angles qu’il choisit ou bien qu’on choisit à sa place pour faire la communication autour du livre. Et je finirai certainement par le décryptage d’une personnalité normale abonnée à la mystification comme mode d’existence.
Ibrahim Sy Savané croit nous apprendre quelque chose en rapportant ceci : «Moi, j’ai trois niveaux de langage, je peux avoir le langage châtié du latiniste que je suis. Je peux aussi utiliser le langage intermédiaire que tout le monde comprend. Mais si on me cherche, je peux aller dans les échanges terre-à-terre » le président n’ajouta pas qu’un de ses ami, feu Bernard Ahua, appelait ce langage de rupture le tamerconnisme. Si la langue résume l’homme, il faut convenir en effet que coexistaient plusieurs Gbagbo ». De là, il était loisible pour l’auteur de dire dans sa campagne de communication sur RFI que « Laurent Gbagbo a une personnalité complexe…sous certains aspects, il peut être extrêmement humain, charmant même. » Et il ajoute plus tard, sur la base d’une confidence à lui faite par un proche compagnon de Gbagbo: "mais c’est aussi un parrain de la pègre, un Don Corleone, qui n’avait qu’à pousser une colère vive contre quelqu’un pour que ce dernier soit victime d’un escadron de la mort. "
Premièrement Sy Savané connait-il quelqu’un qui a une personnalité simple, c'est-à-dire qui n’est fait que d’une seule trame et qui ne joue qu’un seul rôle dans sa vie ? Eh bien, s’il y en a, il est tout simplement borné. Comme un animal sauvage, soumis à la seule loi de l’instinct, son comportement est cernable et maitrisable comme on maitriserait un objet. Un homme qui a un peu de culture est un homme qui a appris l’art de se fondre dans la diversité et de s’y retrouver. La complexité de la personnalité de Gbagbo dont parle Monsieur Sy est donc un trait de sa culture politique et de son intelligence qui font de lui l’un des plus grands hommes politiques de notre temps. Si la politique est l’art de conduire les hommes et que l’intelligence est la capacité à s’adapter à toutes les situations, il faut avoir la culture et l’intelligence de plusieurs niveaux de langue pour parler à une population hétérogène. Le reste de ce qu’il ajoute sur la complexité de la personnalité du président Gbagbo est une enfantine tentative de manipulation de l’opinion : « Oui! Il est très bon, très gentil, je suis même surpris qu’il soit autant bon avec nous ses ennemis, il n’y a personne aussi humain que lui, mais on m’a dit que quand il se fâche contre quelqu’un, il peut mourir ». Apparemment ce genre de propos n’élève pas son auteur. S’il suffisait à Laurent Gbagbo de piquer une crise de colère pour que ses ennemis disparaissent, pourquoi n’a-t-il pas usé d’un tel pouvoir pour se mettre à l’abri des dards de ses ennemis ? C’est aussi là un autre niveau de la complexité de la personnalité de l’homme que monsieur Sy peut difficilement comprendre. Lui qui est surpris que le président Gbagbo le porte dans son cœur alors qu’il est convaincu qu’un ennemi comme lui devrait être détesté.
Deuxièmement, Sy savane appâte certainement les potentiels clients de son livre en faisant croire que celui-ci révélerait les raisons pour lesquelles Soro Guillaume aurait lâché Gbagbo. Apparemment ce n’est pas malin parce que personne ne se lèverait pour ça. C’est une question de bon sens. Soro Guillaume n’a jamais été avec Gbagbo. Personne n’oserait penser se faire du sou sur « Pourquoi Blé Goudé a lâché Dramane Ouattara ». En revanche, s’il y avait des raisons honnêtes qui ont poussé Soro à rebasculer dans la guerre pour solder un contentieux électoral, nulle part le cher Sy n’en parle. Car il sait dans son for intérieur qu’honnêtement un démocrate use toujours de voies démocratiques pour atteindre ses fins. Si ce sont les valeurs démocratiques qui guidaient les actions de Soro et qui faisaient en sorte qu’il aille, selon Sy, de Gbagbo à Dramane, il n’aurait jamais pris les armes contre le premier qui a été élu démocratiquement en 2000 et il ne se serait pas engagé dans une guerre contre quelqu’un qui appelait simplement à recompter les voix.
Pour revenir au livre, après l’avoir lu, voici ce que j’ai répondu à chaud, à la question « Qu’est-ce que tu en penses ? » de mon maitre : « J'ai avalé le livre comme on avale un comprimé. A la différence que j'avais l'impression de m'empoisonner. Dans le même temps je n'ai pas trouvé inutile de découvrir le mécanisme de réflexion de ceux d'en face. Il faut suffisamment prendre du recul réflexif pour se dire qu'on est dans la posture de quelqu'un qui se regarde dans un miroir. Nous pouvons tous écrire des témoignages et donner dans la facilité de blanchir les mentors, faire des insinuations tendancieuses pour salir la moralité de l'adversaire surtout quand on n'a ni les preuves, ni le courage d'assumer les rumeurs manipulatrices qu'on reçoit sur lui. Sy Savané est un alassaniste tout comme moi je me réclame gbagboiste. Rien ne me permet donc objectivement de lui contester sa lecture de notre histoire récente. Apparemment sa perspective est totalement différente de la mienne. Nous n'avons pas la même position. Là où je suis quelque peu révolté, c'est que nous oublions souvent que la conscience que tout est relatif est déjà le début d'une certaine objectivité et d'une certaine profondeur. L’intellectuel doit cultiver le don d’ubiquité. Cela permet de comprendre que le vrai, c'est le tout. L’œuvre de Sy Savané est un ramassis de vues de quelqu'un qui ne bouge pas de sa position. Même quand il donne l'impression d'être séduit par l'adversaire, il n'oublie jamais qu'il est en guerre au compte de la suprématie de son clan. Ce qui aurait donc pu servir la cause de l'ennemi est tourné en insinuation tendant à le dépeindre comme une personne à la moralité douteuse. Et quand la vérité est flagrante, soit il use d'omissions, soit il trouve une autre aventure beaucoup moins plausible pour semer le doute à coté des certitudes. C'est le cas de la batterie de sondages qu'aurait faite Choi, comme si l'Onuci était devenu un institut de sondage, pour remettre en cause tous les sondages qui donnaient Gbagbo vainqueur. Il a même poussé le ridicule jusqu'à se convaincre que les “ marabouts ” de Soro avaient déjà prédit la “ victoire ” de Dramane Ouattara. C’est un déni d'objectivité dans un livre qui en avait la prétention. Bref. Le livre est truffé de trop de sujets qui ne feront jamais l'objet d'une discussion de fond. L’auteur contourne à dessein les questions de fond parce qu'il est toujours dans la posture de l'avocat de son clan. J’ai cru entendre qu'il est un mercenaire...»
En définitive ce que je comprends après avoir fait le tour de toutes les questions sur ce livre, je me suis rendu compte qu’en voulant psychanalyser les autres, Sy Savané s’est ouvert comme un livre pour nous livrer les méandres de son esprit. C’est un homme de peu de courage embarqué malgré lui dans une histoire de violence politique. Il raconte dans le livre comment il a été recruté par Soro Guillaume. Il n’a pas hésité pendant longtemps parce que la fibre ethnique a bien plus vibré qu’autre chose à cet instant-là. Il s’est certainement dit qu’il ne pouvait pas ne pas répondre à l’appel du clan et de la Charte du nord. Ce qu’il appelle amour de la part de Gbagbo, n’était en fait que de la condescendance face à un homme victime de ses propres contradictions. Et ce qu’il n’aime pas chez le Président Gbagbo, malgré tous les boniments qui cachent mal une haine viscérale pour quelqu’un qui s’est formé selon lui à la dure, c’est ce qu’il se reproche inconsciemment de ne pas pouvoir être : un homme courageux et responsable. C’est peut-être cela qui vaut le détour. En effet, pendant que le président Laurent Gbagbo, face à l’adversité, résistait avec le peuple de Côte d’Ivoire en restant à la présidence de la République avec toute sa famille, sous le bombardement d’une coalition d’armées hétéroclites, Ibrahim Sy Savané s’est faufilé entre commandos invisibles et armées loyaliste pour se mettre à l’abri dans un hôtel en France. Laissant femme et enfants dans le brasier d’Abidjan. L’ironie a voulu qu’il fasse, lui aussi, l’expérience psychosomatique de sa couardise à travers ce malaise indescriptible qui s’est emparé de lui dans les draps douillets d’un palace parisien.

Joseph Marat

La déplanification a commencé


En 1998, la loi relative au domaine foncier rural a connu un examen spécial. Elle a été votée à l’unanimité de la presque totalité des parlementaires présents à l’Assemblée Nationale ce jour. La loi numéro 98-750 du 23 decembre1998 est donc l’une des lois les plus légitiment solides de notre arsenal juridique. L’article 35 de notre constitution a suscité des polémiques qui donnent pratiquement la main à tout nouveau gouvernement de le réviser. L’actuel potentat de notre pays en a tellement souffert, il est aujourd’hui un chef d’Etat exceptionnel pour ça, qu’on comprendrait presqu’il veuille réviser la constitution pour le changer. En revanche vouloir changer la loi sur le foncier rural de 1998 m’a paru pour le moins suspect. Elle a fait l’objet d’une intervention de Dramane Ouattara lors de sa visite dans l’ouest du pays. Il a annoncé de la proposer au changement dans les prochains jours à son parlement sur mesure. J’ai été d’abord surpris qu’après avoir énormément trimé avec l’article 35 de la constitution ivoirienne, la priorité de Dramane Ouattara soit le foncier rural. Et je me suis dit par résignation, pourquoi pas ? Mais, j’avais dans ma mémoire qui flanche l’idée que l’unanimité et la légitimité du parlement de 1998 en était-il vraiment une si le RDR aujourd’hui au pouvoir peut bien dire qu’il n’avait pas participé à cette législature. Que non, me rappelle un collègue. L’unanimité a été vraiment construite autour de cette loi. Tous les partis politiques significatifs qui se querellent aujourd’hui étaient non seulement tous au parlement, mais ils ont tous battu campagne, sillonnant tous les artères du pays, du nord au sud, de l’est à l’ouest pour requérir l’aspiration du peuple avant de voter cette loi. Une loi n’a jamais autant reflété la volonté générale au sens rousseauiste du terme. Pourquoi Dramane Ouattara se précipite-t-il sur cette loi pour la dénaturer. A quel objectif répond cet acharnement à vouloir changer une loi qu’on a soi-même appelé à voter juste au bout d’une législature ? C’est alors que je me suis souvenu de ce que nous disait Kabran Appia en 2002, au début de cette crise. Il nous avait mis en garde pour que nous ne nous trompions pas dans l’appréciation de ce qui nous arrivait. Il avait avancé le concept de déplanification. Quelque temps plus tard, dans cette même période, la rumeur viendra de Marcoussis pour dire que parmi toutes les raisons qui ont conduit à la rébellion, il y avait la question de la naturalisation de trois millions de burkinabé… On peut se tromper, mais il faut dire qu’avec le projet de modification de la loi sur le foncier rural, la déplanification a commencé !

Joseph Marat

dimanche, 22 avril 2012

Bottey Moum’ Koussa, l’ascension d’un ange des arts


Le professeur Zadi Zaourou s’en est allé dans le mois de mars dernier. Un an jour pour jour après le bombardement de près d’une vingtaine de sites militaires et résidentiels à Abidjan. Dans un silence assourdissant, nombreux sont ceux qui, souffrant déjà de crise cardiaque, ont succombé aux bombardements, ceux qui quel que soit leur âge, ont fait leur entrée dans la cour des grands cardiaques et ceux dont le compte a rebours s’est enclenché. Zadi Zaourou est le jeune frère du magnat de l’eau et de l’électricité en Côte d’Ivoire. Par déformation intellectuelle il fut pendant longtemps un dandy des cafés abidjanais. Et comme l’auteur des Fleurs du mal, Charles Baudelaire, il s’est rarement privé de certains plaisir de la chair. Le corps, utilisé à une certaine fréquence, couplée à une intense activité intellectuelle, accuse le coup et le fait savoir au sujet. Nous avons tous, dans ce pays, ressentit l’absence du maitre de la parole qui s’était accordé toute une année de repos et de soin en Europe au frais de la présidence de Laurent Gbagbo. A son retour, l’homme qui entretenait une santé fragile s’était retiré et tenait à être en retrait beaucoup d’activités susceptibles de bousculer son taux d’adrénaline. Il se contentait de nous envoyer des messages d’amour et d’espoir pour nous communiquer sa sérénité entretenue dans ces temps qui ont commencé à tanguer depuis l’irruption d’une nouvelle race de politiciens dans le paysage ivoirien. L’annonce de son départ ce jour du 20 mars 2011, m’a semblé trop précipitée. Un dandy, même quand il n’est plus en activité, ne part pas sans lutter contre la faucheuse. La vie, même par dose homéopathique pour la prolonger ne cesse pas d’être belle pour celui qui secrètement espérait voir les temps cesser de tanguer. Bottey Moum’ Koussa s’en est allé. Paix à son âme. Que les mondes des idées pures, de la beauté des lettres et de la poésie se réjouissent de recevoir l’ange qui les a aimés dans la fragilité chaotique de l’existence sensible.

Joseph Marat

Tous contre un, comme en 2002


Juste après l’annonce des résultats du premier tour des élections présidentielles en France, sur le plateau de Canal plus, Jean Pierre Raffarin essayait de redresser la barre de l’opinion en puisant dans les chiffres une raison profonde d’espérer à l’Ump. « Le total des voix de droite est largement au dessus de celui de gauche.» Oubliant totalement que l’arithmétique est souvent trompeuse dans une élection qui cristallise des passions contre un homme. Oui, arithmétiquement en associant les voix de Marine Le Pen, celle de François Bayrou, aux voix de Nicolas Sarkozy, on est largement au dessus des 50% avec 53% contre le front de gauche qui ne totalise que le reste. Aux élections présidentielles de 2010 en Côte d’Ivoire, on avait vite fait de faire un calcul simpliste, en associant toutes les voix du RHDP pour se figer dans l’esprit que Dramane Ouattara ne pouvait pas ne pas gagner le deuxième tour de la présidentielle. On avait oublié que dans une élection de ce genre, surtout au deuxième tour, les électeurs ont aussi le choix entre des personnalités et leur capacité à assumer réellement le destin de leur nation. En 2010, entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, qui répondait véritablement aux aspirations du peuple ivoirien ? Pour mesurer le poids de la personnalité dans ce genre de joute électoral, souvenons-nous de ce qui s’est passé en 2002 en France. Lionel Jospin très en vogue en France perd le premier tour de la présidentielle. Les électeurs se retrouvent du coup à choisir entre Chirac et Le Pen. Sans jamais faire campagne, Chirac qui était décrié par les français gagnera l’élection finale avec plus de 80% des voix. Un score qui rappelle certaines dictatures tropicales. Il s’est en effet trouvé un front national contre Jean Marie Le Pen en France. Les français ne voulaient pas voir ce dernier à la présidence de la République de France. Aujourd’hui, dans cette élection en France, les arithmétiques béates ne serviront certainement qu’à tromper ceux qui veulent, par mauvaise foi, y croire. La véritable question est : entre Sarkozy et Hollande, qui est-ce que les français veulent aujourd’hui voir conduire leur pays ? A en croire la vague de déceptions et de réprobations produites par la politique du candidat sortant, il faut bien craindre un « tout sauf Sarkozy » dans cette élection dont les sondages n’ont jamais donné Hollande perdant au second tour.

Joseph Marat

Comme dans un film policier américain


Dans les grandes théories curatives des grands crimes, il est décrit qu’Il y a une force indescriptible qui ramène le criminel sur le lieu du crime. L’incendiaire revient de façon systématique admirer les flammes. Il lui faut jouir du drame et du chaos de son action. En fait, c’est cela la véritable motivation du criminel maniaque. C’est Sigmund Freud, un médecin autrichien, qui a découvert dans les années 20 la psychanalyse et qui a dit que selon le principe du plaisir, toutes nos actions sont déterminées par la libido. On a souvent confondu ce concept typiquement freudien à une énergie ou une sensation qui découle du plaisir sexuel. On n’est pas loin d’une bonne compréhension de la science de Freud, quand on considère que le rapport de l’homme aux choses est loin d’être toujours asexué. Nous agissons par plaisir et le plaisir est le moteur de notre existence. Ce n’est pas parce qu’un acte vous parait très abominable que son auteur n’en tire pas un plaisir certain. La société, malgré toute sa moralité des mœurs, n’arrive pas toujours à formater les sources de plaisir de tout le monde. Aussi faut-il s’expliquer le comportement de certains maniaques à partir de ce qui les pousse à prendre leur pied. Ce qui excite le pyromane, c’est la vue du feu qui consume. Peu importe ce qu’il consume quelquefois. Le plaisir du tueur peut être aussi en conséquence la vue des victimes de son acte. Il est fait de sorte que, s’il ne peut jouir de la vue de sa victime, il ne peut être intéressé`de la faire.
Il était une fois un criminel à qui on a voulu interdire de se rendre sur le lieu de son crime. Durant un an il s’est débattu pour faire comprendre à ses contradicteurs qu’il ne peut pas ne pas y aller. Sans quoi, il aurait commis tous ces crimes pour rien. Il lui faut tirer coûte que coûte le bénéfice de tous ses crimes en se rendant sur les lieux. Pendant que ceux qui le contredisaient au départ pensaient qu’il était mû par le remords et la volonté de soulager quelque peu la souffrance des rescapés, grande fut leur surprise de voir que le maniaque n’avait aucune solution pour ses victimes. La vérité sur les circonstances du crime pouvant flatter l’instant d’une visite les douleurs vives de ses victimes, il fit tout pour ne pas qu’il en soit question durant sa randonnée.

Joseph Marat

vendredi, 20 avril 2012

Rébellion et discours politique

Il est vrai qu’aujourd’hui, malgré les exactions des FRCI qui ne veulent pas se faire oublier, tant qu’on ne leur a pas donné ce qu’on leur a promis pour s’engager dans la guerre postélectorale, le pays se réveille régulièrement dans une sorte de calme relatif. On pourrait le dire à la décharge du régime de Dramane Ouattara. La Côte d’Ivoire semble voguer sur des eaux trop calmes depuis que Dramane Ouattara est au pouvoir et que les démocrates sont soit en exil, soit en prison, s’ils ne sont pas morts lors du bombardement de nos institutions ou par asphyxie financière. Comment peut-il en être autrement ? Ce sont les véritables politiciens démocrates qui sont traqués. Au pouvoir, se trouvent désormais les Soro Guillaume, Sidiki Konaté et Dramane Ouattara. Respectivement, auteur du livre « Pourquoi je suis devenu rebelle », soi-disant spécialiste des coups d’Etats en Côte d’Ivoire et le soutien indéfectible de la cause des rebelles ivoiriens. On comprend aussi pourquoi en dépit du calme plat, le discours politique soit très dilué. Ce n’est pas ce qu’ils savent faire le mieux. La dernière incongruité est d’Ahmed Bakayoko devant une organisation des patrons de presse le jeudi dernier à l’Hôtel ivoire. C’est le canard dont il est le créateur et qui nous a habitués à des fresques divisionnistes, qui rapporte les bouts de phrase de son mentor à la Une du numéro d’hier. Dans un florilège indigeste de propos qui manque de sérieux : « Le FPI a pris Gbagbo en Otage », « Ce qui se passe à la DST », « L’avocat de Simone est impliqué dans un trafic d’armes », on reste surtout frappé par celui-ci : « Koné Katina a pris des sacs d’argent à la Bceao ». Premier niveau de banalité : on attend mieux, en termes de précision, d’un ministre de l’intérieur. Combien y avait-il dans les sacs de Koné Katina quand il fuyait la horde de rebelles qui déferlait sur Abidjan ? La précision est importante parce que cela pourrait peut-être nous permettre de comprendre pourquoi l’argent n’appelle plus l’argent sous le régime de Dramane Ouattara. Est-ce parce que Koné Katinan a desséché les caisses de la Bceao que les milliards refusent de pleuvoir en Côte d’Ivoire ? Deuxième niveau d’inconstance : Ahmed Bakayoko qui insinue qu’il attend de pied ferme Koné Katinan pour lui demander des comptes, au mépris de tout projet de réconciliation, ne dit aucun mot sur les succursales de la Bceao en zone CNO dévalisées par les promus de la classe dirigeante actuelle. Troisième niveau d’incohérence : après un an de gouvernance d’un pays dit réunifié, les agences sinistrées de la Bceao restent toujours fermées, obligeant les opérateurs économiques de courir toujours le risque de traverser le pays pour venir faire leurs opérations dans les agences du sud que Koné Katinan a dévastées. Allez-y comprendre quelque chose !

Joseph Marat