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mardi, 12 juin 2012

Avec Dramane la réconciliation devient une vue de l’esprit



Et si on allait directement à la réconciliation ? La question n’est pas nouvelle. Depuis que le président Gbagbo, alors qu’il était encore malmené dans le cachot de fortune de l’Hôtel du Golf, recommandait qu’on tourne la page militaire pour passer au règlement civil et politique de la crise, il n’y a personne qui y a pensé sérieusement. Même ceux qui ont fait la guerre pour kidnapper le président Laurent Gbagbo ne s’imaginaient pas la poursuivre pour gérer la suite des événements. Ils ont tous certainement rêvé qu’ils allaient accéder enfin à une autre page de l’histoire : celle de la reconstruction et du développement du pays. Puisqu’on a fait croire à tout le monde que le véritable obstacle à notre sortie du sous développement c’était le président Laurent. Aussi se pose-t-on la question aujourd’hui encore de savoir, pourquoi après plus d’un an, on n’arrive toujours pas à créer la simple condition de notre émergence ? C’est une trivialité de dire que sans sécurité, il n’y pas d’investissement et ce n’est pas au « financier international » qu’il faut apprendre que sans un climat de confiance dans un Etat, il ne faut pas s’attendre que les investisseurs se bousculent à vos portes. Ils ne viennent pas investir pour les beaux yeux d’un quidam, ils viennent certainement quand ils savent que leurs investissements seront sécurisés dans un Etat qui assure sa propre continuité. En Côte d’Ivoire le premier drame qu’apporte le régime de Dramane c’est qu’il a rompu, dès ses premiers pas, avec toute idée de continuité de l’Etat. Toutes les mesures prises par les régimes précédents sont nulles et de nul effet avec le régime Ouattara. Dans un tel Etat, les investisseurs qui ne sont pas nés de la dernière pluie et qui ne se déshydratent pas par leurs narines savent très bien qu’un chef d’Etat qui n’a aucun respect pour des valeurs de politique moderne comme la continuité de l’Etat ne peut garantir la pérennité de leur bien au-delà de sa gouvernance. Même si les charlatans nous disent que Dramane Ouattara cumulera 3 à 4 mandats présidentiels, rien ne dit aux cartésiens de la finance qu’ils ne sont pas dans une sorte de loterie avec un régime qui ne donne aucun gage de sa survivance. Sous nos yeux d’opprimés impuissants, ce régime est en train de réinventer la nation ivoirienne mais il ne se rend même pas compte que ça ne marche pas. Sinon comment comprendre que c’est sous Dramane, l’homme qui sait chercher l’argent, que les ressources de l’Etat se raréfient. Apparemment Dramane Ouattara n’a pas intégré dans sa prétention à sortir la Côte d’Ivoire du sous développement, la mystique de la paix sociale. Sur la question, présupposons que Dramane Ouattara ne soit pas en mission pour effondrer totalement ce pays et imaginons qu’il est vraiment de bonne foi quand il professe qu’il veut sortir ce pays du sous développement. Dans ce cas, deux voies s’offrent à lui dans cette situation de crise qu’il a contribuée pour une bonne part à créer. Soit il renonce à toute idée de vengeance en mettant fin à cette justice des vainqueurs qui consiste à ne traquer que les citoyens d’un camp politique et à concevoir des complots pour leur coller une image dont il n’arrive pas lui-même à se défaire. Soit, il s’incarne en véritable homme d’Etat qui traque réellement l’impunité partout où elle se manifeste. Dans le premier cas il faut avoir de la hauteur et se surpasser. D’aucuns diront qu’il copiera Laurent Gbagbo. Mais, il n’est pas obligé de faire comme l’ex-chef d’Etat. Son orgueil en prendrait un coup et il ne faut certainement pas attendre cela d’un homme qui a une vision martiale du pouvoir. Ce qu’il est tenu de faire est de créer des conditions sociales de paix pour que « tombent ses pluies de milliards » et que ce pays redevienne gouvernable. Dans le deuxième cas, Dramane Ouattara peut décider d’être un véritable justicier. C’est-à-dire incarner cette dame au regard bandé sur le symbole de la justice et qui est prête à frapper de façon aveugle dans tous les camps où le besoin de justice se fait sentir. C’est une option politique qui peut mettre fin à l’impunité et pourquoi pas réunir tous les Ivoiriens autour de l’idéal de justice pour rebâtir la nation. En revanche on devine aisément qu’au delà d’être un idéal inextinguible par un simple mortel comme Dramane Ouattara, ce serait lui demander de se menotter lui-même. Il gère ce pays depuis plus d’un an et la transparence de sa gouvernance n’est pas forcement établie. On a même l’impression que c’est le poids des scandales qui emportera son régime. En définitive, dans tous les cas de figures, dans notre imagination la plus positive, et au regard de la démarche politique qui est la sienne, Dramane Ouattara n’est certainement pas le chef de l’Etat qui réconciliera les Ivoiriens. Sa haine, pour eux, est trop vive. Il ne leur pardonne certainement pas leur outrecuidance. Sinon dans un pays qui traverse une crise aussi profonde comme celle de la Côte d’Ivoire, la justice et surtout celle des vainqueurs ne peut pas être une priorité. Avec la guerre nous avons fait un retour à l’Etat de nature. Il nous faut rebâtir notre Etat en créant la confiance entre tous ceux qui veulent partager le même idéal de vivre ensemble. Cela ne veut pas dire qu’il faut consacrer l’impunité. Cela veut dire qu’il nous faut nous mettre d’accord sur les instruments et les méthodes de notre coexistence pacifique. Sinon de quel droit un criminel poursuivrait un autre si ce n’est sur la base de sa force du moment ? Même celui qui transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir n’a pas la garantie d’arrêter la course du temps qui passe pour lui. Personnaliser un Etat est la meilleure façon de le rendre éphémère ou de ne pas en avoir du tout. Alors que fait Dramane ? Est-il en train de construire ou de détruire notre Etat en voulant régler les comptes à tous ceux qui, à un moment donne de sa vie, ont osé le défier démocratiquement ?

Joseph Marat

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