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mardi, 12 juin 2012

Comme des goutes d’eau


Face à l’armada médiatique nationale et internationale qui entourait et accompagnait la grande croisade des Frci sur Abidjan, face à la répression sauvage qui s’est abattue sur toutes les presses qui n’encensaient pas Dramane Ouattara, (le siège du journal Notre Voie était occupé par des hommes en armes et Aujourd’hui n’avait pas de lieu de travail fixe, la majorité des journalistes pro-Gbagbo étaient en exil ou virés…) il faut avouer que le doute nous a souvent traversés quant à l’impact réel de nos écrits sur la population. Sommes-nous entendus, sommes-nous vus par les Ivoiriens qui sont dans un brouillard d’intoxication quotidienne et dont les préoccupations existentielles se sont décuplées ? Cette question était essentielle pour nous parce que nous trouvions primordial de ne pas laisser les Ivoiriens sombrer dans le désespoir. L’adage dit que tant qu’il y a la vie il ya de l’espoir. Et pour toute l’équipe du journal Aujourd’hui c’était un défi majeur de faire renaître les Ivoiriens de la cendre et des décombres des bombardements. Il fallait chaque jour trouver les mots, les informations, les bonnes nouvelles pour entretenir la flamme de l’espoir. Comme une étincelle dans la grisaille, nous refusions chaque jour que disparaisse le germe de l’humanité que le président Laurent Gbagbo avait inoculé dans le cœur de tous les Ivoiriens. Il ne fallait pas qu’ils se fient à l’apparence de la victoire de la méchanceté sur les forces du progrès. Le Président Laurent Gbagbo a été déporté depuis Korhogo à la Haye. Sur le terrain, ses partisans sont traqués, exilés, emprisonnés… Une logique de totale degbagboïsation bat son plein dans le pays. Dans cette atmosphère hostile qui nous obligeait, nous-mêmes, a rasé les murs à défaut de passer derrière, le doute nous a souvent traversés, pas parce que nous tâtonnions sur nos convictions, mais parce que nulle part on n’a trouvé un tel déploiement de force pour combattre un démocrate et l’idée même de la démocratie. Pouvions-nous réussir ? N’allions-nous pas nous faire écraser par la machine ? Une parole rassurante nous sera un jour donnée par Joseph Titi le Directeur de Production du journal : « comme des gouttes d’eau qui arrivent à faire un trou dans le rocher, nous faisons œuvre utile en continuant à façonner la mentalité de nos concitoyens. C’est dans la tête que s’opèrent d’abord les grandes révolutions et c’est par la pensée que nous viendrons à bout de la force sauvage. » Il n’avait pas eu tort. Aujourd’hui même nos amis d’en face, armes et force au poing, ne sont plus sûrs que la démocratie restera encore longtemps enfermée.

Joseph Marat

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