UA-108822782-1
topblog Ivoire blogs

vendredi, 15 juin 2012

Le dessin de la victoire


Nous nous sommes réveillés ce matin avec la confirmation d’une information. Charles Konan Banny sera reçu dans le cours de la journée par le président Laurent Gbagbo. Toute la pudeur qui a entouré le départ du patron de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation cache mal la gêne du régime Ouattara. Jusqu'à la dernière minute, Banny a fait nier son départ à la Haye. Et cela se comprend aisément. Dramane Ouattara et Konan Banny s’étaient jurés de réconcilier les Ivoiriens sans les hommes du régime passé. Ils étaient tellement convaincus que les ivoiriens les exécraient, qu’il suffit qu’ils ne soient plus là pour que les ivoiriens tournent la page. Plus d’un an après, ils se sont certainement rendus compte que, plus ils se sont entêtés à faire oublier Laurent Gbagbo, plus ils se sont retrouvés bloqués dans toutes leurs initiatives politiques. On comprend donc que ce soit en rasant les murs, la queue entre les pattes qu’ils se délèguent auprès de Laurent Gbagbo pour qu’il leur donne la clé de la gouvernance de la Côte d’Ivoire. Récemment en France, après l’élection présidentielle, l’Etat de France a organisé ce qu’on appelle toutes les passations de charge. Ce sont des moments solennels au cours desquels l’Etat se transmet d’une main à une autre. Au cours de ces passations, celui qui s’en va remet la clé et les dossiers de la maison à celui qui vient. Mais quand vous entrez par « effraction » dans la République, pouvez-vous vous attendre à mieux que le blocage de la machine étatique ? En y entrant par la fenêtre, vous êtes certainement loin de vous imaginer que vous entrez dans un labyrinthe dont il faut vous remettre les clés d’entré et de sortie. Si le pouvoir est un mystère comme le tient à nous le faire comprendre les hagiographes du régime actuel, il ne peut pas être moins complexe qu’un labyrinthe à multiple entrées et sorties. Si Banny se rend en cachette aujourd’hui auprès de Laurent Gbagbo après l’avoir vilipendé et ignoré dans son processus de réconciliation des ivoiriens, c’est dans le secret espoir que celui-ci leur donne la clé de l’Etat ivoirien. Mais, aveuglés par leur conception du pouvoir, ils n’ont jamais pu voir la clé que celui-ci leur a toujours tendue. Aujourd’hui, ils se rendent à la Haye espérant obtenir de lui une formule magique ou des codes spécifiques. Ce ne sera pas le cas parce que le célèbre prisonnier de Scheveningen leur dira simplement que le pouvoir appartient au peuple et qu’il ne s’est pas battu démocratiquement pour sa propre gloriole. Ce n’est donc pas sa victoire à la dernière élection présidentielle qui est en jeu. Il peut l’avoir perdue ou gagnée. Ce n’est pas cela le problème parce que le pouvoir de toute façon continue d’être dans la main du peuple ivoirien. Et c’est d’ailleurs pourquoi Ouattara a des difficultés à gouverner la Cote d’Ivoire. Le problème découle donc de la question que se pose encore le peuple ivoirien depuis la fin du scrutin présidentiel de 2010 : à qui, se demande-t-il, faut-il qu’il remette ce pouvoir pour les cinq années à venir, Gbagbo ou Ouattara ? Mille déplacements à la Haye ne résoudront rien tant qu’on n’aura pas pris la clé ou la solution que le président Gbagbo n’a jamais cachée et qu’il a toujours tendue : le recomptage des voix.

Joseph Marat

Les commentaires sont fermés.