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jeudi, 28 juin 2012

Après avoir fait main basse sur notre patrimoine



L’ensemble de la presse d’en face a rapporté hier que Alassane Ouattara a informé le conseil des ministres qui se tenait cette fois à Yamoussoukro que conformément à l’article 55 de la Constitution ivoirienne, il a produit, le vendredi 8 juin dernier devant la chambre des comptes de la cour suprême, sa déclaration de patrimoine. Comme s’ils étaient quelque peu gênés de voir leur champion en flagrant délit de violation de la constitution et de mal gouvernance, les journaux verts se soulagent depuis de le voir desserrer un peu l’étau sur ses nombreuses violations de notre pauvre Constitution. Ils ont tellement peu de choses à se mettre sous la dent, qu’ils profitent pour célébrer la bonne gouvernance et cette forme d’amblyopie politique qui consiste à prendre la certification de notre misère (ppte) pour une victoire économique. L’article 55 de notre Constitution en son premier paragraphe dit précisément ceci : « Lors de son entrée en fonction et à la fin de celle-ci, le président de la République est tenu de produire une déclaration authentique de son patrimoine devant la Cour des Comptes. » Il faut bien noter ici que l’article dit bien « Lors de son entrée en fonction ». Ouattara aurait donc dû déclarer ses biens lors de son investiture. Surtout quand on sait les conditions dans lesquelles il a accédé au pouvoir, le bon sens aurait voulu que pour donner un signal de bonne gouvernance et surtout de probité, le chef de l’Etat déclarât ses biens avant d’entrer dans ses nouveaux habits d’homme d’Etat. La fonction de chef d’Etat est comme un territoire dont la porte d’entrée est gardée par une douane soumise au régime de la déclaration. Imaginez un quidam qui entre sur ce territoire, au lieu de se soumettre à toutes les procédures douanières, bombarde le poste de douane et plus d’un an après avoir fait ce qu’il veut à l’intérieur du territoire, après même avoir installé sa propre douane aux frontières, il revient pour déclarer ses soi-disant biens. Alassane Ouattara a été investi devant un panel de chefs d’Etat le 21 mai 2011. Deux semaines avant, il a obtenu, sur commande, les services de Yao Paul N’Dré pour son intronisation le 6 mai de la même année. Mieux, il se considérait déjà comme chef d’Etat depuis le 2 décembre 2010. Tout cela pour dire que ce n’est pas le temps qui a manqué à Ouattara pour déclarer son patrimoine. Mais nous ne sommes pas surpris que cela soit pris pour un acte de bonne gouvernance par les tenants actuels du pouvoir. Nous ne sommes pas allés à la même école. Et personne ne nous empêchera de douter de la sincérité de cette manœuvre digne de la mafia.

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

Génocide, ils ont lâché le mot


Pour donner plus de poids aux chefs d’accusation contre les prisonniers qu’ils détiennent dans les goulags du nord, Alassane Ouattara et son régime ont mué la notion de crimes contre l’humanité en génocide. Et parmi les génocidaires, il faut compter les personnes insoupçonnables comme Aké N’Gbo, Désiré Dallo, le diplomate Alcide Djédjé… et tous les autres pro-Gbagbo. Qu’ils soient en exil, incarcérés ou en sursis partout dans les rues. La notion de génocide est tellement sensible que son apparition dans le corpus des charges contre ces derniers, est révélatrice du drame qui se prépare sous nos yeux. Devant ce drame, l’idée que le régime neutralise les élites et travaille à compromettre durablement l’avenir de ce pays est une peccadille. Tous les documents qu’ils produisent sur le génocide ne nous dit pas qui sont ceux qu’on génocide. Si c’est le groupe ethnique de l’actuel chef d’Etat qui est visé, l’argument risque apparemment d’être bancal parce que le plus farouche partisan de la cause des prétendus génocidaires se nomme Koné Katina. Un grain de sable dans un engrenage mal monté. Le régime de Ouattara ne peut pas pertinemment traiter un seul homme politique de génocidaire dans ce pays. Parce que personne à part lui, n’est dans une logique de rattrapage depuis la charte du nord jusqu'à la constitution d’une armée de dozos pour conquérir le reste du pays. C’est pourquoi nous appréhendons plus le drame qu’il prépare que l’usage d’un concept vide contre les cerveaux de cette génération d’Ivoiriens. Sous nos yeux, une campagne agressive du régime de Alassane Ouattara n’est-il pas en train de préparer le génocide des pro-Gbagbo ? La question mérite qu’on s’y attarde. Etant donné qu’il ne peut enfermer tous les partisans du président Laurent Gbagbo dans une ethnie, ce dernier ayant vraiment dragué le peuple ivoirien sur la base d’un discours politique purement idéologique et non ethnique, le régime de Ouattara veut créer une « ethnie d’opinion » à exterminer. La volonté manifeste du régime de broyer les pro-Gbagbo dépasse visiblement le simple cadre du délit d’opinion. Il est devenu dangereux de montrer son penchant pour la politique du président Gbagbo. Tous les pro-Gbagbo sont des pestiférés dans ce pays. A l’ouest ils sont pris pour des miliciens quand, fuyant la guerre, ils sont pris dans la brousse, leur lieu de refuge. Partout dans le pays, là où les rixes opposent des populations exaspérées aux forces dites d’ordre, on trouve en face des pro-Gbagbo. Quand des camps de refugiés libériens, on extrade des personnes qui ont fui la guerre, pour justifier toutes les dérives liées à leur traitement, on parle de pro-Gbagbo. Un ministre de la République sur un plateau de télévision a même attribué les déboires de gouvernance du régime actuel à des pro-Gbagbo qui seraient en campagne d’intoxication contre Ouattara. Après la dernière sortie de Alassane Ouattara contre Koné Katina, on est convaincu que le principal sujet de conversation que le chef de l’Etat ivoirien partage avec ses homologues est la traque des pro-Gbagbo. Peut-on dans un régime prétendu démocratique stigmatiser à ce point une communauté d’opinion sans déjà avoir planifié contre elle une élimination génocidaire comme solution aux problèmes qu’on lui colle ?

Joseph Marat (Aujourd'hui)

Arnaqués sur la qualité du produit


Est-ce un don, un art ou un manque total de tact. A chacun son jugement devant la prouesse d’Alassane Ouattara, l’homme qui a réussi en moins d’un an de gouvernance à se mettre à dos les plus irréductibles de ses soutiens. Hier matin, un collègue me transmet l’information assez précieuse que les diplomates onusiens de l’ONUCI étaient divisés sur la façon dont s’est passée l’extradition du Liberia des 41 supposés miliciens pro-Gbagbo. Je m’étais quelque peu étonné de cette subite fièvre morale de ces diplomates qui ont cautionné le bombardement d’un palais présidentiel et qui continuent de rester muets comme des carpes devant toutes les exactions perpétrées par l’armée d’Alassane Ouattara à travers tout le pays. Quelques heures plus tard, une dépêche de la Lettre du Continent vient nous apporter une autre information selon laquelle le gouvernement américain s’exaspère de la politique d’Alassane Ouattara. Et que même le sulfureux Phillip Carter III n’hésiterait plus, en privé, à ruer dans les brancards du régime d’Abidjan. Dénonçant le blocage du processus de réconciliation et l’immunité relative dont jouissent tous les chefs de guerre que l’administration américaine voudrait voir traduits devant la justice internationale. Fort des leçons de notre passé qui performe encore notre présent, je me suis refusé à croire que ces diplomates puissent montrer ostensiblement qu’ils ont lâché leur poulain pour si peu. Et je continue d’en douter pour m’éviter les surprises qui ont très souvent été très désagréables avec ces mercenaires connus pompeusement sous le vocable de communauté internationale. Aucune logique, aucune raison n’ont jamais justifié leur soutien à Alassane Ouattara. Pourquoi c’est aujourd’hui que les écailles leur tomberaient des yeux. Nous nous sommes tellement battus pour leur faire voir la vérité que leur subite lucidité nous parait évidemment suspecte. L’activisme de Carter III pour influencer l’issue des dernières élections présidentielles n’était pas feint. Il savait ce qu’il faisait. Et ce n’était certainement pas ainsi qu’il devrait espérer la réconciliation entre les Ivoiriens. Quant aux choqués de l’Onuci devant l’extradition des soi-disant miliciens, ils ont fait pire. En transportant dans leurs chars des rebelles contre une République, ils ont créé toutes les conditions de réalisation de ce qu’ils prétendent dénoncer aujourd’hui. Pourquoi toute cette salve d’indignations ? Même si nous pouvons nous permettre d’esquisser quelques pistes d’analyse, nous préférons garder notre scepticisme comme bouée de sauvetage. Alors qu’ils croyaient se battre pour un homme politique qui leur garantirait la sécurité de leurs intérêts, les diplomates occidentaux ne viennent-ils pas de se rendre compte que Ouattara Alassane leur a caché son jeu, celui d’être un homme d’Etat approximatif ?

Joseph Marat ( Aujourd'hui )

mercredi, 27 juin 2012

Ça de-gouverne (1)


Aucune œuvre humaine n’est parfaite. Tous les gouvernements du monde ont des défauts. Mais tous les gouvernements ne font pas la culture de leur faiblesse. Nous qui avons supporté et continuons de supporter la Refondation, nous ne nous faisions pas d’illusion surdimensionnée à son sujet. Elle avait ses tares, ses faiblesses. Des scandales ont émaillé la gouvernance de Laurent Gbagbo et nous comprenons même ceux qui, au bout des dix ans, étaient déçus et voulaient qu’il quitte le pouvoir. Mais pour peu qu’on soit de bonne foi, nous savions tous que les contingences politiques ne lui ont pas facilité la tâche. Il n’a pratiquement pas eu les mains libres pour déployer son programme de gouvernement et son projet de société. Dès les premières heures de son mandat, on lui a collé une rébellion sauvage et un gouvernement de crabes dans lequel nombreux sont ceux qui étaient en mission pour le compte de leur parti pour faire barrage à tout acte de bonne gouvernance. Malgré cette bourrasque de vent contraire, la Refondation a lutté pour ne pas faire de la mal gouvernance une culture. Le scandale politique ou économique en était vraiment, un parce qu’il est dans la nature d’un scandale d’être extraordinaire et non courant et ordinaire. Aujourd’hui avec du recul et avec les langues qui se délient, il y a eu en réalité des scandales, parce que la Refondation étaient confrontée à un gouvernement hybride qui n’était pas le sien en propre et qui était composé de personnes en mission de sabotage. C’est Cissé Bacongo qui affirme qu’ils étaient en mission dans le gouvernement de Laurent Gbagbo. Ce sont Adama Bictogo et autres qu’on cite dans le scandale des déchets toxiques, les détournements de fonds dans le milieu du café cacao n’épargnent pas le ministre Gon Coulibaly… Loin de nous l’idée de penser que les refondateurs sont blancs comme neige dans l’affaire, mais il y a une chose qu’il faut reconnaitre dans la gouvernance handicapée de Laurent Gbagbo, il mettait tout en œuvre pour avancer. Le président avait une vision, une vision axée sur la philosophie de l’orphelin, de la conquête de notre véritable souveraineté et il faisait tout ce qu’il peut pour la réaliser. C’est de cette vision émancipatrice qu’ont découlé les hauts faits de gouvernance que la Côte d’Ivoire a connus ces dix dernières années. Le succès du budget sécurisé pour montrer au monde entier qu’un pays africain peut vivre sans assistance financière ou Programme d’Ajustement Structurel. La politique de décentralisation en tout début de mandat pour injecter des ressources équitablement reparties dans le développement harmonisé de tout le pays. Une rupture avec la démarche népotiste qui a longtemps consisté à ne développer que la région d’origine du président. Le transfert de la capitale à Yamoussoukro avec les grands travaux de construction et la poursuite du prolongement de l’autoroute du nord. L’école gratuite et l’assurance maladie universelle étaient des projets ambitieux et salutaires pour un peuple qui a besoin de s’enraciner dans le social pour construire un développement sans clivage et sans déchets sociaux… Laurent Gbagbo ne nous a pas fait seulement rêver le progrès, il nous a fait voir qu’en rêvant ensemble tout était possible.…

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

Ça de-gouverne (2)


Avec le président Laurent Gbagbo, malgré toutes les peaux de banane qu’on lui lançait, nous n’avions jamais eu l’impression que nous n’étions pas dans une République gouvernée. On voyait bien que gouverner, c’est prévoir. Les reformes étaient palpables a travers des textes de loi. Le jeu des institutions, même handicapées, rappelait constamment que nous étions dans un Etat de droit. L’économie était florissante avant même le point d’achèvement PPTE puisqu’avant cette échéance tous les corps de fonction ont vu leur traitement rehaussé. Finalement le PPTE était une ruse de l’homme politique avisé pour nous débarrasser des dettes qui ont atterri dans la poche des gouvernants précédents et non comme aujourd’hui, l’illusion d’une courte échelle pour remonter du gouffre économique qu’on ne cesse de creuser. Sous prétexte qu’il y a mieux que la politique de Laurent Gbagbo, on lui a collé une rébellion sauvage et on s’est mis en mission dans tous ses gouvernements pour saboter ses actions. A la suite de l’élection qu’il organise au forceps, il est bombardé, arrêté, détenu dans des conditions inhumaines et déporté dans une prison européenne. Et depuis, ceux qui nous ont promis le paradis, se cherchent comme on dit. Dagobert Banzio a arrêté de jouer le saltimbanque qui annonce la réduction du coût de la vie sans succès. Désormais quand on entend parler du gouvernement, et nous savons qu’il séjourne sous le feu des projecteurs, c’est pour déchirer sa propre charte de l’éthique, tellement les scandales le colle aux basques. Le globe-trotter, pardon le chef de l’Etat, bien plus préoccupé par sa sécurité personnelle et son bien-être, multiplie les voyages aussi inutiles les uns que les autres pour le pays. Depuis qu’il dit avoir été élu, le peuple attend toujours qu’il lui communique son programme politique. La pluie de milliards ayant été un mirage, peut-on au minima remettre les pieds sur terre pour penser notre simple fait d’exister ? Tout ce que le président Gbagbo avait voulu initier pour notre développement a été remis en cause sans qu’on nous propose autre chose. Nous sommes tous dans ce pays à nous poser la question suivante : où allons-nous avec Alassane Ouattara ? On dit que la nature a horreur du vide et les Ivoiriens commencent à avoir horreur de ce gouvernement qui ne met rien à la place de ce qu’il déconstruit. Et ils sont tellement conscients de la fureur qui habite le silence des Ivoiriens qu’ils croient en atténuer les effets dévastateurs par des incantations du genre « oubliez Gbagbo ! ». Si plus d’un an après, celui qu’ils ont traité de tous les noms de diable est encore présent dans le cœur des Ivoiriens, cela veut simplement dire qu’ils ne lui arrivent pas à la cheville. Même là où on attendait qu’ils montrent un brin d’intelligence à cause de leur amour pour les armes et la force, leur démarche reste des plus illisibles. On a besoin aussi d’un peu d’intelligence politique pour mettre en place un Etat policier parce qu’il est totalement illogique d’arrêter un citoyen hors du territoire national, l’extrader, faire son procès au cours d’une émission télévisée, le torturer pour lui arracher des aveux pour tentative de coup d’Etat et, avant de l’écrouer, ne retenir contre lui qu’un crime économique sans expliquer au peuple ce que sont devenues les preuves et les accusations de subversion ! Pour ceux qui m’écrivent, j’attends toujours de comprendre nos gouvernants actuels.

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

L’échec programmé de Banny


Le gouvernement de Alassane Ouattara et Charles Konan Banny ont échoué à réconcilier les Ivoiriens parce que dans le fond, ils n’ont pas été intéressés par sa signification. Au propre comme au figuré, dans la forme comme dans le fond, ils ignorent le sens de la réconciliation pour un état comme la Côte d’Ivoire. Et ils n’en ont tellement rien à faire que depuis plus d’un an, disons depuis le début, ils se cassent le nez, mais ils n’en ont cure. Au point qu’il est presqu’inapproprié de dire qu’ils ont échoué. Ils n’ont en fait jamais essayé de réconcilier les Ivoiriens, parce qu’ils ne se sont jamais engagés dans la voie de la réconciliation. Pour le besoin de la cause j’ai bien voulu remonter à l’hygiène de l’interprétation du mot réconciliation. Le Larousse en ligne enseigne que c’est le fait de réconcilier et que réconcilier veut dire : « Ramener des personnes à la bonne entente, rétablir entre elles des relations amicales.» Ce qui présuppose évidemment que les personnes ou les parties à concilier sont en conflit. Après la crise postélectorale que nous avons connue, il a été bien inspiré de vouloir réconcilier les Ivoiriens. Encore faut-il qu’on fasse l’effort d’en épouser l’esprit. D’aucuns ont voulu enraciner l’échec de cette réconciliation dans le choix de la personne de Banny. Je pense que non ! L’initiateur d’une réconciliation peut être une partie du conflit. Ce qui est en cause n’est donc pas le choix de Banny. Aujourd’hui, par rétrospection Charles Konan Banny consacre l’échec de cette réconciliation nationale parce qu’il n’a pas été capable de se départir de sa rancœur et de sa haine viscérale pour l’un des partis qu’il doit réconcilier. En clair, l’homme s’est engager dans la réconciliation en voulant recréer de façon absurde les conditions du conflit. Banny n’a pas pris de la hauteur et a refusé de se vêtir de l’habit du conciliateur le jour où il a pensé qu’il pouvait réussir sa mission sans Laurent Gbagbo. Des cet instant, l’homme avait déjà, lui-même, mis des bâtons dans ses propres roues. Son équipe et lui se plaignent aujourd’hui que le gouvernement d’Alassane Ouattara sabote son action. Ils oublient que ce sont eux qui leur ont envoyé le signal qu’ils avaient raison sur toute la ligne et que le moins qu’ils pouvaient attendre des autres est qu’ils viennent se mettre à genoux devant eux pour implorer leur pardon. Banny a donc perverti l’esprit de la réconciliation en faisant croire à une partie qu’elle se résumerait à la soumission, à l’aplatissement d’un camp dans la totale reconnaissance de ses torts et l’oubli de ses propres griefs contre les vainqueurs. A la suite de la justice des vainqueurs, Banny a lancé la réconciliation du vainqueur. Apparemment tout comme la première, celle-ci ne pouvait qu’échouer. Tout ce qui reste à Banny aujourd’hui, pour l’honneur, c’est sa démission. Toute tentative de rafistolage sera perçue comme un acte de trahison par le camp Ouattara qui est déjà trop avancé dans l’idée que les pro-Gbagbo doivent se soumettre ou périr.

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

Au nom des étrangers ?

« Le domaine foncier rural est constitué par l’ensemble des terres mises en valeur ou non et quelle que soit la nature de la mise en valeur. Il constitue un patrimoine national auquel toute personne physique ou morale peut accéder. Toutefois seuls l’Etat, les collectivités publiques et les personnes physiques ivoiriennes sont admises à en être propriétaires » ainsi est stipulé l’article 1 de la loi de 1998 sur le foncier rural. Il en résume l’esprit et toute la volonté politique de protéger le patrimoine foncier rural contre toute prévarication et tous les conflits qui pourraient naitre entre des particuliers disputant son appartenance. Avant toute sa déclinaison qui situe sur toutes les conditionnalités d’appropriation, la loi est claire : la terre appartient à l’Etat. Le particulier qui veut s’en approprier une parcelle doit être ivoirien après avoir rempli évidemment certaines conditions d’acquisition. Cette loi qui met fin à l’hérésie juridique de l’houphouëtisme qui voulait que la terre appartienne à celui qui la met en valeur, a été voté à l’unanimité des députés de la législature de 1998. C’est à cette loi que le gouvernement d’Alassane Ouattara veut, dans une sorte de précipitation douteuse, s’en prendre. Comment ? Le principal argument qu’il avance contre cette loi est qu’elle pue l’ivoirité. Une loi votée par un parlement ivoirien devrait-elle avoir une odeur autre qu’ivoirienne ? Pourquoi des parlementaires ivoiriens devraient-ils légiférer sur des lois de la CEDEAO ? Au-delà de ces interrogations qui révèlent l’absurdité de la démarche gouvernementale actuelle, il y a toute la problématique des intérêts du peuple ivoirien sur son propre territoire. On comprend, avec ces revendications saugrenues pour des passe-droits à des non-nationaux, que sous le prétexte de l’ivoirité on a fait la guerre aux Ivoiriens rien que parce qu’ils sont Ivoiriens. Puisque le concept mis en cause ici, pour dévoyer une loi nationale, n’a pas d’autre signification que « le fait d’être ivoirien ». En somme, Ouattara et son gouvernement veulent dire que cette loi sur le foncier n’est pas bonne parce qu’elle est ivoirienne. On a fait la guerre à tous les régimes depuis Bédié sous prétexte qu’ils sont ivoiritaires. Les accords de Marcoussis ont obligé la Côte d’ivoire à naturaliser plus de trois millions de burkinabé pour mettre fin à la « xénophobie » des Ivoiriens. Aujourd’hui on prend à peine des gants pour les spolier de leurs terres. Nous avons cru au départ que les pourfendeurs du concept de l’ivoirité étaient de bonne foi et s’attaquaient à ses formes vicieuses. Nous sommes obligés de nous rendre à l’évidence aujourd’hui que c’est le fait même d’être ivoirien qui est menacé dans toutes les reformes que veut initier Alassane Ouattara. Parce que nulle part il n’existe un chef d’Etat qui soit si engagé à combattre les intérêts de son peuple au profit d’un autre. Un candidat à l’élection présidentielle avait dit que son adversaire était un candidat de l’étranger. Nous étions loin de penser que cela pouvait être aussi vrai au sens propre.

Joseph Marat (Aujourd’hui)

La justice de l’opacité


Monsieur Koffi Charles est le président du réseau national des victimes des déchets toxiques en Côte d’Ivoire. Sans entrer dans les méandres de ce qui est devenu une nébuleuse d’affaires floues impliquant malfrats et moralistes de notre petite République bananière, je m’interroge encore sur l’esprit qui a animé le juge qui a bien voulu le condamner à 6 mois de prison fermes et de 5 ans de réclusion dans son village. Un collègue me dit que dans la profession, on ne commente pas la décision de justice. Mais a-t-on besoin de commenter une décision de justice ? Ou elle est juste ou elle ne l’est pas. Apparemment celle-ci n’est pas loin de renfermer trop de points d’ombre. Je ne suis pas un spécialiste de la justice, mais j’ai rarement vu qu’on condamne quelqu’un parce qu’il met à nu des malversations avérées. Adama Bictogo cité dans cette affaire a démissionné du gouvernement. Il aurait promis de rembourser ce qu’il a gardé par devers lui quant au dédommagement des victimes. Rien que cela est la preuve que monsieur Koffi Charles en sait un brin sur toute cette affaire sulfureuse de détournement des sommes faramineuses allouées par la compagnie Transfigura en guise de réparation des dommages que pourrait causer la toxine qu’elle a déversée sur le territoire ivoirien. Un juge soucieux de découvrir la vérité ne devrait-il pas diligenter une enquête plus approfondie sur la question et écouter et vérifier tout ce que le plaignant a à dire. A quelle logique répond l’arrestation, le jugement et cette condamnation sévère pour diffamation et trouble à l’ordre public de Charles Koffi justement au moment où celui-ci se dit prêt à faire éclater la vérité. Est-il normal que dans une République on condamne quelqu’un au silence parce qu’il veut apporter la preuve que des criminels à col blanc font main basse sur le bien des plus faibles ? Adama Bictogo et tous ceux qui sont cités dans l’affaire courent encore. Ils n’ont pas encore remboursé ce qu’ils disent eux-mêmes avoir volé. En réduisant Charles Koffi au silence, le juge peut-il nous dire qu’il n’y a pas de délit de détournement et que toutes les victimes vont bientôt percevoir leur dû ? Sans quoi il faudra craindre que Charles Koffi ne soit en fait le symbole d’une absence totale de justice dans notre pays.

Joseph Marat (Aujourd’hui)

La boucle va-t-elle se refermer ?


L’information a été reprise hier sur la toile sous la forme suivante : « ALERTE/PLAINTE CONTRE SORO A PARIS. Guillaume Soro, chef des ex-rebelles des Forces Nouvelles et ex-Premier ministre d'Alassane Ouattara, est nommément visé par une plainte avec constitution de partie civile pour "enlèvement, séquestration, et traitements inhumains et dégradants", dans le cadre de la détention arbitraire de Michel Gbagbo. Cette plainte vise également neuf (9) commandants de zone - dont Issiaka Ouattara, dit Wattao, et Fofié Kouakou. Elle a été déposée ce lundi 25 juin 2012 devant le doyen des juges d'instruction du Tribunal de Grande Instance de Paris par Maître Habiba Toure, avocate de la famille Gbagbo. Guillaume Soro, qui séjourne actuellement en région parisienne, précisément à Saint-Prix (95), est donc susceptible à tout moment d'être entendu par la justice française. » Sur le coup, je me suis posé la question suivante : « Pourquoi Soro ? » Oui pourquoi pas ? Mais cette plainte qui concerne certainement la période qui part du 11 avril 2011 à maintenant, nous semble ne pas directement indexer la rébellion de Guillaume Soro mais plutôt le chef des FRCI, en l’occurrence Alassane Ouattara. Il est vrai que l’auteur de « Pourquoi je suis devenu rebelle » était le chef de l’opération, mais Ouattara se prenait déjà pour le chef de l’Etat. Il devrait donc être pris pour le responsable de tout ce que Michel Gbagbo a subi. Je ne suis pas défenseur de la cause de l’ex-rebelle ivoirien, au contraire je me réjouirais qu’il soit rattrapé par tous ses crimes, mais je suis contraint d’avouer que cette plainte contre Soro à Paris a certainement ses raisons que mon entendement ignore encore. Pour combler ma curiosité et comprendre ce qui se passe, j’ai appelé un ami français qui tout en partageant la même perplexité que moi a tout de même ajouté que c’est peut-être une question de timing. Guillaume Soro passe actuellement du bon temps au bord de la Seine avec sa famille. Si, selon la célèbre réplique d’Aimé Césaire à un homme politique français, Michel Gbagbo n’était pas pris pour un français entièrement à part, mais pour un français à part entière, sa plainte devrait prospérer et déboucher sur l’arrestation de Guillaume Soro pour, au minimum, entendre qu’il se justifie sur la détention d’un citoyen français dans un camp de concentration dans le nord de la Côte d’Ivoire. Il faut rappeler que Michel Gbagbo est actuellement détenu à Bouna pour le seul délit d’être né du président Laurent Gbagbo.

Joseph Marat (Aujourd’hui)

vendredi, 22 juin 2012

Inhumanité d’outre tombe


Le journal pro-gouvernemental Fraternité Matin s’est fait l’écho de la démarche des avocats de l’Etat ivoirien auprès de la Cour Pénal internationale pour contrebalancer l’accusation portée contre leur client pour torture et mauvais traitement du président Laurent Gbagbo lors de son incarcération à Korhogo. « Laurent Gbagbo n’a subi aucun traitement inhumain ni dégradant ni, a fortiori, n’a été soumis à la torture et tenant compte des circonstances particulières dans lesquelles le conflit à plonger le système judiciaire ivoirien, ses droits ont été respectés. » ont souligné Jean Pierre Mignard et Jean Paul Benoit les avocats qui se sont subitement réveillés le 18 juin dernier pour nier les récriminations portées par le président Gbagbo depuis sa première comparution devant la CPI le 05 décembre 2011 dernier. Pourquoi a-t-il fallu six mois à l’Etat de Alassane Ouattara pour réagir à une accusation de torture sur la personne d’un ancien chef d’Etat ? Cette question est bonne à retenir pour susciter la réflexion. Mais là n’est certainement pas la préoccupation de fond. Au jeu des révélations de dernières minutes pour étouffer la défense de Gbagbo, les avocats du régime de Ouattara peuvent jouer à leur guise. Sauf que pour cette accusation précise, il y a longtemps que le débat a quitté le champ des supputations malhonnêtes. La CPI elle-même, après des expertises médicales, a établi la véracité de ce que le président Laurent Gbagbo avait déjà dit avoir subi. Aussi sommes-nous fondés à dire que la démarche des avocats d’Alassane Ouattara est un acte désespéré pour deux raisons. Premièrement vont-ils récuser ou poursuivre la Cour Pénal Internationale pour diffamation ou mensonge ? Leur manque de confiance en cette cour les conduira-t-il à lui reprendre le dossier Gbagbo ? Mais pour quelle autre cour à l’abri de la justice des vainqueurs ? Deuxièmement, ces avocats vont-il se rendre à la Haye pour exposer à la Cour ce que signifie pour eux un traitement humain ? Parce qu’apparemment pour ces messieurs, pour que le président Laurent Gbagbo parle de traitement inhumain, il aurait fallu qu’il le dise d’outre tombe. Puisqu’il a eu la vie sauve, il ne peut prétendre avoir été maltraité. Tenez vous bien, ces avocats soulignent dans leur document déposé auprès de la CPI qu’Alassane Ouattara s’étant investi particulièrement pour que Gbagbo ait la vie sauve, il ne peut donc prétendre avoir été victime de traitements inhumains. Vous comprenez avec moi qu’il n’y a pas que les mercenaires dozos qu’on a recrutés dans des champs de Sorgho. Même les avocats assimilent traitement inhumain à un assassinat. Je me refuse de douter de la compétence et de l’intelligence de ces avocats mais voilà où nous conduit, dans l’absurdité, l’obstination à vouloir défendre l’indéfendable.

Joseph Marat