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mercredi, 04 juillet 2012

Condamnés pour leur patriotisme


Un ami a voulu que je partage avec ceux qui nous lisent le drame moral d’un célèbre prisonnier d’Alassane Ouattara et à travers lui, celui de tous les autres dans les goulags du nord pour avoir trop aimé la Côte d’Ivoire. Il s’agit du leader syndicaliste Mahan Gahé. Il sortait d’une audience avec le juge en charge de son dossier, quand il a passé un coup de fil à un ami commun. Celui-ci a aussitôt compris que le prisonnier voulait que le contenu de cette conversation se sache. J’ai donc été mis dans ce qui n’est plus une confidence. L’intérêt, c’est qu’à la suite de cette histoire, on se rend compte à quel point les geôliers, dans des prisons morales, sont plus à plaindre que ceux qui sont enfermés. Le juge du syndicaliste s’était tissé ses propres fers à partir d’une certaine idée de la justice née de la dramanie. Mahan Gahe s’est senti certainement soulager après cette rencontre. Il doit s’être dit que le temps s’est en fait arrêté pour tout le monde en Côte d’Ivoire parce qu’il n’est pas plus prisonnier que ses geôliers qui ne doivent pas être heureux de faire ce que leur conscience leur refuse de faire. En effet le juge qui prend la parole le premier dit à Mahan Gahé : « Monsieur Mahan vous êtes accusé d’avoir lancé un contre-appel aux travailleurs pour leur demander de désobéir à l’ordre du président qui appelait à cesser de travailler… » Voilà ce que répond le prisonnier politique. « Monsieur le juge, vous me faites peur ! Vous me faites peur parce que vous êtes censé appliquer la loi. Mais il me semble que vous ne la connaissez. J’ai donc peur que vous appliquez autre chose que la loi dans cette affaire qui me concerne. D’abord de quel président parlez-vous ? Si c’est du président Alassane Ouattara que vous parlez, ce que je devine aisément, il n’était pas encore président quand j’ai lancé mon appel. Je ne pouvais donc pas lui avoir désobéit avant qu’il n’est été reconnu comme tel par le Conseil Constitutionnel qui avait déjà investi son adversaire. » Il a été reconnu par la communauté internationale a relancé le juge. « Vous me faites encore plus peur. Mais soit, supposons que ce sont les Ivoiriens qui votent et c’est la communauté internationale qui proclame les résultats, le président élu n’est pas comme moi un leader syndical pour lancer des grèves et appeler à saboter l’économie du pays qu’il est appeler à diriger. Je comprends que mon crime est d’avoir souhaité que les Ivoiriens travaillent pour sortir leur pays du sous développement… j’étais loin de penser qu’un chef d’Etat aurait pu prendre cela pour un crime gravissime.» Invariablement, le juge reprendra son refrain de la toute puissance de la communauté internationale devant un Mahan Gahé, serein savourant ce moment où il se rend compte de la vacuité des accusations du régime Ouattara contre tous ses prisonniers politiques !

Joseph Marat

dimanche, 01 juillet 2012

Le professeur Yacouba Konaté, un dozo ?


Peuvent-ils cesser de nous faire honte ? Il est difficile de l’espérer. Parce que même les intellectuels de leur camp ont perdu la main. Ils ont perdu la main parce que c’est toujours une gageure, un reniement de soi et une contorsion psychologique éprouvante pour un intellectuel de s’adonner au jeu de la malhonnêteté. On attend de l’intellectuel qu’il soit une lumière qui guide sa société à sortir de l’obscurantisme. Quand il fait le contraire, c'est-à-dire, lorsqu’avec une torche en main il fend les ténèbres pour vouloir y engouffrer le peuple, il cesse d’en être un pour devenir objet d’indignation. Yacouba Konaté cet universitaire et philosophe est un brillant intellectuel. Celui qui me fait cette révélation argumente que sur Google, plus de 11 pages sont consacrées à l’homme. Mais dans la même confidence, comme s’il doutait finalement de notre capacité à nous parfaire au contact du savoir, il finit par dire ceci : « mais c’est un dozo ». J’avoue que j’ai trouvé l’image antinomique. Mais c’est la suite de l’histoire qui finit par convaincre les plus irréductibles. Après le flop de son colloque international sur la renaissance africaine en décembre dernier, au moment où la « charte du nord » déportait Laurent Gbagbo à la Haye, Yacouba Konate vient de remettre le couvert. Et comment ? Au cours d’un forum sur la réconciliation nationale qu’il fait organiser par la Banque Mondiale, il est pratiquement le seul intervenant. A-t-il perdu son carnet d’adresse ? Dans la forme, se réconcilie-t-on avec quelqu’un quand on est seul à avoir la parole de l’invective ? Voilà la prouesse qu’a réalisée l’éminence grise du RDR qui s’est entouré d’un modérateur et d’un commentateur qui, las des injures portées à leur intelligence ont fini par devenir ses farouches contradicteurs au cours de ce forum censé aller dans une seule direction : brocarder la politique de Laurent Gbagbo. Le pire viendra quand il eut l’étincelle de donner la parole à l’assistance. Torturé par la bile déversée par l’orateur sur l’histoire de la vie politique en Côte d’Ivoire, un participant s’est pratiquement mis à genoux pour supplier Yacouba Konaté de prouver ce qu’il dit. Surtout quand il accuse les pro-Gbagbo de casser les travaux d’Alassane Ouattara à Yopougon. Tout est dans la réponse de l’éminent professeur : « il faut aller voir Ben Laden le com-zone de Yopougon. Il te montrera les pro-Gbagbo qu’il a arrêtés » ! Sans commentaire ! Sauf qu’à un niveau plus bas, il y eut un certain Amadou « cimetière ».

Joseph Marat (Aujourd'hui )


Houphouëtistes, semeurs de vent

Lors de la cérémonie de clôture du forum de réconciliation que le président Laurent Gbagbo a organisé en 2001, il a sorti un pan de sa relation avec le président Houphouët Boigny qui est demeuré culte dans l’esprit de tous ceux qui se souviennent encore de ce moment de communion du peuple ivoirien. Je me demande aujourd’hui, à la lumière de la gouvernance des héritiers d’Houphouët, si nous avons compris de part et d’autre la profondeur de ce soupir du président Houphouët à l’endroit de son opposant d’alors : « Hélas ! Tu me ressembles ». Le vieux s’était reconnu dans le combat de son opposant pour l’indépendance totale de la Côte d’Ivoire et perçu dans son âme, son propre combat pour la stabilité ou pour la paix. Ils étaient opposés, et même farouchement opposés au point que certains aficionados ont vu dans le combat politique, un combat à mort qui aurait emporté le vieux. Mais ils avaient également des choses en partage. Ils aimaient profondément leur pays pour faire la politique avec sagesse et mettre leur peuple a l’abri des menaces des groupes terroristes de tout genre. Houphouët Boigny a dirigé ce pays pendant 33 ans. On peut lui reconnaitre, avec du recul, qu’il a tout fait, jusque plonger dans certaines compromissions politiques pour préserver ce pays de la guerre. On doit ce qu’on a appelé « le miracle ivoirien » à la stabilité relative qu’il a entretenue durant son règne. Parce qu’en réalité, la stabilité est le véritable facteur de développement d’un pays. Les investisseurs, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs ont bien plus besoin de stabilité que de la démocratie qui n’est qu’un aspect de la tranquillité dont a besoin l’environnement des affaires. Laurent Gbagbo n’a pu conserver cette paix. Mais, personne ne peut honnêtement dire qu’il ne s’est pas battu comme un beau diable pour ramener la paix dans ce pays. Le forum national de réconciliation, les couleuvres de Linas Marcoussis, le dialogue direct, les accords de Ouagadougou… même le recomptage des voix alors que le Conseil Constitutionnel le déclarait vainqueur, sont les sacrifices consentis par un homme qui voulait éloigner coûte que coûte les démons de la guerre de son pays. Alassane Ouattara et toute sa coalition Rhdp se sont précités pour s’autoproclamer houphouëtistes, arnaquer moralement le peuple et arracher la pouvoir. Mais depuis qu’ils l’ont, leur langage dirime avec celui des hommes de paix. La rancœur, la violence de tout genre, la haine, le discours hautain et inutilement méchant, les menaces, les exactions… voilà ce qu’ils sèment partout comme vent. Et voila que s’amoncelle à l’horizon de la Côte d’Ivoire une tempête sans nom. Quelqu’un a dit que les menaces des terroristes sont faits contre les pauvres populations qui n’ont pas la logistique pour s’en prémunir. Je lui ai répondu que mettre constamment son peuple en danger c’est cela qu’on appelle gouverner, pas pour lui, mais contre lui.

Joseph Marat (Aujourd’hui )

La Cedeao met la vie de ses populations en danger


La Cedeao est dans tous ses états. Cette Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest n’a jamais été aussi ridicule dans son impuissance à régler une crise. Est-ce parce qu’elle s’est donnée pour la première fois un président ivoirien que la force du dicton qui dit : « celui qui règne par les armes périt par les armes » s’impose ? Ou bien, est-ce parce qu’elle n’a pas mesuré la portée de cette parole de sagesse du président Laurent Gbagbo qui disait ceci « quand la maison du voisin brule, aide-le à éteindre le feu de peur qu’il ne se propage et n’atteigne la tienne » ? Dans tous les cas, la Cedeao est prise au piège de ses propres turpitudes. Après avoir porté à bout de bras la rébellion ivoirienne et soutenu l’insoutenable dans la crise postélectorale en Côte d’ivoire, la voilà incapable aujourd’hui de recourir à ses propres panacées. Depuis le déclenchement de la crise malienne, elle tient réunion sur réunion pour prendre des décisions aussi farfelues les unes que les autres. Dès le coup de force du capitaine Sanogo, sans comprendre pour quoi un pareil coup de force, à seulement un mois d’une élection présidentielle, elle a appelé au retour de l’ordre constitutionnel. Sur un ton très arrogant, Ouattara avait même dit qu’il ne tôlerait pas que prospère à sa frontière nord un putsch. La même Cedeao, toujours sans solution ou avec les solutions de Ouattara, reviendra, contre la même constitution, imposer au peuple malien un mandat d’un an pour Dioncounda Traoré. Ce dernier contesté par la junte reste actuellement introuvable. Et comme si elle ne pouvait pas se départir d’une méthode qui apparemment ne marche pas, la Cedeao vient de se réunir pour une énième fois à Yamoussoukro pour prendre des décisions incongrues et lancer des diatribes. Elle exige que le président Dioncounda Traoré revienne de France comme si quelqu’un l’y retenait. Elle décide que le capitaine Sanogo est déchu de son titre d’ancien chef d’Etat comme si cela pouvait servir de solution à la profondeur de la crise malienne. Et comme si la sagesse avait vraiment quitté cette organisation sous régionale, elle vient de décider de l’envoi d’une force militaire contre les mouvements islamistes du nord-Mali, obstruant ainsi toute voie de négociation et de dialogue avec les parties en conflits. La négociation « ne serait pas possible avec les terroristes ». La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Les mouvements islamistes d’Ansar Dine et du Mujao qui ont actuellement le vent en poupe en chassant les « indépendantistes » du MNLA de Gao et de Tombouctou et que la Cedeao qualifie de terroristes pour appâter l’aide américaine, viennent d’envoyer un message bien clair à tous les chefs d’Etat de la Cedeao. Tout Etat ouest africain qui apportera son concours à la Micema (Mission de la Cédéao au Mali) verra sur son sol la manifestation d’actes terroristes. Cette menace est inédite. Et nous notons qu’elle est consécutive à la démarche, depuis toujours ambigüe, et ces derniers temps cavalière, de la Cedeao. Les attentats à la bombe ou autre que nous avions l’habitude de voir à la télévision, et qui paraissait si loin et si étrangers vont bientôt entrer dans notre quotidien. Pour les Ivoiriens, c’est une situation assez ubuesque. Il a fallu attendre l’arrivée d’un « houphouëtiste » au pouvoir en Côte d’Ivoire et à la tête de la Cedeao pour que la notion de dialogue devienne taboue et que la voix des armes occupe tout l’espace diplomatique.

Joseph Marat ( Aujourd’hui )