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mercredi, 22 août 2012

La conversion de Lucifer

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce texte de Docteur Pierre Franklin Tavares qu’un ami m’a envoyé en partage dans ma boite électronique. C’est un texte intéressant qui fait une analyse assez froide de l’état de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Monsieur Tavares dit pourquoi elle est mal partie et ce qu’il faut au minimum espérer pour qu’elle se mette véritablement en place. Vous lirez que sur la base d’une certaine générosité politique, il propose que les trois principaux leaders de la classe politique ivoirienne s’asseyent pour créer un consensus salvateur. Je pense pour ma part que le projet est louable, mais c’est la base, le socle indispensable à leur assise, c’est à-dire la générosité qui le rend utopique. Des trois hommes politiques il n’y a qu’un seul qui a déjà montré qu’il est capable de générosité. Le reste a vendu son âme au diable. Seul le miracle final qui veut que Lucifer renonce à sa rébellion et se convertisse peut peut-être nous sauver… Bonne lecture.

joseph Marat

Côte d'Ivoire consensus national ou réconciliation nationale

La Côte d’Ivoire est convalescente. Et son rétablissement prendra du temps, puisque, comble de guigne, sa classe politique a décidé de ne pas « penser ». En conséquence de quoi, elle amplifie et creuse la crise et les divisions, là où elle devrait s’unir pour les atténuer et les sursumer.

L’unité nationale, distincte de l’unanimisme, s’emprunte par plusieurs chemins. Nous n’en retiendrons que deux. Le premier, plus court et plus lisse, est celui de la Réconciliation nationale. Mais comment donc réconcilier un pays-État[1] qui n’est pas encore une nation, sans consensus ? C’est cependant le choix fait par le nouveau régime ivoirien, après la meurtrière crise post-électorale de novembre 2011. Ainsi, un « dispositif technique », ou plus exactement une « commission », la CDVR[2], qu’il eut mieux valu concevoir et établir comme une « institution pleine »[3], a été mise en place à grands renforts d’oukases, il y a plus d’un an, mais jusqu’ici, sans effet notoire. Pouvait-il en être autrement ? Sans l’arc, dit une sagesse chinoise, la flèche est une promesse impossible d’envol.

En effet, les statuts de la CDVR n’en font pas une Institution en tant que telle. En son article 2, elle est définie comme une « Autorité administrative indépendante » et son existence et sa durée sont très limitées dans le temps. « Son mandat est de deux ans ». Il est donc indifférent que l’article 3 confère à son président le rang de « Président d’Institution ». Faut-il être grand clerc, pour comprendre que, face à l’ampleur de la crise ivoirienne, la CDRV soit inadaptée ?

Sans consensus, la réconciliation est un vœu pieux. Qu’est-ce qu’un but ou une intention sans moyens, fut-elle louable ? Si la réconciliation est la finalité, adviendra-t-elle sans le consensus qui en est le moyen, l’outil ?

Au demeurant, concernant la CDRV, ni la compétence ni la qualité de ses membres ne sont en cause, ni non plus la faiblesse de ses moyens de fonctionnement (comme elle n’arrête pas elle-même de l’affirmer) et moins encore l’intention morale qui a présidé à sa création. Ce qui, comme raison principale, dicte d’avance l’échec de ce « dispositif technique » réside dans le fait qu’il ne sait ni ne peut prendre en vue et, par suite, surmonter la crise de la connaissance qui, depuis vingt ans, égare la classe politique ivoirienne. La création du CDVR en est une illustration. Elle puise son modèle d’inspiration en Afrique du sud, un pays dont le passé colonial et l’expérience de l’apartheid font que sa crise (non encore résolue) diffère structurellement de la crise ivoirienne. En d’autres termes, le modèle sud-africain, aussi instructif soit-il, est impossible à importer, en Côte d’Ivoire. Le faire, cela revient à tenter d’appliquer un cautère sur une jambe de bois. Et aucune incantation diplomatique, fut-elle onusienne ou américaine, ne rendra viable la CDVR. Certes, « on » peut continuer de feindre le contraire, ou s’attribuer généreusement les palmes de la belle intention, voire même faire place au « partisan du charabia » dont parle La Bruyère, et, de la sorte, laisser la CDRV s’user par frottement au réel. Mais, à ce type de pratique, la Côte d’Ivoire, ce pays-État qui n’est pas encore une nation, peut à tout moment chuter plus bas, éloignant l’horizon d’une construction de la Nation. L’échec patent de la CDVR affaiblit l’idée même de réconciliation. Et il faut craindre le pire, dans les mois qui viennent, si tous persistent dans la même voie. À Duékoué et alentours (région ouest), la crise ethnico-foncière persiste, avec son lot de massacres et de vengeances privées. Là-bas, ont été construits des silos de rancœur. Agboville et Dabou ! Mais plus alarmant, Abidjan, de nouveau, est traversé par une série d’effervescences et une situation insécuritaire. La nuit du 5 août y a vu l’attaque d’un poste de police et l’aube du 6 août 2012 l’incursion d’un commando inconnu au sein du camp militaire d’Akouédo. Ainsi, sans qu’ils puissent être identifiés, les « adversaires » du nouveau pouvoir viennent de montrer leur capacité à frapper au cœur de la capitale administrative. Et nul ne sait si tous ces affrontements répétés, ces escarmouches vives et brèves, ne sont pas les indications qui annoncent des faits plus lourds, peut-être irrépressibles. Ils s’ajoutent aux braquages de domiciles et aux abus divers de forces incontrôlées. Ainsi, ce que nous avons appelé la structure des coups d’état est réintroduite dans le corps social et l’espace politique. Les ripostes sécurocrates du pouvoir, fortes et exposées à des risques de dérapages, participent du renforcement de cette structuration. Plus un régime politique réprime la structure des coups d’état, plus il la consolide. Au reste, elles éloignent la perspective de Réconciliation nationale et ne se basent que sur la violence et le rapport de forces. Dussions-nous le redire ici, parce qu’opératoire, la structure des coups d’état finit toujours par aboutir, si elle n’est pas désamorcée par le consensus.

Force est de reconnaître, la CDVR est en état d’impuissance manifeste. Ne vaudrait-il pas mieux la refonder ? Sans doute, mais à la condition première d’en faire une véritable « institution publique », en l’érigeant en Conseil, qui pourrait comprendre trois commissions distinctes et autonomes : l’une aurait en charge le Dialogue ; l’autre, la Vérité, et la dernière, la Réconciliation. Car c’est une grave erreur cognitive que de les amalgamer, comme actuellement, en supposant ou laissant croire que Dialogue, Vérité et Réconciliation sont trois « idées » qui vont de pair. En réalité, il n’en est rien. Un pays peut se réconcilier, sans vérité. Ce fut le cas de la France, au sortir de la seconde guerre mondiale. De même, par leurs représentants respectifs, les citoyens d’un État peuvent dialoguer, chacun portant une ou « sa » vérité, sans pour autant être réconciliés. Toutefois, quand le dialogue est bien conduit, il amène au jour la réconciliation. C’est cela le Consensus national, la force mentale et la lucidité théorique de pouvoir dialoguer politiquement afin de fixer une vérité construite et valable pour tous. C’est pourquoi, dans bien des nations, le Consensus national procède avec des mythes. En Côte d’Ivoire, il y eut un mythe, celui de la reine Pokou, quand il fallait construire le pays-État. Mais ce mythe s’est effondré, emporté par la crise ivoirienne. Que s’il en faut un nouveau, il ne peut plus être de caractère ethnique. À bien réfléchir, la construction du Consensus national sera elle-même le nouveau mythe. C’est le deuxième chemin, pour bâtir une nation à l’endroit. Le consensus est la base, la réconciliation, le toit.

Le Mali est un exemple instructif de ce qu’un pays-État, par la corruption d’un régime et la crise de la connaissance, éloigne la perspective d’une unité nationale. Lorsque plus d’un vantait la solidité démocratique du Mali, ne disions-nous pas que le président Amadou Toumani Touré ne terminerait pas son mandat ? Combien de haussements d’épaule, de railleries nous ont valu cette affirmation, jusqu’au 21 mars 2012, à la surprise générale. Mais, dans l’histoire universelle, il est une vérité implacable : les faits finissent toujours par s’aligner sur les principes. Si les principes sont mauvais, les faits le deviennent immanquablement. C’est l’une des causes de la chute et de la décadence des empires et des nations. Au Mali, la corruption avait totalement rongé de l’intérieur les institutions et les organes de l’État, et, dans le même temps, vidé la citoyenneté malienne de toute force. Un vent léger a tout emporté, et si vite, comme un fétu de paille. En effet, comment expliquer que quatre automitrailleuses (BRMDM-2) et deux véhicules de transport de troupes (BTR-60) aient eu raison du palais de Koulouba ? Cependant, et comme toujours en circonstance pareille, il se trouve des « spécialistes » et des « nationalistes », pour trouver et incriminer des boucs émissaires, en l’occurrence le MNLA et Ançar Dine, alors que le désastre rapide n’est que la conséquence brusque de la lente corruption (érosion) d’un régime dont la façade démocratique ne pouvait résister à la putréfaction du pays-État ne parvenant pas à bâtir un consensus national.

Le Sénégal offre un bel contre-exemple. En effet, alors que l’après-midi du 25 mars 2012 débuta comme celui de tous les dangers, l’armée et l’opposition surent convaincre le chef d’État sortant d’accepter le résultat des urnes, comme il en fut avec son prédécesseur, M. Abdou Diouf, lors des présidentielles de 2000, en faisant primer et valoir le consensus national. Sinon, c’eut été le chaos et la fin de l’unité nationale sénégalaise. Au fond, c’est donc bien le consensus qui a validé et consolidé les urnes du 25 mars 2012. Nul ne doit jamais oublier que le consensus est le socle sur lequel repose l’unité nationale.

Le 9 août 1944, après avoir rétablit la légalité républicaine, la France libre forma le Gouvernement d’Unanimité nationale. Dans leur patrie meurtrie, affaiblie et déchirée, les Français libres surent relancer le consensus national, parce qu’ils en avaient préservé l’esprit et la lettre dans le Conseil National de la Résistance (CNR), quand le régime de Vichy les avait abandonnés à Compiègne (Rethondes, 22 juin 1940) et lors du coup d’État de Pétain du 10 juillet 1940 par lequel une majorité de parlementaires lui donnaient les pleins pouvoirs. Depuis Londres, de Gaulle fondait la minorité appelée à libérer le pays de la Barbarie nazie.

Mais, si Consensus national il doit y avoir en Côte d’Ivoire, pour en respecter les formes, le droit et la politique, celui-ci ne peut qu’être proposé par le Parlement, validé par l’opposition, promulgué par la Présidence et enfin mis en oeuvre la CDRV qui aurait préséance et force de droit[4] sur les trois principaux partis politiques, le PDCI, le FPI et le RDR, dont les rivalités et la mésentente sur les règles du jeu politique ont conduit la Côte d’Ivoire vers son arraisonnement.

Deux propositions : 1/ la transformation du CDVR en Institution, avec insertion dans la Constitution. 2/ la création immédiate d’une structure de Consensus national composée des trois partis, de personnalités politiques et d’historiens, etc.

Le chemin du Consensus national, long et rugueux croit-on, consiste en ce que, sur les grands et vrais problèmes d’un pays-État ou d’une future nation, la classe politique trouve et fasse toujours un compromis historique. Elle seule peut le faire. Aucun autre pays, aucun autre État, aucune Institution internationale ne le pourra à sa place.

Paris vaut bien une messe, avait laconiquement dit Henri VI, le vert-Galant, lorsqu’il s’est agi de réconcilier les Français. Lui, le protestant, n’hésita pas à abandonner sa religion, et ce pour se convertir au catholicisme, après tant de « guerres de religion » qui avaient si profondément divisé la France et causé d’innombrables morts. L’unité nationale et la continuité de l’État n’ont pas de prix. Face à elles, les vanités ne durent que ce que sont les eaux courantes. Sous ce double rapport, pour un véritable homme d’État, aucun sacrifice n’est vain et absurde, quand il aime sa patrie et la place bien au-dessus de lui. Avec raison, Montesquieu a affirmé que l’amour de la patrie corrige tout.

Dans la Crise ivoirienne, le « bon sens » est la chose la moins partagée. Il faut l’y injecter, à forte dose. Qui peut imaginer, à moins de foucade, que Alassane Ouattara doive être renversé ? Cela appellerait une prompte réaction de la communauté internationale, qui ajouterait au désastre. Qui peut songer, à moins de mauvaise foi, que la Côte d’Ivoire puisse être stabilisée avec Laurent Gbagbo enfermé à la Haye ? Il baserait son calcul sur du précaire. Qui peut croire, à moins de sottise, que sans Henri Konan Bédié la Côte d’Ivoire puisse aller à la réconciliation ? Ce serait, de façon volontaire, méconnaître son poids politique et la force de son parti. Chacun de ces trois leaders est une « figure » politique. L’un est le Dialogue, l’autre est la Vérité et l’autre encore la Réconciliation. Il faut les mettre ensemble. Car, de ces trois impératifs, il est utile et juste de dégager une moyenne, un « entre-trois » pour la stabilité et la fin de l’arraisonnement de la Côte d’Ivoire. Mais cela n’est possible que si la Dissimulation est abandonnée par tous. Théophraste, le disciple préféré d’Aristote, nous dit en quoi elle consiste : La dissimulation […] c’est un certain art de composer ses paroles et ses actions pour une mauvaise fin. Un homme dissimulé se comporte de cette manière : il aborde ses ennemis, leur parle, et les fait croire par cette démarche qu’il ne les hait point…[5].

Montesquieu n’eut pas tort, dans L’esprit des lois, de montrer combien est nécessaire l’esprit de modération pour la gestion des institutions politiques. L’esprit de modération est à l’antipode de l’esprit de dissimulation.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, beaucoup d’hommes politiques ne savent pas que c’est l’opposition qui fait la sacralité de la démocratie, et non pas la majorité. Un raisonnement simple peut ici convaincre : il peut y avoir une majorité politique sans démocratie, mais jamais de démocratie sans opposition ou minorité. Dussions-nous le répéter, l’opposition est la condition suffisante et nécessaire qui fonde et fait perdurer toute démocratie. C’est pourquoi dans un système démocratique véritable, l’opposition est la pierre d’angle. Aussi, contre toute apparence, il y a bien plus de prestige à être de l’opposition que dans la majorité. Il est donc raisonnable et juste que toute majorité soit guidée par l’esprit de modération. Elle se prépare ainsi à passer, un jour, dans l’opposition. Toute majorité en acte (effective) est minorité en puissance. En somme, toute majorité cultivée se prépare à être minorité.

Au fond, dans un bel équilibre, le partage des trois grands pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) est une nécessité. Cela, seul le Consensus le permet. Consensus veut dire « accord », et en Côte d’Ivoire le consensus ne devient national, que s’il est accordé par les grands partis qui accepteraient le dialogue au nom de leur vérité et pour la réconciliation.

Mais, qu’est-ce que la « réconciliation » ? Hegel, le sait-on, a été le penseur emblématique de la Réconciliation, parce qu’il a su méditer et explorer, sous toutes ses facettes, la contradiction.

Il est significatif d’une large confusion théorique, d’un amalgame doctrinal et révélateur de la crise de la connaissance que la CDVR n’ait pas jugé utile de définir deux notions complexes et capitales, réconciliation et vérité. Tout ivoirien sait, d’expérience ou de façon approximative, ce qu’est le dialogue. Mais il n’est pas si sûr qu’il en soit de même pour la vérité et la réconciliation. En ce domaine, l’université ivoirienne ou les intellectuels n’ont pas rempli leur fonction, celle d’élucider les concepts dont la clarté est opératoire. Rien ne va de soi, quand il s’agit de notions, qui plus est lorsqu’elles sont essentielles et décisives. Et toute crise du langage est une modalité d’une crise de la connaissance.

Sans aller plus avant, qu’il suffise de dire (à titre provisoire) que la réconciliation, c’est le cœur, les sentiments ; que le consensus, c’est l’esprit, la raison. Et, comme le suggère Bossuet, pour vouloir la vérité et la sagesse, il faut être dans le sillage du père Bourgoing qui cherchait le cœur par l’esprit, et ensuite captivait l’esprit par le cœur[6]. Ainsi, comment ne pas rechercher la réconciliation par le consensus, puis fixer le consensus par la réconciliation.

Le consensus est le socle, la « religion publique » de tout pays-État qui veut se constituer en Nation. On comprend notre appel pour un second consensus, après le premier qu’a su si bien établir Félix Houphouët-Boigny, dans un autre temps, et qui a été déchiré.



Mais aucun consensus, nulle réconciliation n’est possible, sans une solide culture générale. La crise de l’université ivoirienne, l’une des modalités de la crise de la connaissance en Côte d’Ivoire, détermine que nul ne sache ni ne s’entende sur ce que sont les trois notions capitales : dialogue, vérité et réconciliation. Et puisque la classe politique ivoirienne a décidé de ne pas « penser », quand daignera-t-elle avoir pitié de son peuple ?

Il y a quelques années de cela, l’ex-président portugais, Mario Soares, disait ne pas comprendre un fait inouï, l’absence de compassion des dirigeants africains pour leurs peuples. Regardez-les donc, beaucoup n’éprouvent aucune pitié pour leurs peuples. Mario Soares continue d’avoir raison. Mais avoir pitié, qu’est-ce que cela ? Chez les Grecs anciens, c’est le eleêmosunê, la « pitié », que le latin a traduit par Almosne, alemosina et qui désigne le « don fait aux pauvres ». Peut-on espérer que la classe politique ivoirienne fasse aumône politique à son peuple ? Qui donc aura pitié de la Côte d’Ivoire, comme il en fut de Jérusalem ?, demandions-nous en 2005. L’envers de la pitié, c’est la cruauté.



Paris, le 15 août 2012



Dr Pierre Franklin Tavares


[1] P.F Tavares, Sur la crise ivoirienne, NEI, Abidjan, 2005.

[2] L’Ordonnance N° 2011-167 du 13 juillet 2011 a créée la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDRV), officiellement installée le 28 septembre 2011. Elle est présidée par M. Charles Konan Banny.

[3] Les statuts ne font pas la CDVR une Institution en tant que telle, même si l’article 3 affirme que son président a rang de « Président d’Institution ». L’article 2 la définit comme « Autorité administrative indépendante », mais en limite l’existence et la durée dans un temps très court : « Son mandat est de deux ans ».

[4] Ce qui, de facto, une annulation de l’article 24 de la CDVR : « A la fin de ses travaux, la CDVR établit un rapport contenant des recommandations. Le rapport est transmis au Président de la République ».

[5] La Bruyère, Les caractères, La Bibliothèque, Paris, 2010, p. 33.

[6] Bossuet, Oraison funèbre du père Bourgoing, La Bibliothèque, Paris, 2010, p. 197.

lundi, 20 août 2012

Retrouvons-nous désormais !


Vous êtes encore plus d’un millier d’internautes à ouvrir ce blog chaque jour dans l’espoir de découvrir un nouveau texte de Joseph Marat. Moi-même je prends conscience aujourd’hui que j’ai de façon quelque peu inélégante abandonné la lutte. J’ai cessé d’écrire et publier depuis le début du mois de juillet. J’avais à ce moment plus de 3000 lecteurs par jour. Je n’ai pas pris la mesure de ce que pouvaient représenter mes analyses pour mes compatriotes, surtout ceux de l’étranger qui n’ont que la lucarne du web pour prendre le pouls de la Côte d’Ivoire. Et je reconnais sans fanfaronnade, mais selon ce qui m’a été dit que mes écrits n’avaient pas seulement un caractère informatif. Je mettais un point d’honneur à surfer sur les vagues de l’ironie et de la psychologie politique pour faire comprendre à travers les événements le non dit ou la trame de notre histoire commune. Cela suffisait à beaucoup pour nourrir leur espoir de voir revenir l’ordre normal des choses.
Je pense que compte tenu de mes nouvelles occupations, je ne pourrais pas écrire tous les jours. Je ferai de temps à autres une analyse sur la marche de notre patrie. Mais je crois qu’il y a plusieurs possibilités de faire vivre cet espace de communication. J’ai peut-être cessé d’écrire mais je n’ai pas cessé de m’intéresser à l’actualité et aux grands débats de notre temps. Je les publierai, je les partagerai avec vous et à l’occasion des réflexions seront faites pour consolider nos convictions.
Pour marquer le coup et en attendant que j’y revienne je vous donne en lecture ce texte de Jean-Paul Pougala. Je suis avec lui de ceux qui pensent que le premier mal de l’Afrique et des Africains, c’est le complexe d’infériorité dans lequel notre histoire nous a enfermés. Il nous faut d’abord engager le combat de la conversion mentale. Ils ne sont pas mieux que nous, même s’ils s’accrochent, dans une sorte de trafique d’influence, à la moralisation. C’est fini, leur civilisation est sur le déclin. L’Europe n’est plus la solution et elle n’a pas la solution. Chez nous, les politiciens qui croient encore que l’Occident est un modèle à copier se rendent compte très tôt, s’ils sont futés, qu’ils se trompent… Bonne lecture !

Joseph Marat

POURQUOI L’AFRIQUE NE DOIT PAS ACCEPTER LES LEÇONS DE GOUVERNANCE D’UN OCCIDENT EN FAILLITE ?






De Jean-Paul Pougala (*)


« C'était mieux du temps des Blancs. Dans nos dispensaires il n'y a pas un flacon de mercurochrome, les blancs nous en donnaient. On était vacciné, on ne l'est plus. Les écoles fonctionnaient, il n'y en a plus. Il y avait des pistes qui étaient entretenues, il n'y en a plus. Quand on regarde ça, on a envie d'en pleurer ». Cette phrase n'est pas d'un alcoolique dans un maquis du quartier Yopougon à Abidjan en Côte d'Ivoire; ce ne sont pas les propos d'un pensionnaire du Centre de Santé Mentale « Tulizo Letu » à Goma en République Démocratique du Congo, encore moins ceux d'un patient à peine admis à l’Hôpital psychiatrique de Zébé à Aného (localité située à une quarantaine de kilomètres à l’Est de Lomé) au Togo. Ce sont les déclarations sur la chaîne parlementaire française LCP de Janvier 2010 d'un intellectuel africain, Monsieur Kofi Yamgnane, Secrétaire d'état (vice-ministre) sous Mitterrand, ancien maire du village breton de St Coulits (en France), conseiller pour l'Afrique de François Hollande durant la campagne présidentielle de 2012. Sa candidature a été recalée par la cour constitutionnelle pour les élections présidentielles togolaises de 2010. Le Malheureux politicien fait partie d'une espèce très prolifique en Afrique, de politiciens ayant connu l'ère de l'occupation coloniale, qui pour la plupart, pour avoir sa part du gâteau, n'a pour seul programme politique que l'allégeance et la procession vers ce qu'ils appellent eux-mêmes "les chancelleries occidentales" transformant certaines ambassades européennes dans les pays africains en véritables sanctuaires d'où ils peuvent recevoir la bénédiction pour le chemin vers le pouvoir.


Et c'est pour rentrer dans la peau du "sauvage" à peine "civilisé" qui doit remercier le sauveur, que tout l'argumentaire est construit pour convaincre l'ancien bourreau qu'on est toujours son esclave et fier de le rester. Ces personnes ont pour la plupart des fils qui font des études en Grande Bretagne avec souvent l’argent de la corruption des parents, où bien y résident. Qu'ils soient membres des partis de l'opposition ou des ministres au pouvoir, c'est la même chose. L'action qui les occupe le plus consiste à la compilation du catalogue de tous les malheurs du monde présentés comme propres à l'Afrique avec un seul et même coupable : l'homme (leur président), et on explique à l'Ambassadeur qu'en le remplaçant on serait plus pantin que lui. Lorsqu'ils sont à l'opposition, dans leur programme, il n'y a presque jamais l'ombre de ce qui marche et comment on pourrait l'améliorer. Et pire, Il n'y a jamais de solution à la liste des malheurs énoncés plus tôt. Et lorsqu'ils tentent d'ébaucher un semblant de solution, c'est toujours pour jouer au père Noël hors saison, sans jamais expliquer comment ils pensent trouver les ressources pour y parvenir. Là où le bas blesse c'est qu'on retrouve aussi cette attitude de démission chez ceux qui sont au pouvoir.

Les révélations de Wiki-Leaks en 2010 nous ont montré à quel point en Afrique, des Ministres, mais aussi des Présidents de la République ne savent pas pourquoi ils sont là. On a par exemple découvert une relation de subalternité démesurée entre la présidence du plus grand pays d'Afrique, le Nigéria, et l'Ambassadeur Américain, allant jusqu'au limogeage du Chef d'Etat Major de l'armée nigériane, le Général Victor Malu, dont le seul crime commis a été celui de mettre en garde les politiciens de son pays de la forte influence des Etats-Unis d'Amérique sur le système de défense du pays. Dans une note confidentielle, révélée par le journal nigérian Vanguard News, le Général expliquait tout simplement aux politiciens qui avaient à peine assumé la transition démocratique des militaires aux civils que les USA, qui faisaient pression pour former les militaires nigérians dans les missions de Peacekeeping (maintien de la paix) ne vantaient aucun succès en la matière, mettant le doigt sur les successifs échecs américains sur tous les théâtres de guerre depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, du Vietnam, à la Corée (toujours divisée en deux) à l'Iraq en passant par la Somalie et l'Afghanistan. Il concluait ainsi que l'armée nigériane victorieuse de la guerre du Biafra avait plus à enseigner aux américains et non l'inverse.

Conséquence de C'ETAIT MIEUX AVANT ?

Dans la leçon 34, nous avons déjà abordé la question de la fausse comparaison entre 4 dragons asiatiques et les pays africains, où nous avons établi un bilan sommaire et catastrophique de la colonisation avec l'absence de routes, d'écoles, d'hôpitaux. Aujourd'hui nous allons nous pencher sur un autre élément. Les RUP, Régions Ultra Périphériques de l'Union Européenne peuvent nous servir de comparaison. Il y en a 8 dont 5 à la France (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Mayotte), 2 au Portugal (Açores et Madère) et 1 à l'Espagne (Canaries). A la période des indépendances africaines des années 60, les pays Européens ont décidé de ne pas concéder l'indépendance à ces territoires, et les ont administrés jusqu'aujourd'hui, 2012. Comme nous n'étions pas là avant pour savoir si c'était bien ou mal, nous pouvons comparer la gestion des 53 états africains à ces 8 états encore colonies de l'Europe. Nous allons utiliser pour cela le système appliqué aux entreprises pour mesurer la vertu de sa fonctionnalité. En d'autres termes, il s'agit dans une entreprise de savoir combien a été investi en une année et comment cet investissement a été rendu productif, rentable ou pour le moins équilibré par rapport aux choix de positionnement stratégique de l'entreprise. Pour comparer ces pays, nous prendrons en examen le budget d'une année donnée. Alors qu'en Afrique, le budget de chaque année est annoncé publiquement il est presque impossible de le savoir pour les pays encore colonisés, les RUP. Mais nous nous sommes procuré une information capitale publiée dans le journal français Le Figaro du 11/02/2009 communiquant le budget des RUP français à 12,7 milliards d'Euros au titre de l'année budgétaire 2009. C'est à-dire que la France, pour maintenir des colonies au 21ème siècle doit débourser chaque année la somme de 12,7 milliards d'Euros, soit 1.115 milliards de Fcfa pour une population totale de 2,6 millions d'habitants sur un total de 119.975 km2. Nous devons donc comparer ce que la gestion coloniale française obtient avec ce chiffre en termes de résultat que nous allons ensuite comparer avec des pays africains, pour savoir si c'était mieux avant ou maintenant. Dans le cas actuel de la richesse par nation, on divise les 12,7 milliards sur les 2,6 millions de personnes pour qui ce montant est affecté et l'on obtient un revenu par tête d'habitant de 4.884 Euros. Et dans les détails, le budget de la Réunion en 2009 était de 4,05 milliards d'Euros, pour une population d'à peine 800.000 habitants. On obtient le chiffre de 5000 € par habitant qui est un montant très élevé au niveau international. Mais que cache ce chiffre? Il s'agit au fond un piège comportemental hérité du passé colonial Européen. Disposer des terres qu'on commanderait hors d'Europe donne l'illusion de commander le monde. Mais si en 1946 lorsque les états coloniaux français se sont constitués sous l'appellation de DOM (Département d'Outre Mer), le prix du pétrole avoisinait les 2 Dollars par baril, le problème de la continuité territoriale ne se posait nullement. On pouvait s'offrir le luxe d'isoler des terres qui ne communiquent pas, n'échangent rien avec les voisins, faisant tout venir, même l'eau à boire de plus de 10.000 km, 66 ans après, en 2012, le prix du Baril de pétrole a été multiplié par 48, en passant de 2 dollars à 96 dollars. Ceci a transformé ces territoires, qui auraient dû donner à l'Europe l'illusion de l'universalité de son pouvoir, en véritable cauchemar financier. Le pire de tout ça est que ce flux d'argent ne sert nullement à créer de la richesse, mais presqu'entièrement à soutenir une économie spéculative de rente entretenue par des descendants d'esclavagistes dit "Béké", qui n'ont rien perdu des vieilles habitudes d'esclavagisation de la population d'origine africaine réduite à la misère ou à la mendicité des aides sociales. Ainsi, le prix de toute denrée alimentaire ou non est artificiellement tenu élevé afin de réserver au peu qui peut se le permettre. Exactement comme cela se passait en Afrique avant les années 60, des indépendances, lorsque c'était les mêmes esclavagistes qui contrôlaient les activités économiques de tout le continent Africain. L'état français pris au dépourvu d'une situation qu'il avait lui-même appliquée en Afrique pendant plus de 100 ans, ne sait plus aujourd'hui quoi faire, pour libérer sa propre population prise en otage par une poignée d'ex esclavagistes qui n'ont rien perdu de la ferveur d'antan. Alors il a préféré une solution de fuite en avant : payer ses propres fonctionnaires, les policiers, les magistrats, les infirmiers, les gendarmes etc. 40% plus cher qu'en France même. Ce qui a contribué plutôt a jeter de l'huile sur le feu de la crise sociale que vivent toutes ces colonies depuis des dizaines d'années, parce que si le salaire des fonctionnaires a augmenté de 40%,, l'état a oublié d'augmenter de la même proportion, les allocations familiales et les aides sociales versées au plus démunis, qui sont toujours plus nombreux.

LA SICILE, SYMBOLE D'UNE EUROPE MAL GEREE

Pour savoir si l'Afrique qui a très mal été gérée par les Européens durant la période sombre de l'occupation coloniale de 77 ans, pouvait l'être mieux par ces derniers, aujourd'hui, il suffit d'aller voir comment est gérée l'Europe elle-même, comment sont gérées les régions d'Europe. Il me plait pour cette analyse, de choisir la région de Sicile en Italie. Pourquoi ce choix ? Parce que c'est en absolu, la région européenne la plus proche d'Afrique. Par comparaison, l'ile italienne de Lampedusa est plus au sud que la ville africaine de Tunis, capitale de la Tunisie. C'est-à-dire que les migrants qui partent des côtes tunisiennes de Tunis, Sousse, Nabeul, Hammamet ou Kelibia pour rejoindre les cotes italiennes de Lampedusa, font un retour sur l'Afrique, puisque leur bateau met le cap vers le sud pour atteindre les côtes italiennes. Donc au moment où on a parlé du printemps arabe pour mentionner un pays mal géré et qui a porté aux manifestations populaires de 2010 et 2011, comment était gérée la région européenne voisine de la Sicile ? D’après le très célèbre quotidien économique italien : Il Sole 24 Ore du 24 Mars 2012, communiquant les chiffres des syndicats italiens, en Sicile, 28,5% de personnes sont au chômage. 1 jeune sur 2 est au chômage, 1 diplômé d’université sur 3 ne fait plus de demande de travail, parce qu’il sait d’emblée qu’il n’obtiendra même pas de réponse, même négative, les entreprises n’ayant plus d’argent pour financer un service ad-hoc pour répondre le fameux « nous sommes au regret » à toute l’armée des chômeurs de l’île. Ce qui fait dire à Mr. Ivan Lo Bello, président des industriels de l’île qu’à cause de 50 ans de mauvaise gouvernance, les politiciens n’ont pas vu que les dépenses augmentaient toujours plus alors que les recettes subissaient une dégradation vertigineuse. Et que si la route n’était pas modifiée, on allait tout droit vers la mort économique et politique de l’ile.
Mais quelle est cette mauvaise gouvernance dont parle le président des industriels ? Selon la cour des comptes italienne, l’institution de la région de Sicile coûte 516 € par habitant et par an. C’est l’un des taux les plus élevés au monde. Par comparaison avec le Togo, selon le budget officiel 2011, l’administration togolaise coute 152 € par habitant, 42€ au Mali qui avant la crise politico-militaire, était considéré comme l’un des pays les mieux gérés au monde où le coût des fonctionnaires ne représentait que 13,77% de la richesse nationale contre 60% en Sicile qui vante un triste record de 5 milliards d’Euros de dettes que la région n’arrive plus à rembourser, dues à l’incompétence des politiciens empirée par du clientélisme à outrance et la corruption de type mafieuse que ne connait fort heureusement aucun pays africain. Plusieurs exemples peuvent nous permettre de
comprendre le phénomène :


1- Selon les informations publiées le 23/07/2012 par Domenico Ferrara dans Il Giornale, quotidien italien de la famille Berlusconi, ancien président du Conseil, pour un discours d’une heure de Mr. Lombardo, président de la Région Sicile, 18 sténographes se sont succédés. L'assesseur régional aux infrastructures, Andrea Vecchio auteur des propos, a même chronométré cette indécence qui relève de la psychiatrie politique et a certifié le record mondial de 3 minutes pour chaque sténographe pour recopier ce discours historique de
Lombardo.

2- Salaire : restons avec nos gentilles secrétaires siciliennes en jupes courtes, très courtes. Combien gagnent-elles pour 3 minutes de travail par jour ? C’est encore Vecchio qui nous donne la réponse : à peine recrutée sans expérience, elles touchent la modique somme de 2518 € net par mois. Et après 24 mois de dur labeur et forte transpiration à recopier 3 minutes du discours du président Lombardo, elles touchent 6300 € net par mois, c’est-à-dire presque 4 millions de Francs CFA chaque mois.

3- L’addiction au Recrutement : dans la région Sicile, il faut recruter tous les matins peu importe le travail que les nouveaux recrus feront. Le journal Il Giornale dans cette même édition, nous révèle qu’il y a des Camminatori, c’est-à-dire des « Marcheurs », des employés qui passent leurs précieuses journées de travail à marcher, marcher, marcher encore d’un bureau à l’autre pour savoir s’il n’y a pas un bout de papier à donner au bureau de l’étage en dessous, pour savoir si quelqu’un n’a pas besoin d’un verre d’eau. Ils ont été tous recrutés en Avril 2012, alors que la région qui croule sous le poids de 5 milliards d’Euros de dettes, risquait déjà la faillite. Avec eux, 157 nouveaux chauffeurs ont été recrutés, parce que comme pour les secrétaires, il ne faut pas que les chauffeurs se fatiguent à conduire plus de 15 minutes. Le même jour, la région a recruté 55 nouveaux surveillants pour les 3 musées de la ville. Qui sait ? En temps de crise, peut-être que les Grecs voisins eux aussi en difficulté financière peuvent avoir l’idée de venir voler tous les tableaux religieux des musées siciliens. Ces vaillants soldats sont venus s’ajouter aux 30.000 gardiens de forêts siciliennes. Sauf qu’après avoir sillonner plusieurs fois la zone, je n’ai pas trouvé l’ombre d’une forêt. L’île, qui souffre de sècheresses chroniques chaque année, n’a pas de véritable forêt. Qu’importe, sûrement en recrutant 30.000 personnes pour garder la forêt imaginaire, cette dernière va finalement se décider à sortir de terre. A ce chiffre, il faut bien entendu ajouter les 18.000 fonctionnaires que comptent les organismes de la Région Sicile, tout ce beau monde ne comprend pas, bien entendu, les fonctionnaires qui relèvent de la compétence nationale comme la police, la gendarmerie, la poste, le fisc, la préfecture etc.

4- Les funérailles payées par le contribuable. En Sicile, il est prévu pour les politiciens, 500.000 € à donner à la veuve ou au veuf pour organiser les funérailles. Cette somme est versée même pour les familiers jusqu’à 3 degrés de parenté. Vive la démocratie.

5- Maladie nationale : quelqu’un peut penser que ce sont ces siciliens qui sont fous. Un exemple : parlant de sténographe, une secrétaire au parlement national italien, touche 290.000 € par an net d’impôt, c’est-à-dire : 24.166 € net par mois, soit 15.850.917 FCFA de salaire mensuel versé à chaque secrétaire du parlement italien, un pays qui cumule une colossale dette publique de 1.965 milliards d’Euros de dette publique et chaque semaine. Il faut trouver toujours et toujours de l’argent sur les marchés pour payer les policiers, les infirmiers
etc.

LA BONNE GOUVERNANCE N’EXISTE PAS


Avant de dire si l’Afrique peut oui non recevoir les leçons de la gouvernance des pays Européens et nord-américains, nous allons d’abord définir ce qu’est une gouvernance et utiliser les critères que le maître a lui-même élaborés pour le juger, l’apprécier pour dire si lui-même est capable d’enseigner la vertu qu’il professe. Qu’est-ce qu’une gouvernance ? Le dictionnaire nous apprend que la gouvernance est une gestion menée avec rigueur. Ce qui signifie tout simplement que ceux qui parlent de bonne gouvernance » ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent. On devrait plutôt parler de la bonne ou mauvaise gestion de la chose publique. Si nous parlons de gouvernance, nous devons donc être certains de bien mettre la rigueur au centre de nos préoccupations. S’il y a la rigueur dans la gestion, alors on peut parler de gouvernance ou de gestion optimale ou de gestion maitrisée de la chose publique. Ceci nous amène à la question fatidique du jour : l’occident pratique-t-il la gouvernance ? Pour répondre à cette question, il nous est facile de tout simplement poser une autre toute petite question à première vue sans importance, mais qui va se révéler capitale pour comprendre la suite de notre analyse et c’est : consommons-nous ce que nous produisons ? Les ressources que nous produisons au quotidien sont-elle suffisantes pour faire face à notre consommation quotidienne ? Rapportons cette question au niveau des mairies, des régions, des pays : la richesse produite chaque mois, chaque trimestre, chaque année est-elle suffisante pour combler la consommation de cette ville, de cette région, de ce pays ? En septembre 1980, à mon tout premier cours d’économie en classe de seconde BG au Lycée Technique de Douala au Cameroun, pour nous expliquer ce qu’était l’économie, notre professeur nous a raconté l’histoire de Robinson Crusoé vivant tout seul sur une île déserte avec ce qu’il trouve sous la main et de conclure que, dans ces conditions, sur cette île, il n’existe pas d’économie. L’économie existe parce que nos besoins du fait de l’interaction avec la société sont énormes et les ressources pour les satisfaire sont malheureusement réduites, insuffisantes. Elle permet de classer les besoins par ordre de priorité afin d’utiliser de façon optimale ces ressources insuffisantes. Le lendemain c’était au tour de notre professeur de mathématiques financières de nous expliquer l’utilité de sa discipline. Selon lui, les mathématiques financières permettaient de traduire en argent ce que nous allions apprendre en cours d’économie. C’était l’instrument mathématique qui permettait de contrôler avec rigueur le niveau d’utilisation des ressources disponibles et le coût de celles non disponibles afin de garantir dans le temps le bien-être et l’autonomie d’un foyer, d’une entreprise, d’une mairie d’un pays. Lorsqu’on consulte le World Factbook de la CIA d’année en année, on peut conclure que ces deux banalités économiques et financières qui ne sont pas enseignées à l’université, mais dès le lycée en Afrique, sont de loin mieux maitrisées par les pays africains dans la gestion des affaires publiques comme par exemple les mairies qui n’ont pas de bilan au rouge, au contraire des pays occidentaux qui croulent sous les dettes. Si la gouvernance d’un politicien se mesure par sa capacité à optimiser le peu de ressources à sa disposition pour offrir le meilleur service à sa population, on peut dire sans risque de se tromper que les politiciens occidentaux sont une véritable catastrophe dans l’art de manier les finances. Ce n’est pas moi qui le dis, mais c’est la conclusion du rapport de l’agence de notation américaine Fitch qui, comme les autres agences Moodys et Standard and Poor’s, a dégradé les notes de 75% des mairies et régions des pays de l’Union européenne, malgré les protestations des intéressés qui crient au complot américain contre l’Europe. Dans ce rapport, publié le 6 septembre 2011, Fitch affirme qu’il faudra à la région Picardie par exemple près de 11 ans pour rembourser sa montagne de dette. Examinons sans trop de technicité les finances des régions françaises, c’est-à dire un pays qui continue de bénéficier du triple A, la note maximale dans 2 de ces 3 agences de notation américaines. Sur le tableau présenté par la revue française Capital dans son édition du 25/02/2010, analysant la situation des régions françaises avant la crise de 2001 à 2008, il ressort ceci : en dehors de l’Aquitaine et de la Haute Normandie, toutes les 20 régions françaises ont vu leurs dettes augmenter de façon exponentielle sans qu’on comprenne bien comment elles feront pour les rembourser, puisqu’elles sont installées dans cette logique d’emprunter toujours plus chaque jour sur les marchés. Par exemple dans cette période de 7 ans la dette de l’Alsace de 327%, Champagne de 286%, Corse de 234%, Limousin de 311% Loraine de 338%, la Basse Normandie de 345%, le Poitou Charentes de 335% etc… Le journal va plus loin en tirant à boulet rouge sur la médiocrité diffuse des politiciens français qui se cachent derrière le prétexte de la réduction des recettes publiques dues à de nombreuses délocalisations des entreprises vers la Chine ou ailleurs. Cette explication ne peut rien justifier puisque conscient de la réduction des ressources, les dettes de 5 régions françaises ont été quadruplées durant la période prise en examen comme en Corse où la dette régionale arrive à 1105 € par habitant. Ceci ne tient évidemment pas compte de la dette communale, encore moins de la dette nationale qui place la France parmi les nations les plus endettées au monde, nations qui vivent donc très loin au-dessus de leurs moyens. Ce n’est pas mieux pour les dettes des villes européennes. Par comparaison, la dette individuelle, c’est-à-dire de chacune des 60 plus grandes villes françaises dépasse le budget de plusieurs pays africains réunis. C’est encore la revue CAPITAL dans son édition du 19/11/2011 qui nous révèle les techniques qu’utilisent les villes françaises pour dissimuler leurs véritables situations catastrophiques d’endettement, en faisant oublier le poids de l’intercommunalité : par exemple, on présente les chiffres de la mairie de Paris apparemment en ordre et oubliant que ceux des autres mairies de l’Ile de France qui sont toutes financièrement dépendantes de Paris. C’est en observant cette globalité que journal conclut que Delanoé, le maire de Paris, qu’on présente comme un bon gestionnaire a fait exploser la dette de sa ville de 153% en 10 ans. Et Capital de communiquer d’après ses calculs, les dettes réelles des 60 plus grandes villes françaises qui toutes, sans exception, mordent la terre, parce qu’elles ne savent plus quoi faire ni comment inventer pour ne plus emprunter, même avant de répondre à la question de comment rembourser leurs dettes colossales. On peut ainsi découvrir un palmarès des plus inquiétants de dettes par habitants des mairies de France, ainsi : Le Mans, 2817 € par habitant, Perpignan 2657 € par habitant, Orléans 2791 € par habitant, Grenoble, 3355 € par habitant, Saint-Etienne, 3070 €/habitant, Lille 2730 €/habitant, Marseille 3535 €/habitant, Lyon 2716€/habitant, etc. La dette des villes, des régions, des pays lorsqu’elle n’est pas maitrisée est par définition une véritable bombe à retardement qui attend son heure pour exploser. Etait-ce mieux avant ? En tout cas, la gestion présente de nos occupants d’hier ne nous rassure pas sur ce que serait devenue l’Afrique avec eux à la manette. Le taux record de chômage dans les colonies françaises de Martinique, Guyane, Réunion, Guadeloupe et le niveau exorbitant des prix à la consommation ne rassure pas sur ce que seraient devenu les africains dans leur majorité. Ce qui est encore plus ridicule est que l’Africain qui a fait cette déclaration pour le moins dénuée de tout fondement est celui-là même qui se vante d’avoir été le conseiller pour l’Afrique durant la campagne électorale pour la présidentielle 2012 de celui qui deviendra président, François Hollande. Et après le plat de résistance de la bêtise humaine, Monsieur Kofi Yamgnane nous sert même le dessert en nous expliquant les 5 mesures phares qu’il a exposées au président français comme ligne guide de sa politique africaine, un ensemble de
caricatures de certaines idées reçues véhiculées depuis plusieurs années par certains intellectuels africains ont hissé le drapeau blanc de la soumission. Le poids des dettes des villes et des régions françaises vient aussi des placements hasardeux et des emprunts dits toxiques, ce qui est une preuve que la plupart de ces maires que le système dit démocratique du suffrage universel a porté au pouvoir ne maitrise pas la moindre notion des cours élémentaires d’économie, encore moins de mathématiques financières. Et comme le peuple vote par définition, celui qui promet le plus et peut faire plus de bruit, et non le plus compétent, on a le phénomène de la mafia qui fait désormais partie du paysage politique européen, pas seulement en Sicile, mais un peu partout en Europe.


QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE


S’il est prouvé que ce n’était pas mieux avant, il est aussi clair que l’Afrique n’est pas immunisée des maux qui minent aujourd’hui le paysage politique et économique des pays occidentaux dans leur ensemble. L’Afrique dans sa marche vers le progrès, est en train de devenir le nouvel El Dorado. La nouvelle génération de politiciens africains qui est en train d’arriver au pouvoir saura-t-elle exploiter l’avantage de l’expérience de la privation à outrance à laquelle le système dominant avait contraint ses prédécesseurs ? L’Afrique ne doit pas répéter les erreurs des pays occidentaux qui ont fait croire à la population qu’ils possédaient ce qu’ils n’avaient pas et le modèle du suffrage universel aidant, chacun a prétendu une part d’un gâteau qui n’existait en réalité que dans la propagande pour s’attribuer les meilleurs superlatifs de vertu au monde. On a commencé ainsi à vivre non pas de ce qu’on possédait, mais de ce qu’on croyait posséder de l’individu pour sa voiture à l’Etat pour financer ses guerres. L’Afrique doit se dire qu’à quelque chose, malheur est bon et faire de la sobriété dans la consommation, une valeur. L’exemple de l’Algérie est à mes yeux très louable d’un pays africain capable de résister aux sirènes occidentales sur comment utiliser son pactole résultant de la vente de son pétrole et de son gaz, pour privilégier le futur et ses générations. Le sous-sol africain doit dans sa majorité rester inexploré, car nous avons pris l’habitude de la privation et même si à l’indépendance on n’était propriétaire de rien, nous avons appris à nous retrousser les manches, à bosser dur même quand le résultat n’était pas perceptible. On a commis beaucoup d’erreurs comme le fait de cultiver le café et le cacao au lieu de cultiver les cerises, les truffes, les vignes etc. de loin plus rentables. Mais nous avons appris de nos erreurs et il suffit de les corriger. Nos écoles, nos universités doivent pouvoir former suffisamment de personnes pour comprendre et maitriser le monde aujourd’hui. L’occident s’est érigé en généreux donneur de leçons. Mais leurs conseils sont comparables à ceux des prêtres catholiques célibataires qui expliquent en experts à des couples comment réussir un mariage. Comment l’occident peut-il prodiguer à l’Afrique des conseils qu’il n’a pas su appliquer à lui-même ? Comment peut-on prendre un entraîneur européen pour offrir la coupe du monde de football à un pays africain s’il n’a même pas réussi à le faire pour son propre pays européen ? Comment peut-on recruter un Directeur d’une grande entreprise publique un gestionnaire européen qui vient d’être remercié par son entreprise en Europe pour sa mauvaise gestion ? L’Afrique ne dispose pas des meilleures ressources humaines du monde, mais la rigueur que la misère nous a contraint à subir doit devenir un atout que nous pouvons enseigner au monde. Cela ne sert à rien de brûler les étapes pour posséder un tram comme à Paris ou à Londres, un système social qu’on nous vante avoir fait des miracles à Oslo ou à Melbourne, si nous ne maîtrisons pas chaque étape de notre progrès, chaque centimètre de notre liberté. Sans cela nos atouts d’aujourd’hui risquent de devenir notre principal inconvénient de demain.



Douala le 10/08/2012


(*) Jean-Paul Pougala est directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégiques de Douala au Cameroun et enseigne Géostratégie Africaine à l’Institut Supérieur de Management ISMA de Douala.