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jeudi, 08 novembre 2012

La conversion de Lucifer


J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce texte de Docteur Pierre Franklin Tavares qu’un ami m’a envoyé en partage dans ma boite électronique et que je propose en contribution dans le journal Aujourd’hui depuis hier. Il est un peu vieux. Il y a belle lurette que son auteur l’a écrit. Nous étions au tout début de la création de la Commission, Dialogue, Vérité et réconciliation (CDVR). Il pensait apporter une contribution capitale à la reconstruction politique de ce pays qui a bercé son enfance et lui a donné ses premières armes intellectuelles à l’Université d’Abidjan Cocody. Malheureusement ou heureusement, à chacun sa perspective, Charles Konan travaille avec une telle célérité que les choses n’ont pas énormément bougé. Ce texte continue donc de rester d’actualité et de nous interpeller tous de quel que bord que nous soyons. C’est le regard d’un intellectuel qui a vécu dans ce pays, qui a énormément hérité de la Côte d’Ivoire sauf de la perversité de ses clivages socio-politico-ethniques. Il nous parle donc d’un bord : celui de la mère patrie qu’il faut sauver et non d’un bord politique ou ethnique qui sont toujours en-soi les faiblesses de tout discours sur la crise ivoirienne.
C’est un texte intéressant qui fait une analyse assez froide de l’état de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Et en tant que pro-Gbagbo, j’aurais pu reprocher à l’auteur de faire très peu cas de la situation injuste de mon leader, de la cruauté des leaders actuels dans la dernière convulsion armée abusivement appelée « postélectorale » et de penser que qu’il suffi d’une assise des trois leaders pour créer un consensus pour solder tout le passif de nos rancœurs. Mais avec du recul, et c’est cela la force du recul réflexif qui permet selon Edmond Husserl de phénoménaliser les événements de l’histoire, on en arrive à l’idée que personne ne se donne tort dans l’histoire. Un intellectuel qui veut donc mettre fin au cycle de la violence en Côte d’Ivoire ne peut qu’avoir, même avec ses limites, la position idoine de Monsieur Tavares : celle d’un consensus national des trois grands leaders autour de qui se sont finalement cristallisées toutes nos passions diverses et aveugles. Il propose que les trois principaux leaders de la classe politique ivoirienne s’asseyent pour créer un consensus salvateur. Dans une correspondance ultérieure M. Tavares m’écrit ceci : « Ce que ne semble pas avoir compris M. Marat c'est l'idée principale : si les 3 protagonistes ne veulent pas ''penser'', alors ils pourraient avoir du cœur. Au reste, M. Marat semble reconnaître que personne, en Côte d'Ivoire ne veut penser. Et cela ne semble pas le choquer. Là est la crise. D'autant que le pays-État est le tout ou l'essentiel. Les individus ne sont pas grand chose, même s'ils ont la prétention de croire facilement le contraire (…) Qui ne pense pas, celui-là ne peut avoir de cœur… »
Je continue néanmoins de penser que le projet, quoique louable en soi, est utopique parce qu’en réalité ceux qui sont actuellement aux manettes et qui ont la clé de l’initiative ont de sérieux soucis de compatibilité avec les notions de « générosité » et de « pensée ». Des trois hommes politiques il n’y a qu’un seul qui a déjà montré qu’il est capable de générosité et qui a pensé la réconciliation en 2001. Ils l’ont enfermé. Pour le reste, seul le miracle final qui veut que Lucifer renonce à sa rébellion et se convertisse peut, peut-être, nous sauver…

Joseph Marat

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