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jeudi, 08 novembre 2012

Tissu, impunité zéro et amnistie


J’ai eu une conversation avec une concitoyenne vendeuse de tissus dans le grand marché de Treichville. Avec du recul j’ai trouvé cet échange très instructif sur l’état d’esprit des Ivoiriens au fur et à mesure que le temps nous éloigne des graves moments des dix dernières années de notre histoire. Je n’ai pas su honnêtement de quel bord politique elle était et je ne pense pas qu’elle ait pu deviner que j’étais un pro-Gbagbo. J’ai plutôt fait l’agréable remarque qu’elle était plutôt soucieuse de l’état de ses tissus : les tissus en toile qu’elle vent et le tissu social de son pays. Cela a eu l’avantage d’ouvrir nos esprits pour aborder objectivement les problèmes du pays dans lequel nous vivons ensemble. Après avoir fait le point de tout ce que je devais débourser pour acheter ses tissus, je lui ai lancé sur un ton enjoué : « tu m’as ruiné ! ». « Même pour vous amuser ne dite pas cela ! Au nom de Jésus vous ne serez pas ruiné. Ça va aller ! » C’est toujours vivifiant d’entendre ces genres paroles qui vous donnent l’impression que la transcendance est au contrôle de tout et qu’il faut toujours souhaiter pour soi de bonnes choses pour que, même dans la grisaille, son étoile ne cesse de briller. Je pousse tout de même mon incrédulité plus loin en lui demandant ceci : « sur quoi se fonde en fait ta foi dans ce pays chaque jour attaqué par on ne sait qui ? L’Etat ne donne aucun gage de stabilité. Alors je ne sais pas comment, Dieu descendra remplir nos poches Madame ? » Devant la conviction de cette pauvre dame que la Côte d’Ivoire renaîtra de ses cendres, je n’ai pu m’empêcher d’écraser une larme. Paradoxalement je lui ai dit qu’elle voit juste parce que dans le fond les Ivoiriens ne sont pas divisés. Ils sont disposés à se retrouver pour construire leur société parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas le choix. Ils ont compris que personne n’est indispensable à la marche d’une nation et qu’un jour il nous faudra nous asseoir pour panser et penser notre histoire commune. Seulement ce ne sera pas avec la classe politique dirigeante actuelle. Elle est trop lourde de haine pour s’élever et comprendre qu’elle n’est qu’un épiphénomène dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. J’ai fini par dire à la concitoyenne que croit pouvoir rebâtir ce pays avec son concept politique de l’impunité zéro. Il ne se rend pas compte qu’il est absurde. Non pas parce qu’il n’est pas noble et souhaitable en soi pour une société. Mais la quête de l’impunité zéro est comme une quête de la blancheur absolue. Ouattara devra disparaitre sous la javellisation. Il ne peut réussir avec sa justice des vainqueurs tant qu’il aura en horreur l’amnistie générale. Et ceux qui la veulent, la veulent et pour le salut de la nation et pour lui-même surtout.

Joseph Marat

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