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jeudi, 22 novembre 2012

Des luxes pour sauvages

Ce ne sont pas les sujets qui manquent. Le folklore mal exécuté de Alassane Ouattara qui, sous un coup d’humeur, dissous un gouvernement de « technocrates » avant de s’offrir une petite balade dans les couloirs du Vatican, ses 33 minutes face à Bédié pour liquider notre sort, le rapport de Human Right Watch, l’organisation alliée du régime qui ne peut plus cacher le soleil avec la main, sont autant de sujets auxquels j’ai pensé. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de rester contemplatif devant les fresques de l’histoire.
Il y a eu, avant-hier, un rebondissement dans l’élection du président de l’UMP, le parti de Nicolas Sarkosy. En tenant compte des voix de 3 circonscriptions électorales d’outre mer, oubliées dans le recomptage par la commission électorale du parti, François Fillon coifferait l’autre François de 23 points. On a donc abondamment parler de coup de théâtre hier et comme si je m’y attendais un peu, je me suis dit que c’aurait été un peu trop facile. Nos amis d’en face qui avaient le regard fuyant sur cette crise à l’UMP, l’allié naturel, s’apprêtaient à nous sortir l’une de ces formules clichées du genre « la leçon de Fillon à Gbagbo !». Mais Dieu laisse rarement son œuvre en friche. Il fallait ce dernier retournement de situation pour que le tableau soit parfait.
Ecoutez Fillon sur le plateau de 20 H de TF1 avant-hier « je renonce à la présidence de l’UMP parce que je pense qu’avec 23 points d’écart, je ne pense pas le parti ait franchement tranché. Par contre je tiens à ce que Jean François Copé dirige une transition vers de nouvelles élections pour que d’ici là nous puissions réunir notre famille politique… » Ce monsieur qui renonce à sa victoire au nom de l’unité de sa famille politique est celui qui, au lendemain de la crise dite postélectorale, est venu marcher sur les ruines de l’unité du peuple ivoirien après que son gouvernement ait bombardé nos institutions pour que celui dont l’élection était encore plus douteuse que la sienne aujourd’hui s’installe au pouvoir. Dans le même élément de TF1, le crachoir a été tendu à Jean François Copé qui semble ne pas beaucoup aimer la proposition de Fillon et se refugie derrière le caractère solennel et univoque de la proclamation des résultats définitifs. En Côte d’Ivoire ces mêmes « copains » ont fait dire à Yao Paul Ndré une chose et son contraire pour que finalement, ne sachant pas ou se trouve la vérité, nous soyons livrés à la force sauvage.
A l’occasion je me suis souvenu de ce que m’a dit un ami au cours d’une conversation sérieuse. Il m’a dit de me méfier de tous les occidentaux. Il n’y a pas un seul qui nous prenne pour des être humains. Excessif ? Je n’en sais rien. Mais ce qui est certain c’est qu’avec eux nous n’étions pas déjà assez murs pour la démocratie. Avec ces élections à l’UMP, nous apprenons aussi que le recomptage des voix, l’unité nationale, une décision insusceptible de recours d’un conseil constitutionnel … sont des luxes pour les « sauvages » du continent noir.

Joseph Marat

Les intellectuels de Ouattara ont du mal à le rester



C’est un ami pour qui j’ai un énorme respect. Je l’ai connu à l’université d’Abidjan. Fuyant le régime de Paul Biya, il a transité par la Côte d’Ivoire avant de se rendre en France où il vit avec une Ivoirienne. Mon ami Franklin Nyamsi a donc une triple nationalité. Il est, dans l’ordre, Camerounais, Ivoirien et Français. En France où il vit, il est Agrégé de philosophie et enseigne aux descendants de Descartes "le penser". Je suis fier et je me réjouis pour les enseignés parce que j’ai été moi-même enseigné par l’homme qui a une maitrise incontestable de la matière philosophique. Après l’avoir perdu de vue une dizaine d’années durant, j’ai retrouvé mon ami sur la toile, ensuite physiquement, lors d’un colloque international à Abidjan sur la renaissance africaine après le bombardement par la puissance prédatrice de ce qui nous restait encore d’institutions républicaines. J’ai été un peu surpris que nous n’ayons pas la même vision sur la crise Ivoirienne. Après quelques échanges il me dit ceci : « ça sert à rien, tu n’y arriveras et moi je sais que je n’y arriverai pas. Tu es Gbagboiste et moi Dramaniste. Aucune de nos discussions n’y changera rien ! » Et une fois encore il n’avait pas tort. Pourquoi, moi qui a les yeux bandés quand il s’agit de Gbagbo, j’insisterai pour que les autres les ouvrent quand il s’agit de leur mentor. Mais paradoxalement c’est de là que vient la grande déception. Les pamphlets de mon ami sur Laurent Gbagbo manquent de rigueur et ses contradictions où ses omissions volontaires quand il parle de la crise Ivoirienne me laissent toujours pantois. J’aurais voulu avoir en face un Dramaniste qui me secoue dans mes convictions tellement la rigueur des raisonnements en impose. Comme l’Albatros sur ce fameux quai baudelairien, la démarche du ″roi de la pensée″ est boiteuse quand il essaie de parler des crises ivoiriennes. J’ai toujours l’impression que le "philosophe" est en mission commandée. L’homme est méconnaissable parce qu’il refuse apparemment dans ses écrits de prendre la distance critique que nous savons tous cardinale en philosophie. J’avais décidé de me faire à l’idée que notre amitié pouvait bien se passer des discussions sur les contorsions de la politique Ivoirienne. C’est d’ailleurs ce qui me guide en écrivant ces lignes. Comme Charles Baudelaire, je veux rire un peu de la démarche de mon ami.
Dans un texte que Frat-Mat a publié le lundi 12 novembre dernier, Franklin Nyamsi s’en prend à Amnesty International. Le jeu de mot sur l’amnésie de l’Amnesty International (AI) est quelque peu gauche. De quoi AI devrait-il se souvenir ? Faut-il rappeler à mon ami qu’AI n’est pas une organisation qui fait de l’histoire pour s’attacher à un devoir de mémoire. Il dénonce les violations des droits de l’homme là les régimes les pratiquent comme moyens de gestion du pouvoir. C’est d’ailleurs au nom de ce principe que Franklin Nyamsi est devenu un fanatique de l’ex-rebelle Soro Guillaume. Lui est-il déjà arrivé de trouver des circonstances atténuantes au régime de Gbagbo parce que ce dernier l’attaquait ?
Alassane Ouattara a été présenté par des "demi-intellectuels" lors d’un colloque international à Abidjan comme le messie qui devrait nous apporter la renaissance africaine le jour même où il déportait Laurent Gbagbo à la Haye pour crime contre l’humanité. Il y est encore. Ouattara n’a donc pas le droit de se faire épingler par une organisation des droits de l’homme même si c’est pour plaisanter. Et ceux qui veulent le défendre doivent avoir l’intelligence de penser qu’il n’y a aucune raison qui puisse justifier la violation d’un seul droit d’un seul être humain.

Joseph Marat

Le langage de l’Eternel


On a beau être cartésien, la logique a beau être notre seule façon de comprendre les phénomènes, il est difficile de ne pas apprécier la maestria de l’Eternel qui fait chaque chose en son temps pour confondre ceux qui méritent de l’être. Ceux qui ne croient pas en Dieu mais qui croient tout de même en l’ordre naturel des choses parlent de Karma. Quelqu’un a dit : l’autre nom de Dieu c’est le temps, j’ajoute que le langage de Dieu est expérimental. Généralement la foi en lui est plus grande quand il a décidé de te faire vivre l’expérience de sa rencontre. Et les hommes, ceux qui ont encore de la jugeote, comprennent mieux les événements de l’histoire lorsqu’ils sont confrontés eux-mêmes à le vivre.
Les Français et plus précisément les militants de l’UMP, les ex-partisans de Nicolas Sarkozy vont-ils enfin comprendre ce qui s’est vraiment passé en Côte d’Ivoire ? Rien n’est sûr ! ils ont déjà oublié ce petit pays Africain où il ont bien voulu déverser leur déchéance. Personne, parmi les pro-gbagbo ne boudera son plaisir. Nous boirons notre petit lait jusqu’à la li parce que Dieu mène notre combat. Admirez la précision du géomètre : l’UMP de Nicolas Sarkozy dans un imbroglio électoral ! qui l’eut cru ! tenez vous bien, la COCOE, la commission électorale du parti de Nicolas Sarkozy a recompté et rerecompter les voies de Copé et Fillon. Dans ce parti dont le régime au pouvoir en France a préféré le bombardement comme solution pour liquider un contentieux électoral le recomptage des voix est devenu tacite. On n’a pas hésité. On s’est mis à recompter comme des automates. Comme quoi, le président Ivoirien avait raison. Il avait du génie. Son idée était politiquement la plus intelligente, la plus correcte. On s’en est rendu compte subitement à l’UMP sans demander conseil à Nicolas Sarkozy ou même à son ami Alassane Ouattara qui ont une certaine expertise en la matière. Les deux ont trouvé une solution à pareil imbroglio en Côte d’Ivoire. Le premier est même devenu maitre de conférence et promène même sa tronche à travers le monde pour vendre sa potion magique. Quant au dernier, il se fait appeler dans le pays qu’il dirige, « Docteur solution ». Alors quand on a autant d’experts dans ses rangs, qu’est-ce qui peut bien expliquer qu’on n’assiste pas à une bagarre de rangée entre les militants de l’UMP pour savoir qui réellement a gagné l’élection du président de parti. A son temps le recomptage des voix avait été jugé injuste et la force sauvage avait été soutenue comme solution de règlement d’un conflit électoral.
Je me suis donc amusé un peu à chercher dans les pages du web, où le débat bat son plein, pour voir si les militants de l’UMP avait compris le langage de la transcendance et s’il leur arrivait de citer le cas de la Côte d’Ivoire, citant le maître politique du recomptage des voix en pareil circonstance. Je n’ai rien trouvé. Si plus tard dans la nuit, un ami m’a appelé pour me dire que sur une chaine française d’information on comparait Copé à Gbagbo pour se moquer. J’en déduis que le racisme a tellement la peau dure qu’il leur bouche tous les orifices. De tout cela, je me suis tout de même réjouis parce que j’ai compris que dans les brousses où nous sommes entrés, dans les prisons où nous croupissons, c’est nous qui portons le flambeau de la nouvelle civilisation.

Joseph Marat

lundi, 12 novembre 2012

Blondy, demi-vérité égale mensonge !


Il faut le dire honnêtement, si Blé Goudé, Gadji, Aicha Koné, et même l’ex-chef rebelle Issiaka Ouattara sous la férule de Laurent Gbagbo et de l’ex-patron de la rébellion ivoirienne Soro Guillaume n’ont pas réussi à réconcilier les ivoiriens par toutes les caravanes et flammes de la paix qu’ils ont organisé à travers le pays, dans des circonstances où les prisons ivoiriennes ne grouillaient pas de politiques torturés, pourquoi c’est la connivence des vainqueurs qui réussiraient à rallier à leur cause les vaincus. Si nous avons échoué dans une situation où il n’y avait ni vainqueur ni vaincu, pourquoi pousse-t-on la naïveté à croire que c’est après avoir soumis l’autre de force qu’on se convainc soi-même à pouvoir vivre en paix avec lui. Tout ce qu’on obtient après avoir imposé la guerre à un peuple, ce n’est pas la paix, c’est plutôt l’état de nature selon Thomas Hobbes dans lequel l’homme est un loup pour l’homme. Aussi ai-je toujours pensé qu’une caravane pour la paix dans la situation politique actuelle de la Côte d’Ivoire ne peut être que l’organisation d’une grande comédie humaine. Elle peut avoir réuni du monde autour des décibels des stars mondialement connu comme Alpha Blondy, Tiken Jah, Meway, mais était-ce vraiment des moments de communion fraternelle ? Ceux qui avaient intérêt à se déplacer sont aussi nombreux que ceux qui, comme moi, y ont vu un autre moyen de gaspiller les maigres ressources des contribuables ivoiriens. Le succès de tels événements, pour peu qu’on y pense, ne se mesure pas à l’aune de son audience parce que ce n’est pas un sondage.
La Méga star Alpha Blondy a pourtant essayé de nous distraire de notre indifférence. Ses déclarations équivoques au cours de cette caravane qui est au fond la célébration d’une victoire ponctuelle des forces rétrogrades sur les forces du progrès, pourraient laisser penser que la lucidité se serait emparée de lui pour réclamer, avec sincérité, la libération des prisonniers politiques, gage d’une véritable réconciliation. « Je demande une fois encore à mon grand frère Ouattara de donner un signal politique fort pour la réconciliation nationale. Pour cela, je vais réitérer ma demande de libérer les pro-Gbagbo qui n’ont pas commis de crime de sang » a assené Jagger lors de la dernière étape de la caravane le 3 novembre dernier à Treichville. Dans la lettre le célèbre musicien reggae a tout juste parce que la charte du nord est une affaire de famille et son rôle a été remarquable. Mais dans l’esprit, ne soyons pas dupe. Alpha sait très bien que selon l’idéologie du régime qu’il célèbre, il n’y a pas de pro-Gbagbo qui n’ait pas commis de crime de sang. Même Koné Katinan, le frère perdu, dont la Côte d’Ivoire a découvert les grandes compétences et l’humanisme dans la crise des banques, a eu le temps de se rendre dans un ghetto de Port-Bouët pour assassiner un vieillard de 83 ans. Alpha, les pro-Gbagbo sont tous en prison parce qu’une rébellion sauvage est venue les attaquer et plus de 3000 personnes sont mortes. Et si dans le même esprit, Koné Seydou voulait, comme son frère Ouattara, la justice absolue, qui devrait continuer d’être écroué pour crime de sang, pour la mort de Marcellin Yacé, Boga Doudou, Dali Oble, Dagrou Lula, Désiré Tagro… et les centaines de gendarmes assassinés dans cette crise ? Blondy, demi-vérité égale mensonge !

Joseph Marat

Soro Guillaume, Alassane Ouattara et Amade Oueremi


Après « Pourquoi je suis devenu rebelle » de Guillaume Soro, je suis tombé le mardi 30 octobre passé sur « pourquoi j’ai pris les armes » de Amadé Ouedraogo Rémi, le chef de guerre burkinabé qui hante les forêts classées du mont Peko dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. C’était dans les colonnes du journal pro-gouvernemental Frat-Mat. Dans un premier reflexe, je me suis demandé pourquoi le journal que financent les contribuables ivoiriens se met-il à faire la communication ou à polir l’image d’un malfrat burkinabé qui dit défendre son droit sur une partie du territoire ivoirien qu’il a annexée. Passé l’effet de cette répulsion qui sonne toujours en tout homme raisonnable comme la cloche du bon sens, je me suis mis à lire attentivement le dossier consacré par Venance Konan à la terreur de l’ouest ivoirien.
Amadé Ouedraogo Rémi dit être venu de son Burkina natal rien qu’avec une machette pour débroussailler. A force de « subterfuges » selon ses propres termes, il s’est retrouvé à la tête d’une importante possession foncière. A la faveur de la rébellion de 2002, Amade Oueremi s’est retrouvé à la tête d’un collectif de « propriétaires terriens » comme lui, pour défendre leur possession. Il ne dit pas qu’ils ont été menacés d’être déposséder de leur « biens » par des hommes armés, mais que lui et ses compatriotes ont pris les armes pour défendre ce qui s’apparente désormais à leur territoire. Nuance fondamentale, parce que dans un Etat moderne je ne pense pas que les armes soient des titres fonciers. La terre appartient à l’Etat de Côte d’Ivoire, pour s’en approprier une parcelle, il existe toute une procédure qui vous donne accès à un titre foncier. Dans le dossier que fait Frat-Mat sur l’homme, il ne brandit aucun titre foncier. Au contraire il montre sa carte de nationalité burkinabé et son arsenal de guerre qui lui permet de continuer de chasser, de leur terre, les Ivoiriens.
La leçon de l’histoire est simple. La situation à l’Ouest est à l’image de toute la Côte d’Ivoire jusqu’au sommet de l’Etat. Pour défendre son droit, on n’a cure du droit. On prend les armes. Guillaume Soro, après avoir dirigé l’une des plus importantes organisations syndicales estudiantines du pays, s’est dit, un matin, exclus de la communauté des Ivoiriens. Il a donc pris les armes pour s’intégrer. Quant à Alassane Ouattara, après toutes les convulsions liées à son intégration, a ameuté toutes les armées du monde pour bombarder les institutions de la république de Côte d’Ivoire parce qu’il a pensé qu’on lui dérobait sa « victoire électorale ». Voilà les modèles politiques de la nouvelle Côte d’Ivoire.
Amade Oueremi peut plastronner sur le journal pro-gouvernemental pour se justifier. Le gouvernement ivoirien peut le caresser dans le sens du poil même quand il est une terreur pour les Ivoiriens. Il peut se croire lui-même dans son ″droit″ : celui d’avoir recours aux armes pour défendre le non-droit. En Côte d’Ivoire nous sommes désormais dans le meilleur des mondes possibles.

Joseph Marat

La tournée des « brouteurs » sanguinaires


« Nous avons trouvé nulle part des personnes torturées … Personnes ne nous a allégué avoir été torturé. Nous n’avons trouvé nulle part des personnes dans un état piteux qui soit le résultat des maltraitances ou des tortures qu’elles y auraient subies ». Le journaliste plus loin ajoute « à la brigade de gendarmerie, les ministres n’ont vu que des personnes de droit commun dans des conditions au-dessus des normes. »( cf : Frat-Mat du lundi 05 novembre) Voilà en substance la réponse du gouvernement ivoirien face aux accusations de torture et de maltraitance des prisonniers et autres détenus politiques qui croupissent dans leurs différents goulags à travers le pays. Il faut bien se défendre surtout quand on s’est toujours prévalu d’être porté par les valeurs de droit de l’homme dans un régime démocratique. La parade des sieurs Gnénéma Coulibaly ministre des droits de l’homme et des libertés publiques et Paul Koffi, ministre délégué chargé des droit de la défense a été de se promener dans les prisons et les liens de détentions abusives pour vérifier toutes les dénonciations de torture dont le régime de Ouattara est sujet depuis quelques temps. En clair, pour le gouvernement ivoirien, toutes les organisations internationales des droits humains et toutes les victimes des tortures sont dans la délation. Au contraire les détenus sont mêmes mieux traités que le premier des citoyens ivoiriens. Rares sont dans nos républiques bananières d’Afrique, les régimes qui auraient agi autrement. L’exception qui confirme la règle est le Président Laurent Gbagbo qui au lieu de donner dans le folklore ridicule des dénégations, portait plainte et gagnait toujours ses procès en diffamation devant les tribunaux qui ne relevaient de sa juridiction. Nous ne pouvons pas attendre cela de Ouatara Alassane parce que les hommes ne sont pas les mêmes. Mais les Ivoiriens peuvent-ils attendre au moins que ce dernier ne les prenne pas pour des nez percés ? Où a-t-on vu un régime criminel avouer, tout de go, ses crimes. Même si dans les rangs de ce régime, il ya quelqu’un qui est fier de conduire au cimetière tous les opposants, on voit mal le régime de Ouattara avouer ne pas caresser les récalcitrants avant de les mettre en terre.
Là n’est donc pas le problème. Tout le gouvernement de Ouattara pourra faire le tour de toutes les prisons, passer la serpillère et nourrir les prisonniers au camembert, ce n’est pas ce qui changera la nature et l’image du régime. Il y un canard de la place qui accuse frontalement les tortionnaires d’avoir tué deux de leurs victimes. Ce ne sont pas les promenades des ministres repus qui les ramèneront en vie.
Gnénéma Coulibaly et consorts… devraient plutôt s’asseoir pour réfléchir à la façon dont ils ont perdu tout le crédit de confiance que la communauté internationale avait placé en eux au point de renier ses propres principes pour bombarder une République. Les dénonciations tout azimut des soutiens d’hier sont le ras-le-bol d’une communauté internationale qui s’est fait avoir par des arnaqueurs politiques sanguinaires. Elle n’a que ses yeux pour pleurer et le gouvernement ivoirien n’a apparemment rien pour les consoler parce que le chien change rarement sa manière de s’asseoir.

Joseph Marat

jeudi, 08 novembre 2012

Le « général » des rebelles et dozos



Dans l’une de mes ballades sur la toile, je suis tombé sur une brève du journal Le Patriote. C’était vraiment une brève parce que l’article a simplement consisté à transcrire les propos du chef d’Etat-major des armées, le Général Soumaîla Bakayoko. Ce dernier, face aux attaques successives des différentes localités du pays, a initié une tournée dans les casernes pour, selon l’auteur de la brève sensibiliser. Le journaliste, par contre, n’a retenu que la menace à l’endroit des corps habillés. A l’étape d’Akouedo, Soumaïla Bakayoko, le rebelle devenu chef d’Etat-major dit précisément ceci : « Ceux qui nous attaquent, nous trouverons toujours sur leur chemin. Je ne ferai pas de cadeau aux soldats parmi nous qui s’adonnent à ces activités et jouent à un double jeu »

Dans ce qui est censé être une mise en garde, j’ai noté deux incongruités et on a forcément le froid dans le dos lorsqu’on arrive à cette idée qu’en Côte d’Ivoire aujourd’hui il n’existe plus de dirigeants qui prennent du recul face aux problèmes pour produire des attitudes ou tenir des discours sensés. Monsieur le « Général » ceux qui vous attaquent ne cherchent pas à vous éviter sur leur chemin. C’est vous qu’ils attaquent. Vous ne pouvez donc pas être ailleurs que sur leur chemin. On en déduirait qu’il n’a rien dit et pourtant… et c’est cela qui fait peur au simple citoyen qui rêve de sécurité. Le « Général » Soumaïla Bakayoko avoue être dans une posture attentiste face aux assaillants. Il ne faudra pas compter sur ce « Général mille torches » pour prévenir les attaques et sécuriser le pays. Il attend sur leur chemin ceux qui viennent perturber la quiétude des Ivoiriens. Ce n’est donc pas demain la veille de la fin des attaques parce qu’apparemment on ne prend aucune disposition pour y mettre fin. Au contraire on menace et on se prépare à y faire face sachant qu’ils sont des milliers de soldats maintenus hors du territoire national.

Le « Général » Soumaïla Bakayoko se croient investi du devoir de ″réagir″ au lieu ″d’agir″ face au péril de notre système de défense. Je me souviens que ces mêmes avaient reproché au Président Gbagbo de n’avoir pas négocié avec la centaine de soldats qui avaient fuit le régime de Robert Guei. Aujourd’hui ils ne font pas mieux face aux milliers de soldats qui veulent rentrer chez eux. Pis le « Général » Soumaïla Bakayoko menace ceux qui sont restés et qui n’ont pas pu fuir la furia des Frci dans leur croisade sur Abidjan. Il ne leur fera pas de cadeau s’ils jouent à un double jeu. Allez savoir comment il fera pour détecter les traitres sans user de la grille inventée par Venance Konan : BAD.

Devant de tels propos ou attitude il me vient automatiquement que ce « Général » qui appartenait à l’équipe des maçons militaires du président Gbagbo a peut-être du génie pour diriger une armée de rebelles et de chasseurs dozos, mais pour la stratégie et le génie militaire pour une armée nationale, on est loin du compte. Et on ne sort par de l’auberge à se faire gouverner par des roturiers de tout genre.

Joseph Marat


La conversion de Lucifer


J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce texte de Docteur Pierre Franklin Tavares qu’un ami m’a envoyé en partage dans ma boite électronique et que je propose en contribution dans le journal Aujourd’hui depuis hier. Il est un peu vieux. Il y a belle lurette que son auteur l’a écrit. Nous étions au tout début de la création de la Commission, Dialogue, Vérité et réconciliation (CDVR). Il pensait apporter une contribution capitale à la reconstruction politique de ce pays qui a bercé son enfance et lui a donné ses premières armes intellectuelles à l’Université d’Abidjan Cocody. Malheureusement ou heureusement, à chacun sa perspective, Charles Konan travaille avec une telle célérité que les choses n’ont pas énormément bougé. Ce texte continue donc de rester d’actualité et de nous interpeller tous de quel que bord que nous soyons. C’est le regard d’un intellectuel qui a vécu dans ce pays, qui a énormément hérité de la Côte d’Ivoire sauf de la perversité de ses clivages socio-politico-ethniques. Il nous parle donc d’un bord : celui de la mère patrie qu’il faut sauver et non d’un bord politique ou ethnique qui sont toujours en-soi les faiblesses de tout discours sur la crise ivoirienne.
C’est un texte intéressant qui fait une analyse assez froide de l’état de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Et en tant que pro-Gbagbo, j’aurais pu reprocher à l’auteur de faire très peu cas de la situation injuste de mon leader, de la cruauté des leaders actuels dans la dernière convulsion armée abusivement appelée « postélectorale » et de penser que qu’il suffi d’une assise des trois leaders pour créer un consensus pour solder tout le passif de nos rancœurs. Mais avec du recul, et c’est cela la force du recul réflexif qui permet selon Edmond Husserl de phénoménaliser les événements de l’histoire, on en arrive à l’idée que personne ne se donne tort dans l’histoire. Un intellectuel qui veut donc mettre fin au cycle de la violence en Côte d’Ivoire ne peut qu’avoir, même avec ses limites, la position idoine de Monsieur Tavares : celle d’un consensus national des trois grands leaders autour de qui se sont finalement cristallisées toutes nos passions diverses et aveugles. Il propose que les trois principaux leaders de la classe politique ivoirienne s’asseyent pour créer un consensus salvateur. Dans une correspondance ultérieure M. Tavares m’écrit ceci : « Ce que ne semble pas avoir compris M. Marat c'est l'idée principale : si les 3 protagonistes ne veulent pas ''penser'', alors ils pourraient avoir du cœur. Au reste, M. Marat semble reconnaître que personne, en Côte d'Ivoire ne veut penser. Et cela ne semble pas le choquer. Là est la crise. D'autant que le pays-État est le tout ou l'essentiel. Les individus ne sont pas grand chose, même s'ils ont la prétention de croire facilement le contraire (…) Qui ne pense pas, celui-là ne peut avoir de cœur… »
Je continue néanmoins de penser que le projet, quoique louable en soi, est utopique parce qu’en réalité ceux qui sont actuellement aux manettes et qui ont la clé de l’initiative ont de sérieux soucis de compatibilité avec les notions de « générosité » et de « pensée ». Des trois hommes politiques il n’y a qu’un seul qui a déjà montré qu’il est capable de générosité et qui a pensé la réconciliation en 2001. Ils l’ont enfermé. Pour le reste, seul le miracle final qui veut que Lucifer renonce à sa rébellion et se convertisse peut, peut-être, nous sauver…

Joseph Marat

Tissu, impunité zéro et amnistie


J’ai eu une conversation avec une concitoyenne vendeuse de tissus dans le grand marché de Treichville. Avec du recul j’ai trouvé cet échange très instructif sur l’état d’esprit des Ivoiriens au fur et à mesure que le temps nous éloigne des graves moments des dix dernières années de notre histoire. Je n’ai pas su honnêtement de quel bord politique elle était et je ne pense pas qu’elle ait pu deviner que j’étais un pro-Gbagbo. J’ai plutôt fait l’agréable remarque qu’elle était plutôt soucieuse de l’état de ses tissus : les tissus en toile qu’elle vent et le tissu social de son pays. Cela a eu l’avantage d’ouvrir nos esprits pour aborder objectivement les problèmes du pays dans lequel nous vivons ensemble. Après avoir fait le point de tout ce que je devais débourser pour acheter ses tissus, je lui ai lancé sur un ton enjoué : « tu m’as ruiné ! ». « Même pour vous amuser ne dite pas cela ! Au nom de Jésus vous ne serez pas ruiné. Ça va aller ! » C’est toujours vivifiant d’entendre ces genres paroles qui vous donnent l’impression que la transcendance est au contrôle de tout et qu’il faut toujours souhaiter pour soi de bonnes choses pour que, même dans la grisaille, son étoile ne cesse de briller. Je pousse tout de même mon incrédulité plus loin en lui demandant ceci : « sur quoi se fonde en fait ta foi dans ce pays chaque jour attaqué par on ne sait qui ? L’Etat ne donne aucun gage de stabilité. Alors je ne sais pas comment, Dieu descendra remplir nos poches Madame ? » Devant la conviction de cette pauvre dame que la Côte d’Ivoire renaîtra de ses cendres, je n’ai pu m’empêcher d’écraser une larme. Paradoxalement je lui ai dit qu’elle voit juste parce que dans le fond les Ivoiriens ne sont pas divisés. Ils sont disposés à se retrouver pour construire leur société parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas le choix. Ils ont compris que personne n’est indispensable à la marche d’une nation et qu’un jour il nous faudra nous asseoir pour panser et penser notre histoire commune. Seulement ce ne sera pas avec la classe politique dirigeante actuelle. Elle est trop lourde de haine pour s’élever et comprendre qu’elle n’est qu’un épiphénomène dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. J’ai fini par dire à la concitoyenne que croit pouvoir rebâtir ce pays avec son concept politique de l’impunité zéro. Il ne se rend pas compte qu’il est absurde. Non pas parce qu’il n’est pas noble et souhaitable en soi pour une société. Mais la quête de l’impunité zéro est comme une quête de la blancheur absolue. Ouattara devra disparaitre sous la javellisation. Il ne peut réussir avec sa justice des vainqueurs tant qu’il aura en horreur l’amnistie générale. Et ceux qui la veulent, la veulent et pour le salut de la nation et pour lui-même surtout.

Joseph Marat

lundi, 05 novembre 2012

Le régime des paradoxes



C’est forcement un paradoxe que ces derniers temps, l’espace médiatique grouille de rapports, de communiqué de presse sur la situation des droit de l’homme en Côte d’Ivoire. Amnesty International, FIDH - MIDH – LIDHO dans un communiqué conjoint, l’Ambassadeur des Etats Unis, l’Onuci… et j’en passe… sont tous d’accord pour dire que la situation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire est des plus désastreuses. Et le plus haut sur l’échelle des paradoxes est la réaction de ce qui tient lieu de gouvernement ivoirien face à ces tirs groupés.
Primo, faut-il accordé du crédit à tous ces rapports ? Non, parce que quand il s’agit de Ouattara, ils disent toujours moins que ce qu’ils savent. Deuxio, faut-il accorder un brin de sincérité à ces indignations apparemment calculée ? Encore non, parce que c’est en toute connaissance de cause que tous ces comiques de la communauté dite internationale ont porté sur des fonds baptismaux ce régimes inqualifiables. Tertio, c’est le journal pro-Ouattara, pro-casseur de l’unité nationale, Le Patriote qui pour une fois a raison « Ça sent la grande manipulation ».
Mais les seuls pour qui cette manipulation ne passe pas sont les pro-Gbagbo et nous sommes fiers de l’être. Nous regardons, depuis nos refuges toute cette agitation comme une pièce mal montée. Car ce n’est pas à nous qu’on apprendra qu’Ouattara est un drame pour la Côte d’ Ivoire. C’est encore moins à nous qu’on apprendra que c’est maintenant que toutes ces organisations de droits de l’homme découvrent qui est Alassane Ouattara. Ce Monsieur a été proposé au président Houphouët Boigny par la communauté financière en 1989 pour redresser l’économie ivoirienne. De 1989 jusqu'en 1993 date du décès de son mandant qui marquait la fin de sa mission, les premiers signes de la manie tyrannique ont fait jour en Côte d’Ivoire. La descente des hommes armés dans les cités universitaires de Yopougon et le déni de justice qui entrainera le 18 février 1992 sont encore mémorables. Son Départ de la primature est associé à une tentative de coup d’Etat parce qu’il voulait se maintenir au pouvoir en violant la constitution. Le temps des libertés confisquées que nous vivons aujourd’hui veut qu’on ne sache pas pourquoi il a été sous mandat d’arrêt international jusqu'à la chute d’Henri Konan Bedié, son allié d’aujourd’hui. Mêmes les rebelles qui ont attaqué la Côte d’Ivoire n’ont pas manqué d’associer son nom à leur œuvre funeste. Quand il a été question de recompter les voix comme le recommande toute démarche démocratique, avec une « armées paysannes », et avec cette même communauté dite internationale qui fait semblant de s’émouvoir aujourd’hui, il a fait le choix de compter les têtes d’assassinats politiques après les élections de 2010. Ce que les Ivoiriens vivent aujourd’hui, ils l’avaient déjà prophétisé et crié sur tous les toits du monde parce qu’ils ont appris à connaitre l’homme. Cela ne les surprend pas et cette communauté dite internationale, en l’occurrence l’ONUCI, sait ce qu’il faut faire pour débarrasser le peuple ivoirien du monstre qu’elle lui a imposé. Le reste, c'est-à-dire la reconnaissance des camps de torture et des violations massives des droits de l’homme n’est rien d’autre que se prévaloir, selon Francis Wodié, de sa propre turpitude.

Joseph Marat