UA-108822782-1
topblog Ivoire blogs

dimanche, 10 mars 2013

Et pourtant ça change



J’ai eu une conversion atypique avec un ami la dernière fois. Il m'a paru tellement abattu moralement que je m'en suis, en effet, quelque peu étonné. Au moment de l'élection de François Hollande, mon était de ceux qui étaient très lucides. Malgré la joie de voir la chute de Nicolas Sarkozy, il gardait toute sa lucidité et tout son pessimisme de voir cette France changer sa manière de s'asseoir du jour au lendemain. C’est d'ailleurs à lui que je dois cette très image assez démoralisante pour un combattant de la liberté que la France politique est comme un train sur ses rails. Ce n'est pas le changement de la tête du conducteur qui changera sa trajectoire. Aujourd’hui cet ami est déçu par le mutisme de François Hollande devant la dictature de Dramane Ouattara. Je comprends aussi qu'il aurait tellement souhaité être un faux prophète pour le succès du combat de la liberté que nous menons tous.
Pour lui remonter le moral, je tiens à lui dire ceci : « et pourtant ça change ». Je me souviens que ce même ami m’enseignait que les Chinois avaient mis quelque centaines d’années à faire leur révolution. La plupart des Etats africains étaient, eux-disant, indépendants depuis une dizaine d’années quand Nelson Mandela est entré en prison pour la même cause. C’est à sa rencontre avec le président sénégalais d’alors, Léopold Sedar Senghor que Mandela lui-même a compris toute la subtilité du néocolonialisme naissant. Ce dernier était assisté d’une assistante française, oreille de la France, qui ne lui a pas permis d’avoir un tête-à-tête avec le chef de l’Etat du Sénégal indépendant.
Aujourd’hui, pour les Etats "ex-colonies" françaises, Laurent Gbagbo est cette graine qui a été mis en terre. Il faut se faire à l’idée qu’il doit mourir pour laisser place au bourgeon de l’espoir. Je crois qu’on se comprend. Laurent Gbagbo pourrait ne plus revenir de la Haye et je ne pense pas que lui-même n’envisage intérieurement pas cette éventualité parce que c’est un coureur de fonds en politique. Ceux qui le détiennent actuellement pourraient, malgré le caractère apparemment infondé de leur accusation, continué à le gardé, mais le combat est déjà gagné. Ce sont eux qui auront désormais des difficultés à articuler devant le peuple africain leurs fallacieux discours de recolonisation. Ils ne lâcheront rien si facilement. Ils continueront à se mentir à eux-mêmes, mais l’éveil de conscience que nous apporté le Président Gbagbo dans ce laps de temps suffira largement pour gripper la machine de la répression coloniale.
Cher ami le silence de Hollande est révélateur de ce que, malgré lui les choses changent. Il aurait pu être loquace comme Sarkozy, mais je crois qu’il est victime du tournis que lui donne la tournure des événements. Ces événements composent avec le temps qui est, selon le même sage, un autre nom de Dieu. Il est vrai qu’il serait déprimant, de ne pas pouvoir voir le changement total des choses, l’expérience a montré que le temps d’une vie peut ne pas suffire. Mais soyons tout simplement heureux de vivre et de participer à cette étape de notre histoire.
Pour ma part je bois du petit lait quand je vois le Woody de Mama au perchoir d’une tribune internationale établir la vérité des faits. Je bois du petit lait devant la gêne de la France. Et je continue d’en boire quand je vois Dramane Ouattara, comme un cheveu sur la soupe, s’embourber dans la politique nationale d’un Etat qui n’est, apparemment, pas le sien…

Joseph Marat

Les commentaires sont fermés.