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mardi, 23 avril 2013

Le métier de Gbagbo

J’ai vu la vidéo de la réception que Charles Konan Banny a voulu donner aux ivoiriens de la diaspora à Londres dans le cadre de ses activités de réconciliation du peuple de Côte d’Ivoire. J’ai été, au bout des 11 minutes qu’à durées l’entrevue, traversé par un sentiment pathétique de compassion pour ce haut cadre de la politique nationale. Il est entré dans la salle, il a été installé mais il n’a pas eu le temps d’être présenté. 11 minutes plus tard il sortait de la salle la tête baissée. Les ivoiriens qui ont attendu de 15 H à 21H pour rencontrer le président de la CDVR ne lui ont pas laissé le temps de placer un seul mot. Ils sont restés débout avec des écriteaux sur les assiettes qui devraient servir pour diner « no Gbagbo No peace » et ils scandaient tous « libérez le Président Gbagbo ». Tout s’est passé comme si ce beau monde avait attendu près de 6 H pour envoyer un message aux hommes politique ivoiriens : « libérer Gbagbo pour que les ivoiriens se retrouvent. Sans quoi vous perdez votre temps »
Dans une sorte de recul critique face à l’action de tous ces patriotes qui mènent une lutte juste, je me suis demandé qu’est-ce que Banny ou le gouvernement de Ouattara peut faire par rapport au dossier Gbagbo ? Ont-ils le moyen politique d’influencer le sort du président Gbagbo ? Ont-ils en réalité tort de dire que la libération ou non de Gbagbo ne relève plus de leur compétence ? Il est traduit devant une juridiction internationale qui échappe totalement à leur pouvoir. J’étais en train de faire cette réflexion quand j’ai eu la lumière de cette anecdote qu’un refondateur m’a racontée au lendemain d’une rencontre de dialogue politique que le Fpi a eu avec le gouvernement. Il m’a dit exactement ceci : « Nous leur avons demandé de libérer Laurent Gbagbo, en réponse, ils ont sorti leur rengaine habituelle du genre « son sort ne dépend plus de nous ». Alors nous avons répliqué qu’ils ne nous apprennent rien, mais qu’ils peuvent écrire officiellement à la CPI pour lui demander de libérer le président Gbagbo et qu’ils se sont trompés de l’y avoir conduit. La Cpi peut toujours jeter cette lettre à la poubelle, mais ici, ce repenti nous suffira. » Au lieu de parcourir monts et collines pour se faire ridiculiser par le peuple où qu’il soit, Banny pourrait concentrer son énergie à convaincre Ouattara et ses ouailles de redescendre de leur piédestal pour confesser que sans Gbagbo, la Cote d’Ivoire est bloquée.
S’ils prennent un peu de recul en se replongeant quelque peu dans l’histoire récente de notre pays, ils peuvent comprendre mieux pourquoi Laurent Gbagbo s’est battu pour les ramener d’exil, pourquoi il a organisé le forum de réconciliation nationale, pourquoi il a avalé et nous a fait avaler les couleuvres de Linas Marcoussis, pourquoi il a pris l’article 48, malgré le fait qu’il l’exécrait, pour faire de Ouattara un candidat exceptionnel, pourquoi il a fait de Soro Guillaume son premier ministre dans le cadre d’un dialogue direct….
Laurent Gbagbo n’est pas un surhomme politique. C’est un être humain normal qui a fait de la politique son métier. Il n’a pas envouté le peuple ivoirien, il lui a simplement montré comment vivre ensemble dans un Etat moderne. Et le peuple dans sa diversité ne supporte pas l’injustice. Il n’accepte pas qu’on veuille faire à l’autre le mal qu’on n’a jamais reçu de lui.

Joseph Marat

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