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mercredi, 22 mai 2013

Le pont de la Françafrique

Dans cette grisaille aux couleurs de l’arrestation d’Amade Oueremi, je voudrais ne pas me laisser "marionnettiser" par les dirigeants actuels et revenir sur la construction du troisième pont d’Abidjan. Quand le lièvre est levé, les experts en communication qui nous gouvernent ne laissent jamais le temps au peuple de s’émouvoir, de se scandaliser. On crée de toute pièce un événement pour détourner son attention et noyer son esprit critique.
Un confrère, dont je salue au passage le travail d’investigation a sorti, quelques jours avant l’expédition contre Amade Ouremi, un dossier sur le troisième pont d’Abidjan. Ce pont dont la construction traverse toutes les générations de Chef d’Etat et qui nourrit tous nos fantasmes de développement a été présenté par les deux publications du journaliste Assalé Tiemoko comme le talon d’Achille de tout ce que peut promettre Ouattara en matière d’émergence économique. En clair la Côte d’Ivoire ne peut pas émerger en se dotant du pont Henri Konan Bédié. C’est un gouffre économique qui annihile et sclérose toute action de croissance. C’est une grosse arnaque qui obéit à une seule logique : l’appauvrissement systématique de la Côte d’ivoire. Et le journaliste, pratiquement sidéré, pose les bonnes questions. Entre autres, comment les bailleurs de fonds qui viennent de nous accorder l’initiative PPTE et qui suivent nos recettes et dépenses comme de l’huile sur le feu, ont-ils pu laisser aboutir une telle arnaque ? Ils y gagnent beaucoup et nous devrions comprendre que ceux qui participent à de telles manigances ne peuvent pas être crédibles quand ils cautionnent les taux de croissance de Ouattara. Le dindon de la farce dans cette affaire c’est le pauvre peuple de Côte d’Ivoire. Il est apparemment braqué. Impuissant, il se laisse ruiner par les prédateurs du néocolonialisme.
En fouillant dans le vrac de mes souvenirs sur ce pont, le gouvernement Gbagbo avait hésité à confier sa construction à des opérateurs chinois. En échange de seulement soixante milliards de F CFA. Ironie du sort ou victime de chantage politique, il a fini par le laisser à Bouygues. Non sans avoir pris toutes dispositions possibles avec une étude sérieuse du BNETD de Ahoua Don Mello pour qu’il ne soit plus à péage et qu’il nous revienne à 80 milliards sur fonds propre. (Je vous invite à relire la vraie histoire du troisième pont par Ahoua Don Mello : http://regardscroises.ivoire-blog.com/archive/2013/05/15/la-vraie-histoire-du-troisieme-pont-d-abidjan-par-ahoua-don.html) Aujourd’hui, non seulement, il est à péage mais le gouvernement de Ouattara ne maitrise pas le coût finale. Il est estimé actuellement à 180 milliards, un montant extensible puisque même les moments de répit de décaissement de la part de l’Etat sont frappés de pénalité de retard.
En dénonçant ce pillage systématique organisé autour de ce pont, on pourrait penser que nos dirigeants actuels sont naïfs. Ce serait un compliment tout aussi naïf de notre part. Il n’y a que le peuple de Côte d’Ivoire face à la prédation de la Françafrique. C’est comme cela que s’organise la descente aux enfers des peuples africains. On traite les dirigeants qui peuvent les sortir du sous développement de dictateurs, on les bombarde, on les déporte dans les prisons internationaux si on ne les assassine pas, pour positionner des larbins prêts à hypothéquer notre avenir. C’est une logique implacable. Nous devrions comprendre mieux pourquoi pendant que le "dictateur" Gbagbo demandait le recomptage des voix, les "démocrates" étaient prêts à en découdre pour compter les têtes des Ivoiriens. De telles magouilles n’avaient aucune chance de prospérer avec Laurent Gbagbo.

Joseph Marat

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