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vendredi, 26 juillet 2013

Nationalité : sait-on de quoi on parle ?

Je me suis toujours interrogé sur le caractère explosif de la question de la nationalité particulièrement en Côte d’ivoire. Le débat n’est peut-être pas typiquement ivoirien, mais je me dis que la charge émotionnelle qu’il porte s’estompera quand les acteurs politiques qui l’empoisonnent aujourd’hui auront tiré leur révérence de la scène nationale. Trois jours après que le gouvernement se soit rebiffé en retirant à l’ordre du jour de la session ordinaire des parlementaires ivoiriens du vendredi 19 juillet dernier le sujet sur la nationalité, un ami qui reste très sensible à ce genre de sujet a attiré mon attention sur un long texte sur la question publié dans les éditions du lundi et mardi 23 juillet de Fraternité Matin. Je n’ai pas eu besoin de lire la première partie pour me rendre compte qu’en voulant arrondir les angles on brouille le débat sur la nationalité. Sur la question je suis de ceux qui pensent que les mentalités ont énormément évolué. Et il suffit de peu de sensibilisation pour faire comprendre à l’ensemble de la population que la question de la nationalité n’est pas liée au patronyme, au faciès, à l’accoutrement, au dialecte, au lieu de naissance, au lien de sang et à la propriété d’une parcelle de territoire. L’idéal serait que nous soyons tous des citoyens du monde et qu’on se reconnaisse en tant que tel partout où l’on voudrait se trouver. C’est cela la grande ouverture d’esprit sur la question. Qu’un Dakoury soit français, un Kaboré, Ivoirien, un Yao égyptien, ne devrait pas être un problème parce que cela devrait relever de la liberté que tout citoyen du monde devrait avoir de choisir sa nationalité ou ses nationalités. Si, selon le principe universel des droits de l’homme les hommes sont égaux, ils devraient surtout être libres de choisir la trajectoire de leur existence. Le problème est que la nationalité est un patrimoine qui appartient à un Etat de droit. Ce n’est pas une donnée extensible à souhait et accessible sans condition pour une simple raison : elle est bien un instrument de gouvernance qui détermine aussi le choix des personnes outillées pour conduire la destinée de l’Etat. La nationalité a un lien avec les statistiques démographiques d’un Etat et c’est avec la maitrise de la croissance de la démographie qu’on contrôle la gouvernance et le développement. La nationalité est donc un patrimoine qui ne devrait donc pas se donner à tout va. Et nous avons l’exemple de tous les pays développés. On donne la nationalité à ceux qui ne l’ont pas a priori quand ils ont beaucoup apporté au pays ou quand ils sont susceptibles de lui apporter quelque chose. En Côte d’Ivoire et je me permets de mettre les pieds dans le plat, on veut faire de la naturalisation de masse parce qu’on veut reconfigurer le corps électoral. Vision étriquée. Sinon cela répond à quel logique de vouloir donner la nationalité ivoirienne à des gens qui ne la demandent pas ? Je finirai par dire que les lois sur l’acquisition de la nationalité ivoirienne ne sont pas plus iniques ici qu’ailleurs. Et une loi reste la loi tant qu’elle n’est remise en cause par un débat national. Il n’y a pas qu’en Côte d’Ivoire qu’on était tous français avant les indépendances, il n’y a pas qu’en Côte d’Ivoire qu’on vienne tous d’ailleurs, il n’y a pas qu’en Cote d’Ivoire qu’il ya des frontières pour déterminer l’espace vital des Ivoiriens. Mais on devrait savoir, et cela est valable pour tous les pays au monde, qu’une nationalité est un patrimoine étatique qu’on ne brade pas. Et un gouvernant sérieux devrait savoir cela parce que là il ne s’agit ni de la xénophobie, ni du renfermement identitaire. Au contraire c’est un instrument qui permet de mesurer l’ouverture d’un peuple aux autres. Sans nationalité en tant que bien précieux, sans frontière à défendre, il n’y pas d’Etat et d’identité. Ainsi on n’a rien à offrir et on n’a rien à ouvrir au sens d’ouverture au monde puisqu’on est sans visage. On se dilue dans un monde qui ne nous reconnaît pas en fait.

Joseph Marat

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