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dimanche, 18 août 2013

Le pardon de Soro à Gagnoa

J’irai de considérations éparses qui, lorsqu’elles engendrent la méditation montrent à quel point la communication est brouillée dans notre perception du vivre ensemble, dans notre volonté d’aller à la réconciliation, ce qui, pour moi dans un Etat moderne, ne renvoie pas à tout le folklore qu’on voit. La couverture d’un journal fait dire ceci à un prélat : « Il ya des personnes qui continuent d’appeler leur frères "rebelles" ». La question à celui qu’on appelle couramment «Homme de Dieu » est la suivante : « Mon Père, me conseillez-vous de me mettre à mentir si le frère en question n’a pas cessé d’être un "rebelle" ?». Hier matin sur une radio chrétienne, un pasteur, cette fois-ci, dans un prêche insinue simplement que les pécheurs, pour retrouver leur première ferveur chrétienne, ont du mal à demander pardon à Dieu. Je me suis immédiatement dit ceci : « voici un autre qui nous donne un message littérale de la parole biblique. Dieu, il est certainement partout, mais nous ne le voyons pas, (il a même dit a Moise selon cette même bible que celui-ci ne pouvait se permettre de le voir et continuer à vivre), je trouve donc qu’il n’y a rien de plus facile que de s’agenouiller dans le secret de sa cellule pour dire "Seigneur pardonne mes péchés", c’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus facile. Le plus dure c’est notre incapacité immanente à demander pardon aux autres, à ceux que nous voyons et que nous offensons réellement par notre cruauté. Pour cela il faut un dépassement de soi dont nous ne sommes pas tous capables et qu’on devrait souventes fois nous enseigner dans les églises, dans les rassemblements politiques… et même dans les écoles. C’est une vertu morale et civique qui pourrait panser beaucoup de plaies consciemment ou inconsciemment ouverte chez les autres qui sont en définitive l’image de Dieu que nous cherchons à rencontrer dans un ailleurs inaccessible.
Je n’ai pas toute la substance de la déclaration de Soro Guillaume devant la notabilité villageoise de Mama, mais en fait ce n’est pas nécessaire parce qu’il a suffit d’une seule phrase pour solder le compte d’une décennie de méchanceté à l’endroit d’un peuple qui a eu la malchance d’être proche de Laurent Gbagbo. De la part du président de l’assemblée nationale pour, selon lui, réconcilier les cœurs, le montage de la RTI m’a fait entendre exactement ceci : « je vous demande pardon, mais vous aussi vous devez demander pardon. » Sur l’échelle de l’objectif qu’il voulait atteindre, c'est-à-dire celui de la réconciliation cette phrase est nulle. Elle n’est ni positive, ni négative. Les mathématiciens le schématise bien (1-1=0). C’est comme s’il était allé dire au pauvres villageois exactement ceci : « vous avez mérité ce que je vous ai fait. Nous sommes donc quittes. » Les pauvres villageois encore sous le choc du martyr qu’ils vivent depuis, se sont certainement demandés : « A quel moment lui avons-nous fait du mal et pourquoi n’attend-il pas que nous allions lui demander pardon d’abord ? » Un ami m’a envoyé un message pour me demander qu’est-ce que les ressortissants de cette région font pour laver cet affront, pour de-profaner et ré-sacraliser leur souffrance. On oublie souvent que ce peuple est profondément attaché aux valeurs démocratiques et républicaines. Il a donc fait ce qu’il fallait. Il a écouté Soro et lui a accordé les honneurs dus à son rang pour qu’il fasse son numéro. Et entre nous, qu’est-ce qu’il aurait bien pu faire devant un Soro qui n’a pas cesser d’être l’auteur de « Pourquoi je suis devenu rebelle » et qui s’est effectivement rendu à Gagnoa avec les mêmes Morou Ouattara, wattao, Dja Gao, Ben Laden, Loss... leurs chars au poing et dans leurs habits de casseurs de République. Alors : « Mon Père, me conseillez-vous de me mettre à mentir si le frère en question n’a pas cessé d’être un "rebelle" ? »

Joseph Marat

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