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vendredi, 30 août 2013

Clash ou non au PDCI

Un sage qui suit avec une attention particulière les changements de la vie politique ivoirienne m’a envoyé un courriel pour me dire de faire attention à ce qui se passe au PDCI. Djédjé Madi pourrait créer la surprise en donnant un coup de patte dans la fourmilière et transformer le visage politique de la Cote d’Ivoire en récupérant la tête du vieux parti de Félix Houphouët Boigny. C’est ce qu’il ajoute qui me surprend. Djédjé Madi est un Gbagbo de droite. Alors je réponds ceci « Quoi que Djédjé Madi ait fait ou dit au PDCI, je reste un spectateur froid des mouvements dans ce parti. Il a une idéologie qui m'amène toujours à regarder avec circonspection tous ses animateurs. Tu comprends que je suis de gauche et il faut plus pour m'impressionner. Je salue le réveil tardif de Djédjé Madi parce qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire, mais je reste froid parce qu'il n'y a pas que la stratégie en politique, il y a surtout la conviction en des valeurs républicaines. C'est en cela qu'il nous faut arrêter de comparer Madi à Gbagbo. Même si c'est pour dire qu'il est de droite. Les deux sont peut-être de grands stratèges. Le premier est par contre un opportuniste notoire. Je ne pense pas qu'il puisse prospérer avec sa stratégie actuelle dans ce parti où les opportunistes qui réussissent foisonnent ». Il m’a relancé, cette fois au téléphone pour dire qu’un intellectuel doit avoir l’esprit ouvert et éviter de s’enfermer dans une idéologie. Il n’a pas tort. Je me souviens que je n’ai pas pu lui dire la raison profonde, pratiquement freudienne, qui justifie mon attitude. Comme un phénoménologue sceptique je suis toutes les gesticulations de KKB à qui vient de s’ajouter le SG Djédjé Madi avec sa déclaration de candidature à la présidence du PDCI. Je reste mesuré en leur capacité à produire un véritable séisme dans la maison de Bédié. Je trouve même que nous assistons à une sorte de duplicité de la part des responsables de ce parti pour ne pas assumer le bilan de la gouvernance du RHDP et continuer à rester dans le jeu malgré l’échec patent de leur alliance au pouvoir. Ils ne nous ferons pas croire qu’on ne leur a pas dit qu’ils s’engageaient à s’asseoir à la table du diable. Je refuse d’être naïf pour ne pas croire que le patron du directoire du RHDP et l’un des gladiateurs de la campagne de Ouattara en 2010 se sont subitement senti interpelés par le salut de la République. Les ivoiriens aujourd’hui n’ont qu’une seule alternative c’est le retour du FPI au pouvoir. Je me garde donc d’écouter le chant des sirènes qui ont, en leur âme et conscience, embarqué ce pays dans une aventure aveugle et qui veulent, pour les mêmes intérêts mesquins de positionnement personnel, reprendre la main en faisant croire au peuple qu’ils ne sont plus les suiveurs de Bédié.
Ce qui, par contre me montre que, Bédié a désormais du mal à tenir ceux qui le suivent, c’est la sortie de Georges Ouégnin. Sur lui j’ai reçu l’information suivante de la part d’un ami qui le connait bien : « Georges Ouégnin (le cacique des caciques) est sortir du bois distiller les secrets qu'il voulait garder à jamais. (N'est-ce pas Georges Ouégnin qui déclarait à Jeune Afrique en 2002 qu'il n'écrirait pas le livre de ses mémoires de son vivant, car s'il parle ou écrit, il allait se faire encore des ennemis, et surtout, il allait perdre les amis qui lui restent encore.) Georges Ouégnin est un homme assez lucide. Mais il y'a des moments de l'histoire où il faut sortir du bois ! Et il le fait avec un certain doigté. » Cette information m’a conduit à lire la réplique du célèbre diplomate à ses détracteurs. J’avoue que Georges Ouégnin a eu de la répartie dans ce texte qui pour moi est le véritable signe du malaise au PDCI. La principale leçon de cette sotie est simple : c’est Bédié le véritable problème du parti et de ce pays. Il doit dégager. C’est alors que je me suis souvenu de cette conversion que j’ai eue avec un bédiéiste fanatique. Il m’a sorti l’idée que Bédié est un homme qui lit beaucoup. Je n’ai pu réagir en conséquence parce que comment apporter la preuve du contraire. Ce sont les révélations que Georges Ouégnin fait dans cette introduction à ses futures mémoires qui me convainquent que Bédié ne saurait lire des tonnes de bouquins ou bien ses lectures ne sont pas sérieuses. S’il lisait des livres sérieux, il aurait perçu dans la génuflexion de Ouégnin le condensé d’un message politique capital dans conduite des affaires d’un Etat comme la Côte d’Ivoire. Lorsqu’on hérite d’un chef de protocole comme lui, à la limite, on fait l’économie de certaines lectures, il suffit simplement de cultiver l’écoute pour apprendre. Je ne connais pas particulièrement cet homme qui est pratiquement devenu un mythe dans ce pays, mais je pense qu’on ne peut avoir été le chef de protocole, les yeux et les oreilles, pendant trois décennies de Félix Houphouët Boigny, un homme d’Etat qui a façonné quoi qu’on dise, l’être Ivoirien, sans être une bibliothèque vivante des connaissances politiquement utiles sur la côte d’Ivoire. Il faut être Bédié pour faire dire à Georges Ouégnin ce qui suit : « Si mes supplications avaient de l’effet sur M. Henri Konan Bédié, il n’y aurait jamais eu le 24 décembre 1999 et la Côte d’Ivoire aurait fait l’économie de toutes les meurtrissures, toutes les haines, tout le sang du peuple ivoirien versé inutilement depuis la disparition du père fondateur, Félix Houphouët Boigny. Je n’en dirai pas plus… » La suite du texte est même une menace directe. Alors quand le diplomate délaisse ainsi gants et pommade pour retrousser les manches, il faut comprendre que le malaise est profond au PDCI. Ce n’est pas parce que nous vouons un culte particulier au chef de protocole d’Houphouët que nous le distinguons des KKB et Djédjé Madi, qui font pire, mais ce monsieur qui a servi tous les régimes jusqu'à la plaie de Gbagbo avec la même constance nous a permis de prendre la mesure de la loyauté et du silence autour des secrets et convictions personnelles à un certain niveau de responsabilité étatique. Sous réserve du contenu des déballages qui vont suivre, je pense qu’il faut être politiquement nul pour ne pas profiter de lui et le pousser à trahir ses propres principes.

Joseph Marat

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