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lundi, 02 septembre 2013

Soro, Nyamsi fait mal le boulot !

Franklin Nyamsi est l’ivoiro-franco-camerounais qu’il faut s’habituer à voir dans l’entourage de Soro Guillaume. D’aucuns diront qu’ils ne le connaissent pas. Ce ne sera pas nouveau. Il faudra s’y faire. Il y’aura de plus en plus d’ivoiriens avec qui on n’aura pas fait le primaire, le collège et le lycée. Il est venu du Cameroun au début des années 90. Il a fait l’université d’Abidjan, là où je l’ai connu, épousé une ivoirienne et rallié la France. Il est aujourd’hui agrégé de philosophie et apparemment très Sorophile. Dans le cadre de cette dernière passion, il a accordé une interview de 3 pages au journal Inter du lundi26 août dernier. Il a été immense devant le pauvre journaliste qui n’avait pas assez de ressources pour être impertinent ou pertinent. C’est aussi cela le charme de celui que je continue de considérer comme un ami et qui après que je l’ai retrouvé par le biais de Face book m’a fait comprendre un jour qu’il ne voulait plus d’échanges avec moi. Après les premiers moments d’enthousiasme, l’ami m’a brutalement ferme la porte au nez parce que je devenais impertinent. Je ne comprenais pas qu’il soit devenu un défenseur acharné des "Visigoths" des temps modernes. J’ai récemment compris que 10 000 euros par mois valent bien le sacrifice d’une amitié qui veut empêcher de tourner en rond. J’avoue que j’ai eu un regain d’admiration pour le maitre de philosophie. Comment une telle intelligence pouvait passer à coté d’une telle aubaine ? Nyamsi mérite bien des milliers d’Euros là où des idiots, avec quelques coutelas et moignons de kalachnikov, amassent des milliards en dévalisant les banques centrales. Nous sommes par-delà le bien et le mal et nous nous comprenons.
Je tiens toutefois à signaler à Soro Guillaume que le casting est malavisé et le travail est par voie de conséquence mal fait. Soro doit se raviser s’il avait l’intention de pénétrer le monde des intellectuels en choisissant Franklin Nyamsi. Ce dernier sabote le travail parce qu’il prend justement ceux qui peuvent le comprendre pour des idiots. Il n’est certainement pas fautif parce que pour parler à l’intelligentsia ivoirienne, il faut la con-naître. Compulser des piles de fiches sur la Côte d’Ivoire ne suffit pas pour prendre l’avantage de la connaissance de ce peuple sur ceux qui ont tété à la mamelle de la patrie. Franklin Nyamsi doit faire ses classes, s’immerger d’avantage avant de nourrir la prétention de nous parler de nous-mêmes.
Après la lecture de son interview, il se dégage la nette impression que l’homme ignore beaucoup des ivoiriens. En Côte d’ivoire ce n’est pas en canonisant Guillaume Soro qu’on le vendrait le mieux. C’est une erreur de naïf. Il étale sa méconnaissance du pays en accablant le FPI de toutes les dérives d’agressivité politique pendant qu’il dresse des couronnes de démocrates sur la tête de ceux qu’on nous contraint à appeler ex-rebelles. Les ivoiriens ont compris depuis belle lurette que c’est pour éviter de faire un millième des sacrifices consentis par le FPI sur la voie des libertés individuelles et de la démocratie que Soro Guillaume a choisi la facilité de la « critique des armes » selon les termes de l’hagiographe Nyamsi. Et Soro le sait, lui qui a prétendu être de gauche à un moment de son histoire.
C’est aussi cette méconnaissance du marigot politique ivoirien qui conduit Nyamsi à traiter le parti de Laurent Gbagbo d’être atteint de « monomanie mentale ». Soit le compliment lui a échappé, soit il a manqué de remonter à l’hygiène totale du concept. Faire le contraire de ce qu’on dit doit avoir un autre nom que l’obsession du même. On est d’avis qu’avoir la manie d’une chose et son contraire est bien proche de l’obsession de deux choses que d’une seule puisque l’on n’est pas le même dans son contraire. Nous les partisans de Laurent Gbagbo, allons retenir le compliment parce que notre obsession pour la démocratie et toujours la démocratie n’est pas négociable tant qu’on aura en face de nous des gens atteint de polymanie mentale. Des personnes qui sont à la fois obsédées par la notion abstraite de démocratie et qui mettent des fusils sur la tempe du peuple, là où, il faut le consulter.
Pour d’autres raisons plus évidentes, Soro guillaume s’est trompé sur la personne de son nègre. Là où il aurait voulu qu’il lui serve de la philosophie critique pour redresser les effets de sa rébellion et lui tailler une image salubre de politicien, il lui sert du sophisme à partir d’une certaine hémiplégie mentale. L’homme s’assoit sur son esprit critique et croit pouvoir discourir sur la crise ivoirienne parce qu’il se dit qu’il suffit d’être cohérent. Le philosophe ne sait plus, quand il doit faire son boulot, que la cohérence du discours n’est pas un critère de vérité et que Hegel a déjà dit dans la Phénoménologie de l’esprit que « C’est le tout qui est vrai ». Tous les postulats de ses raisonnements sont au départ faux parce qu’il ne prend pas la peine lui-même de comprendre leur complexité. Il part des ragots sur l’ivoirité, sur la mort de Robert Guéi (comme s’il était présent), sur le rattrapage et l’exclusion ethniques et pense pouvoir persuader son auditoire. Nyamsi peut s’enfermer dans la caverne pour mérité son salaire. Mais qu’il sache que l’ivoirité par exemple, quelles que soient les connotations dont on charge le concept n’est rien d’autre que le simple fait d’être ivoirien. Il n’y a donc rien de scandaleux dans le fait d’être ivoiritaire. C’est même une attitude idéologique qui ne devrait pas scandaliser celui qui reconnait, dans la dernière interview, qu’on ne peut pas reprocher à Soro « d’avoir une conscience précise et aiguë de ses intérêts ». Nous sommes tous des hommes et participons tous, quel que soit ce qui nous différencie naturellement et socialement, à l’idée d’humanité. Cela ne fait pas de l’humanitaire un acte de renfermement identitaire. Et, pourquoi la recherche d’une identité nationale devrait être prise pour un acte criminel surtout quand on acense celui qui a pris les armes pour la charte du nord, un régionalisme plus étriqué ?
Nyamsi et moi sommes ivoiriens. Selon le principe juridique de l’égalité devant la loi, nous sommes égaux. Nous avons tous deux les mêmes droits que consacre d’ailleurs notre Loi Fondamentale et personne dans ce pays ne le conteste sauf les rebelles qui ont pris les armes à partir d’une nébuleuse : l’exclusion ethnique. En revanche, le débat intellectuel qui par principe est libre, critique et analytique peut bien se permettre de dire que malgré le nivellement de la loi, nous sommes différents parce que nous n’accédons pas tous à la nationalité de la même manière (par naissance, mariage, adoption, naturalisation…) et qu’à l’instar de tous les Etats modernes, il faut réguler toutes les manières d’y accéder. Le nier et recommander la pensée unique à ce sujet n’est pas digne d’un penseur. Mais, nous comprenons aussi cela parce que nos réminiscences sociologiques montrent qu’on ne saurait s’encombrer de toutes les complexités de la réalité quand avec la « critique des armes » on peut trancher dans le vif.
Il me faudra aussi trois bonnes page de journal pour relever toutes les superficialités incongrues de Nyamsi. Mais ce n’est pas à moi qu’on reverse par mois 6,56 millions de FCFA du butin d’une rébellion. Attention ! Ceci n’est pas une demande d’emploi parce que comme tout monomane démocrate mes convictions ne sont pas négociables.

Joseph Marat

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