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mardi, 10 septembre 2013

De l’art de la guerre

Vigilance aujourd’hui et vigilance demain. Le plus grand ennemi du vent favorable a toujours été l’excès de confiance, l’’idée d’avoir déjà gagné avant même d’avoir combattu. La sous-estimation de l’ennemi ou de l’adversaire a toujours été le premier obstacle à la victoire. Les enseignements que je tire des 13 articles de Sun Tse sur L’art de la guerre, des conversations que j’ai avec des amis, de mes lectures et observations se résume en ceci : la paix est un état de guerre. Le démocrate doit cultiver l’art d’être vigilant parce que quelle que soit la faveur qu’on lui fait, il ne doit jamais oublier qu’il est constamment en état de guerre pour la promotion de ses idées. La politique en temps de paix est une autre facette de la guerre armée. Sun Tse dans le troisième article de son livre dit ceci : « la prudence et la fermeté d’une petite force peuvent arriver à lasser et à maitriser même une nombreuse armée »
Un excellent article de Géraldine Diomandé et une très bonne interview de Aimé Kabran Appiah réalisé par Audrey Touré dans le journal AUJOURD’HUI du vendredi 06 septembre dernier m’ont fait entrevoir la configuration politique qui prévaut en Côte d’ivoire et la ruse de ceux qui sont en face. Deux éléments forts m’ont frappé à la suite des articles cités plus haut. Sous la plume de Géraldine Diomandé il ya les confidences de Phillip Carter III et Kabran Appiah avec le phrasée qu’on lui connait, qui nous enseignent que nous sommes dans une guerre dont l’objectif final est de nous soumettre. Aussi me suis-je demandé si les confidences d’un diplomate sulfureux comme Phillip Carter III n’est pas le Cheval de Troie autour duquel il faut forcement éviter de danser ? Ce dernier qui représente symboliquement ici toute cette communauté dite internationale et qui donne l’impression d’être déçu et d’avoir lâché Ouattara a-t-il vraiment changé ? Faut-il croire que le loup a renoncé à l’agneau ou bien sommes-nous dans une stratégie plus raffinée de prédation ? Les démocrates ivoiriens doivent avoir constamment à l’esprit cette question pour ne pas sombrer dans l’euphorie du candide politique qui avale toutes les confidences de ses ennemis, se fie à toutes les prophéties et s’endort aux pieds du cadeau empoisonné.
Cette communauté dite internationale qui s’empresse de libérer tous les prisonniers politiques ivoiriens, exigent au régime de Ouattara le retour des exilés et semble se résoudre à libérer le Président Laurent Gbagbo ne s’empêche pas, pendant ce temps, de créer selon les termes du juriste Kabran Appiah, la plus grande ethnie politique en Côte d’Ivoire. La loi sur l’apatridie est suffisamment claire. Les 26 % d’étrangers peuvent sur simple déclaration (aucun mécanisme n’est prévu pour détecter si celui qui vient réclamer la nationalité ivoirienne est déjà Malien, Burkinabé, Guinéen, ghanéen, Chinois, Brésilien, français…) devenir ivoiriens et contrôler l’issue de toutes les élections en Côte d’ivoire. Alors en cautionnant la mise en place d’une telle loi pendant que nous célébrons la simple idée de la libération de celui qu’on n’aurait jamais dû emprisonner, je me demande si à notre propre jeu de démocratie, les prédateurs impérialistes ne sont pas en train de nous battre ?
Il m’est arrivé par deux fois, d’avoir froid dans le dos la semaine dernière. Deux conversations sur les stratégies politiques m’ont montré jusqu’où sont prêts à aller les puissants de ce monde pour conserver les privilèges de leur domination. Quand vous sortez de ce type d’échanges vous guérissez quelque peu de votre naïveté et comprenez à quel point ce qui, pour vous, était livresque recouvre toute la réalité. Quand le philosophe allemand Friedrich Nietzsche parle du surhomme, j’avoue que j’étais de ceux qui pensaient que le philosophe relatait une allégorie qu’Adolph Hitler a mimée maladroitement ou une réalité sempiternellement à venir. J’étais loin de penser qu’il décrivait avec exactitude la mentalité de ces « hommes sans Dieu, sans limite qui nous gouvernent. Ils sont prêts à tout pour consolider leur volonté de puissance. Et il faut se détromper. Il ne faut surtout pas croire que les notions de démocratie, de paix, de justice, d’égalité, du vivre ensemble… sont des valeurs en-soi pour eux. Ce sont des concepts qui fonctionnent comme des ouvrières de leur désir d’assujettir. Ils sont par delà le bien et le mal. Ils peuvent faire la guerre sous prétexte de rechercher la paix ; prétendre défendre les libertés individuelles et cautionner un régime liberticide ; réclamer la démocratie et bombarder des Institutions d’une république au détriment du recomptage des voies ou destituer un président démocratiquement élu… pourvu que leur domination soit préservée.
Le premier avec qui j’ai conversé sur la question des stratégies politiques est un ancien refugié politique au Togo. Il trouve que le FPI ou le mouvement pro-Gbagbo n’est pas suffisamment discret sur sa stratégie de reconquête du pouvoir. Il se demande même s’il en a une et que dans notre euphorie démocratique nous avons tendance à oublier que nous avons affaire à des hommes qui « ont tué Dieu » pour prendre sa place. C’est l’exemple de la possible perfidie de ces immoralistes qui pique mon attention. Il relève que même si on est tous d’avis que les prisonniers politiques ne retourneront plus en prison, il ne faut pas perdre de vue que nos ennemis sont capables de nous pousser à la faute d’un mouvement dit insurrectionnel pour éliminer ceux dont l’emprisonnement dérange. L’aile dure de la rébellion ivoirienne fait d’ailleurs des confidences de son regret de n’avoir pas éliminé le Président Gbagbo lors du bombardement de sa résidence.
Le second interlocuteur a lu un excellent livre de Luc Ferry sur le mouvement écologiste (Le nouvel ordre écologique). Ce mouvement que je n’aurais jamais soupçonné de criminel m’a apparu comme l’idéologie politique la plus dangereuse de toutes, au bout de deux phrases sur son réel fondement. La terre se porterait mieux avec un milliard d’habitants. Nous sommes aujourd’hui à près de sept milliards. L’option de la guerre là où on peut trouver une solution politique ne relève donc pas d’un principe moral de construire la paix. Il répond à l’objectif de sauvegarder la nature et augmenter l’espace vitale des puissants en débarrassant la terre de ses parasites humains.
Devant ces prédateurs sans moral, les démocrates ont leur conviction, leur foi. Bien. Mais cela suffit-il ? Ont-ils une stratégie ? Cette question est simplement rhétorique et interpellative parce que ce n’est pas sur la place publique qu’on parle de stratégie de guerre.

Joseph Marat

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