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mercredi, 11 septembre 2013

Ne soyons pas naïfs

Nombreux sont ceux qui se sont rués sur la Une du journal l’Inter pour comprendre quel peut bien être ce piège que Ouattara tend au FPI, ce parti de Laurent Gbagbo qui a actuellement le vent en poupe. J’avoue que je ne suis pas allé jusqu’au bout de l’article pour comprendre qu’il s’agit en fait des signaux d’ouverture démocratique que Alassane Ouattara envoie à ses partenaires de la communauté dite internationale en permettant à son opposition de s’exprimer sur les antennes de la radio et télévision nationales. C’est un exploit pour le dictateur qui avait feint d’être un démocrate sans opposition. Et le journaliste l’a bien relevé : « Le N°1 ivoirien veut surtout faire droit à cette requête persistante de la communauté internationale qui reste attachée aux questions des droits de l'homme et de démocratie. Et la marge de manœuvre accordée à l'opposition constitue l'un des baromètres sur lesquels les organismes internationaux se fondent pour évaluer le degré de démocratie dans un pays. »
Il ajoute en revanche que la fameuse phrase du président du FPI qui lors de son investiture avait dit que le temps joue contre Ouattara, dans une sorte de cercle vicieux, vaut aussi pour l’opposition. En clair les signes d’ouverture de Ouattara doivent permettre à ses opposants de se ruer dans son gouvernement et y travailler à reformer les structures électorales pour ne pas être pris de court au bout des deux petites années qui restent avant les élections de 2015.
Conseil avisé, mais essentiellement superficiel. Et le piège reste cette petite rhétorique qui consiste à dire que le pouvoir tend la main, fait sa part d’effort, reste à l’opposition de répondre favorablement pour que le tour soit joué. C’est niais. Et c’est à cause de ces considérations superfétatoires bien plus émotionnelles que rationnelles que nous faisons du surplace en politique dans nos Etats en voie de « sous développement ». Ouattara n’a encore rien fait sur la voie de la démocratisation et des libertés individuelles dans ce pays pour qu’on considère que la balle est désormais dans le camp de l’opposition. Ce n’est pas à l’opposition d’engager les reformes sur la commission électorale indépendante. L’opposition est dans son rôle, celle de critiquer l’action du gouvernement. Ce n’est pas quand elle se compromet dans un gouvernement d’union qu’elle le jouera mieux.
Sur l’échelle des signes de démocratie que Ouattara pourrait faire à la communauté internationale, il n’a encore rien fait parce que libérer les prisonniers politiques et les faire intervenir sur les chaines nationales ne comptent pas. Il à dû mal à combler un déficit démocratique qu’il n’aurait jamais dû créer. C’est plutôt sa capacité à mettre en place une commission électorale indépendante que ses soutiens d’hier attendent certainement comme signe démocratique. Le temps joue donc contre lui parce que la communauté dite internationale peut être naïve, mais les Ivoiriens, qui selon Affi N’Guessan ne sont pas masochistes et qui savent ce qui est bien pour eux, ne seront pas naïfs pour croire que Ouattara peut encore s’imposer à eux à travers des structures électorales à sa solde jusqu’en 2015. Le temps de la naïveté est passé. Nous savons désormais faire la part des camelotes politiques. Sur la voie de la démocratie, nous savons ce qui compte pour un Etat moderne. Nous ne prendrons pas les vessies de Ouattara pour des lanternes.

Joseph Marat

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