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vendredi, 27 septembre 2013

Faut-il toucher au fétiche ?

Le sujet que suscitent les ennemis d’en face sur le positionnement supposé ou non d’Affi N’Guessan par rapport à la présidentielle de 2015 est pernicieux. Et c’est de bonne guerre. C’est même le signe qu’ils sont de retour dans la république. Parce que c’est cette façon de guerroyer qui est républicain et démocratique. Cette fois, sans accessoires criminels, ils veulent nous pousser à la faute. Ils veulent nous faire toucher notre fétiche. C’est subtil et cela peut faire mouche. A condition que nous pensions réellement que nous avons un fétiche et que nous n’avions pas à y toucher. Dans le fond, nos ennemis n’ont pas besoin de notre avis pour nous pousser à la faute. Il leur a simplement suffit de susciter le débat. Nous avons donc déjà touché le fétiche et notre survit dépend de notre capacité à gérer notre moral post sacrilège. Soit nous sombrons dans les effets pervers d’un débat qui ne s’arrêtera plus, soit nous nous vaccinons contre le mal en affrontant le sujet de face. Pour ceux qui, comme moi, sont, par déformation intellectuelle, des intrépides de la démarche dialecticienne, l’érection d’un tabou est en-soi un sacrilège. Nous revendiquons notre statut de prophètes d’un monde du dévoilement et de la transparence. Si malgré notre liberté de penser nous suivons Laurent Gbagbo c’est parce que nous sommes convaincus qu’il est des nôtres. Aussi sommes-nous persuadés qu’il aurait lui-même ouvert ce débat sur sa succession ou substitution pour qu’il soit dépassé et qu’il ne devienne pas notre talon d’Achille. Avant de donner un avis personnel sous forme de questionnement pour ne pas froisser les sensibilités et inviter à la réflexion, je voudrais donner la parole à ceux qui ont éveillé en moi le sentiment qu’il faut débattre pour ne pas périr.

Joël Curtis, un internaute très prolixe a été le premier, dans mon cercle d’amis, à écrire ceci : « Affi par ci et Affi par là "Le Rdr-rébellion est devenue une agence de communication d’Affi. Depuis quelques jours je lis par ci et par là des articles concernant l'activisme du président Affi dans la presse rebelle. Il ne manque plus que cette presse annonce sa candidature aux prochaines élections en Côte d'ivoire. Chers camarades, le Rdr-rébellion a perdu la tête et est surpris de la mobilisation du Fpi à l’intérieur du pays. Déboussolés qu'ils sont, ils ne cessent de délirer sur le Fpi et ses responsables. Ils ont été les premiers à parler d’une soi-disant guéguerre Affi-Miaka. Ensuite ils sont passés à autre chose après avoir vu que la passation de charges entre les deux s'est très bien passée. Le nouveau refrain est désormais : Affi est dans un deal avec les rebelles!! Affi doit toucher ceci de la part de Ouattara ! AFFI annonce sa candidature! Affi se prend pour le messie ! Ainsi de suite..... Chers camarades, ne les écoutez pas. Ils ont le blues du pouvoir depuis la sortie des cadres du Fpi de prison. (…) Ils ont en tête de diviser les militants du Fpi en faisant passer la Haute Direction du parti pour des dealers. Habitué à jouer avec les émotions, la presse rebelle se lance dans des dérives du genre AFFI touchera" 500 millions CFA" pour on ne sait quoi? Après, c'est AFFI "premier ministre avec les pleins pouvoirs" d'on ne sait quel régime? Camardes, soyez rassurés que le président Affi a une feuille de route qui ne laisse aucune place à l'émotion: - libération de Gbagbo Laurent ; - libération de Simone Gbagbo, blé Goudé, Dibopieu et tous les autres civils et militaires ; - retour sécurisé de tous les réfugiés et exilés politiques civils et militaires ; - dégel des avoirs ; - réhabilitation des domiciles de tous les cadres du Fpi ; - recomposition de la CEI. Voici la feuille de route qui fait courir le régime rebelle dans tous les sens. Cette feuille de route s'appelle "fin de parcours pour un imposteur" »

Arsène Dogba est un ami internaute. Je l’ai connu pendant la crise postélectorale à travers "Raison d’Etat". Cette émission de débat politique passée de l’autre coté de nos rêves de démocrates. Il écrit ceci : « Je crois qu'il faut abréger le débat sur la volonté d'Affi de vouloir devenir président de la république. Simplement parce que quand on décide d'être président d'un parti politique c'est qu'on veut devenir président de la république. C'est vrai que cela ne s'applique pas à des marchepieds comme Bédié. Mais au moment où Affi s'était présentée au congrès du FPI pour être président de ce parti, c'est en ce moment-là qu'il avait rendu public sa volonté de devenir président de la république. Dans le même temps, en l’élisant président du parti, les militants du FPI le mettaient implicitement sur leur liste de présidentiables. Cependant, n’oublions pas qu'au FPI, on ne devient pas candidat du FPI à la présidentielle par déclaration même quand on est président du parti. C’est vrai que dans notre nouvelle Côte d’Ivoire tout se fait par déclaration, mais au Front Populaire Ivoirien c'est une convention (ordinaire ou extraordinaire) qui choisit le candidat à la candidature présidentielle parmi plusieurs candidats. Affi et les militants du FPI le savent très bien. S'il est candidat, il affrontera d'autres candidats et la convention décidera. Au FPI, il n'y a rien de mal à ça. Il faut donc taire ce débat honteux sur une quelconque candidature à la présidentielle d’Affi pour le compte du FPI. Le camarade Affi n’est pas devant une Convention, il est devant ses parents, c’est donc une affaire de famille. Mais si j’étais à sa place, je m’éloignerais de ce débat qui fâche parce qu’il n’est pas opportun. Simplement. Il vaut mieux aller à l’essentiel comme le font les militants et résistants. Il vaut mieux allez à l’essentiel parce que le mal qui ronge la Cote d’Ivoire est profond, même très profond. »

Ayaké Germain Kokou est aussi un ami internaute qui veut rester concentré sur la résistance. Voilà ce qu’il pense : « En réalité, lorsqu'on décide d'être président d'un parti politique, bien évidemment c'est qu'on rêve de devenir président de la république. Mais ce que je n'arrive toujours pas à comprendre, c'est l'attitude de certaines personnes qui pensent aimer Affi au point de vouloir qu'il soit coûte que coûte PR. Aujourd'hui la situation du pays nous commande d'être un peu mesurés dans nos propos car c'est une lutte très compliquée que nous menons contre des gens qui ne respectent aucunement la morale humaine. Une lutte, si elle veut se gagner doit se mener autour d'un leader et non deux ou trois. Le leader incontesté et incontestable de notre lutte demeure Laurent Gbagbo. Depuis qu'il a été écarté du jeu politique en Côte d'Ivoire, le FPI n'a pas disparu, il a tenu bon parce qu'il a privilégié d'abord le combat pour la libération de son leader et de ses militants. Jusque là, cette politique marche très bien. (…) D'où vient subitement cette polémique que ces personnes veulent créer autour des ambitions d'Affi d'autant plus qu'en dehors de Gbagbo, il n'y a vraiment pas d'opposition en face de celui-ci pour briguer la magistrature suprême. Vous savez, en politique on ne force pas les choses, le chef se dégage toujours du lot et au jour d'aujourd'hui, Affi se dégage. Il n'y a rien à dire. Mais le hic c'est qu'il y a un contentieux qui n'a pas encore été vidé, alors parler maintenant des élections de 2015, c'est croire et le souhaiter sans le savoir que jusqu'à cette date, Gbagbo sera encore en prison. Sinon, sincèrement pour une élection qui aura lieu jusqu'en Octobre 2015, pourquoi peut-il avoir déjà des désaccords en notre sein si ce n'est pas pour nous déstabiliser nous-mêmes. S'il vous plaît, ne faisons pas le jeu de ceux qui pensent que c'est fini pour Gbagbo, figure emblématique de la lutte pour la libération de l'Afrique. Moi je pense que Affi sera un jour PR, peut être plus tôt en 2015, mais tout va dépendre de l'aptitude de Gbagbo à diriger la lutte s'il sort de prison avant cette date. »

Marat. Je résume. Le premier intervenant trouve que l’érection du débat sur la prétention d’Affi de devenir président de la république à la place du camarade Laurent Gbagbo est une malice des hommes d’en face qui veulent nous distraire de la véritable feuille de route de la nouvelle vitalité du FPI. Je note ici le fait que l’érection du débat n’a pas dépendu du front de la résistance. Il serait donc herculéen de vouloir le clore. Même si par pudeur pour le combat, nous refusons d’en parler, cela n’empêchera pas les ennemis de dire qu’Affi « y pense en se rasant le matin ». Le projet du second intervenant de clore le débat est donc naturellement voué à l’échec. Toutefois, Arsène Dogba a le mérite de nous ramener à l’essentiel en brandissant textes et procédures du parti. C’est le dernier blogueur qui met les pieds dans le plat en disant tout haut ce que les autres ont pensé bas. Il pense que Laurent Gbagbo est le fétiche qu’il faut préserver dans la lutte pour la restauration de la Côte d’Ivoire. C’est un fait. J’avoue que je continue d’être dans cet état d’esprit, sauf que devant l’histoire qui génère ce débat, mon esprit critique ne peut s’empêcher de prendre du recul devant la palissade mentale. Ma première question est donc la suivante : suis-je différent de tous les "adorateurs" et Bédéistes qui ont mis ce pays à sac au nom de cette idée demeurée fixe que Ouattara doit nous gouverner à tout pris et Bédié doit retrouver le fauteuil présidentiel perdu en 1999 ?
Par pur principe de justice et de liberté, Laurent Gbagbo doit sortir de la Haye et même revenir occuper la présidence après qu’on ait fermé cette parenthèse honteuse de la violation de ses droits. Mais étant donné qu’il n’est pas le seul, dans l’histoire de notre nation, dont les droits ont été bafoués, il m’apparait simplement comme le symbole qui cristallise toutes les frustrations et dont le rétablissement des droits peut avoir une fonction cathartique sur toutes les victimes de l’impérialisme. En revanche, si cette résistance ou lutte cesse de recouvrir cette dimension symbolique et universelle pour se fixer sur la personne de Gbagbo, nous ne seront pas à l’abri d’un autre débat plus pernicieux et plus nocif pour le front de lutte que soulèverons les ennemis de la nation autour de la spécificité de la personne du Président Gbagbo. « Il est bété… il est de l’ouest… il est chrétien…il a déjà fait dix ans au pouvoir pourquoi devrait-il revenir là où Bédié n’a jamais retrouvé son fauteuil et là où Ouattara n’a fait que 5 ans… ». Pouvons-nous, nous prémunir de tels niveaux de débats si nous nous obstinons à prendre le camarade Gbagbo pour un fétiche intouchable ? Nous sommes sans ignorer que c’est ainsi, en gourou clanique et ethnique que Bédié et Ouattara sont arrivé à la politique et ont mis à sac ce pays. C’est le culte de ces personnes qui conduit aujourd’hui leur mouvement politique à la perdition. Les militants ont tué Dieu et mis leur leader à sa place. Ils se rendent compte que leurs dieux sont aussi mortels qu’eux-mêmes. C’est en sa capacité de prendre de la hauteur par rapport à toutes ces considérations schizogamiques que Laurent Gbagbo est devenu le symbole de notre égalité citoyenne, de notre démocratie et de notre liberté. C’est donc lui-même, au nom de toutes ces valeurs politiques, qui nous mettrait en garde contre notre penchant de déification de sa personne. La lutte pour sa liberté ne devrait empêcher personne d’avoir des ambitions politiques. Le camarade Laurent Gbagbo reviendra certainement au pouvoir selon la mystique de l’histoire et de la démocratie et non parce qu’on aura fait lui un bouddha. NB : ceci n’est pas un reniement encore moins un froid sur la détermination à conquérir notre dignité d’être humain à travers le retour de Gbagbo au pouvoir. C’est simplement une invitation à compter avec nos ambitions naturelles et individuelles sur le front de la lutte. On ne peut reprocher à Affi de puiser sa motivation dans l’ambition, du reste légitime, de succéder un jour au camarade Gbagbo.

Joseph Marat

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