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vendredi, 27 septembre 2013

Faut-il toucher au fétiche ?

Le sujet que suscitent les ennemis d’en face sur le positionnement supposé ou non d’Affi N’Guessan par rapport à la présidentielle de 2015 est pernicieux. Et c’est de bonne guerre. C’est même le signe qu’ils sont de retour dans la république. Parce que c’est cette façon de guerroyer qui est républicain et démocratique. Cette fois, sans accessoires criminels, ils veulent nous pousser à la faute. Ils veulent nous faire toucher notre fétiche. C’est subtil et cela peut faire mouche. A condition que nous pensions réellement que nous avons un fétiche et que nous n’avions pas à y toucher. Dans le fond, nos ennemis n’ont pas besoin de notre avis pour nous pousser à la faute. Il leur a simplement suffit de susciter le débat. Nous avons donc déjà touché le fétiche et notre survit dépend de notre capacité à gérer notre moral post sacrilège. Soit nous sombrons dans les effets pervers d’un débat qui ne s’arrêtera plus, soit nous nous vaccinons contre le mal en affrontant le sujet de face. Pour ceux qui, comme moi, sont, par déformation intellectuelle, des intrépides de la démarche dialecticienne, l’érection d’un tabou est en-soi un sacrilège. Nous revendiquons notre statut de prophètes d’un monde du dévoilement et de la transparence. Si malgré notre liberté de penser nous suivons Laurent Gbagbo c’est parce que nous sommes convaincus qu’il est des nôtres. Aussi sommes-nous persuadés qu’il aurait lui-même ouvert ce débat sur sa succession ou substitution pour qu’il soit dépassé et qu’il ne devienne pas notre talon d’Achille. Avant de donner un avis personnel sous forme de questionnement pour ne pas froisser les sensibilités et inviter à la réflexion, je voudrais donner la parole à ceux qui ont éveillé en moi le sentiment qu’il faut débattre pour ne pas périr.

Joël Curtis, un internaute très prolixe a été le premier, dans mon cercle d’amis, à écrire ceci : « Affi par ci et Affi par là "Le Rdr-rébellion est devenue une agence de communication d’Affi. Depuis quelques jours je lis par ci et par là des articles concernant l'activisme du président Affi dans la presse rebelle. Il ne manque plus que cette presse annonce sa candidature aux prochaines élections en Côte d'ivoire. Chers camarades, le Rdr-rébellion a perdu la tête et est surpris de la mobilisation du Fpi à l’intérieur du pays. Déboussolés qu'ils sont, ils ne cessent de délirer sur le Fpi et ses responsables. Ils ont été les premiers à parler d’une soi-disant guéguerre Affi-Miaka. Ensuite ils sont passés à autre chose après avoir vu que la passation de charges entre les deux s'est très bien passée. Le nouveau refrain est désormais : Affi est dans un deal avec les rebelles!! Affi doit toucher ceci de la part de Ouattara ! AFFI annonce sa candidature! Affi se prend pour le messie ! Ainsi de suite..... Chers camarades, ne les écoutez pas. Ils ont le blues du pouvoir depuis la sortie des cadres du Fpi de prison. (…) Ils ont en tête de diviser les militants du Fpi en faisant passer la Haute Direction du parti pour des dealers. Habitué à jouer avec les émotions, la presse rebelle se lance dans des dérives du genre AFFI touchera" 500 millions CFA" pour on ne sait quoi? Après, c'est AFFI "premier ministre avec les pleins pouvoirs" d'on ne sait quel régime? Camardes, soyez rassurés que le président Affi a une feuille de route qui ne laisse aucune place à l'émotion: - libération de Gbagbo Laurent ; - libération de Simone Gbagbo, blé Goudé, Dibopieu et tous les autres civils et militaires ; - retour sécurisé de tous les réfugiés et exilés politiques civils et militaires ; - dégel des avoirs ; - réhabilitation des domiciles de tous les cadres du Fpi ; - recomposition de la CEI. Voici la feuille de route qui fait courir le régime rebelle dans tous les sens. Cette feuille de route s'appelle "fin de parcours pour un imposteur" »

Arsène Dogba est un ami internaute. Je l’ai connu pendant la crise postélectorale à travers "Raison d’Etat". Cette émission de débat politique passée de l’autre coté de nos rêves de démocrates. Il écrit ceci : « Je crois qu'il faut abréger le débat sur la volonté d'Affi de vouloir devenir président de la république. Simplement parce que quand on décide d'être président d'un parti politique c'est qu'on veut devenir président de la république. C'est vrai que cela ne s'applique pas à des marchepieds comme Bédié. Mais au moment où Affi s'était présentée au congrès du FPI pour être président de ce parti, c'est en ce moment-là qu'il avait rendu public sa volonté de devenir président de la république. Dans le même temps, en l’élisant président du parti, les militants du FPI le mettaient implicitement sur leur liste de présidentiables. Cependant, n’oublions pas qu'au FPI, on ne devient pas candidat du FPI à la présidentielle par déclaration même quand on est président du parti. C’est vrai que dans notre nouvelle Côte d’Ivoire tout se fait par déclaration, mais au Front Populaire Ivoirien c'est une convention (ordinaire ou extraordinaire) qui choisit le candidat à la candidature présidentielle parmi plusieurs candidats. Affi et les militants du FPI le savent très bien. S'il est candidat, il affrontera d'autres candidats et la convention décidera. Au FPI, il n'y a rien de mal à ça. Il faut donc taire ce débat honteux sur une quelconque candidature à la présidentielle d’Affi pour le compte du FPI. Le camarade Affi n’est pas devant une Convention, il est devant ses parents, c’est donc une affaire de famille. Mais si j’étais à sa place, je m’éloignerais de ce débat qui fâche parce qu’il n’est pas opportun. Simplement. Il vaut mieux aller à l’essentiel comme le font les militants et résistants. Il vaut mieux allez à l’essentiel parce que le mal qui ronge la Cote d’Ivoire est profond, même très profond. »

Ayaké Germain Kokou est aussi un ami internaute qui veut rester concentré sur la résistance. Voilà ce qu’il pense : « En réalité, lorsqu'on décide d'être président d'un parti politique, bien évidemment c'est qu'on rêve de devenir président de la république. Mais ce que je n'arrive toujours pas à comprendre, c'est l'attitude de certaines personnes qui pensent aimer Affi au point de vouloir qu'il soit coûte que coûte PR. Aujourd'hui la situation du pays nous commande d'être un peu mesurés dans nos propos car c'est une lutte très compliquée que nous menons contre des gens qui ne respectent aucunement la morale humaine. Une lutte, si elle veut se gagner doit se mener autour d'un leader et non deux ou trois. Le leader incontesté et incontestable de notre lutte demeure Laurent Gbagbo. Depuis qu'il a été écarté du jeu politique en Côte d'Ivoire, le FPI n'a pas disparu, il a tenu bon parce qu'il a privilégié d'abord le combat pour la libération de son leader et de ses militants. Jusque là, cette politique marche très bien. (…) D'où vient subitement cette polémique que ces personnes veulent créer autour des ambitions d'Affi d'autant plus qu'en dehors de Gbagbo, il n'y a vraiment pas d'opposition en face de celui-ci pour briguer la magistrature suprême. Vous savez, en politique on ne force pas les choses, le chef se dégage toujours du lot et au jour d'aujourd'hui, Affi se dégage. Il n'y a rien à dire. Mais le hic c'est qu'il y a un contentieux qui n'a pas encore été vidé, alors parler maintenant des élections de 2015, c'est croire et le souhaiter sans le savoir que jusqu'à cette date, Gbagbo sera encore en prison. Sinon, sincèrement pour une élection qui aura lieu jusqu'en Octobre 2015, pourquoi peut-il avoir déjà des désaccords en notre sein si ce n'est pas pour nous déstabiliser nous-mêmes. S'il vous plaît, ne faisons pas le jeu de ceux qui pensent que c'est fini pour Gbagbo, figure emblématique de la lutte pour la libération de l'Afrique. Moi je pense que Affi sera un jour PR, peut être plus tôt en 2015, mais tout va dépendre de l'aptitude de Gbagbo à diriger la lutte s'il sort de prison avant cette date. »

Marat. Je résume. Le premier intervenant trouve que l’érection du débat sur la prétention d’Affi de devenir président de la république à la place du camarade Laurent Gbagbo est une malice des hommes d’en face qui veulent nous distraire de la véritable feuille de route de la nouvelle vitalité du FPI. Je note ici le fait que l’érection du débat n’a pas dépendu du front de la résistance. Il serait donc herculéen de vouloir le clore. Même si par pudeur pour le combat, nous refusons d’en parler, cela n’empêchera pas les ennemis de dire qu’Affi « y pense en se rasant le matin ». Le projet du second intervenant de clore le débat est donc naturellement voué à l’échec. Toutefois, Arsène Dogba a le mérite de nous ramener à l’essentiel en brandissant textes et procédures du parti. C’est le dernier blogueur qui met les pieds dans le plat en disant tout haut ce que les autres ont pensé bas. Il pense que Laurent Gbagbo est le fétiche qu’il faut préserver dans la lutte pour la restauration de la Côte d’Ivoire. C’est un fait. J’avoue que je continue d’être dans cet état d’esprit, sauf que devant l’histoire qui génère ce débat, mon esprit critique ne peut s’empêcher de prendre du recul devant la palissade mentale. Ma première question est donc la suivante : suis-je différent de tous les "adorateurs" et Bédéistes qui ont mis ce pays à sac au nom de cette idée demeurée fixe que Ouattara doit nous gouverner à tout pris et Bédié doit retrouver le fauteuil présidentiel perdu en 1999 ?
Par pur principe de justice et de liberté, Laurent Gbagbo doit sortir de la Haye et même revenir occuper la présidence après qu’on ait fermé cette parenthèse honteuse de la violation de ses droits. Mais étant donné qu’il n’est pas le seul, dans l’histoire de notre nation, dont les droits ont été bafoués, il m’apparait simplement comme le symbole qui cristallise toutes les frustrations et dont le rétablissement des droits peut avoir une fonction cathartique sur toutes les victimes de l’impérialisme. En revanche, si cette résistance ou lutte cesse de recouvrir cette dimension symbolique et universelle pour se fixer sur la personne de Gbagbo, nous ne seront pas à l’abri d’un autre débat plus pernicieux et plus nocif pour le front de lutte que soulèverons les ennemis de la nation autour de la spécificité de la personne du Président Gbagbo. « Il est bété… il est de l’ouest… il est chrétien…il a déjà fait dix ans au pouvoir pourquoi devrait-il revenir là où Bédié n’a jamais retrouvé son fauteuil et là où Ouattara n’a fait que 5 ans… ». Pouvons-nous, nous prémunir de tels niveaux de débats si nous nous obstinons à prendre le camarade Gbagbo pour un fétiche intouchable ? Nous sommes sans ignorer que c’est ainsi, en gourou clanique et ethnique que Bédié et Ouattara sont arrivé à la politique et ont mis à sac ce pays. C’est le culte de ces personnes qui conduit aujourd’hui leur mouvement politique à la perdition. Les militants ont tué Dieu et mis leur leader à sa place. Ils se rendent compte que leurs dieux sont aussi mortels qu’eux-mêmes. C’est en sa capacité de prendre de la hauteur par rapport à toutes ces considérations schizogamiques que Laurent Gbagbo est devenu le symbole de notre égalité citoyenne, de notre démocratie et de notre liberté. C’est donc lui-même, au nom de toutes ces valeurs politiques, qui nous mettrait en garde contre notre penchant de déification de sa personne. La lutte pour sa liberté ne devrait empêcher personne d’avoir des ambitions politiques. Le camarade Laurent Gbagbo reviendra certainement au pouvoir selon la mystique de l’histoire et de la démocratie et non parce qu’on aura fait lui un bouddha. NB : ceci n’est pas un reniement encore moins un froid sur la détermination à conquérir notre dignité d’être humain à travers le retour de Gbagbo au pouvoir. C’est simplement une invitation à compter avec nos ambitions naturelles et individuelles sur le front de la lutte. On ne peut reprocher à Affi de puiser sa motivation dans l’ambition, du reste légitime, de succéder un jour au camarade Gbagbo.

Joseph Marat

lundi, 23 septembre 2013

Ouattara ne libère personne

Vous avez certainement rectifié de vous-même. Ouattara ne libère en fait personne. Le communiqué du conseil de ministres précipité le vendredi dernier n’était qu’un immense coup de communication orchestré par un gouvernement qui veut gagner du temps. Ouattara est rentré de Bamako où il a eu droit, selon des indiscrétions, à un véritable réquisitoire de François Hollande. Celui-ci n’aurait pas cherché ses mots pour lui dire de libérer tous les prisonniers politiques et d’entrer en discussion véritable avec son opposition le FPI. Comme ces personnes peu ordinaires qui regardent le doigt qui leur montre la lune, Ouattara est rentré à Abidjan, a convoqué un conseil des ministres pour annoncer, sans les avoir au préalable identifiés, qu’il libère 3000 prisonniers et qu’il renonce à transféré Simone Gbagbo à la Haye. Ceux qui comme moi s’en sont tenu aux effets d’annonce, sont allé en weekend avec l’idée que Ouattara va vider les goulags ivoiriens de tous ses prisonniers politiques. Même certains organes de l’opposition, d’habitude très vigilants, sont tombés dans le panneau de cette vaste opération de communication du tortionnaire de Kong. J’étais encore dans les vapes de ce coup de théâtre de Ouattara quand un ami m’a tendu le communiqué lu par le porte parole du gouvernement et qui stipulait exactement ceci : « Sont exclus du bénéfice de cette grâce, les auteurs d’infractions militaires, de crimes de sang, d´atteintes à la sûreté de l’Etat, de vols de nuit, de vols en réunion, de vols avec effraction ou à main armée, de viols, d´attentats aux mœurs (attentat à la pudeur, abus sexuels contre des personnes mineures), d´enlèvements d’enfants, d’évasions, de trafics de stupéfiants et d’infractions contre les biens ( abus de confiance et escroquerie, extorsions de fonds), et les auteurs de détournements de fonds publics. »

Après lecture de cette longue liste des personnes non concernées, je me suis demandé s’il n’aurait pas été plus simple de faire droit à la rigueur administrative en ne faisant que la liste des concernés. Il y a là visiblement une volonté de vouloir perdre les autres et de ruser pour ne pas tenir la parole donnée. Mon informateur m’a posé une question toute simple : penses-tu qu’il est possible de trouver 3000 prisonniers en dehors de cette liste ? En réalité, là n’est pas le problème. Avec un seul délit dit mineur le régime-prison d’Alassane est capable de dresser une liste de plusieurs milliers d’individus. la question que je me pose par contre est celle-ci : pourquoi Ouattara fait-il un conseil de ministres extraordinaire pour gracier des prisonniers de droit commun ou de délits mineurs, au moment où on attend qu’il libère les innocents rescapés de sa guerre postélectorale qu’il a incarcérés par pur sentiment mesquin de vengeance ? Quel est l’intérêt de vider les prisons ivoiriennes de ses véritables pensionnaires ? C’est très curieux pour quelqu’un qui continue de se prendre pour le messie de l’impunité zéro ? A quoi rime cette comédie ? Quelqu’un répond qu’il veut gagner du temps ! Bizarre.

Joseph Marat

mercredi, 18 septembre 2013

Mahan Gahé a été victime d’un contrat !

C’était la consternation totale hier devant le message qui m’annonce le décès de Mahan Gahé, le Secrétaire général de la Centrale syndicale Dignité. Un grand Monsieur vient de tombé. Notre pays perd l’un de ses grands leaders d’opinion au bout de 18 mois d’incarcération dans l’un des camps de concentration de la dramanie. Et sur le coup je m’inquiète pour tous les prisonniers politiques de Ouattara. Nous reviendront-ils en bonne santé ? Ou ont-ils été programmés, de façon métabolique, pour finir au bout de 1 ou 2 ans de liberté ? La question n’est pas anodine quand on connait la perfidie de ceux qui nous gouvernent. Bref…à suivre.
Le peuple de Côte d’Ivoire pleure un grand syndicaliste qui avait fait du combat, pour l’amélioration de la condition des travailleurs ivoiriens, un sacerdoce. Personne ne peut dire de lui qu’il a trahi une quelconque lutte ou qu’il a été partisan parce c’est naturellement qu’il était de gauche. Sa vocation indiquait sa position sur toutes les questions sociales. Il était dans le camp opposé au patronat. Il était pour le droit et l’épanouissement de celui qui travaille. Il était forcement contre l’esclavagisation du travail. Et on comprend donc aisément pourquoi ceux qui ont attaqué ce pays et dont le projet n’a jamais été autre que de nous assujettir ont pris le syndicaliste pour un politique et l’ont traité de la pire des façons. Quand ils ont su qu’il n’avait plus pour longtemps à vivre, ils l’ont libéré pour qu’il meure de ces blessures et du poison dans les bras des siens.
Un ami qui souffre énormément de la disparition de son partenaire dans la lutte m’a confié autour d’un café que le syndicalisme de Mahan Gahé n’est pas la cause profonde de l’acharnement des sbires de Ouattara sur sa personne. Il est convaincu que Mahan Gahé a été victime d’une machination beaucoup plus subtile et pernicieuse des personnes insoupçonnables qui ont fait le choix à un moment donné du pacte avec le diable. Au lendemain de Marcoussis le syndicaliste faisait partie de la Commission des Droits de l’Homme mis en place par le président Gbagbo. Elle était composée des représentants de toutes les parties présentes au sommet de Marcoussis et présidé par l’épouse de l’actuel président du Conseil Constitutionnel, Mme Francis Wodié. La Commission rendait publique son rapport annuel en tenant compte de toutes les sensibilités pour être chaque fois proche de l’objectivité jusqu'à ce qu’à la veille du 11 avril 201, en pleine réunion des commissaires, Mahan Gahé, avec le franc-parler qu’on lui connait demande à Victorine Wodié de démissionner si elle était désormais incapable de faire une lecture objective de la situation des droits de l’homme qui prévalait dans le pays. Cette dernière n’a pas caché qu’elle a été offusquée par une opinion contraire à la sienne en pleine réunion. Elle a suspendu les indemnités du commissaire Mahan Gahé, menaçant dans des confidences de lui faire payer son outrecuidance.
J’ai compris qu’il faut avoir été l’objet d’un contrat spécial pour subir une maltraitance qui vous broie les vertèbres cervicales, les côtes et la plupart des organes vitaux. Que Dieu nous garde !

Joseph Marat

Gardons les yeux ouverts

La fin de la semaine dernière a été marquée, par, ce qui est encore pour moi une rumeur persistante, le projet d’entrée du FPI au gouvernement. La donne semble même très intéressante. Cohabitation, reconfiguration du paysage politique en RHDP /LMP ou CNRD. La primature à Affi N’Guessan pour un gouvernement de 30 personnes. 15 ministres de part et d’autres. Ministères de souveraineté identifiés et occupés à part égale. Nous en sommes-la à vouloir reproduire un mode de gestion politique obsolète. Parce que celui que la communauté internationale avait pris pour un démocrate s’est révélé, au pied du mur, être un dictateur incompétent. Le pays est bloqué. Malgré toute l’armada d’énergie mise en œuvre pour lui assurer une gouvernance paisible, le manque de vision politique a enrayé la machine prédatrice. Cela change tout. On s’est rendu compte que le casting est mauvais, il faut donc sauver la mise. C’est ainsi qu’il faut comprendre que de l’arrogance et du snobisme de départ, l’homme de la communauté internationale soit aujourd’hui réduit, comme un automate, à exécuter un programme de réparation.
Tout un symbole. Affi N’Guessan n’est plus enfermé à la Pergola. Il fait des tournées, encadré par les FRCI. Qui l’eu cru ? Et son discours est plus acéré que celui qui le conduisit dans le goulag du nord. Apparemment Ouattara semble ne plus voir et entendre tout ce qui se fait et se dit. Il y a peu de temps qu’il suffisait d’un millième de tout cela pour être au minimum écroué. A-t-il été édenté ? En tout cas il semble que l’homme s’est souvenu de certaines vertus démocratiques. Ce sont l’inénarrable Joël N’Guessan et des crapuleux tolards comme Tapé Doh, qu’il envoie pour répondre au président du FPI. La répression systématique a subitement cédé la place au débat démocratique. On a subitement compris que le peuple ivoirien était suffisamment mûr pour se parler rationnellement. Même si, pour Tapé Doh, désormais plus flatteur que planteur, le discours rationnel est un discours injurieux, il faut saluer le vent de la démocratie qui revient, comme un boomerang, souffler sur la Côte d’Ivoire.
Mais, est-ce que cela n’est pas un peu trop facile ? Oui les Ivoiriens souffrent énormément du régime rétrograde d’Alassane Ouattara. Oui nous avons énormément envie de renouer avec les valeurs républicaines, seules gages de notre développement. Mais à quel prix ? Cette question mérite qu’on se la pose parce que ceux qui donnent l’impression de s’être trompés ne sont pas à leur dernier coup de ruse politique. Le sage de Scheveningen s’y trouve aujourd’hui parce qu’il avait les yeux suffisamment ouvert sur notre souveraineté. C’est parce qu’ils n’ont pas réussi à le prendre au piège de la ruse qu’ils en sont venus aux bombardements pour installer leur homme lige. Alors, ont-ils vraiment renoncé à leur projet initial, celui de continuer à sucer ce pays pour soutenir leur économie ? Ne faut-il pas nourrir une certaine suspicion légitime devant la pirouette de ceux qui ont délibérément, pendant longtemps, fermé les yeux sur les actes de dictature de Ouattara ?
Ma petite idée sur la question me vient de la réaction d’un internaute sur cette ouverture subite du gouvernement de Ouattara à l’opposition. Pour lui, le fait que la ouattarandie soit perçue comme une parenthèse constitutionnelle ne manque pas de faire peur aux puissances impérialistes. Le régime s’est endetté plus que de raison et c’est un investissement énorme qu’il faut craindre de perdre si on laissait un régime de rupture s’installer. Alors, un régime de transition dans la forme d’un gouvernement d’union est certainement la parade toute trouvée pour faire endosser à la continuité de l’Etat tous les engagements de Ouattara. Il faut peut-être y aller, mais il ne faut surtout pas éviter de garder les yeux ouverts.

Joseph Marat

vendredi, 13 septembre 2013

Oui, le Rdr doit avoir peur !

J’ai furtivement jeté un coup d’œil sur les Unes de couleurs autre que bleues hier. Pendant que l’un affichait « Réveil du FPI : le RDR doit-il avoir peur ?», l’autre, a mis dans son oreillette ceci : « le RDR doit se restructurer ». La veille c’est un papier rapportant la récente conférence de presse d’Adama Bictogo que je découvre sur mon mur. Ses mots, sonnent, pour moi, comme un désaveu de la gouvernance de son parti : « on ne peut pas réconcilier si on n’a pas une maîtrise des causes. Il faut qu’il y ait d’abord un cadre de règlement entre les politiques. Il faut trouver l’astuce de gérer le pays sans que certains ne se sentent spectateurs de la gestion de la Côte d’Ivoire. La réconciliation est un long processus. (…) Nous au pouvoir, nous avons besoin de faire plus d’efforts que ceux qui ne sont pas au pouvoir (…) L’administration qui doit refléter la Côte d’Ivoire dans sa diversité, une armée ouverte, une justice équitable pour tous (…) il faut donner la chance à tous les Ivoiriens d’où qu’ils viennent. La réconciliation doit naître des différentes concessions de part et d’autre que l’on doit consigner dans un répertoire ». Sur un autre support, je crois avoir lu que durant cette même entrevue avec la presse, il aurait même dit que le Rdr serait en train de devenir un petit parti. L’un dans l’autre, il n’y a pas à chercher midi à 14 h quant à la réponse à la question de savoir si le Rdr doit avoir peur de la renaissance du FPI. Oui, le Rdr doit avoir peur et c’est cette peur qui va l’emporter parce que le match retour se joue au domicile de l’autre. Pour entrer sur le terrain, il faut se dépouiller de tout ce qui faisait la force du parti d’Alassane Ouattara. C’est-à-dire abandonner les armes, les gris-gris, les mensonges, l’idéologie de la charte du nord traduite en rattrapage ethnique, la rébellion et la cruauté gratuite… Tout ce qui, en mon sens, fonctionnait comme des béquilles d’un handicapé politique ne seront plus des atouts là où il est désormais recommandé d’asseoir un véritable débat républicain. Dans ce match retour, dans cette nouvelle Côte d’Ivoire qui s’annonce, il faudra ressusciter les débats politiques contradictoires. Et dans cette confrontation qui disqualifie la force brutale, le Rdr devrait sortir ses arguments purement rationnels pour défendre son bilan et convaincre le peuple ivoirien de lui renouveler le bail de la gouvernance. Or, sur la question ce ne sont pas les dernières sorties d’Affi N’Guessan qui renseignent le peuple ivoirien sur les faiblesses politiques du parti au pouvoir. C’est le président de parti, Alassane Ouattara himself, qui a dit avoir échoué et c’est le Rdr lui-même qui avoue n’être pas vraiment prêt pour diriger un Etat moderne. Vouloir se restructurer après trois ans au pouvoir est un aveu de pagaille politique et d’incompétence.
Alors, oui, le Rdr doit s’apprêter à déposer tranquillement le tablier ou avoir peur de la résurgence du FPI. De toutes les façons, qui est cet assassin qui n’aurait pas eu peur de revoir sa victime après tous les coups mortels qu’il lui a porté. Le plus lucide d’entre eux, en l’occurrence Bictogo, leur rappelle simplement qu’ils doivent apprendre le métier. Laisser de côté toutes leurs pratiques de roturiers. Elles n’ont servi qu’à les rendre hideux politiquement. Sans quoi il faudra s’apprêter à fuir sa propre ombre.

Joseph Marat

mercredi, 11 septembre 2013

Ne soyons pas naïfs

Nombreux sont ceux qui se sont rués sur la Une du journal l’Inter pour comprendre quel peut bien être ce piège que Ouattara tend au FPI, ce parti de Laurent Gbagbo qui a actuellement le vent en poupe. J’avoue que je ne suis pas allé jusqu’au bout de l’article pour comprendre qu’il s’agit en fait des signaux d’ouverture démocratique que Alassane Ouattara envoie à ses partenaires de la communauté dite internationale en permettant à son opposition de s’exprimer sur les antennes de la radio et télévision nationales. C’est un exploit pour le dictateur qui avait feint d’être un démocrate sans opposition. Et le journaliste l’a bien relevé : « Le N°1 ivoirien veut surtout faire droit à cette requête persistante de la communauté internationale qui reste attachée aux questions des droits de l'homme et de démocratie. Et la marge de manœuvre accordée à l'opposition constitue l'un des baromètres sur lesquels les organismes internationaux se fondent pour évaluer le degré de démocratie dans un pays. »
Il ajoute en revanche que la fameuse phrase du président du FPI qui lors de son investiture avait dit que le temps joue contre Ouattara, dans une sorte de cercle vicieux, vaut aussi pour l’opposition. En clair les signes d’ouverture de Ouattara doivent permettre à ses opposants de se ruer dans son gouvernement et y travailler à reformer les structures électorales pour ne pas être pris de court au bout des deux petites années qui restent avant les élections de 2015.
Conseil avisé, mais essentiellement superficiel. Et le piège reste cette petite rhétorique qui consiste à dire que le pouvoir tend la main, fait sa part d’effort, reste à l’opposition de répondre favorablement pour que le tour soit joué. C’est niais. Et c’est à cause de ces considérations superfétatoires bien plus émotionnelles que rationnelles que nous faisons du surplace en politique dans nos Etats en voie de « sous développement ». Ouattara n’a encore rien fait sur la voie de la démocratisation et des libertés individuelles dans ce pays pour qu’on considère que la balle est désormais dans le camp de l’opposition. Ce n’est pas à l’opposition d’engager les reformes sur la commission électorale indépendante. L’opposition est dans son rôle, celle de critiquer l’action du gouvernement. Ce n’est pas quand elle se compromet dans un gouvernement d’union qu’elle le jouera mieux.
Sur l’échelle des signes de démocratie que Ouattara pourrait faire à la communauté internationale, il n’a encore rien fait parce que libérer les prisonniers politiques et les faire intervenir sur les chaines nationales ne comptent pas. Il à dû mal à combler un déficit démocratique qu’il n’aurait jamais dû créer. C’est plutôt sa capacité à mettre en place une commission électorale indépendante que ses soutiens d’hier attendent certainement comme signe démocratique. Le temps joue donc contre lui parce que la communauté dite internationale peut être naïve, mais les Ivoiriens, qui selon Affi N’Guessan ne sont pas masochistes et qui savent ce qui est bien pour eux, ne seront pas naïfs pour croire que Ouattara peut encore s’imposer à eux à travers des structures électorales à sa solde jusqu’en 2015. Le temps de la naïveté est passé. Nous savons désormais faire la part des camelotes politiques. Sur la voie de la démocratie, nous savons ce qui compte pour un Etat moderne. Nous ne prendrons pas les vessies de Ouattara pour des lanternes.

Joseph Marat

LETTRE AUX FRÈRES ET SŒURS SYRIENS. OBJET: « I HAVE A DRONE ».

Chers frères et sœurs syriens, j’ai décidé de vous écrire car comme hier mon pays, la Côte d’Ivoire, a été attaquée par la France Sarkozienne avec la complicité des Etats Unis d’Obama après avoir épuisé 8 ans durant une liste impressionnante de faux prétextes et aujourd’hui, si le congrès américain l’autorise, ses deux pays s’apprêtent à livrer bataille contre vous quel que soit le temps que cela prendra pour trouver le bon prétexte. Il est vrai que je continue, quand je n’ai pas le choix, de consommer français ou américain et donc je contribue au financement des armes qui s’apprêtent à vous « protéger » en vous tuant et vous poussant à l’exil pour occuper votre pays avec des apatrides armés qui seront demain plus syriens que vous. Ayant vécu en direct la crise ivoirienne, je constate que les arguments utilisés par les initiateurs de la guerre (courte guerre, frappes ciblées, pas de troupe au sol) pour tromper les opinions publiques pour arracher leur soutien, reviennent en force. Finalement, ils ont fait tout le contraire de ce qu’ils avaient promis et sont allés au-delà de ce que la résolution onusienne autorisait en Côte d’Ivoire.
En Côte d’Ivoire après les bombardements illégaux et injustifiés de Sarkozy qui ont ciblé les armes d’origine russe et laissé intact les armes d’origine française, le nombre de massacres et d’exécutions sommaires, d’emprisonnements arbitraires se sont multipliés sous le gouvernement de l’obligé de Sarkozy qui utilise des armes exclusivement françaises sans que la même émotion contre Laurent GBAGBO ne visite les champions de l’impunité et les protecteurs du peuple ivoirien. Hollande a-t-il tiré les bonnes leçons de la crise ivoirienne malgré le geste en faveur de la libération de quelques prisonniers politiques célèbres dont le Président du principal parti d’opposition ou applique-t-il la règle du pompier pyromane ? On se pose la question au regard de son attitude sur la question syrienne.
Ainsi, je m’en voudrais terriblement de ne pas vous faire partager l’expérience ivoirienne. J’ai donc décidé de vous écrire cette lettre…
Comme hier en Côte d’Ivoire, il était question de frappes ciblées, de courte durée, contre les armes lourdes que le Président légitime, légal de la République de Côte d’Ivoire était supposé utiliser contre son peuple c’est-à-dire ses propres électeurs.
Comme hier en Côte d’Ivoire, le Président Laurent GBAGBO aurait tué sept (7) femmes avec « ses armes lourdes » ; il est apparu que c’était un film tourné avec de vrais acteurs de cinéma pour émouvoir l’opinion publique et arracher une résolution de l’ONU.
Je suis convaincu que la fameuse ligne rouge franchie par votre Président avec des armes chimiques qu’il aurait utilisées contre son peuple est encore un film sorti des studios d’Hollywood et que même s’il y a eu utilisation d’armes chimiques, l’auteur direct n’est pas obligatoirement un pro-Bachar.
Je vous informe qu’en Côte d’Ivoire pendant la guerre de huit (8) ans de la France contre la Côte d’Ivoire, la France de Chirac n’a eu aucun scrupule à bombarder ses propres soldats à Bouaké, au centre de la Côte d’Ivoire, pour faire porter la responsabilité au Président GBAGBO et détruire toute la flotte aérienne d’origine russe de l’Etat ivoirien.
Je vous informe aussi que le Président GBAGBO a été arrêté, déporté à la Cour Pénale Internationale depuis 2011. Mais, jusqu’aujourd’hui, les accusateurs que sont la France, les USA, l’Union Européenne avec la contribution de tous les services secrets qui ont brandi aux yeux du monde entier les preuves du massacre des sept (7) femmes par Laurent GBAGBO, n’ont pas pu apporter, après trois ans d’enquête, le moindre élément factuel solide pour convaincre les Juges de la CPI attestant la culpabilité de Laurent GBAGBO d'avoir tué ces femmes et encore moins à l'arme lourde.
Comme hier en Côte d’Ivoire, ils ont tous criés que le crime contre ces femmes ne peut rester impuni mais par contre leur agent installé au pouvoir a massacré 800 personnes de même ethnie avec des armes d’origine française, un véritable génocide qui reste aujourd’hui impuni.
Comme hier en Côte d’Ivoire, Laurent GBAGBO a été désigné comme co-auteur indirect du massacre de son peuple, mais jusqu’aujourd’hui les auteurs directs n’ont toujours pas été identifiés pour qu’ils désignent leur donneur d’ordre. De même, Bachar Al Hassad est désigné comme responsable d’utilisation d’armes chimiques sans qu’aucun coupable ne soit formellement identifié pour qu’il indique Bachar Al Hassad comme le donneur d’ordre. L’occident, parti pris au conflit, s’est érigé en juge du droit international contre le principe sacro-saint de la présomption d’innocence et décide de frapper la Syrie en ne faisant même pas l’hypothèse de la réaction des alliés de Bachar en cas de propagation des dégâts collatéraux comme au Mali ou pire, comme Pearl Harbour qui a précipité les USA dans la seconde guerre mondiale malgré leur neutralité initiale.
Ainsi les Etats occidentaux jouent avec le feu et hiérarchisent en grands frères et petits frères les Etats où les premiers jugent et frappent les seconds mettant de côté les institutions et règles qu’ils se sont librement données pour gérer les relations internationales entre Etats souverains. Nous constatons que ces pays, les USA, la France et la Grande Bretagne qui se sont érigé "Shérifs planétaires" font partie du Top 10 des plus gros exportateurs d'armes au monde. Avouons-le tout net, l’ONU comme hier la société des nations, est aujourd’hui incapable de régler pacifiquement les relations entre nations souveraines face à la poussée des industries d’armement qui alimentent le nazisme économique : occupation militaire, domination monétaire et économique, consommation forcée, soumission, exécution ou contrainte à l’exil des populations.
Comme hier en Côte d’Ivoire, la première cible frappée par la France n’était plus uniquement les armes lourdes d’origine russe mais la télévision ivoirienne, l’Université d’Abidjan et le palais présidentiel qui a reçu à lui seul 50 bombes dont une qui a frappé le mur de la chambre du Président, heureusement il n’était pas dans sa chambre.
Je suis convaincu que ça sera les mêmes cibles chez vous avec le même objectif : Eliminer les seules armes lourdes qu’ils recherchent : Bachar Al Assad et l’Etat Syrien ; détruire tout l’arsenal militaire d’origine non occidentale. L’arrestation du Président GBAGBO ayant permis de mettre à nu le complot et les mensonges d’Etat servis à la communauté internationale, je suis convaincu d’une chose : Bachar Al Assad et l’Etat Syrien subiront le même sort que KADHAFI ou SADDAM HUSSEIN et leurs états respectifs si le monde entier continue de rester sourd et aveugle au nazisme économique de l’occident en crise.
Comme hier en Côte d’Ivoire, le terme « courte période » n’étant pas normalisé par l’ONU seul le temps pour arrêter ou tuer Bachar et décimé l’Etat Syrien, sera le temps que prendront les bombardements. En une seule journée, plusieurs cibles peuvent être atteintes par les missiles Tomahawk. En Libye, pour la seule journée du 19 mars 2011, l’OTAN a tiré 124 missiles Tomahawk et touché une vingtaine de cibles. En Côte d’Ivoire, ces bombardements par la France ont commencé le 28 Mars 2011 pour se terminer le 11 Avril 2011, date de l’arrestation du Président Laurent GBAGBO mais la guerre des rebelles armés par la France de Chirac et de Sarkozy a démarré le 19 septembre 2002 pour prendre fin le 11 avril 2011.
Comme hier en Côte d’Ivoire, le 11 avril 2011, contrairement aux déclarations initiales qui ne prévoyaient pas de troupes au sol, ce sont les troupes françaises qui sont descendues sur le terrain à bord d’une cinquantaine de chars pour prendre possession du palais présidentiel ayant résisté à la pluie de bombes pour arrêter le Président Laurent GBAGBO.
Comme hier en Côte d’Ivoire, sachez, chers frères et sœurs que pendant cette « courte période », tout l’appareil d’Etat sera détruit, le peuple syrien sera enfermé chacun chez lui sans eau, sans électricité, sans gaz avec tous les hôpitaux, pharmacies et commerces fermés. Les malades mourront dans les hôpitaux, les femmes enceintes accoucheront à domicile et celles qui auront besoin d’une césarienne mourront, les bébés seront privés de lait. La faim, la soif, la maladie seront vos amis. Les toilettes de vos maisons seront remplies et vous dormirez avec vos urines et vos déchets. Les missiles Tomahawk, équipées souvent d’ogives nucléaires ne feront pas la différence entre pro et anti-Bachar. Les cadavres seront ramassés, incinérés et les cendres jetées à la mer pour effacer les traces et faire croire que les frappes étaient des frappes chirurgicales sans effet collatéral. Tout cela se passera hors caméra.
Paradoxe des paradoxes, punir un « présumé coupable » reviendra à punir des innocents. Autre paradoxe : punir un chef d’état supposé avoir violé le droit international passera par la violation de ce même droit édicté par la charte des Nations Unies qui recommande l’accord du conseil de sécurité pour l’usage de la force dans les relations entre états souverains sauf en cas de légitime défense. Sommes-nous dans un cas de légitime défense ? Certainement pas. Quel est l’avenir de l’ONU en cas de « frappes punitives » sans son aval ? Un machin qui risque de disparaitre comme son géniteur : la SDN. Quel est l’avenir de la Syrie en cas de frappes ? Une poudrière djihadiste.
Chers frères et sœurs, sachez que quand l’industrie militaire a soif de profit, la vie, la morale et le droit ont peu d’utilité et les commerçants de la mort n’ont pas de limites.
Comme hier en Côte d’Ivoire, la destruction de l’appareil d’Etat exposera le pays à un pillage sans précédent des commerces et des domiciles.
Comme hier et aujourd’hui en Côte d’Ivoire la destruction de l’appareil d’Etat ouvrira tout le pays à une foule de rebelles sans foi ni loi, qui se proclameront Syriens à la place des Syriens, exécutant sur dénonciation tous ceux qui seront de loin ou de près désigné pro-Bachar. Une foule de Syrien sera contrainte à l’exil, sans protection contre la faim ou d’un simple abri de la part de ceux qui sont soi-disant, venus vous protéger, abandonnant ainsi champs, commerces, usines, domiciles entre les mains de rebelles sans identité fixe qui s’en approprieront à souhait.
Comme hier en Côte d’Ivoire, même les bénéficiaires du complot qui seront à la tête du pays n’auront pas la main mise sur cette foule de rebelles et le pays sera exposé à une insécurité permanente. La punition frappera donc tous les innocents qui vivront au rythme des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des tortures et des emprisonnements. Tout ceci se passera hors camera.
Comme hier en Côte d’Ivoire, tous ceux qui étaient venus avec le prétexte de vous protéger, ne parleront plus de vous dans leurs medias. Ils fermeront les yeux sur les massacres quotidiens des nouveaux seigneurs de guerre et leurs parrains installeront les principes du nazisme économique pour vous vendre de nouvelles armes sous prétexte de reconstruction de l’armée et pomper en silence sans taxe ni autorisation toutes les richesses du sol et du sous-sol au nom de la démocratie et des droit de l’homme.
Comme hier en Côte d’Ivoire, cette guerre intervient au moment où les USA sont proches de la cessation de payement. La France, quant à elle, recherche désespérément une croissance économique et vient de recevoir, comme par enchantement, une commande de un (1) milliard d’Euros de l’Arabie Saoudite, principal financier et allié de la rébellion Syrienne et des USA dans la crise syrienne. Est-ce pour acheter la participation de la France et son soutien indéfectible à la guerre ? Car l’histoire n'avait-elle pas donné raison à la France quant à sa position de "non participant" à la 2ème guerre américaine contre l’Irak ? Secret d’État. Cette hésitation dans le camp européen montre à quel point cette guerre pour punir Bashar, est difficilement justifiable.
La défection européenne est venue de là où personne ne l’attendait : Londres.
Comme hier en Côte d’Ivoire, sachez, chers frères et sœurs, que cette guerre n’est pas pour vous protéger mais pour protéger l’industrie d’armement de ces pays « shérifs de la terre » qui maquille leur commerce de la mort par une action humanitaire. Sinon, ils allaient commencer par protéger les millions d’exilés sans toit et ils n’auraient pas craint la présence des experts de l’ONU qu’on pressait de quitter les lieux pour cause de bombardement imminent. C’est pour protéger l’industrie d’armement en prenant possession de votre économie par la force après avoir accompagné certains d’entre vous au cimetière ou en exil.
Comme hier pour le cacao ivoirien, le financement de cette guerre sera fait par l’étranglement du marché du pétrole pour faire flamber les prix au profit des pétrodollars qui soutiennent et financent la rébellion. Tout le monde entier sera puni en payant cette guerre pour le malheur des syriens et pour le bonheur éphémère de l’industrie militaire américaine qui sera momentanément sauvée de la faillite, le temps d’une autre cible et d’une autre crise de surproduction d’armes.
Chers frères et sœurs syriens, sachez que la Côte d’Ivoire a souffert et souffre encore, comme plusieurs autres pays, de ce nazisme économique et que vous pouvez l’éviter si vous opter franchement et sincèrement pour un compromis politique quel que soit le temps que prendront les négociations afin de préserver le bien le plus précieux d’un pays : l’Etat.
Je sais que certains de vous n’aiment pas Bachar, mais je vous en prie, aimez votre pays et évitez de mettre sous la guillotine la tête de Bachar, en même temps que votre pays !
Vous le regretterez comme c’est le cas aujourd’hui pour beaucoup d’Ivoiriens, entre autres, qui ont soutenus la rébellion et ses alliés. Car demain, ce seront leurs experts (militaires, économistes, santé, etc.) qui viendront vous dicter la gestion de votre pays, alors vous découvrirez que la Syrie est sous tutelle.
Si le besoin de punir peut faire avancer la résolution du conflit, il ne revient pas à l’exécutif d’un autre pays de faire justice, le mode d’identification des coupables et leur punition peut faire partie de la solution politique.
Chers frères et sœurs, Obama s’était battu contre la guerre de Bush en Irak parce qu’il avait jugé les preuves insuffisantes et l’intervention sans l’ONU illégale. Il se présente comme l’héritier du plus pacifique des américains : Martin Luther KING qui avait lancé la fameuse formule « I have a dream ». Obama peut être fier de l’héritage en lançant « I have a drone ». De même Hollande s’est opposée à la guerre de Bush contre l’Irak pour les mêmes raisons et s’est retiré de l’Afghanistan pour faire des économies. Ils étaient tous deux convaincus que la crise économique et la réduction du chômage pouvaient être résolues sans faire la guerre comme Bush. Face à la concurrence des pays émergents, l’économie de marché ne marche plus pour l’occident. Le secteur de l’industrie des armes est le seul sauveur. La guerre suivie de l’occupation militaire et économique en accompagnant des citoyens du pays occupé au cimetière et en exil, restent l’unique alternative pour réduire le chômage, le déficit de la balance commerciale, le déficit budgétaire et financer la croissance. Même cette solution est devenue éphémère et ne profite qu’aux paradis fiscaux et quelques intérêts privés. Ironie du sort, Obama, prix Nobel de la paix, héritier de Martin Luther King, fait la guerre avec Hollande dans les mêmes conditions que Bush pour tenter de redresser leur économie. Ils font leur devoir de Président élu pour donner de l’emploi à leurs concitoyens et protéger leurs industries stratégiques.
Chers frères et sœurs, faites le vôtre en disant non à la guerre et oui à une solution politique pour protéger vos domiciles, vos activités économiques et vos emplois. Je vous préviens, vous regretterai tout autre choix.
Chers frères et sœurs Syriens,
Je sais que vous n’aurez pas cette lettre car aucune presse internationale n’osera la publier. Je la considère comme une bouteille à la mer.


Par le Dr Cheick DIABATE
Enseignant chercheur, Université du Colorado



mardi, 10 septembre 2013

De l’art de la guerre

Vigilance aujourd’hui et vigilance demain. Le plus grand ennemi du vent favorable a toujours été l’excès de confiance, l’’idée d’avoir déjà gagné avant même d’avoir combattu. La sous-estimation de l’ennemi ou de l’adversaire a toujours été le premier obstacle à la victoire. Les enseignements que je tire des 13 articles de Sun Tse sur L’art de la guerre, des conversations que j’ai avec des amis, de mes lectures et observations se résume en ceci : la paix est un état de guerre. Le démocrate doit cultiver l’art d’être vigilant parce que quelle que soit la faveur qu’on lui fait, il ne doit jamais oublier qu’il est constamment en état de guerre pour la promotion de ses idées. La politique en temps de paix est une autre facette de la guerre armée. Sun Tse dans le troisième article de son livre dit ceci : « la prudence et la fermeté d’une petite force peuvent arriver à lasser et à maitriser même une nombreuse armée »
Un excellent article de Géraldine Diomandé et une très bonne interview de Aimé Kabran Appiah réalisé par Audrey Touré dans le journal AUJOURD’HUI du vendredi 06 septembre dernier m’ont fait entrevoir la configuration politique qui prévaut en Côte d’ivoire et la ruse de ceux qui sont en face. Deux éléments forts m’ont frappé à la suite des articles cités plus haut. Sous la plume de Géraldine Diomandé il ya les confidences de Phillip Carter III et Kabran Appiah avec le phrasée qu’on lui connait, qui nous enseignent que nous sommes dans une guerre dont l’objectif final est de nous soumettre. Aussi me suis-je demandé si les confidences d’un diplomate sulfureux comme Phillip Carter III n’est pas le Cheval de Troie autour duquel il faut forcement éviter de danser ? Ce dernier qui représente symboliquement ici toute cette communauté dite internationale et qui donne l’impression d’être déçu et d’avoir lâché Ouattara a-t-il vraiment changé ? Faut-il croire que le loup a renoncé à l’agneau ou bien sommes-nous dans une stratégie plus raffinée de prédation ? Les démocrates ivoiriens doivent avoir constamment à l’esprit cette question pour ne pas sombrer dans l’euphorie du candide politique qui avale toutes les confidences de ses ennemis, se fie à toutes les prophéties et s’endort aux pieds du cadeau empoisonné.
Cette communauté dite internationale qui s’empresse de libérer tous les prisonniers politiques ivoiriens, exigent au régime de Ouattara le retour des exilés et semble se résoudre à libérer le Président Laurent Gbagbo ne s’empêche pas, pendant ce temps, de créer selon les termes du juriste Kabran Appiah, la plus grande ethnie politique en Côte d’Ivoire. La loi sur l’apatridie est suffisamment claire. Les 26 % d’étrangers peuvent sur simple déclaration (aucun mécanisme n’est prévu pour détecter si celui qui vient réclamer la nationalité ivoirienne est déjà Malien, Burkinabé, Guinéen, ghanéen, Chinois, Brésilien, français…) devenir ivoiriens et contrôler l’issue de toutes les élections en Côte d’ivoire. Alors en cautionnant la mise en place d’une telle loi pendant que nous célébrons la simple idée de la libération de celui qu’on n’aurait jamais dû emprisonner, je me demande si à notre propre jeu de démocratie, les prédateurs impérialistes ne sont pas en train de nous battre ?
Il m’est arrivé par deux fois, d’avoir froid dans le dos la semaine dernière. Deux conversations sur les stratégies politiques m’ont montré jusqu’où sont prêts à aller les puissants de ce monde pour conserver les privilèges de leur domination. Quand vous sortez de ce type d’échanges vous guérissez quelque peu de votre naïveté et comprenez à quel point ce qui, pour vous, était livresque recouvre toute la réalité. Quand le philosophe allemand Friedrich Nietzsche parle du surhomme, j’avoue que j’étais de ceux qui pensaient que le philosophe relatait une allégorie qu’Adolph Hitler a mimée maladroitement ou une réalité sempiternellement à venir. J’étais loin de penser qu’il décrivait avec exactitude la mentalité de ces « hommes sans Dieu, sans limite qui nous gouvernent. Ils sont prêts à tout pour consolider leur volonté de puissance. Et il faut se détromper. Il ne faut surtout pas croire que les notions de démocratie, de paix, de justice, d’égalité, du vivre ensemble… sont des valeurs en-soi pour eux. Ce sont des concepts qui fonctionnent comme des ouvrières de leur désir d’assujettir. Ils sont par delà le bien et le mal. Ils peuvent faire la guerre sous prétexte de rechercher la paix ; prétendre défendre les libertés individuelles et cautionner un régime liberticide ; réclamer la démocratie et bombarder des Institutions d’une république au détriment du recomptage des voies ou destituer un président démocratiquement élu… pourvu que leur domination soit préservée.
Le premier avec qui j’ai conversé sur la question des stratégies politiques est un ancien refugié politique au Togo. Il trouve que le FPI ou le mouvement pro-Gbagbo n’est pas suffisamment discret sur sa stratégie de reconquête du pouvoir. Il se demande même s’il en a une et que dans notre euphorie démocratique nous avons tendance à oublier que nous avons affaire à des hommes qui « ont tué Dieu » pour prendre sa place. C’est l’exemple de la possible perfidie de ces immoralistes qui pique mon attention. Il relève que même si on est tous d’avis que les prisonniers politiques ne retourneront plus en prison, il ne faut pas perdre de vue que nos ennemis sont capables de nous pousser à la faute d’un mouvement dit insurrectionnel pour éliminer ceux dont l’emprisonnement dérange. L’aile dure de la rébellion ivoirienne fait d’ailleurs des confidences de son regret de n’avoir pas éliminé le Président Gbagbo lors du bombardement de sa résidence.
Le second interlocuteur a lu un excellent livre de Luc Ferry sur le mouvement écologiste (Le nouvel ordre écologique). Ce mouvement que je n’aurais jamais soupçonné de criminel m’a apparu comme l’idéologie politique la plus dangereuse de toutes, au bout de deux phrases sur son réel fondement. La terre se porterait mieux avec un milliard d’habitants. Nous sommes aujourd’hui à près de sept milliards. L’option de la guerre là où on peut trouver une solution politique ne relève donc pas d’un principe moral de construire la paix. Il répond à l’objectif de sauvegarder la nature et augmenter l’espace vitale des puissants en débarrassant la terre de ses parasites humains.
Devant ces prédateurs sans moral, les démocrates ont leur conviction, leur foi. Bien. Mais cela suffit-il ? Ont-ils une stratégie ? Cette question est simplement rhétorique et interpellative parce que ce n’est pas sur la place publique qu’on parle de stratégie de guerre.

Joseph Marat

vendredi, 06 septembre 2013

« La paix n’est pas un mouroir. »

J’ai aimé donner ce titre à cet aphorisme. Je le tiens d’un sage avec qui j’ai un commerce intellectuel assez nourrissant sur toutes les questions d’actualité. Il refuse d’ailleurs que je lui dise qu’il est un sage. Mais j’ai aussi compris qu’il n’y a pas plusieurs manières de ne pas m’en dissuader. C’est l’heureux signe de la modestie qui hante constamment les élus de la muse philosophique. Socrate disait constamment que tout ce qu’il sait c’est qu’il ne sait rien. Il n’a pas moins été le père de la civilisation occidentale.
Je devisais tranquillement avec lui, sur des sujets brulants de l’actualité du pays quand, dans une sorte de dépit assez mesuré, reprouvant l’attitude morbide de ceux qui nous dirigent actuellement et qui ne font rien pour soulager le peuple du misérabilisme croissant, le sage me sort cette idée concise et incisive : « la paix n’est pas un mouroir ! Autant on s’est donné les moyens de financer la guerre autant il faut se donner les moyens de financer la paix. Aujourd’hui toutes les régions, sans exception, réclame au pouvoir la réalisation de ses promesses de pluies de milliards. Elles ne peuvent plus attendre… » Nous venions de parler de la tournée de Soro Guillaume à Gagnoa. De son arrogance devant la misère du peuple. Selon les chiffres de la mansuétude de l’envoyé de Ouattara à Gagnoa, il a non seulement déçu par ses propos, mais il a surtout tué tout espoir d’espérer que lui et son gourou tiennent leur promesse d’assurer le bien-être des ivoiriens. Le bilan du déplacement de l’ex-rebelle ivoirien à Gagnoa nous a confirmé qu’il a pris la décision expresse d’aller narguer les Gôgnoa. Devant la litanie des souffrances de la population de Ouragahio, il aurait même dit ceci au maire de la localité : « Et ton frère qui était là au pouvoir qu’a-t-il fait pour vous sortir de la misère ? » De la part d’un homme qui ambitionne diriger un Etat moderne… il faut se dire que ce n’est pas demain la veille de notre sortie du sous-développement mentale.
Cette sortie du sage m’a rappelé une autre conversation que j’avais eu avec un militant d’en face qui m’a interpellé un jour sur la relative accalmie du pays depuis que Ouattara est au pouvoir. C’était pour lui le signe que le "bravetchè" est l’homme de la situation. Il n’y a qu’avec son mentor que nous pouvons vivre autant en paix. J’ai eu la réplique adéquate mais j’étais loin de penser que la paix signifiait autre chose que l’absence de guerre. Je lui ai simplement dit que la guerre dans un pays est toujours le fait d’une opposition barbare. Et son bravetchè avait la chance d’avoir en face lui une opposition civilisée, des démocrates. Je ne me rendais pas compte que je faisais une réplique partielle, que je disais une demi-vérité. « La paix n’est pas un mouroir » m’a, l’instant de quelques secondes, ouvert les yeux sur l’autre dimension de la guerre dans laquelle nous sommes tous plongés. Ils ont compté près de 3000 morts qu’ils ont passés aux armes pendant la phase armée de la guerre qu’ils faisaient à la Côte d’Ivoire, mais sait-on combien meurent de faim, de maladie, d’insécurité…tous les jours dans ce pays ? Cela n’est pas spécifique à la Cote d’Ivoire. Mais Où avez- vous vu les rebelles d’hier se retrousser les manches pour prendre à bras le corps la lutte contre cette misère qui gangrène notre pays. Avons-nous vraiment l’impression que Ouattara voyage beaucoup pour sortir ce pays du sous développement ?

Joseph Marat

lundi, 02 septembre 2013

Soro, Nyamsi fait mal le boulot !

Franklin Nyamsi est l’ivoiro-franco-camerounais qu’il faut s’habituer à voir dans l’entourage de Soro Guillaume. D’aucuns diront qu’ils ne le connaissent pas. Ce ne sera pas nouveau. Il faudra s’y faire. Il y’aura de plus en plus d’ivoiriens avec qui on n’aura pas fait le primaire, le collège et le lycée. Il est venu du Cameroun au début des années 90. Il a fait l’université d’Abidjan, là où je l’ai connu, épousé une ivoirienne et rallié la France. Il est aujourd’hui agrégé de philosophie et apparemment très Sorophile. Dans le cadre de cette dernière passion, il a accordé une interview de 3 pages au journal Inter du lundi26 août dernier. Il a été immense devant le pauvre journaliste qui n’avait pas assez de ressources pour être impertinent ou pertinent. C’est aussi cela le charme de celui que je continue de considérer comme un ami et qui après que je l’ai retrouvé par le biais de Face book m’a fait comprendre un jour qu’il ne voulait plus d’échanges avec moi. Après les premiers moments d’enthousiasme, l’ami m’a brutalement ferme la porte au nez parce que je devenais impertinent. Je ne comprenais pas qu’il soit devenu un défenseur acharné des "Visigoths" des temps modernes. J’ai récemment compris que 10 000 euros par mois valent bien le sacrifice d’une amitié qui veut empêcher de tourner en rond. J’avoue que j’ai eu un regain d’admiration pour le maitre de philosophie. Comment une telle intelligence pouvait passer à coté d’une telle aubaine ? Nyamsi mérite bien des milliers d’Euros là où des idiots, avec quelques coutelas et moignons de kalachnikov, amassent des milliards en dévalisant les banques centrales. Nous sommes par-delà le bien et le mal et nous nous comprenons.
Je tiens toutefois à signaler à Soro Guillaume que le casting est malavisé et le travail est par voie de conséquence mal fait. Soro doit se raviser s’il avait l’intention de pénétrer le monde des intellectuels en choisissant Franklin Nyamsi. Ce dernier sabote le travail parce qu’il prend justement ceux qui peuvent le comprendre pour des idiots. Il n’est certainement pas fautif parce que pour parler à l’intelligentsia ivoirienne, il faut la con-naître. Compulser des piles de fiches sur la Côte d’Ivoire ne suffit pas pour prendre l’avantage de la connaissance de ce peuple sur ceux qui ont tété à la mamelle de la patrie. Franklin Nyamsi doit faire ses classes, s’immerger d’avantage avant de nourrir la prétention de nous parler de nous-mêmes.
Après la lecture de son interview, il se dégage la nette impression que l’homme ignore beaucoup des ivoiriens. En Côte d’ivoire ce n’est pas en canonisant Guillaume Soro qu’on le vendrait le mieux. C’est une erreur de naïf. Il étale sa méconnaissance du pays en accablant le FPI de toutes les dérives d’agressivité politique pendant qu’il dresse des couronnes de démocrates sur la tête de ceux qu’on nous contraint à appeler ex-rebelles. Les ivoiriens ont compris depuis belle lurette que c’est pour éviter de faire un millième des sacrifices consentis par le FPI sur la voie des libertés individuelles et de la démocratie que Soro Guillaume a choisi la facilité de la « critique des armes » selon les termes de l’hagiographe Nyamsi. Et Soro le sait, lui qui a prétendu être de gauche à un moment de son histoire.
C’est aussi cette méconnaissance du marigot politique ivoirien qui conduit Nyamsi à traiter le parti de Laurent Gbagbo d’être atteint de « monomanie mentale ». Soit le compliment lui a échappé, soit il a manqué de remonter à l’hygiène totale du concept. Faire le contraire de ce qu’on dit doit avoir un autre nom que l’obsession du même. On est d’avis qu’avoir la manie d’une chose et son contraire est bien proche de l’obsession de deux choses que d’une seule puisque l’on n’est pas le même dans son contraire. Nous les partisans de Laurent Gbagbo, allons retenir le compliment parce que notre obsession pour la démocratie et toujours la démocratie n’est pas négociable tant qu’on aura en face de nous des gens atteint de polymanie mentale. Des personnes qui sont à la fois obsédées par la notion abstraite de démocratie et qui mettent des fusils sur la tempe du peuple, là où, il faut le consulter.
Pour d’autres raisons plus évidentes, Soro guillaume s’est trompé sur la personne de son nègre. Là où il aurait voulu qu’il lui serve de la philosophie critique pour redresser les effets de sa rébellion et lui tailler une image salubre de politicien, il lui sert du sophisme à partir d’une certaine hémiplégie mentale. L’homme s’assoit sur son esprit critique et croit pouvoir discourir sur la crise ivoirienne parce qu’il se dit qu’il suffit d’être cohérent. Le philosophe ne sait plus, quand il doit faire son boulot, que la cohérence du discours n’est pas un critère de vérité et que Hegel a déjà dit dans la Phénoménologie de l’esprit que « C’est le tout qui est vrai ». Tous les postulats de ses raisonnements sont au départ faux parce qu’il ne prend pas la peine lui-même de comprendre leur complexité. Il part des ragots sur l’ivoirité, sur la mort de Robert Guéi (comme s’il était présent), sur le rattrapage et l’exclusion ethniques et pense pouvoir persuader son auditoire. Nyamsi peut s’enfermer dans la caverne pour mérité son salaire. Mais qu’il sache que l’ivoirité par exemple, quelles que soient les connotations dont on charge le concept n’est rien d’autre que le simple fait d’être ivoirien. Il n’y a donc rien de scandaleux dans le fait d’être ivoiritaire. C’est même une attitude idéologique qui ne devrait pas scandaliser celui qui reconnait, dans la dernière interview, qu’on ne peut pas reprocher à Soro « d’avoir une conscience précise et aiguë de ses intérêts ». Nous sommes tous des hommes et participons tous, quel que soit ce qui nous différencie naturellement et socialement, à l’idée d’humanité. Cela ne fait pas de l’humanitaire un acte de renfermement identitaire. Et, pourquoi la recherche d’une identité nationale devrait être prise pour un acte criminel surtout quand on acense celui qui a pris les armes pour la charte du nord, un régionalisme plus étriqué ?
Nyamsi et moi sommes ivoiriens. Selon le principe juridique de l’égalité devant la loi, nous sommes égaux. Nous avons tous deux les mêmes droits que consacre d’ailleurs notre Loi Fondamentale et personne dans ce pays ne le conteste sauf les rebelles qui ont pris les armes à partir d’une nébuleuse : l’exclusion ethnique. En revanche, le débat intellectuel qui par principe est libre, critique et analytique peut bien se permettre de dire que malgré le nivellement de la loi, nous sommes différents parce que nous n’accédons pas tous à la nationalité de la même manière (par naissance, mariage, adoption, naturalisation…) et qu’à l’instar de tous les Etats modernes, il faut réguler toutes les manières d’y accéder. Le nier et recommander la pensée unique à ce sujet n’est pas digne d’un penseur. Mais, nous comprenons aussi cela parce que nos réminiscences sociologiques montrent qu’on ne saurait s’encombrer de toutes les complexités de la réalité quand avec la « critique des armes » on peut trancher dans le vif.
Il me faudra aussi trois bonnes page de journal pour relever toutes les superficialités incongrues de Nyamsi. Mais ce n’est pas à moi qu’on reverse par mois 6,56 millions de FCFA du butin d’une rébellion. Attention ! Ceci n’est pas une demande d’emploi parce que comme tout monomane démocrate mes convictions ne sont pas négociables.

Joseph Marat