UA-108822782-1
topblog Ivoire blogs

mercredi, 23 octobre 2013

Rions un peu

Les anecdotes et les rumeurs n’ont pas pour but absolu de nous rapporté la vérité scientifique. Sinon elles ne seraient plus anecdotiques. Celui qui écoute la rumeur a toujours ses pincettes en mains. Celui qui parle n’a donc pas besoin de recommander qu’on prenne ses propos avec des pincettes parce que celui qui écoute n’est pas idiot. Au même titre que le cartésien, il aime aussi la vérité mais ce qu’il recherche, en tendant les oreilles, c’est de s’évader de la réalité sclérosante pour un monde tout aussi logique que plaisant. Notre imagination en se délectant des histoires vraisemblables nous fait vivre l’instant d’un moment le bonheur de voir l’ennemi dans les cordes de sa propre turpitude. Dieu seul sait comment l’imaginaire défie quelque fois la réalité.
Il parait que le démiurge des milliards a perdu la magie, il n’a vraiment plus l’oseille. Pour le pays on le sait déjà. Les fins de mois difficiles pour les travailleurs, la grogne des commerçants parce que l’argent ne circule plus, les primes impayées à cause de la ratification des excédents financiers. Une sage femme me disait hier qu’elles étaient nombreuses en attente d’affectation depuis deux ans. Non par manque de poste mais parce que l’Etat ne peut pas assurer, pour l’instant, leur salaire. Où sont passés les effets de l’initiative PPTE. Sur cette sécheresse des caisses de l’Etat, il existe une petite histoire qui continuera de tenir la route tant qu’on continuera de tirer le diable par la queue.
Le président Gbagbo détiendrait encore tous les codes secrets des comptes de l’Etat ouverts dans des Etats amis qui attendent toujours la preuve qu’il a vraiment perdu les élections de 2010 au profit d’un certain Alassane Ouattara. Ces comptes qui continuent de recevoir les dividendes des participations de l’Etat dans une multitude d’entreprises ne sont accessibles que par le Woody de Mama. Ils les auraient rendus au cours d’une passation de charge si on n’était pas passé de l’Etat de droit à l’Etat de nature. Mais, on sait comment les dozos ont pris le pouvoir. On sait aussi pourquoi Ouattara aurait demandé expressément qu’on ne tue pas Laurent Gbagbo et pourquoi celui-ci est passé par la case torture à Korhogo avant de rejoindre la Haye où on lui passe désormais la pommade pour qu’il remette les clés de la République à Ouattara. Tout en continuant de leur demander « Qui a gagné l’élection présidentielle de 2010 ? », le président Gbagbo, dans la très grande mansuétude et le très grand humanisme qu’on lui connait, signerait, des fois, des chèques pour débloquer la situation salariale de ses concitoyens. Ouattara n’aurait donc pas le pouvoir d’argent pour la Côte d’ivoire et c’est peut-être pourquoi il admet que l’argent ne circule pas. Mais ce constat serait aussi vrai pour le ménage de l’individu lui-même.
La rumeur raconte qu’il se serait rendu en suisse pour faire un retrait sur ses comptes qui datent d’avant sa prise de pouvoir. Arrivé au guichet, il sort sa pièce. Le banquier constate qu’elle est à l’image de cette banderole que Denis Sassou NGuesso a confectionnée pour le recevoir et sur laquelle une bande noire séparait Alassane de Ouattara. Au Congo on n’a eu cure de se moquer d’un chef d’Etat constamment en tournée de gamelle. En Suisse, le banquier, carré sur les principes, lui aurait dit qu’il n’y a pas d’Alassane Ouattara dans ses livres de comptes, avant de tourner les talons.

Joseph Marat

« Les nègres de maison »

Je n’y ai pas cru au départ. J’ai même pensé qu’elle émanait des officines des activistes comme Kemi Seba et qu’elle se laisserait couvrir, avec le temps, par le brouillard poussiéreux de la contrattaque de la communauté dite internationale. Quand elle est devenue un sujet à l’ordre du jour du sommet des Chefs d’Etats Africains, j’ai continué d’être sceptique. J’ai cru à un coup de bluff. Il a fallu que j’entende Kofi Annan et Desmond Tutu donner leur avis sur la question pour que je me réveille de désespérer de mon continent. Le premier, certainement à la sortie d’une audience que venait de lui accorder Jacob Zuma a dit que ce serait une honte pour l’Afrique de sortir de la CPI. Le second a rué dans les brancards des autorités africaines en dénonçant le fait qu’elles veulent se tailler une immunité sur mesure et être au dessus de la loi dans leur pays. La cognée a été portée dans la fourmilière du système et les esclavagistes ont lâché les mieux domptés d’entre nous pour nous ramener dans le rang.
L’image est assez pathétique. C’est à se demander si l’histoire est linéaire ou cyclique. Au moment où Kofi Annan demandait à Affi N’Guessan de rentrer dans le gouvernement de Ouattara, un ami m’a appelé pour me poser une question suggestive. « Vois-tu une différence entre Ouattara et Kofi Annan ? » apparemment oui. Il y en a des multitudes. Mais dans le fond ce sont les mêmes personnalités formatés par le même système impérialiste. Ils ont été cooptés tous deux, à un moment donné de leur parcours, par le système, appartenu par voie de conséquence au monde de la finance et de la politique internationale et se sont mariés en deuxième nonce à des juives. Les deux ne peuvent pas avoir de points de vu divergents. Ils sont les fruits d’un investissement à long terme pour servir le système impérialiste. Ce sont des blancs qui portent un masque noir. C’est d’eux que parlent Marcus Garvey et Malcom X dans leur description du « nègre de maison » par opposition au « nègre des champs ». « Le nègre de maison, lui, vit, respire et se règle sur le pas de son maître et de sa famille. Il est majordome, cuisinière, servante ou mieux encore nourrice. Il aurait même la possibilité de racheter sa liberté ou de s’émanciper quand la bonne fortune le met entre les mains d’un maître éclairé, mais n’en veut pas vraiment car elle l’éloignerait de sa protection et ses bienfaits. Il voit même dans le droit de cuissage exercé par son maître ou ses fils une chance de purification de sa descendance, et accepte les châtiments corporels comme une œuvre de redressement moral salutaire pour lui ».
Kofi Annan n’est donc pas venu en Côte d’Ivoire pour tordre le bras à Ouattara comme j’ai cru le lire dans la presse de l’opposition ces derniers jours. Et sa croisade contre la sortie de la CPI des Etats africains ne relève aucunement d’une réminiscence de sa filiation africaine. Il est en mission tout comme Desmond Toutou dont je fais la promesse de revenir sur la plaidoirie pour une Afrique-marchepieds.
Les esclaves de maisons sont en réalité des géants aux pieds d’argile. On les reconnait à la tremblote qui s’empare d’eux dès qu’une moindre idée lumineuse jaillit du cerveau de ceux qu’ils contribuent à opprimer. La frénésie diplomatique qui a secoué les Elders, m’a rappelé la sortie pathétique de Ban Ki-moon pendant la crise postélectorale de 2010 en Côte d’Ivoire. Quand le président Laurent Gbagbo a proposé le recomptage des voix pour solder le contentieux électoral, le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies censée épuiser toutes les voies pacifiques de recours pour préserver la paix dans les nations a eu la malheureuse idée que cela serait injuste. On était loin de penser qu’il pouvait confondre justice et droit du plus fort en cautionnant le bombardement des Institutions d’une République pour faire droit à son idée de justice dans une crise électorale. Ils sont reconnaissables, non pas par la couleur de leur peau ou la forme de leurs yeux, mais par la contorsion de leur discours qui perd pieds devant le réveil de l’opprimé.
Kofi Annan a cru dire une chose très importante en déclarant que ce serait un honte pour les Etats africains de sortir de la CPI. Ce sera quoi alors pour ceux qui n’ont pas daigné ratifier le traité de Rome? C’est par cette forme de racisme condescendant qui veut faire croire que les Africains doivent se mouvoir à la marge de l’universalité, et se tailler l’image d’une humanité spécifique, peu ordinaire, gobant le rejet des autres, qu’on reconnait les esclaves de maison. Desmond Tutu, cet évêque anglican à qui on aurait confié le bon Dieu sans confession pour la cause des victimes de l’apartheid n’échappe pas à cette catégorie de nègre-verge. Sa déclaration à la veille du sommet de l’Union Africaine arrache la palme de l’idiosyncrasie : « Chers amis, D'ici deux jours, les dirigeants africains pourraient décider de se retirer de la Cour Pénale internationale, un des outils les plus prometteurs pour affronter et sanctionner les génocides et crimes contre l'humanité.(…) Mais les dirigeants du Soudan et du Kenya, qui ont répandu la peur et la terreur dans leur pays, tentent de faire sortir l’Afrique de la CPI, ce qui leur permettrait de tuer, de violer et d'inciter à la violence et à la haine en toute impunité. Je sais qu'ensemble nous pouvons empêcher cela. Rejoignez mon appel pour que les voix de la raison l'emportent au sein de l'Union africaine et fassent triompher la justice -- ensemble, protégeons cette institution cruciale(…) C’est une lumière dans le noir que l’on ne peut laisser s’éteindre. » Le drame n’est pas dans le fait que Desmond Tutu considère la CPI comme une « institution cruciale… lumière dans le noir » qu’il faille défendre coute que coute. C’est normal. La CPI est l’instrument de ses maîtres fouetteurs. Nous nous demandons seulement si ce monsieur est encore capable d’ouvrir les yeux et l’esprit pour penser l’impunité et la justice dans le cadre de la souveraineté des Etats africains. Oui, il ne faut pas laisser les Chefs se mettre au dessus des lois de leurs Etats et massacrer leur peuple, mais est-ce en restant des Etats vassaux des autres qu’on assure la justice chez soi. Tutu oublie que le moins qu’on puisse subir dans ce cas de figure est l’injustice de ceux à qui on est soumis. J’aurai signé la pétition de Desmond Tutu s’il avait eu l’intelligence de proposer que l’Union Africaine crée sa propre Cour Pénale Internationale.

Joseph Marat