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jeudi, 16 janvier 2014

Entre bombardement et bavardage, un monarque nous est-il né ?

Je suis difficilement arrivé à bout de la chronique d’Oumou Dosso dans le Fraternité Matin du lundi 06 janvier 2014. Pris entre le dépit et la révolte j’en étais à me demander s’il fallait définitivement désespérer du pouvoir actuel et de son intelligentsia. Je peux avoir mal lu et donc mal compris l’idée de la compatriote Oumou, mais si ce n’est pas de l’ironie son « Et si on expérimentait la monarchie » est intellectuellement indigeste. Et, elle en est certainement là parce qu’elle écarte le discernement rationnel devant le texte de Thomas Hobbes. Je ne suis pas un spécialiste du philosophe anglais, mais le peu que j’ai appris de mes maîtres est qu’il part d’un postulat tout comme Jean Jacques Rousseau. Pour lui, l’homme étant essentiellement mauvais, il lui faut la crainte d’un Léviathan pour le contenir dans les liens de l’Etat. Pour Rousseau, l’homme est bon naturellement c’est la société qui le corrompt. Les deux, dans l’inversion de leur raisonnement, font le même constat de la nature advenue ou naturelle de l’homme. Ce sont les solutions qu’ils proposent qui divergent apparemment. Je dis apparemment parce qu’une exégèse poussée conclurait à la similarité des vues de Hobbes et Rousseau quant à la naissance des Etats modernes. De l’Etat de nature de Hobbes à la société corrompue de Rousseau, le Léviathan n’est rien d’autre que le symbole de la rationalité qui régit la société dans un Etat moderne. Le respect des Institutions d’une République fonctionnent exactement comme la crainte que devrait avoir un loup pour ne pas l’être pour l’autre. Le retour au solitaire des bois mystiques (dozos) ou à la jungle (rébellion sauvage) n’est donc pas nécessaire au point de proposer l’expérimentation d’une monarchie. Il suffit seulement de s’asseoir et de se mettre d’accord sur les lois qui doivent régir notre vivre ensemble. Ce n’est pas du bavardage. Au contraire c’est la voie du salut pour celui que les militants du Rdr veulent couronner comme monarque. Et là, la polysémie des mots qui en fait des symboles ou instruments de langage m’emmène à dire que le président de la République est un monarque oint par la volonté générale ou le suffrage universel. En clair, si Ouattara veut être le monarque des Ivoiriens qui sont désormais loin historiquement de l’Etat de nature et qui pensent désormais Etat moderne, il lui faut montrer pattes blanches par rapport aux principes élémentaires d’une « République monarchique ». La Constitution de 2000 dit qu’il est inéligible, qu’il ne peut être oint par les Ivoiriens pour être leur monarque. Les bombardements de 2011 des Institutions Républicaines ont fait de lui un monarque de fait. Oumou Dosso et le Rdr sont-ils en train de nous préparer à devenir des sujets craintifs de la monarchie de Ouattara ? On comprend aisément cette allergie que le régime actuel fait à la Constitution ivoirienne. Elle est un épouvantail pour celui qui veut inspirer la crainte. Sauf que si les Ivoiriens ont tourné la page des Etats de nature et fait le choix des bavardages qui préservent la vie des hommes, j’ai bien peurs que Ouattara et ses sous-fifres se soient trompés de peuple et d’époque.

Joseph Marat

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