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jeudi, 16 janvier 2014

Oumou Dosso ou l’esthétique d’une doxa sur le patriotisme

Elle se nomme Oumou Dosso. Elle est chroniqueuse dans l’organe pro-gouvernemental Fraternité Matin. Elle a pondu le vendredi 11 octobre dernier deux pages d’écrits sur « l’esthétique du discours "patriotisé" ou discours belliqueux » J’avoue que je ne la lisais jamais. Une erreur qu’il a fallu que je corrige parce qu’elle a soulevé une polémique autour de la notion de "patriote" sur un ton qui rappelle cette réflexion d’un ami qui trouve que pour mieux abattre l’ennemi il faut le fabriqué. Dans le texte Oumou Dosso participe de cette fabrique des patriotes à ostraciser et exterminer. C’est de bonne guerre et il n’y a rien de surprenant. Seulement en donnant des contours scientifiques à des propos viscéralement subjectifs, elle fait de la prestidigitation. Il a fallu réagir afin de montrer les limites de cette magie qui tend à remettre en cause la conviction de ceux qui, parce qu’ils s’aiment, défendent leur patrie contre la prédation. Franklin Nyamsi, l’un des inspirateurs d’Oumou Dosso a même dit quelque part qu’on ne pouvait pas reprocher à Soro Guillaume d’avoir une claire conscience de ses intérêts. Et les intérêts de l’ex-rebelle sont connus : la charte du nord, braquage des banques et de l’Etat pour un enrichissement personnel. Je ne recommanderai à personne de lire le texte d’Oumou. Ce serait une perte de temps précieux parce qu’elle a tenté de dire en mille mots une seule chose : les patriotes sont des pestiférés et attardés sociaux dangereux. Pour l’équilibre du discours et pour ne pas être prise, soi-même, pour une personne qui délire, il aurait mieux valu qu’Oumou Dosso nous décrive la ligne de conduite des gens normaux. Quelle est l’esthétique du discours non-patriotisé ? Le bon sens veut qu’avant de stigmatiser les marginaux, il faille montrer, au minimum le caractère des normaux. Après un discours essentiellement réactif, plein de ressentiments, nous attendons d’Oumou Dosso qu’elle crée des valeurs ou parle des valeurs à suivre. Sans quoi, si elle avait la prétention d’avoir philosopher, elle se leurre parce que ceux qui peuvent la lire connaissent bien le chemin de la dialectique. « C’est du chaos de la contradiction que jaillit la vérité » nous dit Nietzsche. Montrer que le patriote est dangereux, sans montrer en quoi son contraire, est plus avenant dans une république laissera inachevée une réflexion qui n’en avait pas la prétention. C’est d’ailleurs cette invitation à compléter sa réflexion qui transparait à mon sens dans les deux réactions que je vous donne en partage maintenant.

Cette première réaction est celle que j’ai eu instantanément quand un patriote, et fier de l’être, m’a signalé ce texte d’Oumou Dosso qu’il a eu du mal lire. Dès que j’ai fini de le lire, j’ai ouvert ma boite électronique pour lui envoyer ceci : « J’ai compris pourquoi tu n'y as rien compris. Justement l'auteur a écrit pour perdre même les initiés au discours hégélien ou heideggérien. Et c'est là, le paradoxe de cette publication. A qui Oumou Dosso s'adresse-t-elle ? Apparemment au cercle fermé des philosophes qui ont des pré-requis et qui pourraient voir derrière les jeux de mots, une certaine cohérence d'un discours qui parle d'ouverture tout en restant fermé. Mais même là, je ne pense pas qu’Oumou Dosso ait fait preuve de beaucoup de pertinence et de maîtrise des instruments philosophiques qui lui auraient permis de faire une bonne psychanalyse du discours "patriotisé". On ne sait pas d'où elle part et où elle va parce qu'elle omet, minée par le complexe du pirate, de définir ses éléments de langage. Elle semble ignorer que les mots sont par nature polysémiques. Ils s'éclatent dans tous les sens et s’interprètent en fonction des perspectives. C'est pourquoi leur usage ou leur invention libre obéit à une règle simple : situer le domaine de définition et l’espace contextuel. Cette démarche n'est pas seulement mathématique, elle est intellectuelle depuis la théorie de la relativité d’Einstein. Sans cela, vous aurez beau pirater les manières hégéliennes de penser, vous exposez vos limites. Personne ne peut comprendre votre discours qui mêle finalement la subjectivité à la prétention d'être objectif.
A part la démonstration laborieuse de cette idée fixe que les patriotes sont des Nazis et que le style humoristique d'Adama Dahico est inhumain, Oumou Dosso nous apprend-elle autre chose ? Ou bien, faut-il se garder de la cataloguer et lui accorder le bénéfice de l'esprit ouvert pour que, dans une prochaine production, non seulement elle corrige sa démarche mais aussi nous fasse percevoir ce que peut bien être "l'esthétique" du discours dozoïsé ou discours armé"? Parce que si l'espace de la politique est celui de la parole, quelle que soit sa nature, comme elle semble le dire au début de son texte, elle n'aura rien dis ou elle aura noirci les pages de Fraternité Matin d’un écrit brumeux tant qu'elle n'aura pas montré ce que viennent faire les armes, là où on demande aux Hommes de seulement parler aux autres.
Celui qui a inspiré tous les discours patriotiques, qu’Oumou fustige, a surtout dit « asseyons-nous et discutons » et « recomptons les voix ». Celui à qui il le disait est celui qui a engendré la charte du nord, qui a divisé par son milieu la carte nationale sur son journal paradoxalement nommé Le Patriote, entrainé la chute violente de tous les régimes qu'il a jugé moribonds, financé la rébellion, proclamé le rattrapage ethnique... Si Oumou Dosso ne peut pas nous dire qui est l'esthète politique entre les deux, permets-moi, de tourner la page chaque fois que je verrai ce nom signer un texte. »

Le veilleur et éveilleur qui m’a signalé le texte au vitriole sur le patriotisme d’Oumou Dosso m’a fait parvenir plusieurs réactions. Je publie celle-ci et j’arrête cet honneur que je fais à cette amie de fac qui déçoit de s’asseoir sur son esprit critique pour laisser s’exprimer son "moi" irrationnel. Un "moi" qui n’a aucun mérite à rester attaché à la défense, sans hauteur, de sa "case". C’est ce que font trivialement tous « les prisonniers de la caverne ». Un penseur, même dans la défense de ses intérêts bassement matériels devrait prendre, face à l’immédiateté sensible, la distance qu’impose l’élévation dialectique. Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Oumou Dosso et qu’on est RDR qu’on devrait, dans une sorte de manichéisme intellectuellement désuet, voir le mal dans l’autre et canoniser son clan. Ce n’est pas ce que nos maîtres nous apprennent en philosophie.

« Je viens de terminer le texte de Oumou ; un calvaire intellectuel. Du pédantisme à l'agressivité inutile. C'est une doctorante de philo, transfuge de l'Ecole de musique de L'INSAAC et qui travaille sur Heidegger avec Dibi. Il n'est donc pas étonnant de retrouver certaines expressions de Nyamsi, de Dibi et autres. (Ça c'est mon côté préjugés que j'assume) J'ai eu des prises de bec intellectuelles avec elle sur le rôle des intellectuels. Elle m'a sorti la rengaine des illettrés du genre : les intellectuels ont échoué, ils ne font rien, ils cherchent de l'argent et tutti quanti. Revenons-en à son texte. Selon moi, elle part d'un préjugé et d'un présupposé : le discours patriotisé (un néologisme) est un discours vulgaire, passionné, mensonger et totalitariste. Le reste du texte a été habillé avec sa formation de musicienne pour essayer de nous convaincre de deux idées superflues: elle est instruite, les autres, les patriotes, sont cons. Dans une vie passée, peut-être que j'aurais tenu un tel discours manichéen qui a l'outrecuidance de penser que les autres ne pensent pas toujours bien parce qu'ils sont dans une logique différente de la nôtre et ont des choix politiques ou affectifs également différents. Evidemment, Frat/Mat donne l'impression, dans certains de ses textes, de confondre défendre un parti politique et servir l'Etat. La confusion entre gouvernement et Etat, aboutit à des excès de ce genre qui radicalise la pensée des autres en les présentant comme pensée belliqueuse. Etre contre la politique d'un gouvernement, ne fait pas de nous des imbéciles dangereux. La fin de son texte peut lui être retournée: "La démesure bannit l'harmonie, la conciliation et le sens de la mesure (sic). Au total, c'est un discours fauteur de troubles, un discours dangereux". Ce qu'elle dit, est une reprise tropicalisé des critiques du nazisme et d’Hitler. D'ailleurs, tous ces gens-là, ne sortent que ce seul exemple de discours totalitariste. Ils font comme si Hitler était un imbécile, un ignare. Ils s'appuient sans doute sur la caricature que Charlie Chaplin fait de Hitler ».


Joseph Marat

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