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mercredi, 11 mars 2015

Appel de Daoukro : indignation hypocrite des media français

« Congrès extraordinaire du PDCI : les révélations gênantes des média français ». Ce titre est certainement de la rédaction du journal « Aujourd’hui » qui relayait ainsi le reportage de Maureen Grisot, correspondante de RFI à Abidjan. Les temps forts du texte qui justifient le titre sont les suivants :
« On se croirait à la meilleure époque de l’Union soviétique » ; « Henri Konan Bédié a réussi à faire entériner par les dirigeants du PDCI l’impensable pour un parti politique : ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2015 » ; « 98,84 % des militants ont approuvé cette mesure, un score brejnévien brandi sans complexe » ; « un membre du bureau politique dit que les voix discordantes ne sont pas les bienvenues » ; « J’avais critiqué “l’appel de Daoukro” lors d’une précédente réunion, le lendemain mon chef m’a dit que je risquais d’être mis au placard si je ne mettais pas de l’eau dans mon vin », soupire ce fonctionnaire qui préfère garder l’anonymat. » ; « C’est dans un unanimisme presque angoissant que l’appel de Daoukro a été adopté »
Tout est pratiquement dit sur le caractère bolchevique de l’appel de Daoukro. Un texte de reportage qui aligne des expressions du genre : « impensable pour un parti politique ; score brejnévien ; voix discordantes indésirable ; unanimisme angoissant », est forcement réprobateur. Quand on croit naïvement que ceux qui gouvernent actuellement la Côte d’Ivoire sont des démocrates et que les dictateurs sont devant les tribunaux à travers le monde, il va de soi qu’on soit abusé par l’appel de Daoukro. N’empêche que la question demeure : les medias français sont réellement gênés par le caractère totalitaire du congrès qui a entériné le deal de Bédié et Ouattara ? La gêne n’est-elle pas feinte ? N’est-ce pas la même hypocrisie légendaire qu’on a désormais coutume de trouver à Rfi, l’une des voix attitrée de la communauté dite internationale ? C’est du pain béni. Nous ne cracherons pas sur cette lucidité superficielle et passagère qui traverse, comme un météore, les rares journalistes de la françafrique devant le manque de tact de leurs poulains tropicaux. Cela leur donne l’illusion, à eux, qu’il leur arrive de s’émouvoir devant des grossièretés politiques. Mais nous ne sommes pas dupes. On a passé l’âge de croire au père noël. En 2010, toute l’année durant ces media ont publié, à intervalle régulier, des sondages donnant tous Laurent Gbagbo vainqueurs des présidentielles de cette année là. Une analyse pointue de Norbert Navarro avait démontré, chiffre et considérations sociopolitiques à l’appui qu’il était quasi impossible de voir Laurent Gbagbo perdre les élections de 2010, devant Bédié et Ouattara réunis. Une certaine Tatiana Mousso de France 24, dans une sorte de naïveté digne d’une première venue, s’était offusquée de la mascarade de l’hôtel du golf. Elle ne savait pas qu’elle s’y rendait ce jour-là pour couvrir la proclamation des résultats par Youssouf Bakayoko.
Cette presse, prompte aux boniments quand ce n’est pas nécessaire, s’est retrouvé aussitôt dans le camp des forces rétrogrades quand il fallait défendre les valeurs démocratiques. Elle a escorté des hordes de rebelles, de zozo et de dozos jusqu’aux portes de la présidence d’une République, couvert le bombardement de la résidence d’un chef d’Etat et a royalement ignoré l’appel au recomptage de voix lancé par celui qu’elle avait présenté comme le super favori.

Joseph Marat