UA-108822782-1
topblog Ivoire blogs

jeudi, 06 septembre 2018

Décidément Mortifère

Le rapport que le régime actuel entretient avec le concept de cimetière est décidément intriguant. Le célèbre regard du Président Laurent Gbagbo, écarquillant les yeux pour moquer ceux qui voyaient en Ouattara la solution à tous les maux de la Côte d'Ivoire commence à être perçu par les mêmes comme une véritable prophétie : Gbagbo kafissa. Et pourtant, il n'était pas nécessaire de regarder dans une marre de café pour voir que des jours macabres nous attendaient sous Alassane Ouattara. Aussi loin que je me souvienne, en mai 1991, ce dernier était le premier ministre d'Houphouët Boigny quand la Force d’Intervention rapide para commando (Firpac), une unite d’élite de l’armée ivoirienne, dirigée par le commandant Faizan Bi fait une descente musclée dans la cité universitaire de Yopougon et se livre aux pires exactions: viols d’étudiantes, tortures, arrestations. Cette pratique a consacré une chose : la mort de l'époque de gloire des étudiants. La base de la pyramide de l'éducation fut profondément aussi impactée. Défier la mort parce qu'on désespère du lendemain devint un jeu dans les écoles. La découverte du charnier de Yopougon a été un événement au sommet dans la manipulation des cadavres. Il y en a eu qui sont sortis des décombres, juste pour témoigner et manipuler l'opinion. On a compté des corps aux pieds de luminaires célébrant les festivités d’une fin d'année...Par pure honnêteté, Laurent Gbagbo dit avoir accédé au pouvoir de façon calamiteuse. On pourrait lui accorder le bénéfice d'un accident involontaire. En revanche, la terreur qui a prévalue à l'occasion de l'accession au pouvoir du Rdr était carrément un mode opératoire. La mort a été portée jusqu'au cœur des symboles de l'Etat. La résidence présidentielle de l'ex-régime est encore un tas de gravats et des endroits portent encore la marque de la haine qu’on voue aux populations ivoiriennes. Le Rdr a-t-elle la mort dans la peau ? L’un des secrétaires généraux de parti l’a même officiellement revendiqué. Il a fini par hérité du nom de « cimetière » parce qu’il a été jusqu’à dire sans sourciller que celui qui a affaire à Ouattara finit au cimetière. La logique du gel des avoirs tourne en plein régime. Les opposants continuent de mourir en exil par manque de soins adéquats… Le chapelet des faits illustrant ce pacte avec la mort et la destruction est interminable, mais nous étions loin de penser qu’il pouvait se cristalliser dans le squat des cimetières des personnes déguerpies de leur lieu d’habitation. Pour la petite histoire et comme s’il fallait rire pour ne pas mourir de la cruauté des faits, un post sur les réseaux sociaux condense dans un échange toute la politique mortifère du Rdr. Un certain Parfait Amani écrit ceci : « Je suis ivoirien du nord, j’ai voté ADO et il a cassé ma maison. Je dors au cimetière. Pourtant je suis vivant. Que dois-je faire ? ». Un commentateur, Tamiastelle Dore, lui répond ceci : « il faut mourir mon frère, sinon il va venir casser cimetière là aussi ». Nous ne manquons pas d’humour. Il développe chez l’Ivoirien un sens aigu de l’art de la dérision. Un célèbre penseur dit à juste titre ceci : « cultivons l’art pour ne pas mourir de la vérité ». Est-ce, ce qui nous fait vivre en attendant Godot ?

joseph Marat

Écrire un commentaire