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jeudi, 28 juin 2012

Arnaqués sur la qualité du produit


Est-ce un don, un art ou un manque total de tact. A chacun son jugement devant la prouesse d’Alassane Ouattara, l’homme qui a réussi en moins d’un an de gouvernance à se mettre à dos les plus irréductibles de ses soutiens. Hier matin, un collègue me transmet l’information assez précieuse que les diplomates onusiens de l’ONUCI étaient divisés sur la façon dont s’est passée l’extradition du Liberia des 41 supposés miliciens pro-Gbagbo. Je m’étais quelque peu étonné de cette subite fièvre morale de ces diplomates qui ont cautionné le bombardement d’un palais présidentiel et qui continuent de rester muets comme des carpes devant toutes les exactions perpétrées par l’armée d’Alassane Ouattara à travers tout le pays. Quelques heures plus tard, une dépêche de la Lettre du Continent vient nous apporter une autre information selon laquelle le gouvernement américain s’exaspère de la politique d’Alassane Ouattara. Et que même le sulfureux Phillip Carter III n’hésiterait plus, en privé, à ruer dans les brancards du régime d’Abidjan. Dénonçant le blocage du processus de réconciliation et l’immunité relative dont jouissent tous les chefs de guerre que l’administration américaine voudrait voir traduits devant la justice internationale. Fort des leçons de notre passé qui performe encore notre présent, je me suis refusé à croire que ces diplomates puissent montrer ostensiblement qu’ils ont lâché leur poulain pour si peu. Et je continue d’en douter pour m’éviter les surprises qui ont très souvent été très désagréables avec ces mercenaires connus pompeusement sous le vocable de communauté internationale. Aucune logique, aucune raison n’ont jamais justifié leur soutien à Alassane Ouattara. Pourquoi c’est aujourd’hui que les écailles leur tomberaient des yeux. Nous nous sommes tellement battus pour leur faire voir la vérité que leur subite lucidité nous parait évidemment suspecte. L’activisme de Carter III pour influencer l’issue des dernières élections présidentielles n’était pas feint. Il savait ce qu’il faisait. Et ce n’était certainement pas ainsi qu’il devrait espérer la réconciliation entre les Ivoiriens. Quant aux choqués de l’Onuci devant l’extradition des soi-disant miliciens, ils ont fait pire. En transportant dans leurs chars des rebelles contre une République, ils ont créé toutes les conditions de réalisation de ce qu’ils prétendent dénoncer aujourd’hui. Pourquoi toute cette salve d’indignations ? Même si nous pouvons nous permettre d’esquisser quelques pistes d’analyse, nous préférons garder notre scepticisme comme bouée de sauvetage. Alors qu’ils croyaient se battre pour un homme politique qui leur garantirait la sécurité de leurs intérêts, les diplomates occidentaux ne viennent-ils pas de se rendre compte que Ouattara Alassane leur a caché son jeu, celui d’être un homme d’Etat approximatif ?

Joseph Marat ( Aujourd'hui )

mercredi, 27 juin 2012

Ça de-gouverne (1)


Aucune œuvre humaine n’est parfaite. Tous les gouvernements du monde ont des défauts. Mais tous les gouvernements ne font pas la culture de leur faiblesse. Nous qui avons supporté et continuons de supporter la Refondation, nous ne nous faisions pas d’illusion surdimensionnée à son sujet. Elle avait ses tares, ses faiblesses. Des scandales ont émaillé la gouvernance de Laurent Gbagbo et nous comprenons même ceux qui, au bout des dix ans, étaient déçus et voulaient qu’il quitte le pouvoir. Mais pour peu qu’on soit de bonne foi, nous savions tous que les contingences politiques ne lui ont pas facilité la tâche. Il n’a pratiquement pas eu les mains libres pour déployer son programme de gouvernement et son projet de société. Dès les premières heures de son mandat, on lui a collé une rébellion sauvage et un gouvernement de crabes dans lequel nombreux sont ceux qui étaient en mission pour le compte de leur parti pour faire barrage à tout acte de bonne gouvernance. Malgré cette bourrasque de vent contraire, la Refondation a lutté pour ne pas faire de la mal gouvernance une culture. Le scandale politique ou économique en était vraiment, un parce qu’il est dans la nature d’un scandale d’être extraordinaire et non courant et ordinaire. Aujourd’hui avec du recul et avec les langues qui se délient, il y a eu en réalité des scandales, parce que la Refondation étaient confrontée à un gouvernement hybride qui n’était pas le sien en propre et qui était composé de personnes en mission de sabotage. C’est Cissé Bacongo qui affirme qu’ils étaient en mission dans le gouvernement de Laurent Gbagbo. Ce sont Adama Bictogo et autres qu’on cite dans le scandale des déchets toxiques, les détournements de fonds dans le milieu du café cacao n’épargnent pas le ministre Gon Coulibaly… Loin de nous l’idée de penser que les refondateurs sont blancs comme neige dans l’affaire, mais il y a une chose qu’il faut reconnaitre dans la gouvernance handicapée de Laurent Gbagbo, il mettait tout en œuvre pour avancer. Le président avait une vision, une vision axée sur la philosophie de l’orphelin, de la conquête de notre véritable souveraineté et il faisait tout ce qu’il peut pour la réaliser. C’est de cette vision émancipatrice qu’ont découlé les hauts faits de gouvernance que la Côte d’Ivoire a connus ces dix dernières années. Le succès du budget sécurisé pour montrer au monde entier qu’un pays africain peut vivre sans assistance financière ou Programme d’Ajustement Structurel. La politique de décentralisation en tout début de mandat pour injecter des ressources équitablement reparties dans le développement harmonisé de tout le pays. Une rupture avec la démarche népotiste qui a longtemps consisté à ne développer que la région d’origine du président. Le transfert de la capitale à Yamoussoukro avec les grands travaux de construction et la poursuite du prolongement de l’autoroute du nord. L’école gratuite et l’assurance maladie universelle étaient des projets ambitieux et salutaires pour un peuple qui a besoin de s’enraciner dans le social pour construire un développement sans clivage et sans déchets sociaux… Laurent Gbagbo ne nous a pas fait seulement rêver le progrès, il nous a fait voir qu’en rêvant ensemble tout était possible.…

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

L’échec programmé de Banny


Le gouvernement de Alassane Ouattara et Charles Konan Banny ont échoué à réconcilier les Ivoiriens parce que dans le fond, ils n’ont pas été intéressés par sa signification. Au propre comme au figuré, dans la forme comme dans le fond, ils ignorent le sens de la réconciliation pour un état comme la Côte d’Ivoire. Et ils n’en ont tellement rien à faire que depuis plus d’un an, disons depuis le début, ils se cassent le nez, mais ils n’en ont cure. Au point qu’il est presqu’inapproprié de dire qu’ils ont échoué. Ils n’ont en fait jamais essayé de réconcilier les Ivoiriens, parce qu’ils ne se sont jamais engagés dans la voie de la réconciliation. Pour le besoin de la cause j’ai bien voulu remonter à l’hygiène de l’interprétation du mot réconciliation. Le Larousse en ligne enseigne que c’est le fait de réconcilier et que réconcilier veut dire : « Ramener des personnes à la bonne entente, rétablir entre elles des relations amicales.» Ce qui présuppose évidemment que les personnes ou les parties à concilier sont en conflit. Après la crise postélectorale que nous avons connue, il a été bien inspiré de vouloir réconcilier les Ivoiriens. Encore faut-il qu’on fasse l’effort d’en épouser l’esprit. D’aucuns ont voulu enraciner l’échec de cette réconciliation dans le choix de la personne de Banny. Je pense que non ! L’initiateur d’une réconciliation peut être une partie du conflit. Ce qui est en cause n’est donc pas le choix de Banny. Aujourd’hui, par rétrospection Charles Konan Banny consacre l’échec de cette réconciliation nationale parce qu’il n’a pas été capable de se départir de sa rancœur et de sa haine viscérale pour l’un des partis qu’il doit réconcilier. En clair, l’homme s’est engager dans la réconciliation en voulant recréer de façon absurde les conditions du conflit. Banny n’a pas pris de la hauteur et a refusé de se vêtir de l’habit du conciliateur le jour où il a pensé qu’il pouvait réussir sa mission sans Laurent Gbagbo. Des cet instant, l’homme avait déjà, lui-même, mis des bâtons dans ses propres roues. Son équipe et lui se plaignent aujourd’hui que le gouvernement d’Alassane Ouattara sabote son action. Ils oublient que ce sont eux qui leur ont envoyé le signal qu’ils avaient raison sur toute la ligne et que le moins qu’ils pouvaient attendre des autres est qu’ils viennent se mettre à genoux devant eux pour implorer leur pardon. Banny a donc perverti l’esprit de la réconciliation en faisant croire à une partie qu’elle se résumerait à la soumission, à l’aplatissement d’un camp dans la totale reconnaissance de ses torts et l’oubli de ses propres griefs contre les vainqueurs. A la suite de la justice des vainqueurs, Banny a lancé la réconciliation du vainqueur. Apparemment tout comme la première, celle-ci ne pouvait qu’échouer. Tout ce qui reste à Banny aujourd’hui, pour l’honneur, c’est sa démission. Toute tentative de rafistolage sera perçue comme un acte de trahison par le camp Ouattara qui est déjà trop avancé dans l’idée que les pro-Gbagbo doivent se soumettre ou périr.

Joseph Marat ( Aujourd’hui )

Au nom des étrangers ?

« Le domaine foncier rural est constitué par l’ensemble des terres mises en valeur ou non et quelle que soit la nature de la mise en valeur. Il constitue un patrimoine national auquel toute personne physique ou morale peut accéder. Toutefois seuls l’Etat, les collectivités publiques et les personnes physiques ivoiriennes sont admises à en être propriétaires » ainsi est stipulé l’article 1 de la loi de 1998 sur le foncier rural. Il en résume l’esprit et toute la volonté politique de protéger le patrimoine foncier rural contre toute prévarication et tous les conflits qui pourraient naitre entre des particuliers disputant son appartenance. Avant toute sa déclinaison qui situe sur toutes les conditionnalités d’appropriation, la loi est claire : la terre appartient à l’Etat. Le particulier qui veut s’en approprier une parcelle doit être ivoirien après avoir rempli évidemment certaines conditions d’acquisition. Cette loi qui met fin à l’hérésie juridique de l’houphouëtisme qui voulait que la terre appartienne à celui qui la met en valeur, a été voté à l’unanimité des députés de la législature de 1998. C’est à cette loi que le gouvernement d’Alassane Ouattara veut, dans une sorte de précipitation douteuse, s’en prendre. Comment ? Le principal argument qu’il avance contre cette loi est qu’elle pue l’ivoirité. Une loi votée par un parlement ivoirien devrait-elle avoir une odeur autre qu’ivoirienne ? Pourquoi des parlementaires ivoiriens devraient-ils légiférer sur des lois de la CEDEAO ? Au-delà de ces interrogations qui révèlent l’absurdité de la démarche gouvernementale actuelle, il y a toute la problématique des intérêts du peuple ivoirien sur son propre territoire. On comprend, avec ces revendications saugrenues pour des passe-droits à des non-nationaux, que sous le prétexte de l’ivoirité on a fait la guerre aux Ivoiriens rien que parce qu’ils sont Ivoiriens. Puisque le concept mis en cause ici, pour dévoyer une loi nationale, n’a pas d’autre signification que « le fait d’être ivoirien ». En somme, Ouattara et son gouvernement veulent dire que cette loi sur le foncier n’est pas bonne parce qu’elle est ivoirienne. On a fait la guerre à tous les régimes depuis Bédié sous prétexte qu’ils sont ivoiritaires. Les accords de Marcoussis ont obligé la Côte d’ivoire à naturaliser plus de trois millions de burkinabé pour mettre fin à la « xénophobie » des Ivoiriens. Aujourd’hui on prend à peine des gants pour les spolier de leurs terres. Nous avons cru au départ que les pourfendeurs du concept de l’ivoirité étaient de bonne foi et s’attaquaient à ses formes vicieuses. Nous sommes obligés de nous rendre à l’évidence aujourd’hui que c’est le fait même d’être ivoirien qui est menacé dans toutes les reformes que veut initier Alassane Ouattara. Parce que nulle part il n’existe un chef d’Etat qui soit si engagé à combattre les intérêts de son peuple au profit d’un autre. Un candidat à l’élection présidentielle avait dit que son adversaire était un candidat de l’étranger. Nous étions loin de penser que cela pouvait être aussi vrai au sens propre.

Joseph Marat (Aujourd’hui)

La justice de l’opacité


Monsieur Koffi Charles est le président du réseau national des victimes des déchets toxiques en Côte d’Ivoire. Sans entrer dans les méandres de ce qui est devenu une nébuleuse d’affaires floues impliquant malfrats et moralistes de notre petite République bananière, je m’interroge encore sur l’esprit qui a animé le juge qui a bien voulu le condamner à 6 mois de prison fermes et de 5 ans de réclusion dans son village. Un collègue me dit que dans la profession, on ne commente pas la décision de justice. Mais a-t-on besoin de commenter une décision de justice ? Ou elle est juste ou elle ne l’est pas. Apparemment celle-ci n’est pas loin de renfermer trop de points d’ombre. Je ne suis pas un spécialiste de la justice, mais j’ai rarement vu qu’on condamne quelqu’un parce qu’il met à nu des malversations avérées. Adama Bictogo cité dans cette affaire a démissionné du gouvernement. Il aurait promis de rembourser ce qu’il a gardé par devers lui quant au dédommagement des victimes. Rien que cela est la preuve que monsieur Koffi Charles en sait un brin sur toute cette affaire sulfureuse de détournement des sommes faramineuses allouées par la compagnie Transfigura en guise de réparation des dommages que pourrait causer la toxine qu’elle a déversée sur le territoire ivoirien. Un juge soucieux de découvrir la vérité ne devrait-il pas diligenter une enquête plus approfondie sur la question et écouter et vérifier tout ce que le plaignant a à dire. A quelle logique répond l’arrestation, le jugement et cette condamnation sévère pour diffamation et trouble à l’ordre public de Charles Koffi justement au moment où celui-ci se dit prêt à faire éclater la vérité. Est-il normal que dans une République on condamne quelqu’un au silence parce qu’il veut apporter la preuve que des criminels à col blanc font main basse sur le bien des plus faibles ? Adama Bictogo et tous ceux qui sont cités dans l’affaire courent encore. Ils n’ont pas encore remboursé ce qu’ils disent eux-mêmes avoir volé. En réduisant Charles Koffi au silence, le juge peut-il nous dire qu’il n’y a pas de délit de détournement et que toutes les victimes vont bientôt percevoir leur dû ? Sans quoi il faudra craindre que Charles Koffi ne soit en fait le symbole d’une absence totale de justice dans notre pays.

Joseph Marat (Aujourd’hui)

La boucle va-t-elle se refermer ?


L’information a été reprise hier sur la toile sous la forme suivante : « ALERTE/PLAINTE CONTRE SORO A PARIS. Guillaume Soro, chef des ex-rebelles des Forces Nouvelles et ex-Premier ministre d'Alassane Ouattara, est nommément visé par une plainte avec constitution de partie civile pour "enlèvement, séquestration, et traitements inhumains et dégradants", dans le cadre de la détention arbitraire de Michel Gbagbo. Cette plainte vise également neuf (9) commandants de zone - dont Issiaka Ouattara, dit Wattao, et Fofié Kouakou. Elle a été déposée ce lundi 25 juin 2012 devant le doyen des juges d'instruction du Tribunal de Grande Instance de Paris par Maître Habiba Toure, avocate de la famille Gbagbo. Guillaume Soro, qui séjourne actuellement en région parisienne, précisément à Saint-Prix (95), est donc susceptible à tout moment d'être entendu par la justice française. » Sur le coup, je me suis posé la question suivante : « Pourquoi Soro ? » Oui pourquoi pas ? Mais cette plainte qui concerne certainement la période qui part du 11 avril 2011 à maintenant, nous semble ne pas directement indexer la rébellion de Guillaume Soro mais plutôt le chef des FRCI, en l’occurrence Alassane Ouattara. Il est vrai que l’auteur de « Pourquoi je suis devenu rebelle » était le chef de l’opération, mais Ouattara se prenait déjà pour le chef de l’Etat. Il devrait donc être pris pour le responsable de tout ce que Michel Gbagbo a subi. Je ne suis pas défenseur de la cause de l’ex-rebelle ivoirien, au contraire je me réjouirais qu’il soit rattrapé par tous ses crimes, mais je suis contraint d’avouer que cette plainte contre Soro à Paris a certainement ses raisons que mon entendement ignore encore. Pour combler ma curiosité et comprendre ce qui se passe, j’ai appelé un ami français qui tout en partageant la même perplexité que moi a tout de même ajouté que c’est peut-être une question de timing. Guillaume Soro passe actuellement du bon temps au bord de la Seine avec sa famille. Si, selon la célèbre réplique d’Aimé Césaire à un homme politique français, Michel Gbagbo n’était pas pris pour un français entièrement à part, mais pour un français à part entière, sa plainte devrait prospérer et déboucher sur l’arrestation de Guillaume Soro pour, au minimum, entendre qu’il se justifie sur la détention d’un citoyen français dans un camp de concentration dans le nord de la Côte d’Ivoire. Il faut rappeler que Michel Gbagbo est actuellement détenu à Bouna pour le seul délit d’être né du président Laurent Gbagbo.

Joseph Marat (Aujourd’hui)

vendredi, 22 juin 2012

Inhumanité d’outre tombe


Le journal pro-gouvernemental Fraternité Matin s’est fait l’écho de la démarche des avocats de l’Etat ivoirien auprès de la Cour Pénal internationale pour contrebalancer l’accusation portée contre leur client pour torture et mauvais traitement du président Laurent Gbagbo lors de son incarcération à Korhogo. « Laurent Gbagbo n’a subi aucun traitement inhumain ni dégradant ni, a fortiori, n’a été soumis à la torture et tenant compte des circonstances particulières dans lesquelles le conflit à plonger le système judiciaire ivoirien, ses droits ont été respectés. » ont souligné Jean Pierre Mignard et Jean Paul Benoit les avocats qui se sont subitement réveillés le 18 juin dernier pour nier les récriminations portées par le président Gbagbo depuis sa première comparution devant la CPI le 05 décembre 2011 dernier. Pourquoi a-t-il fallu six mois à l’Etat de Alassane Ouattara pour réagir à une accusation de torture sur la personne d’un ancien chef d’Etat ? Cette question est bonne à retenir pour susciter la réflexion. Mais là n’est certainement pas la préoccupation de fond. Au jeu des révélations de dernières minutes pour étouffer la défense de Gbagbo, les avocats du régime de Ouattara peuvent jouer à leur guise. Sauf que pour cette accusation précise, il y a longtemps que le débat a quitté le champ des supputations malhonnêtes. La CPI elle-même, après des expertises médicales, a établi la véracité de ce que le président Laurent Gbagbo avait déjà dit avoir subi. Aussi sommes-nous fondés à dire que la démarche des avocats d’Alassane Ouattara est un acte désespéré pour deux raisons. Premièrement vont-ils récuser ou poursuivre la Cour Pénal Internationale pour diffamation ou mensonge ? Leur manque de confiance en cette cour les conduira-t-il à lui reprendre le dossier Gbagbo ? Mais pour quelle autre cour à l’abri de la justice des vainqueurs ? Deuxièmement, ces avocats vont-il se rendre à la Haye pour exposer à la Cour ce que signifie pour eux un traitement humain ? Parce qu’apparemment pour ces messieurs, pour que le président Laurent Gbagbo parle de traitement inhumain, il aurait fallu qu’il le dise d’outre tombe. Puisqu’il a eu la vie sauve, il ne peut prétendre avoir été maltraité. Tenez vous bien, ces avocats soulignent dans leur document déposé auprès de la CPI qu’Alassane Ouattara s’étant investi particulièrement pour que Gbagbo ait la vie sauve, il ne peut donc prétendre avoir été victime de traitements inhumains. Vous comprenez avec moi qu’il n’y a pas que les mercenaires dozos qu’on a recrutés dans des champs de Sorgho. Même les avocats assimilent traitement inhumain à un assassinat. Je me refuse de douter de la compétence et de l’intelligence de ces avocats mais voilà où nous conduit, dans l’absurdité, l’obstination à vouloir défendre l’indéfendable.

Joseph Marat

Le PDCI et les piques à l’allié


Le PDCI, l’un des membres influent du RHDP ne se sent plus bien dans l’alliance. Mais on comprend aussi qu’il ne puisse pas le dire et rompre les liens. Objectivement, pour deux raisons qui montrent bien à quel régime nous avons affaire. Même les alliés n’échappent pas à la pression des tenailles du pouvoir. Le PDCI n’a pas le courage de dénoncer les dérives du pouvoir de Alassane Ouattara parce qu’il ne fait bon actuellement d’être opposant dans cette tyrannie qui ne dit pas son nom. L’exil, la misère, les enlèvements, les accusations de complot, les goulags du nord dans le meilleur des cas sinon la mort pour les moins chanceux, voici le sort des opposants sous Ouattara. Les dialogues qu’il initie avec ceux qu’il garde libres, servent à tromper la communauté internationale et à montrer le profil d’un régime qui discute avec ses opposants. C’est de la poudre aux yeux ! De deux, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Un poste de Premier ministre et quelques strapontins de ministères valent mieux que les promesses d’une révolte dont on n’est sûr d’en sortir vivant. Le PDCI est un parti de pouvoir. L’un de ses dignitaires avait dit qu’il n’a pas appris l’art de s’opposer. C’est pourquoi, depuis les indépendances, ce parti est de tous les gouvernements que la Côte d’Ivoire a connus. C’est la mentalité de celui qui veut toujours manger aussi. Il n’a pas le temps pour la révolte. Et pourtant cette fois, le repas semble indigeste. Le cuisinier est loin d’être un cordon bleu et il ne faut pas le lui faire savoir au risque de devenir soi-même le mets de résistance. Après tout ce le PDCI a sorti lors de la réunion de son bureau politique, il y a quelque temps contre le RDR, et malgré la réaction menaçante du parti au pouvoir, le PDCI vient de remettre le couvert en portant plainte contre son allié devant le représentant de l’Onu en Côte d’Ivoire. Djédjé Mady aurait clairement dit, lors d’une rencontre de son parti avec Bert Koenders, que la sécurité est inexistante en Côte d’Ivoire. Il n’y a pas deux façons de se révolter et d’envoyer des piques à l’allié politique en charge du dossier. Même si cette allusion devrait remonter avant la prise de pouvoir de ce dernier, dans la tête du dénonciateur, le RDR y est pour beaucoup dans la situation sécuritaire instable du pays depuis deux décennies. Au-delà, c’est un aveu d’échec total parce que les Ivoiriens n’oublieront jamais que cette coalition de partis politiques avait juré de faire revivre l’époque de Félix Houphouët Boigny en leur ramenant la paix et des cargos d’argent. Si le PDCI constate que son allié et lui ont échoué, il ne reste plus que l’orgueil, qui précède la chute, pour les empêcher de le dire clairement.

Joseph Marat

Bert Koenders veut justifier son salaire

Bert Koenders est le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en Côte d’Ivoire. Ce monsieur qui assure le service après vente du succès guerrier de Yongi Choi, nous semble moins agité que son prédécesseur Coréen. Cela va de soi. Il est censé gérer l’après Gbagbo qui, dans leur entendement, équivaut à une fin de mission tranquille. Ce matin, dans ma pérégrination sur le web, je suis tombé sur un texte qui rend compte du réveil subit du diplomate. Comme s’il venait d’arriver à Abidjan, ce qui par ailleurs n’est pas faux, Koenders s’inquiète de la teneur du langage des hommes politiques. Dans un communiqué rendu public, il relève que « L’Onuci est préoccupée par le retour d’une nouvelle vague de dérives de langage et de propos virulents de certains acteurs politiques» et que «L’Onuci a reçu le mandat de surveiller le comportement des médias et les propos incitant à la violence et de faire un rapport tous les mois, au comité des sanctions du Conseil de sécurité, de ses observations en la matière » Si nous partons de l’idée que c’est l’Onu qui fait cette interpellation, ce n’est pas trop tôt et c’est surprenant, parce que c’est la radio de cette organisation internationale qui tend ses microphones aux va-t-en guerre dans la crise ivoirienne. Quant à Koenders, il devrait savoir qu’en Côte d’Ivoire, il n’est pas le premier et ne sera pas certainement le dernier à demander aux Ivoiriens de pratiquer le « bon ton ». Il n’est certes pas mauvais pour un diplomate de prévenir les crises en demandant aux politiques de tempérer le niveau du ton dans leurs adresses sauf que dans le fond, cette démarche de bons offices ressemble bien a du saupoudrage dans une crise dont on contrôle toutes les ficelles. Les hommes politiques ne sont pas nerveux ou insultants pour le plaisir de l’être. Et nulle part, on n’a vu quelqu’un passer de vie à trépas pour avoir été insulté. Dans un cadre politique bien structuré, les politiques ne tiennent pas des propos incendiaires. Et des propos, quand ils ne sont qu’incendiaires, ne produisent pas en fait un incendie. Aussi Koenders devrait-il savoir que le problème est ailleurs. Les niveaux de tons des hommes politiques ne sont que la conséquence du dysfonctionnement de notre Etat. Nous avions naïvement pensé que l’ONUCI s’était implantée en Cote d’Ivoire pour aider notre pays divisé par une rébellion sauvage à sortir de la crise et consolider notre démocratie parce qu’en réalité dans une démocratie on n’interpelle pas les hommes politiques sur le ton de leur langage, ils savent qu’ils le payent cash. Nous étions loin de penser qu’elle viendrait soutenir la rébellion, bombarder nos institutions et soutenir un régime dictatorial. En revanche si Koenders ne veut faire que des interpellations oiseuses pour justifier son salaire, qu’il prenne toutes les déclarations du secrétaire général du parti au pouvoir depuis qu’il est là. Il comprendra que ce sont les mêmes qui incendient qui tiennent les propos incendiaires.

Joseph Marat

C’est le moment

Ce matin, j’ai voulu faire une réflexion sur la situation actuelle des Ivoiriens. J’ai eu cette expression amusante en tête : « on ne marche pas un peu » et je me suis rendu compte a quel point nous étions tous enfermés dans une prison de peur qui nous empêche de crier notre douleur même quand nous sommes piétinés. J’étais dans cette brume réflexive quand un ami qui me fait l’honneur de me titiller sur le réveil du Continent m’a envoyé ce texte de Patsaïëv Bro. Je préfère me contenter de le citer longuement : « La France vient de se doter d'une majorité Présidentielle et législative, jusqu'au Sénat et les conseils régionaux. Le changement est certainement en route. Mais, attention il faut éviter d’être euphorique quant à la Françafrique. Le PS et l'UMP mangeant dans la même gamelle à ce sujet. Il nous faut nous apprêter à battre le pavé pour rappeler à François Hollande sa promesse électorale, celle de mettre fin à ce système inique de rapport entre Etats. Les relations entre la France et les pays africains francophones devraient pouvoir trouver une nouvelle dynamique. Mais la France a trop d’intérêts financiers et politiques en Afrique pour concéder aussi facilement du terrain. Il faudra donc que les Africains eux-mêmes cherchent à s'imposer dans ce débat et prouvent qu'ils peuvent avancer sans se diviser et s'entre tuer pour un oui ou pour un non. Le moment semble plus favorable aujourd’hui. Le temps est venu pour l'Afrique de s’assurer une position confortable sur la scène politique mondiale, car le Parti Socialiste français sait désormais qu’il ne pourra pas y faire barrage impunément. La balle est donc dans le camp de l'Afrique. Il nous faut nous mobiliser contre les despotes qui font le lit de la Françafrique et qui ne sont là que pour assurer la pérennité de la colonisation sous une forme qui se cache sous le concept de démocratie imposée par des élections truquées et des bombes. Il nous faut aussi activer en France les réseaux associatifs qui militent en ce sens. Il existe des français qui partagent cette option d'égalité et de respect entre les peuples par l'établissement de relations gagnant-gagnant. Nous allons nous mettre en ordre de bataille pour faire fléchir cette politique d'un autre âge et mettre François Hollande devant ses responsabilités et engagements. Pour les Ivoiriens, il vous faut dépasser vos clivages politiques, vos rancœurs et vos haines distillées à grand renfort de médias peu scrupuleux destinés à vous diviser. Elevez vous au dessus des partis politiques. Imposez leur votre conviction d'en finir avec la Françafrique et d'installer chez vous une démocratie qui vous ressemble et vous rassemble, une démocratie qui n'est pas forcément un copier/coller de celle de l'occident, laquelle d'ailleurs, n'est pas universelle, et ne s’applique même pas sur tout l’espace européen malgré les apparences. Retenez que le peuple a toujours le dernier mot quand il est uni pour un objectif. S’il y a bien un thème qui devrait faire l'unanimité chez les Africains, c'est bien celui de combattre la Françafrique qui nous déshonore et nous humilie en nous spoliant de nos richesses. C'est à nous d'expliquer le rôle néfaste que jouent les dirigeants africains actuels empêchant un véritable développement de nos pays et surtout d'atteindre une véritable indépendance. Car tant que nous serons sous la domination du Franc CFA, nous n'aurons aucune marge de manœuvre dans nos choix de développement. Attention aussi aux pseudo-organisations qui brassent beaucoup de vent d'illusions pour tromper notre vigilance, nous faisant croire que l'Afrique bouge malgré tout. L'UA est incapable d'assurer sa propre sécurité et encore moins, son autonomie financière. Cet outil est un leurre pour endormir les consciences et donner l'impression que les Africains sont dans le concert des nations. Rien qu'au niveau du commerce intra-africain, les blocages de la Françafrique sont nombreux tout comme ceux de l'OMC. Les exemples sont nombreux, je n'ai pas besoin de m'appesantir sur ce sujet. Africains, nous avons devant nous une occasion de sortir de l'ornière du néocolonialisme. Ne la ratons pas, demain il sera trop tard pour notre génération et pour nos enfants ».

Joseph Marat