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mardi, 10 avril 2012

Le recueillement…en attendant l’aurore !


Aujourd’hui 11 avril 2012, il y a exactement un an que la Côte d’Ivoire a été poussée par derrière pour faire le pas décisif de la descente aux enfers. Le matin du lundi 11 avril 2011, un frère qui habitait dans un immeuble des environs du palais présidentiel de Cocody m’informe au téléphone en ces termes « il ne nous reste plus qu’à prier. De là où je suis, j’ai pu compter une cinquantaine de chars français qui fait mouvement vers le palais de la présidence. Après toute une nuit de bombardement, je pense que la France a décidé ce matin de porter l’estocade finale contre le régime du président Laurent Gbagbo.» La suite on la connaît. Les images ont fait le tour du monde. Les personnes habitées par une parcelle d’humanisme ont été indignées par ces images qui rappellent une fois de plus la barbarie séculaire des puissances occidentales contre tout leader africain qui ose réclamer la part de dignité et d’humanité pour son peuple. Par ces images toute l’histoire de l’Afrique s’est trouvée condensée. En esclaves, par nos propres frères interposés, les Occidentaux veulent continuer de nous traiter. Le film, d’aucuns diront «pornographique » pour mieux décrire le caractère pervers de la mentalité oppressive, du président Laurent Gbagbo en maillot de corps, essuyant avec une serviette de fortune la sueur de l’humiliation et du drame que vivait toute l’Afrique, nous rappelait non moins la déportation de Toussaint Louverture, celle de Samory Touré, mort dans un cachot au Gabon, l’opprobre jeté sur Kouamé Nkrumah, la séquestration 27 ans durant de Nelson Mandela et la disparition dans la brousse katangaise de Patrice Lumumba. Tout ceci, pour que prospèrent les valeurs d’un impérialisme esclavagisant.
Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir dans des conditions qu’il juge, lui-même par honnêteté, de calamiteuses. Alassane Dramane Ouattara y parvient dans des conditions qu’il juge plutôt démocratiques. Chacun pourra toujours faire la psychanalyse de chaque leader au regard des événements. Une chose est en revanche certaine, le char français qui transporte Dramane Ouattara au palais de la présidence (l’expression est de Marine Le Pen, une révoltée contre la Françafrique) est passé, selon les chiffres officiels que ses partisans brandissent inconsciemment, sur les corps de plus de 3000 Ivoiriens. Les conditions d’accession au pouvoir d’Etat n’ont jamais été autant catastrophiques. Et c’est l’un des leurs, tiraillé et aiguillonné par le dépôt de culture humaniste qui performe le regard de la lucidité de ceux qui s’y brulent réellement qui le dit dans son dernier livre-témoignage D’espérance et de douleur vives : « ce jour-là mon pays était tombé dans les tréfonds des âges primaires » Ibrahim Sy Savané, recrue de la rébellion de Soro Guillaume et ministre de la communication sous le président Laurent Gbagbo n’a jamais été autant convaincu que les observateurs attentifs de notre histoire que le 11 avril 2011 marquait la date de la régression politique en Côte d’Ivoire.
Depuis ce jour, la ligne de front qui divisait le pays en deux s’est transposé dans les cœurs. Les Ivoiriens sont divisés et ils se parlent désormais à demi-mot. Craignant pour les uns d’être traités d’envahisseurs barbares à la solde de forces néo-coloniales et cachant pour les autres l’espérance d’une résurrection suite à l’intervention d’une justice divine qui viendra rafistoler le tissu de notre société mis en lambeau par les forces du rattrapage ethnique.
A l’occasion du retour de cette date que beaucoup aurait gommé de leur agenda s’il leur était donné le pouvoir d’agir sur le temps, nous avons décidé de nous recueillir pour fourbir les armes de la raison contre le péril discriminant et ségrégant des politiques que nous croyions avoir laissé enfoui dans les profondeurs du passé immémorial et qui guette aujourd’hui encore notre être au monde. En face ils ont décidé de célébrer à leur manière cette date du 11 avril. Comment le feraient-ils sans faire droit à l’imposture ? En réalité qu’est qu’ils célébreraient le jour commémoratif de la ruine de l’Etat de Côte d’Ivoire ? Vont-ils organiser un défilé des chars français et onusiens sur la place de la République pour saluer la ‟capturation″ d’un président de la République et la perte de notre dignité de peuple souverain ? Ce jour-là n’est pas celui de la victoire de Dramane Ouattara, la chape de plomb qui s’est abattue sur le pays en fait foi. Ce n’est pas non plus le jour de l’investiture de leur champion. Alors allez comprendre ce qui peut bien se passer dans la tête des personnes qui célèbrent le jour de la honte en dansant sur les ruines de leur patrie.
Pour notre part, nous avons décidé de nous recueillir en attendant l’aurore. Parce que pour le peuple de Côte d’Ivoire la nuit est tombée sur son histoire le jour de l’arrestation du président Laurent Gbagbo. Les messes noires peuvent toujours se dire à l’occasion de l’anniversaire de cette date, mais on ne nous fera pas avaler l’idée que le peuple ivoirien a fait un bon qualitatif à partir de ce jour. Politiquement, le dialogue politique est au point zéro, la constitution est constamment violée, les opposants sont en exil, en prison et en cavale. Sur le plan économique, le dernier espoir de voir ce pays se relever s’est évanouit sous l’incompétence des conquistadors. Le PPTE qu’ils avaient décrié, en disant qu’il n’est pas responsable qu’un Etat poursuive un statut de pays pauvre très endetté est devenu pour eux un horizon que leurs propres actions rendent aujourd’hui inespéré. Après un an de gouvernance de ceux qui se prenaient pour les messies de notre croissance économique, la sécheresse et le désert ont remplacés les pluies de milliards et les institutions financières internationales sont passées des reports du point d’achèvement de l’initiative PPTE au doute annihilant. Socialement, les conséquences sont plus que désolantes. Face aux licenciements abusifs dans les sociétés publiques et privées, Dramane Ouattara a déjà avoué ne pas avoir de solutions. Il a déjà échoué, lui l’économiste prétendument messianisé par des partisans stupéfianisés par des slogans surréalistes, là où un historien faisait des exploits avec un pays divisé en deux et des gouvernements truffés de rebelles à alphabétiser. La nuit est devenue plus sombre, nous ne pouvons espérer que le jour se lève.

Joseph Marat

vendredi, 06 avril 2012

Régime hybride

Qu’est-ce qu’il fait ou qu’est-ce qu’on lui a dit de faire ? Oui il n’est l’auteur d’aucune théorie politique donc nous pouvons lui accorder le bénéfice de ne pas savoir grand’ chose sur les idéologies politiques et les clivages qui fondent leurs joutes dans l’histoire et dans le monde. Dans les premières classes de sciences politiques les étudiants apprennent la nature et le fonctionnement des divers régimes politiques qui existent. C’est ainsi que nous savons que sur notre planète ont coexisté et coexistent encore des théocraties, des tyrannies, des démocraties, des régimes fascistes, totalitaires, parlementaires, présidentialistes… et même l’anarchie du philosophe russe Alexandrovitch Bakounine. Ces formes de gestion des hommes sont identifiées de telles façons parce que dans leur fonctionnement, elles obéissent à des règles bien précises. Ce sont d’ailleurs ces règles intrinsèques qui performent leur fonctionnement qui permettent de les distinguer les unes des autres. Avec le régime de Dramane Ouattara nous sommes quelque peu perdus. Pour diriger un pays, il ne faut pas forcement avoir fait science politique. Et nous ne pouvons pas le reprocher à Dramane Ouattara. Mais peut-il au minimum s’informer et nous dire à quelle sauce il nous mange ? Lui et ses soutiens de la communauté internationale nous bassinent, à longueur de journée, avec l’idée que nous sommes désormais dans une démocratie. Mais savent-ils au moins que dans une démocratie, le contrat social ne permet pas qu’on abuse de la liberté des citoyens parce que, simple question de bon sens, c’est à eux qu’appartient le pouvoir. Depuis l’ascension de Dramane Ouattara au pouvoir les cas de violation des droits humains ne se comptent pas. L’arrestation et la détention abusives des honnêtes citoyens sont devenues un reflexe politique. Ceux qui tiennent à leur vie et à leur liberté sont en exil. A l’intérieur, le peuple est obligé de se terrer et de taire ses souffrances pour échapper aux mailles de la répression. D’un côté, et sur des lèvres pincées on nous parle de démocratie, de l’autre on promet au peuple le cimetière s’il ose l’ouvrir pour crier son ras-le-bol. Il va de soi que nous ne sommes pas en démocratie et apparemment, il ne faut pas compter sur eux pour identifier leur invention politique. A bas le droit et la loi, C’est tout !

Joseph Marat

jeudi, 05 avril 2012

Solutions ridicules


L’anecdote que m’a racontée la dernière fois un de mes amis sur le coût de la vie en Côte d’Ivoire est à tomber de rire. « De toutes les pancartes RHDP de la dernière campagne électorale, celle qui a fait long feu et qu’on ne reverra certainement plus jamais, c’est celle qui annonçait que le kilogramme de viande passerait de 2000 à 1200 f dès que Dramane Ouattara accédait au pouvoir. Ils se sont précipités pour les enlever. Ce fut d’ailleurs la première mesure gouvernementale la plus rapide et la mieux appliquée.» La situation que nous font vivre les dirigeants actuels est tellement ubuesque que ce sont les larmes qui accompagnent généralement ces courts et rares instants d’hilarité. Après un an de gouvernance, on ne compte plus le nombre de fois où Dagobert Banzio a annoncé que le coût de la vie va baisser. Pis chaque fois qu’il s’est signalé, les prix ont pris l’ascenseur sur les marchés. De guerre lasse, le revoilà ces deux derniers jours à vouloir prendre les taureaux par les cornes. Pour ce faire, il croit bon de sensibiliser les préfets et l’ensemble des administrateurs pour faire appliquer les mesures et les prix dont il n’a même pas encore dressé la nomenclature. Est-il sérieux ? Veut-il vraiment réduire le coût de la vie des Ivoiriens ? Quelqu’un a même émis la boutade que Banzio veut transformer les préfets en contrôleur de prix. Si ce n’est pas une injure à l’endroit du nec le plus ultra de notre administration, ce n’est pas une promotion non plus. Mais au-delà de cette maladresse qui montre à l’évidence que le gouvernement de Dramane Ouattara manque d’imagination et que sur cette question du coût de la vie on ne peut vraiment rien attendre de lui, on n’a pas besoin de faire HEC pour se poser la simpliste question de savoir comment on jugule les prix des produits sur un marché ? Moi qui n’ai pas fait un PHD en économie et qui ne peut s’enorgueillir d’être un ‟cerveau″ dans les rouages des finances internationales, pour le peu que je sache, les prix sur un marché donné obéissent à la loi de la demande et de l’offre. Ce n’est pas à Dramane Ouattara qu’il faut apprendre que les prix sur le marché augmentent quand la demande est plus forte que l’offre. Et pour que l’offre rattrape la demande, la supplante et que baissent les prix, il faut produire. Qu’est-ce que Dramane Ouattara et son gouvernement pléthorique font pour inciter les Ivoiriens au travail ou à quel mécanisme purement économique avait-il pensé quand il promettait monts et merveilles au peuple ivoirien ? Parce que ce n’est pas en détournant les préfets de leur fonction régalienne comme dans une ‟république familiale″ que Dramane Ouattara pourra se faire l’illusion de résoudre durablement les problèmes nés de sa gestion des affaires de l’Etat.

Joseph Marat

Dépassés par leurs propres limites


« Le gouvernement hérite de promesses qui n’apparaissent pas sérieuse » voilà le titre qui barrait la Une du journal pro-gouvernemental Frat-Mat du 05 mars dernier. Cette formule avait la prétention de rendre compte de l’ensemble des réflexions du conseil de gouvernement du mercredi dernier. Ce commentaire du porte-parole du gouvernement, Koné Bruno, est surprenant! Quelques niveaux d’analyse de cette assertion nous conduiront à la conclusion que le gouvernement pléthorique de Dramane Ouattara est dépassé par les événements. Tout gouvernement, quel qu’il soit, hérite toujours des promesses de son prédécesseur. Quant à la nature de ce dont il hérite, un gouvernement sérieux, qui a fait une opposition sérieuse, ne devrait pas en être surpris. C’est justement parce qu’ on conteste la nature de ce dont on veut doter le peuple qu’on prend par exemple les armes pour bombarder un palais et dégager son locataire. Quel mérite Ouattara aurait eu si Laurent Gbagbo lui avait laissé des ‟promesses sérieuses″. C'est-à-dire des promesses qui n’auraient pas nécessité qu’il se surpasse. Et pour lesquelles il n’aurait eu aucun mérite d’avoir arraché le pouvoir comme un forcené. Est-il responsable que Dramane Ouattara se rende compte maintenant, un an après nous avoir imposé une guerre sauvage, que Laurent Gbagbo lui a laissé des promesses qu’il ne peut tenir ? On en déduit que Dramane Ouattara n’a pas les ressources nécessaires pour diriger la Côte d’Ivoire parce que, ce qu’on attend de lui, ce ne sont pas des épilogues sur la gouvernance de son prédécesseur, mais la mise en œuvre effective des ‟promesses sérieuses″ qu’il a faites à la place de celles du pouvoir précédant. Le président Gbagbo est peut-être à la Haye parce qu’il a ‟fait des promesses intenables à son peuple″. Mais alors, que font ceux qui l’ont remplacé depuis un an ? Sont-ils en train de nous démontrer que les promesses de pluie de milliards, de la construction d’une université par an, de la création d’un million d’emplois en cinq, de 65 000 établissements scolaires en cinq ans, de l’insécurité zéro… sont plus responsables et plus sérieuses que les promesses que Gbagbo ne les oblige même pas à tenir ? Laissez Laurent Gbagbo là où il est, il ne vous a pas envoyé. Vous avez aujourd’hui la latitude de faire mieux que lui. Depuis un an, les Ivoiriens vous attendent.

Joseph Marat

mardi, 03 avril 2012

La mesure de la vitesse du vent qui tourne

Fatou Bensouda la procureure de la CPI en instance de remplacer en juillet prochain Moreno OCampo est de nouveau dans nos murs. Elle était déjà venue au lendemain de la crise postélectorale, envoyée par ce dernier pour débuter les enquêtes qui ont abouti à la déportation du Président Laurent Gbagbo à la CPI. A l’époque, il y aura bientôt un an, elle brandissait le chiffon rouge des 7 ‟glorieuses″ d’Abobo. Et d’aucuns, à raison, avaient même parlé de sa compassion sélective parce qu’à coté de ces 7 femmes d’Abobo, elle a feint d’ignorer le massacre de Duekoué. Ce sont plus de 1000 personnes qui ont perdu officiellement la vie dans cette localité dès que les FRCI que Dramane Ouattara venait de créer, y ont mis les pieds filant le chemin de leur croisade sur Abidjan. Depuis ce temps Laurent Gbagbo est à la Haye, accusé de tous les crimes de la crise qui a pratiquement duré dix ans. Et comme si l’histoire pouvait difficilement se passer du cynisme de ses acteurs, celui qu’on a pris pour le grain de sable dans la botte de cette crise est écroué pour co-action indirecte. La raison a-t-elle enfin visité les uns et les autres ? Les eaux qui coulent sous les ponts depuis ont-elles changé les donnes ? Tout compte fait, il nous plaît de voir dans le retour de Fatou Bensouda le signe que ce n’est pas fini. Il n’a pas suffi de déporter le co-auteur indirect. Les auteurs des crimes massifs contre l’humanité courent toujours, essayant de s’aménager, comme ils peuvent, des espaces d’immunité contre le spectre de la justice internationale. La procureure de la CPI est dans nos murs depuis le lundi 02 mars. Sur son agenda une rencontre avec Dramane Ouattara ce même lundi. Mais ce dernier, si prompt d’habitude à recevoir les envoyés de la communauté internationale, a reporté le rendez vous de 24 heures, le temps de prendre les attaches de ses conseils juridiques. Une grande première pour quelqu’un qui a un rapport difficile avec le droit. En attendant d’être reçue par le créateur des FRCI, Bensouda a rendu visite à notre jeune président de l’assemblée nationale avant de rencontrer Ahoussou Jeannot. Curieux ! Même si rien ne filtre de toutes ces rencontres, le manque d’enthousiasme et les ratés du ballet protocolaire nous donnent suffisamment la mesure de la vitesse du vent qui tourne.

Joseph Marat

lundi, 02 avril 2012

Une question de culture politique


Le président Laurent Gbagbo est de ceux dont les adversaires et les pires ennemis politiques disent aujourd’hui que même quand on n’a pas le lièvre en estime, on est souvent obligé de se rendre à l’évidence qu’il court vite. Avant qu’il n’accède démocratiquement à la magistrature suprême et pendant qu’il exerçait le pouvoir politique, il n’a jamais cessé de demander à ses adversaires et ennemis politiques de s’asseoir pour discuter. Jusqu’au jour du bombardement de son palais et même aujourd’hui encore, malgré les fers de son enfermement, l’Homme continue de croire en la vertu politique de la discussion et du dialogue. Plus qu’une option politique, c’est une question de culture. Ce sont les échanges rationnels qui fondent la gestion des hommes dans une société donnée. René Descartes disait en substance dans ses Principes de la philosophie que la civilisation d’une société se mesure au prorata du nombre de ses penseurs. C'est-à-dire qu’une société n’évolue que quand elle regorge de personnes capables de s’asseoir pour discuter rationnellement. On en déduit, que la barbarie des rebellions, des coups de force politique, des menaces et ultimatums bidons nous éloignent du progrès des sociétés. Laurent Gbagbo a tellement bien compris cela qu’il a fait de « asseyons nous et discutons» son slogan politique. Durant les 10 ans qu’il a passés au pouvoir, il n’a eu de cesse, même à son détriment, de rechercher le dialogue politique avec ses adversaires. Le forum national de réconciliation qu’il a initié dès 2001 aurait pu soigner tous nos maux, si la mauvaise foi de ceux qui allaient lâchement attaquer son régime plus tard, ne s’y était pas mêlée. Même sous les bombes du 11 avril 2011, l’Homme continuait de penser que la solution ne pouvait venir que d’une table ronde autour du recomptage des voix. Alassane Dramane Ouattara dit avoir été élu démocratiquement président de la République de Côte d’Ivoire, et juge les conditions de son élection moins calamiteuses que celle de son prédécesseur, mais il n’arrive pas à s’asseoir pour discuter avec son opposition. Dans un pays où tout va bien, il n’y est vraiment pas obligé! Mais dans ce pays en déliquescence politique, Dramane Ouattara est demandeur du dialogue politique. S’il fait comme s’il n’en avait pas besoin, c’est simple. Il n’en a pas la culture!

Joseph Marat

dimanche, 01 avril 2012

Saluons très bas le départ d’un monument.


La dépouille du ministre d’Etat Paul Antoine Bohoun Bouabré a été porté en terre le samedi 31 mars dernier à Niakia dans le département de Saioua. Un leader africain s’en est allé. A son sujet, les hommages sont loin d’être de circonstance. Car en vérité, même si le corps est roi, certains sont dignes d’éloges. Pour le ministre de l’économie et des finances des premiers gouvernements de Laurent Gbagbo, il n’est vraiment pas exagéré de dire que le continent africain vient de perdre un digne fils. La guéguerre politique ne devrait pas nous empêcher de juger de la valeur de l’homme au vu de ce qu’il a rendu possible. Rien que pour cela, il faut se consoler à l’idée que l’homme est devenu un immortel. Ce sont ses pires ennemis qui ont bloqué ses avoirs, qui n’ont eu aucune humanité à le laisser mourir, et qui devraient se réjouir de son entrée dans les oubliettes, qui aujourd’hui lui rendent le plus bel hommage en ne jurant que par le PPTE pour sauver leur régime. C’est à Bohoun Bouabré qu’on doit tout le travail préliminaire qui a conduit au point d’achèvement de l’initiative PPTE. Avant, il a orchestré la parfaite réalisation du concept de budget sécurisé. Pour ceux qui ont une conception progressiste de la révolution, Bohoun Bouabré est un révolutionnaire dans le milieu de l’économie. Là où des leaders politiques nous ont habitués à l’endettement comme seul mode de gouvernance, Bohoun Bouabré a conçu et réalisé le budget sécurisé. Pour la première fois dans l’histoire un gouvernement décide et réussit à faire vivre un pays africain à partir de ses propres ressources. Bohoun Bouabré a mérité qu’on l’inscrive au panthéon des plus grands économistes de notre temps. C’est une réputation qui n’est pas surfaite. Il n’est pas un rebelle qui a cru faire avancer son pays en prenant des armes. Il est loin de ceux qui sont décriés partout en Afrique pour avoir fait la promotion de la politique économique de paupérisation (PEP). Nous avons fortement espérer que Bohoun Bouabré revienne aux côtés de Laurent Gbagbo pour nous faire oublier les fanfaronnades des pseudo-économistes spécialisés en rebellions et coups de force de tout genre. Mais alea jacta es. Saluons très bas le départ d’un monument.

Joseph Marat

Alzheimerique

Le vendredi dernier, Dramane Ouattara a fait un talk show à la Rti après le journal de 20h avec des journalistes triés sur le volet. Jusqu’aujourd’hui, nous continuons de nous demander à quel objectif a répondu cette sortie. Au fil des analyses et des interrogations il nous parvient que Dramane Ouattara a nié avoir parlé de rattrapage ethnique lors de son dernier passage en France et a même affirmé qu’il a fait ″mieux" en un an que Laurent Gbagbo en dix. Pour ce qui est de la négation du concept du rattrapage ethnique, pour ne pas effaroucher le Conseil National de la Répression de la Presse de l’Opposition, je raconterai une anecdote qui parle d’un ailleurs politique. Il s’agit de François Bayrou sur le plateau de Canal Horizon. Celui-ci a nié mordicus avoir dit que tous les hommes politiques français se tiennent par les noyaux durs qui sont une allusion directe aux "couilles". Alors le lendemain l’humoriste chroniqueur Yahnn Barthes balance aux téléspectateurs toutes les occurrences montrant M. Bayrou dire au cours d’un meeting, non pas une seule fois mais au minimum cinq fois ce qu’il niait la veille. En France, les journalistes se sont permis de parler de la maladie d’Alzheimer. François Bayrou n’a pas plus de 70 ans. Suivez mon regard et ayez l’air amusé. Quant à avoir fait ‟mieux″ en un an que le prédécesseur en dix, nous sommes nombreux à être perplexes. Nous aurions tellement aimé que ce soit vrai. Parce que lorsque nous finissons de dresser la liste de toutes les régressions politiques, sociales et économiques que nous avons connues ces derniers temps, on se dit deux choses. Soit la langue de notre despote ″éclairé″ a fourché, soit ″mieux″ ne veut plus dire mieux. Si c’est un lapsus, il faut espérer qu’il nous dise, à une autre occasion, qu’il n’a jamais dit cela. Ce ne sera pas nouveau. Si nous nous trouvons devant une affirmation qu’il juge lui-même vraie, il faudra véritablement s’inquiéter parce que ″mieux″ n’aura jamais autant voulu dire ″pire″.

Joseph Marat

vendredi, 30 mars 2012

L’irresponsabilité a un nom


Le régime de Dramane Ouattara n’est vraiment pas inspiré. Il interprète, en sa faveur certainement, l’accalmie qui règne actuellement dans le pays. Il croit jouir constamment d’un quitus populaire, tellement les eaux sociales sont calmes. Je me suis permis de dire, un jour à un ami, que le régime est très solide. Il me répondit sur un air de quelqu’un qui en savait beaucoup : « non, il n’y a rien de plus fragile. C’est le parrain, le Big Brother qui est puissant ». Qui est le Big Brother ? Lui ai-je demandé. C’est celui qui sait tout. Ce sont les grandes oreilles qui, dans l’imagination de l’écrivain britannique George Orwell est le chef de la gouvernance mondiale. Aussi me suis-je dit que les Ivoiriens manquent vraiment de pot. Pourquoi le Big Brother est-il tombé sous le charme de nos gouvernants actuels ? Pourquoi a-t-il fallu qu’on nous impose un si grand désespoir contre lequel nous ne pouvons pratiquement rien ? Le régime de Ouattara se tourne tellement les pouces, confiant d’être bien adossé à la puissance du grand manitou, qu’il s’amuse à se moquer de la misère des Ivoiriens. Dagobert Banzio, comme un prestidigitateur annonce depuis un an que le coût de la vie va baisser. Ahoussou Jeannot, quant à lui est allé récemment se promener avec un panier sur les marchés pour se rendre compte à quel point le coût de la vie est élévé. Jusque-là, il faut comprendre qu’il en était déconnecté. Il multiplie les réunions avec les administratifs pour impacter les prix sur les marchés comme si ceux-ci échappaient désormais à la loi. Savent-ils qu’on n’arrive plus à rire d’eux ? Le ridicule est devenu désespérant. Et comme des enfants gâtés, conscient de la protection de leurs géniteurs, ils jouent avec la vie de leurs adversaires. Quelle idée de convoquer les avocats de Simone Gbagbo à Odienné pour parler de son éventuel transfèrement à la CPI alors que la Cour de Justice Internationale n’en est même pas informée ? Ils viennent de lancer un ultimatum aux putschistes Maliens alors que leurs ‟Faux FRCI″ sont toujours dans les rues en Côte d’Ivoire...

Joseph Marat

samedi, 24 mars 2012

Histoire de cimetière, de charnier et de fosse commune

Monsieur Amadou Soumahoro, le secrétaire général du RDR, le parti de Dramane Ouattara a fait une de ses sorties dont il a la marque déposée, la semaine dernière dans la localité de Daloa devant une foule assoiffée de ces paroles enflammées qui soignent sans doute le mal du pouvoir. Je n’étais pas présent donc je suis obligé de citer la presse qui rapporte ses propos : « tous ceux qui s’attaquent à Ouattara vont au cimetière. Insultez tous ceux qui insultent le président Ouattara ». Apparemment, il ne faut pas compter sur eux pour prendre de la hauteur. Par ailleurs devant de tels propos le Conseil National de la Presse (CNP) va peut-être s’offusquer et sanctionner la presse qui s’est fait l’écho d’un brûlot pareil pour préserver la fonction sociale unificatrice de la presse. Le procureur de la République y verra-t-il une atteinte à la sureté nationale ? À moins que pour lui le délit n’est constitué que lorsque de tels propos sont tenus par les opposants. La Commission Dialogue Vérité et Réconciliation de Charles Konan Banny va peut-être condamner du bout des lèvres. Et les moralistes comme le journaliste Gbane Yacouba, vont s’émouvoir dans un billet pour rappeler à l’homme politique que le devoir de responsabilité lui impose d’élever le niveau du débat et de plutôt appeler à l’unité nationale. Pour ma part, et je ne pense pas surprendre beaucoup de personnes, Amadou Soumahoro est certainement l’homme politique le plus lucide du RDR. Un philosophe allemand disait dans l’un de ses nombreux aphorismes que la folie, loin d’être une maladie au sens ordinaire du terme, est un point de vue sur la vie. Celui du secrétaire général du RDR est ce qu’il y a de plus lucide actuellement sur la politique nationale. Il dit deux choses. La première est une observation et la seconde, une mise en garde révélatrice de l’état d’âme de la classe dirigeante actuelle. Qui ne sait pas que Dramane Ouattara est un conquérant politique venu dompter le peuple de Côte d’Ivoire avec un sabre dans la main et le feu dans l’autre et que de toute évidence la place de ses adversaires se trouve dans les cimetières, les charniers, les fosses communes et les cendres. Nous le vivons tous depuis le jour où le “guerrier de Kong” s’est signalé à nos frontières et Amadou Soumahoro au mépris de nos petits scrupules d’humanistes timorés nous le dit. Le reste, c'est-à-dire la mise en garde, coule de source. Celui qui règne par l'épée n’attend évidemment pas que le peuple l’acense à longueur de journée. Amadou Soumahoro en a une conscience si claire qu’il recommande aux affidés de ne pas laisser passer une seule occasion de tuer dans l’œuf toute forme de révolte en insultant ou en envoyant, pourquoi pas, au cimetière ceux qui osent léser la majesté de l’empereur Dramane.

Joseph Marat