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vendredi, 16 mars 2012

Le mal de l’approche ethnique des peuples (1)


Sait-on pourquoi parle-t-on d’ethnologie quant il s’agit des études scientifiques portant sur la connaissance des peuples africains et de sociologie quand il s’agit des autres peuples, pour ne pas de façon facile dire des peuples d’Occident ? A l’occasion du débat qu’à suscité cette réflexion sur les ethnies, j’ai eu l’honneur de partager le déjeuner d’un de mes maîtres qui a lu l’œuvre de Jean Lou Anselme et de Elikia M’Bokolo intitulé ‟Au cœur des ethnies". Oppressé par les exigences d’un autre ordre, je fus obligé d’écourter ce commerce très nourrissant. J’eus néanmoins le temps de comprendre une chose importante sur la façon dont a été scellé notre destin depuis des temps immémoriaux. Pour faire vite, il a simplement essayé de me faire comprendre que l’ethnologie n’est pas une approche aussi scientifique qu’on pourrait le penser. Elle émane en tant qu’étude des peuples primitifs du continent, d’un choix calculé de l’administrateur colonial. Pour les Ivoiriens qui sont familiers à ce nom, l’administrateur colonial Delafosse avait le choix entre l’ethnie et la lignée dans son étude des peuples qui habitaient le territoire ivoirien. Il a fait le choix de la catégorisation ethnique parce que selon mon interlocuteur, cela servait mieux les intérêts du système colonial. L’étude des lignées l’aurait conduit à établir des relations transversales entre les peuples. Laquelle méthode conduit systématiquement tout chercheur à se rendre compte que tous les hommes sont liés dans le seul concept d’humanité. Parce que dans une lignée, par le mécanisme des mariages et des alliances interfamiliales, on peut retrouver lié dans une même unité lignagère, un noir, un jaune, un blanc et même un rouge…Et en suivant cette ligne sur laquelle les traits de démarcation des couleurs disparaissent par le métissage et le mélange, on se rend aisément compte qu’on est en train de parcourir la toile de notre simple humanité. Là où l’étude des lignées établit donc les ponts entre les hommes et montre qu’ils appartiennent tous à la même espèce pour forger leur mentalité contre la méchanceté inutile, au sens où si selon la sagesse indoue, l’autre est moi, le mal contre l’autre est un mal contre moi-même, l’approche ethnique de nos sociétés est cloisonnante et pernicieuse. Comment ?...
Joseph Marat

Le mal de l’approche ethnique des peuples (2)


Lors de son meeting du samedi 10 mars 2012 à Paris, un rendez-vous électoral consacré à l’outre-mer, le candidat socialiste, François Hollande a réclamé la suppression du mot «race» de la Constitution. Cette préoccupation est peut-être l’un des enjeux fondamentaux de cette élection en France. Pendant que Nicolas Sarkosy, pour sauver sa barque qui prend l’eau de toute part, est pratiquement obligé de jouer la carte du repli racial ( son ministre de l’intérieur est convaincu de la supériorité de leur civilisation et lui-même veut revoir le traité de shegen ), François Hollande pense que la notion de race sur laquelle ses adversaires surfent dans leur propos allusifs est incompatible avec l’idée de la République. «il n’y pas de place pour le mot race dans la République» dit-il. Au-delà de la sémantique qui donne à Hollande l’avantage de la mentalité progressiste, nous comprenons mieux pourquoi le régime de Nicolas Sarkozy continue de supporter la politique du rattrapage ethnique en Côte d’ivoire. Au fond, autant il n’y a pas de place pour la race dans une République autant il n’y en a pas pour les allusions et références ethniques. Pourquoi ? Et cela nous ramène à notre débat initial. C’est à dessein que les personnes comme Nicolas Sarkozy soutiennent tous les dirigeants africains dont la vision se limite à la promotion de leur ethnie. C’est un choix colonial et ils poursuivent ensemble la perpétuation du système colonial. Le choix des grilles ethniques dans l’approche scientifique des peuples d’Afrique a ceci de pernicieux qu’il est la matérialisation de l’idée même de diviser et de cloisonner. Les colons en avaient besoin pour régner et aujourd’hui les impérialistes l’utilisent pour mieux piller nos ressources. Parce que pendant que nous nous bâtons pour assurer la suprématie de notre ethnie sur l’autre, eux ils s’occupent de l’essentiel. Et puisque nous avons besoin de leur puissance de frappe pour, nous aussi, assujettir les autres, nous leur vendons notre âme en échange de leur soutien. L’ethnie est un instrument qui sert à enfermer les hommes dans des cercles conceptuels irrationnels avec l’idée qu’en défendant par tous les moyens leur spécificité artificielle, ils affirment la supérioté de leur race sur les autres. A la lumière de ce que nous vivons aujourd’hui, on ne sera pas surpris que des recherches approfondies nous montrent que les guerres tribales ont été expressément organisées par les impérialistes pour se donner l’argument-paravent de nous civiliser.

Joseph Marat

Le Gôpô de rattrapage


Il y a des faits dans des traditions qui n’ont pu résister à la lumière de la raison, malgré le bouclier culturel dont on a voulu les couvrir. Le Gôpô en pays bété fait partie de ces pratiques qui ont été abandonné dès la toute première vague de réprobations contre un mécanisme de détection trop faillible de malfaisants. Même si en Afrique, on meurt difficilement d’une mort naturelle. Il y a en effet toujours un sorcier qui ‟bouffe″ l’âme du défunt et le précipite de vie à trépas. La recherche du coupable est donc scénisée en pays Bété. Elle consiste à verser la sève du Gôpô dans les yeux des présumés coupables. Cette sève est censée rendre aveugle le coupable et épargner les innocents d’une cécité certaine. Le drame, c’est que l’opération tourne généralement court. Dès les premières sèves dans les yeux du premier client, l’effet est immédiat ce qui rend le coupable indéfendable. C’est beaucoup plus tard qu’on a compris que la sève est nocive pour les yeux et que s’il ne dépendait que de sa vertu intrinsèque, le Gôpô rendrait tout le village coupable et aveugle. La méthode s’est donc avérée contre productive et a été retirée depuis très longtemps des us et coutumes. Néanmoins le Gôpô demeure un esprit, celui de l’enquête consécutive au décès de quelqu’un parce que nous continuons de penser qu’il y a toujours une main assassine dans la mort d’autrui. En revanche dans notre modernité, le gôpô qui s’est entre temps paré de tous les instruments scientifiques de recherches et de précision ne tient plus à se tromper. Il peut même se permettre de rattraper toute erreur commise dans une certaine précipitation orchestrée, parfois, par le coupable lui-même pour se cacher des conséquences de son forfait. La crise ivoirienne a connu son moment de Gôpô traditionnel que vient aujourd’hui rattraper le Gôpô moderne. Dans la précipitation organisée par les véritables responsables de toutes les tueries injustifiées en Côte d’Ivoire depuis 2002, le Gôpô traditionnel a encore condamné un innocent qui se trouve incarcéré depuis le 11 avril 2011. Les enquêteurs de la Cpi sont depuis quelques jours sur le terrain avec tous les instruments de précision du gôpô moderne pour rattraper le coup.

Joseph Marat

mercredi, 14 mars 2012

Des souris de déception


Il n’y avait de place hier sur la Une du journal Le Patriote pour caser toutes les photos des membres du dernier gouvernement pléthorique de Dramane Ouattara. Les pauvres ils ont eu du mal à communiquer sur ce qui a tout l’air d’une pitoyable contre performance de leur ‟champion″. L’homme le verbe hautain qui criait à qui veut l’entendre qu’il pouvait introduire ce pays dans le concert des nations émergentes avec seulement 15 ministres est en train de perpétuer une tradition spécifique aux chefs d’Etats africains qui manquent d’imagination. Ce qui est décevant et en même temps n’émeut plus, c’est la gradation croissante sur l’échelle du pire à laquelle Dramane Ouattara nous accoutume. Un gouvernement qui était déjà truffé de maillons faibles est passé de 36 à 40 membres sans notable changement. Tous les ministres qui trainent des casseroles ont été reconduits comme si on avait voulu spécifiquement accorder une prime à la mauvaise gouvernance. Le journal pro-gouvernemental Fraternité Matin, en désespoir de cause s’est contenté d’un titre ambigu pour décrire la gêne de la déception qui accompagne la formation de ce troisième gouvernement de Dramane Ouattara. « Rien ne change pour que tout change » est une sémantique particulière à laquelle l’équipe de Venance Konan ne nous a pas habitués. Espérait-elle un changement pour que tout change ? Ou pourquoi prophétiser que tout va changer si en fait rien ne change ? Oui, Fraternité Matin nous a servi un labyrinthe réflexif parce qu’il n’a pas le choix de constater que la Côte d’Ivoire est dans un labyrinthe politique depuis le 11 avril 2011. C’est donc la façon pour ce journal pro-gouvernemental de dire que l’immense montagne Alassane Dramane Ouattara qui nous a tous bassinés, depuis deux décennies de ses performances politiques au point de faire admettre à certains ivoiriens que le largage d’obus sur leur pays était un mal nécessaire, ne fait qu’accoucher des souris de déception. Toute la littérature qu’on pourra inventer pour acenser l’actuel gouvernement de Dramane Ouattara ne changera rien au fait qu’il fait du surplace en attendant la sanction du peuple.
Joseph Marat

mardi, 13 mars 2012

On ne sort pas de la gadoue


Jeannot Ahoussou Kouadio est depuis hier le nouveau chef de gouvernement que Dramane Ouattara, dans sa petite combine avec son ennemi d’hier et ami d’aujourd’hui Henri Konan Bédié, s’est choisi pour remplacer l’encombrant Chef rebelle Guillaume Soro. Il croit certainement avoir fait d’énorme progrès en civilisant quelque peu son entourage. De part et d’autre, on a pété le champagne pour célébrer le progrès. Mais pourquoi le citoyen lambda a-t-il l’impression, devant le choix de ce monsieur, que la paire Ouattara-Bédié manque vraiment de solution. Même Jeannot Ahoussou, connu dans ce pays comme l’un des avocats de Bédié, après ses arguties et balbutiements juridiques dont le dernier en date est son piètre justificatif de l’incarcération de Michel Gbagbo, dans son rêve le plus optimiste ne se voyait pas à ce poste. Un avocat peut être premier ministre, oui. Mais tous les avocats n’ont pas forcement le profil de l’emploi. Et surtout ceux pour qui le titre est apparemment trop pompeux. Nous n’avons absolument rien contre la personne de Jeannot Ahoussou Kouadio. C’est un citoyen ordinaire qui a fait la preuve, ces derniers temps de ne pas être fait pour diriger les autres à un tel niveau de responsabilité. Il a échoué au ministère de la justice parce qu’il a manqué de prendre de la hauteur et il a dévoyé le rôle social de cette auguste Institution en la soumettant au bon vouloir d’un exécutif haineux. Mais que voulez-vous ? Guillaume Soro a été premier ministre de ce pays cinq année durant, pourquoi pas Ahoussou Jeannot. C’est le peuple de Côte d’Ivoire qu’il faut plaindre. Ses problèmes sont les derniers des soucis de ceux qu’il a pensés mettre au pouvoir. Il peut toujours attendre l’heure de son immolation sur l’autel des ‟dealers". Sinon, ce n’est pas à Dramane Ouattara et à Konan Bédié que nous allons apprendre qu’un pays qui crée plus de misères que de richesses est un pays en crise économique. Quand on veut vraiment redresser un tel Etat, on pense à faire nettement mieux que piocher son premier ministre dans la classe des derniers.

Joseph Marat

lundi, 12 mars 2012

Le parlement de la régression


Décidément, cela leur colle à la peau comme une malédiction irrémissible et irrachetable. Même quand ils sont tous d’accord pour plébisciter un des leurs à la tête d’une institution et dans le cadre d’une assemblée dont l’effectif peut être contrôlé par le plus nul de notre système éducatif, la fraude trouve toujours le moyen de se glisser dans leur désir le plus fou de transparence. Les élus des dernières législatives en Côte d’Ivoire se sont retrouvés hier à Yamoussoukro pour élire le président de l’Assemblée Nationale. Il n’y avait en réalité pas d’enjeu. Seulement, la liste de ceux qui ont présidé cette illustre Institution, creuset de toutes les lois républicaines, devait s’assombrir en enregistrant quelqu’un qui n’a jamais regretté d’être un hors-la-loi et qui s’est même aménagé un titre de noblesse `dans sa rébellion. C’était une triste journée pour cette auguste Assemblée Nationale qui perd du coup en crédibilité et en valeur. Et ce, jusqu’au bout. Gaston Ouassenan Koné qui était le président de cette séance inaugurale a déclaré 243 inscrits avant de trouver plus tard une parade ridicule pour justifier, une fois encore, pourquoi il y a eu plus de votants que d’inscrits. Dans le fond, y a-t-il de quoi être surpris ? Une Assemblée monocolore qui souffre d’un déficit de légitimité et dont l’élection de la plupart des députés a été émaillée de fraude massive, pouvait-elle nous servir autre chose que le mode opératoire de sa mise en place ? A Adjamé, on dira trivialement qu’ils ne savent faire que ça. En sus, nous accusons, à travers la façon dont cette Assemblée Nationale se met en place, une régression démocratique en Côte d’Ivoire. Avec un chef rebelle à la tête d’un parlement monocolore mis en place au forceps, pouvons-nous encore rêver de retrouver les débats parlementaires qui ont nourri notre conscience politique sous le régime du Président Laurent Gbagbo ? Dans ce parlement de professeurs, même ceux qui font tout aujourd’hui pour n’être qu’entre eux, ont eu le privilège de s’exprimer et d’exposer quelquefois leurs limites. Aujourd’hui que pouvons nous espérer d’un parlement qui renoue apparemment avec la "pensée", que dis-je, l’opinion unique ?

Joseph Marat

dimanche, 11 mars 2012

La‟ désethnisation″ un combat avant-gardiste


Mon dernier mot sur le caractère pernicieux de l’usage qui est fait de la notion d’ethnie et sur mon projet de ‟désethnisation″ de nos rapports sociopolitiques ne sera certainement pas le dernier des mots que j’aurais à dire sur la question. Des lecteurs aux soucis culturels très pertinents ne partagent pas ma position qui s’inspire, en fait, de celle de Pierre Buyoya, ancien Chef d’Etat Burundais. Ils partent de l’idée que les ethnies étant productrice de culture, ne plus en parler ou s’en débarrasser comme je l’ai d’ailleurs confusément suggéré reviendrait à s’acculturer. Face à cette observation qui m’apparait par ailleurs pertinente, je me trouve dans l’obligation de clarifier ma position parce que je suis loin de penser qu’il faille faire de l’homme un maillon politique sans culture. Il est peut être vrai que cela purgerait nos conflits politiques d’un facteur aggravant en raison du caractère essentiellement cloisonnant de l’ethnie, mais même si Aristote pense que l’homme est un animal politique, il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas que la politique dans la vie de l’homme. Il importe donc à l’homme politique, en l’occurrence Pierre Buyoya, de relativiser sa position et au chroniqueur de repréciser sa pensée.
Il y a une formule de Jean J. Rousseau, au début de l’Emile qui permet de clarifier ce qui, à première vue, semble confus. Rousseau dit ceci : «On façonne les plantes par la culture et les hommes par l’éducation.» Devient-on Bété, Attié, Achan ou Gagou par l’éducation ? Cette question, sans y répondre nous dit clairement que la notion d’ethnie au sens descriptif du terme nous renvoie bien plus à notre nature initiale qu’à ce que la culture a pu faire de nous. Ensuite on voit apparemment que l’ethnie n’empêche pas la culture au sens Rousseauiste du terme et si elle la favorisait, l’ignorer ne serait pas un handicap fondamental puisque ce n’est pas la spécificité de la nature qui conditionne la culture. Dans une sorte de transposition conceptuelle, on pourrait dire en politique que la notion d’ethnie nous rappelle plus l’Etat de nature que l’Etat de droit où le citoyen doit être considéré bien plus du point de sa culture citoyenne que de sa nature ethnique. En principe, un homme politique responsable qui se dit Chef d’Etat d’un Etat moderne devrait se tenir constamment au dessus des clivages ethniques. Chaque fois qu’il y recourt, il tire la société vers le bas en rappelant à la conscience collective les affres de la jungle où les guerres opposant les ethnies ou les tribus étaient les seuls moyens de s’affirmer. Au-delà, ce chef d’Etat perpétue la tradition des impérialistes qui dans leur approche scientifique des peuples d’Afrique ont fait le choix de l’ethnologie pour répondre efficacement à leur besoin de domination…Malheureusement !

Joseph Marat

L’Etat au rythme du destin d’un individu


Guillaume Soro a déposé la démission de son gouvernement depuis le jeudi dernier. Un nouveau gouvernement devrait donc être mis en place dans les heures qui suivent. Mais le peuple peut toujours attendre. La marche de l’Etat peut souffrir l’absence d’un gouvernement pendant 92 heures. Il urge plutôt de caser d’abord le chef rebelle au perchoir du parlement. Aujourd’hui s’ouvre une session parlementaire qui consacrera l’élection, sur fond de compromis, de Guillaume Soro comme président de l’assemblée Nationale de Côte d’Ivoire. Il faut le faire ! On aurait applaudi de tous nos membres, pour une fois qu’on n’opère pas les changements politiques à coups de largages de bombes, si on n’avait pas l’impression que la nation ivoirienne est en train de se construire sur du sable mouvant à coups de chantages politiques. C’est malsain et cela ne perturbe aucune conscience politique en Côte d’Ivoire. Le Rdr a toujours refusé qu’on dise que les Forces Nouvelles de Guillaume Soro étaient sa branche armée. C’est ce qui explique d’ailleurs que dans tous les gouvernements, depuis les accords de Marcoussis, ces deux forces ont toujours été représentées, chacune selon son poids. Soro n’a donc jamais rien été officiellement au Rdr. Qu’il soit donc porté par ce parti, qui n’est certainement pas à la recherche de cadres compétents pour ce poste, pour occuper la présidence du parlement, cela sent la compromission en plein nez. Parce qu’au décompte final, qu’est ce qui reste au parti au pouvoir ? Si, selon la logique des chantages et compromissions politiques, la primature au Pdci, le parlement aux FN, où se trouve le Rdr, vainqueur des dernières élections présidentielle et législatives ? Va-t-il se consoler d’avoir la présidence ? C’est en cela que toutes ces danses autour de l’avenir de Soro Guillaume se font au détriment de toute axiologie politique parce qu’en principe, selon notre constitution, le président de la République, dès son élection, appartient au peuple et non à un parti politique. Mais que voulez-vous ? Dramane Ouattara est un chef de parti-Etat.

Joseph Marat

jeudi, 08 mars 2012

Solution instable


Cela fait bientôt trois mois, si nous comptons à partir de la fin des dernières législatives de décembre 2011, que Dramane Ouattara essaie par tous les moyens de sortir un autre gouvernement de son chapeau. En fait, ce n’est pas bon pour les investisseurs, nous a confié un observateur attentif. L’annonce d’un nouveau gouvernement est toujours un tunnel d’incertitude et pour le gouvernement et pour tous les partenaires économiques. En mettant toute cette hésitation sur le compte de la réticence de Guillaume Soro à lâcher la primature, peut-on objectivement penser que nous sortons du tunnel avec la formation de ce troisième gouvernement de l’ère Ouattara ? Si Dramane Ouattara ajuste son image de ‘’bravetchè’’ qui fait ce qu’il dit en accordant enfin la primature au Pdci, il est certainement conscient que par ce forcing il se met à dos le plus dangereux des scorpions. Dans ce jeu de rôles, en satisfaisant Konan Bédié à qui il doit d’être ″élu″, il mécontente Guillaume Soro à qui il doit d’être installé dans le fauteuil de président et qui revendique lui aussi la même promesse du poste de premier ministre durant tout le mandat présidentiel. La question qu’on se pose aujourd’hui est la suivante : pour la stabilité du pays, Dramane Ouattara a-t-il misé sur le bon cheval ? N’y a-t-il pas danger plus grand à frustrer le fougueux chef rebelle qui se félicitait, il n’y a pas deux jours, d’avoir pris les armes, pour contenter le sphinx de Daoukro ? Dans les deux cas, le régime de Dramane Ouattara à un sérieux problème congénital d’instabilité. Guillaume Soro a pris les armes parce qu’il avait simplement l’impression d’être exclu par le régime de Bédié ou de Laurent Gbagbo. Que va-t-il faire contre un régime qui lui arrache carrément son butin sur fond de trahison ? D’après les bruits d’alcôve, Guillaume Soro ne serait pas content. Et il y a de quoi. Perdre 35 milliards de budget de souveraineté qui lui permettait d’entretenir ses hommes et l’illusion d’une niche de sécurité, est tout, sauf une aide pour quelqu’un sur qui plane l’épée de la CPI.

Joseph Marat

L’ethnie comme une arme pernicieuse de domination


L’ancien chef d’Etat burundais Pierre Buyoya a sorti récemment ses mémoires qui parlent du long cheminement de son pays vers la paix. A l’occasion de la promotion de ce livre, il a accordée une interview à Rfi le mardi 8 mars dernier. Dans l’entretien que lui a accordé M. Boisbouvier la question des ethnies a été prioritairement évoquée. C’est une pratique courante que dans les conversations que les hommes de media occidentaux engagent généralement avec les hommes politiques africains, le débat tourne toujours autour de l’ethnie. Ce n’est même plus surprenant ! Alors qu’en Occident, chez eux, on parle rarement d’ethnie avec les politiciens. C’est même à croire qu’il n’y en a pas. Ils sont en campagne en France et personne ne se préoccupe de l’ethnie de Hollande, de Sarkozy, de Marine Le Pen…Le premier cité vient d’un village qui a déjà donné un chef d’Etat à la France. Mais personne ne s’en offusquera pour dire qu’il n’y a pas que les corréziens capables de diriger la France. En Afrique on parlera de l’ethnie de Laurent Gbagbo pour dire qu’elle est minoritaire et que ce dernier ne peut valablement se faire élire dans un pays ou son ethnie est noyée par les autres. On parlera aussi abondamment de l’ethnie de Dramane Ouattara pour justifier ″son exclusion″ et enclencher une guerre civile sur fond de rattrapage ethnique. Des Akans, on fera véhiculer l’idée que c’est à eux que sied l’art de gouverner les autres. Les Occidentaux parlent des peuples africains en les enfermant dans des grilles ethnicistes pour mieux les opposer. Ce n’est donc pas nouveau, et seuls ceux qui, comme des sangsues, en profitent, continuent par des reflexes politiques rétrogrades d’encourager ces lectures surannées. Mais ce qui est nouveau dans la réponse que Pierre Buyoya donne à son interlocuteur est en substance ceci : « il nous faut construire au Burundi une démocratie, une société sans ethnies. Mettre en place une approche administrative des citoyens qui fasse totalement l’économie de leur ethnie ». Quand on pense à tout ce que ces grilles de lecture ethniciste ont provoqué en termes de drames politiques dans ce pays, dans le pays voisin, le Rwanda, et dans la plupart des Etats en crise en Afrique, cette réflexion de Pierre Buyoya est une étincelle dans la grisaille des maux qui minent notre continent. La ″désethnisation″ des rapports sociopolitiques n’est certainement pas une mince affaire. Mais il faut déjà prendre conscience que la catégorisation ethnique est un mal pernicieux dont il faut se débarrasser si nous voulons vraiment rattraper notre retard de civilisation. Je me souviens qu’un ami m’avait même soufflé entre deux réflexions de ce genre que les distinctions ethniques ont été importées par les impérialistes qui les utilisent comme instruments de division pour mieux asseoir leur empire.

Joseph Marat