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mercredi, 22 février 2012

En pleine démagogie


Alassane Ouattara a fait récemment une visite officielle en France où il a été reçu en grandes pompes par Nicolas Sarkozy. De là-bas il s’est rendu a Addis Abeba pour soutenir Jean Ping. Il est reparti en France, pour, selon les indiscrétions, "se reposer". Il est rentré la veille de la finale de la coupe d’Afrique. Il était encore dans le salon d’honneur de l’aéroport de Port Bouet quand il a annoncé son départ pour le Gabon. Du Gabon, après l’échec de la promesse de ramener la coupe, il s’est rendu au Burkina-Faso avant de rentrer bredouille. Juste après la pseudo-fête aux éléphants, le voilà encore dans son jet pour le Nigeria et le Bénin où il se fait introniser président de la CEDEAO. Pendant plus d’un mois, les affaires de l’Etat sont restées en souffrance. Le premier conseil de ministre était donc très attendu. Surtout pour qu’il nous dise ce que ce pays sinistré par une décennie de rébellion peut tirer de tous ses périples à part nous remettre sous la coupole dominatrice de la France. La montagne a accouché d’une souris. Pis, les Ivoiriens perdent le peu d’espoir qu’ils nourrissaient dans les décisions de ce conseil de ministres. Le drame est que son gouvernement est convaincu de faire le sacrifice suprême pour les Ivoiriens en leur proposant, à la place d’une gratuité qui n’en était pas une, une gratuité ciblée. Une communication fleuve du gouvernement au sortir de ce conseil de ministres pour dire aux femmes que même la césarienne est désormais gratuite alors que le gouvernement n’est pas certain de couvrir en lits les centres de santé relève de la pure démagogie. Lors du débat électoral dernier, pour contrebalancer l’AMU, Dramane Ouattara avait promis la solution de 1000 CFA par an comme assurance maladie. Et depuis les Ivoiriens attendent de voir. Ouattara a-t-il compris qu’il n’a aucune perspective avec les Ivoiriens au point d’être réduit à faire des propositions intenables aux femmes ?

Joseph Marat

mardi, 21 février 2012

Ne pas se tromper de combat


Il est indéniable de se remettre en ordre de bataille autour de Laurent Gbagbo. C’est une question de principe et d’idéologie. Dans cette crise que la Côte d’Ivoire subit depuis dix ans, il y a deux forces qui s’affrontent, les unes qui ne ratent aucune occasion pour saper les bases de notre société et les autres qui ont toujours eu pour credo la refondation de l’Etat ivoirien. En clair nous sommes dans une guerre contre les promoteurs du chaos. Il faut éviter de leur emprunter leurs armes. Ils n’attendent que cela pour nous anéantir parce que sur ce terrain du chaos institutionnel, nous partons perdants. Il est vrai qu’en frappant le berger, le troupeau s’était dispersé. Et dans les premières heures du choc, il est compréhensible que chacun, dans un instinct de survie et pour ne pas totalement disparaître de la scène, ait pris les devants d’une lutte que nous jugeons juste. Passée la bourrasque, il faut retrouver nos esprits, nous réorganiser pour continuer la lutte. Notre crédibilité et le retour des valeurs démocratiques en dépendent. Laurent Gbagbo est à la Haye et tous nos actes visant à le sortir de là doivent être mieux coordonnés. Pour tous ceux qui croient en la lutte démocratique qu’il conduit depuis 40 ans, il ne sera pas compliqué de faire comprendre la nécessité d’un minimum d’organisation. Nos ennemis dans ce combat feront tout pour nous opposer parce que c’est à eux que nous devons la fameuse maxime qui dit qu’il faut diviser pour régner. En clair, c’est de notre division qu’ils nourriront leur règne. Koné Katinan et tous ceux qui ont parlé au nom du président Gbagbo ont abattu un énorme travail. C’est à eux que nous devons toute l’ampleur que prend aujourd’hui toute la mobilisation derrière Laurent Gbagbo. Il faudra en tenir compte dans la redistribution des cartes afin que chacun soit à sa place et les brebis ainsi bien gardées. Agir autrement relèverait de la machination diabolique.

Joseph Marat

lundi, 20 février 2012

Date symbole


Le président Laurent Gbagbo est depuis le 11 décembre dernier dans la prison Scheveningen à la Haye. On pourrait alors se demander l’intérêt qu’il y a à commémorer la date du 18 février. Cela pourrait paraitre macabre, surtout que Laurent se retrouve encore en prison plus de 20 ans après cette date du 18 février 1992. Comme tout ce qui devient symbolique dans l’histoire des hommes, les événements du 18 février ont marqué un tournant important dans la conquête de la liberté en Côte d’Ivoire. D’aucuns pourraient dire que ce n’était pas la première fois que Gbagbo va en prison pour la même cause et ils n’auront pas tort. L’homme est habitué à l’univers carcéral à cause de ses idées. Mais, ce que cette commémoration apporte de particulier, c’est le réverbère qu’elle représente dans la compréhension des événements que nous vivons aujourd’hui. C’est le mensonge qu’elle chasse autour de la personne de Laurent Gbagbo, et le voile qu’elle lève sur la mentalité réactionnaire de ses ennemis. Ceux qui ont transféré Laurent Gbagbo à la CPI avec l’argument qu’il est un dictateur, qui a occasionné la mort de près de 3000 personnes par son refus d’accepter "les règles de la démocratie" ont oublié qu’ils l’avaient déjà mis en prison pour les mêmes causes fabriquées. Le 18 février 1992, le même Dramane Ouattara, alors premier ministre avait mis Laurent Gbagbo et toute sa famille en prison parce qu’il disait "l’avoir vu casser". Mais dans tous les cas, les faits sont têtus. Le 18 février 1992, Dramane Ouattara a arrêté Laurent Gbagbo à la suite d’une marche qu’il a organisée pour protester contre l’acquittement des fantassins que le gouvernement de Ouattara avait lancé nuitamment contre les étudiants de la cité universitaire de Yopougon. Aujourd’hui, nous savons tous qu’il a été arrêté et transféré à la Haye alors qu’il ne cessait de demander de recourir à des voies démocratiques pour vider le contentieux électoral de 2010. En marquant donc le coup de cette commémoration, nous voulons nous rappeler à nous-mêmes que la lutte continue avec les mêmes acteurs dans l’arène. Laurent Gbagbo ou le sacrifice suprême pour les libertés et Dramane Ouattara l’instrument de répression des forces progressistes et démocratiques. A la façon de la représentation physique contemporaine du mythe originel du mal toujours vaincu en définitive par le bien.

Joseph Marat

jeudi, 16 février 2012

La révolte du fidèle

Il en va de l’histoire des partis politiques comme de celle de tout organisme vivant. Avec le temps, elle s’enrichit d’expériences et grandit. Le PDCI, affublé du titre du plus vieux parti de Côte d’Ivoire et de l’un des plus importants d’Afrique, n’a pas beaucoup mûri depuis ces vingt dernières années. A force de louvoyer avec les principes politiques et à force de s’engager sur des voies douteuses par pure ambition personnelle de ses leaders, il a flétri comme une peau de chagrin et le voilà aujourd’hui pris dans le tourbillon de ses propres turpitudes. Qui l’eût cru ? Personne n’aurait jamais parié qu’un jour Kouadio Konan Bertin aurait tenu une conférence de presse à la maison du parti du PDCI, dans ce lieu quasi mythique de l’appareil politique, pour braver l’autorité d’Henri Konan Bédié. Pour les observateurs du marigot politique ivoirien, tout le monde peut s’opposer à Bédié au Pdci sauf KKB, reconnu pour son militantisme et surtout pour son attachement à la personne du ‘’sphinx’’ de Daoukro. Mais pour peu qu’on ait une dose de bon sens politique, Kouadio Konan Bertin, qui n’est plus un néophyte en politique, pouvait-il continuer de laisser son parti couler chaque jour ? Sous la direction d’Henri Konan Bédié, le parti est passé de la première place à l’avant dernière position dans le carré d’as des partis politiques ivoiriens. Et rien ne semble annoncer la fin de la descente aux enfers. Le parti est complètement en hibernation s’il n’est quelque fois secoué pour être manipulé par le RDR dans une alliance de dupes. La démocratie se nourrit de la force, de la rigueur des démarches critiques et de la grandeur des partis politiques qui ne sont pas au pouvoir. C’était donc gênant pour tout démocrate de voir le Pdci s’aplatir complètement devant le Rdr et se contenter des strapontins que lui jette le pouvoir au détriment des véritables causes politiques. Nous saluons donc très bas le réveil de KKB qui en secouant le PDCI tel qu’il est aujourd’hui, nous donne l’occasion d’espérer au retour de la démocratie.

Joseph Marat



Où est passé le pacte d’Akradjo

Il faudra certainement revenir sereinement sur les causes endogènes de la défaite des Eléphants à la dernière CAN en Guinée Equatoriale et au Gabon. En vérité ce sont les Etats qui se sont affrontés à cette compétition, et d’un point de vue symbolique l’attitude des dirigeants y est pour beaucoup dans le succès des poulains. Je ne sais pas plus sur ce qu’il en a été des dirigeants des autres Etats, mais en Côte d’Ivoire l’orgueil et la fourberie ont été perceptibles. Bien avant la quasi certitude de Dramane Ouattara de se rendre à Libreville et de ramener la coupe, nous avons tous vu, un matin, Cissé Bacongo, plastronner à la une d’un canard : «le pacte d Akradjo est géré, la coupe vient à Abidjan». Dans le staff de proximité des Eléphants, on a trouvé des similitudes avec le cheminement de l’édition de 1992. On en avait même déduit que la coupe ne pouvait pas ne pas venir à Abidjan. Ici, dans des officines du parti au pouvoir, l’idée de vouloir profiter au maximum de cette victoire pour régler des comptes moraux à des opposants, a fait confondre vitesse et précipitation. Des tee-shirts à l’effigie de Dramane Ouattara recevant la coupe des mains de Yaya Touré pour consacrer le rattrapage et dénigrer systématiquement l’ex-chef de l’Etat Laurent Gbagbo ont été fabriqués la veille. Dans de telles dispositions d’esprit, on oublie subséquemment de se recueillir, et de se concentrer spirituellement sur l’événement. Et ce qu’on oublie surtout, ce sont les principes divins dans lesquels toutes les religions croient. Il est dit dans tous les livres sacrés qu’Allah élève les humbles et abaisse les orgueilleux. Etions-nous dans les dispositions pour toucher à cette coupe ? La Côte d’Ivoire était opposée à la Zambie qui, la veille, s’est recueillie sur la tombe de ses illustres disparus. Pouvions-nous être les élus de la transcendance, de la chance ou du sort naturel, nous qui n’avons aucune considération pour la vie et pour la mort et qui n’avons encore eu aucun moment de recueillement autour de valeurs communes ? Nous qui avons encore les mains dégoulinantes du sang d’innocentes personnes ? Sur le plan sportif, les joueurs ivoiriens ont été irréprochables. Ils n’ont encaissé aucun but, ils n’ont perdu aucun match durant tout le tournoi. Même en finale, ils ont eu un penalty en cours de jeu. Cela était le tournant du match parce que la partie adverse n’a pas pu se donner une pareille occasion de prendre le dessus. Cela, pour les spécialistes du foot, est nettement le signe de la supériorité technique des nos pachydermes. Apparemment la décision finale est venue d’un ailleurs non immanent à la technicité du foot. Ce coup du sort qui dépend plus de la transcendance que de la volonté des hommes, se mérite aussi à travers une sorte de repentance et de sanctification pour être agréables à celui qui décide indépendamment de notre volonté. La Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie de la crise électorale qui a fait selon les chiffres officiels plus de 3000 morts. Le processus de réconciliation mis en place depuis bientôt un an bat encore de l’aile parce qu’il n’intéresse pas les dirigeants actuels, qui apparemment trouvent leur compte dans la répression des opposants. En sus, les Ivoiriens qui avaient légitimement espéré, du moins matériellement mieux se porter avec les pluies de milliards après l’avalanche des bombes sur leurs institutions démocratiques, sont pratiquement contraints de subir au quotidien les mesures impopulaires de la gouvernance de Dramane Ouattara. La Côte d ivoire ne se remet pas de la sale guerre qui dure depuis maintenant dix ans. C’est un Eléphant blessé et perturbé qui s’est rendu à la CAN 2012. Dans ce genre de rencontre, les Etats sont semblables à des entités. Étions-nous suffisamment recueillis pour recevoir cette consécration continentale ? Le juge suprême prend aussi des décisions d’opportunité. Le sacre à cette compétition aurait augmenté la souffrance des Ivoiriens qui peinent déjà suffisamment à supporter la suffisance de leurs dirigeants

Joseph Marat

mercredi, 15 février 2012

La solution de la Gestapo


Les Frci ne quitteront pas Arrah. Voilà ce qu’on peut retenir du déplacement du ministre délégué à la défense de Dramane Ouattara dans cette localité après les tristes événements qui ont endeuillé la population du fait des agissements de certains éléments Frci. Si cette déclaration faisait suite à une analyse sérieuse de la situation, il aurait fallu saluer la détermination du ministre à vouloir garder l’ordre maintenu dans cette localité. Seulement nous avons l’impression que le ministre a un autre souci. La préoccupation de la population ne l’intéresse pas et en la bravant, il donne l’impression de tenir avec elle un dialogue de sourds. Premièrement, ce n’est pas en maintenant les Frci à Arrah que le ministre fera respecter l’Etat de droit dans la localité, parce qu’en réalité, ce n’est pas ce que dit la loi. Nous ne sommes pas des spécialistes en matière de défense, mais pour le peu que nous savons des sociétés modernes et policées, ce n’est pas le rôle de l’armée d’assurer la police dans les agglomérations d’un pays. C’est dans des circonstances exceptionnelles d’un état de siège qu’on mobilise les forces armées dans les rues d’une cité pour régler une situation de crise ponctuelle. A moins qu’on ne veuille nous dire que l’Etat de Côte d’Ivoire est en état de siège permanent depuis que Ouattara est au pouvoir, ce n’est pas très pertinent de la part du ministre Paul Koffi Koffi de dire que les Frci ne quitteront pas les rues d’Arrah. Deuxièmement, quelle est cette mentalité de tribu assiégée que développe le régime de Dramane Ouattara au point de vouloir créer des bases militaires partout où il y a âme qui vive ? C’est totalement incohérent pour un régime qui refuse qu’on doute de son caractère démocratique. Le dispositif militaire dont parle le ministre délégué à la défense et que le gouvernement de Dramane compte mettre en place dans son plan d’encasernement a-t-il quelque chose à envier à la Gestapo (la police militaire d’Hitler) ? Il ne sert à rien de vouloir maintenir des populations sous la domination de forces dans lesquelles elles ne se reconnaissent pas. L’enseignement que Les hagiographes de Dramane Ouattara devraient tirer de toutes ces révoltes et de toutes ces crises qu’on règle ainsi dans le sang, a été déjà donné par le diplomate burkinabé, Boureima Baldini : la plupart des ivoiriens ne se reconnaissent pas en leur champion. Ce dernier avait donc déjà échoué avant d’avoir commencé à gouverner ce pays. C’est tout. Il n’y a personne qui veuille le renverser. La tendance douteuse et suspecte qui consiste à indexer de façon systématique, les partisans de Laurent Gbagbo qui créeraient des rixes un peu partout pour renverser Dramane Ouattara, ne tient pas la route. Et cela crève les yeux, qu’on veuille noyer le poisson en détournant le fond du débat. N’importe quel analyste politique aurait vu dans tous ces affrontements une véritable crise de légitimité. Ou bien, si l’on tient au fait que Ouattara est un chef d’Etat légitime, on peut au moins parler de l’impopularité de sa politique. Devant le flot de licenciements abusifs qui meuble exclusivement sa politique d’emploi, devant la tribalisation du débat politique à travers sa politique de rattrapage ethnique, devant le bradage des fondamentaux de notre économie à l’ex-puissance coloniale, devant le manque de solution à la montée du coût de la vie, devant les exactions de tout genre, devant les pratiques d’une justice des vainqueurs qui tient encore dans des goulags des personnes qui n ont fait qu’obéir à l’appel de la nation, devant la violation quasi quotidienne de sa Constitution, aucun peuple aussi pacifique soit-il, ne peut rester de marbre. Et toutes les secousses que nous observons çà et là, à travers le pays, ne sont que les soubresauts d’un peuple qu’on étouffe à travers une armée sans visage. Maintenir les Frci dans les rues n’obéit à aucun paradigme de gouvernance moderne, si ce n’est celui de la répression sauvage d’un peuple orphelin.

Joseph Marat

Attention au syndrome brazzavillois


Le pouvoir de Dramane Ouattara est en passe de donner une fonction officielle aux chasseurs traditionnels Dozos, s’il ne l’a pas déjà fait à travers la nomination de Koné Zakaria en qualité de chef de la police militaire. Dans une interview qu’il a accordée hier, à un confrère de la place, Dosso Sory, le Président de la Fédération Nationale des Confréries Dozos de Côte d’Ivoire (FENACODO-CI) nous donne l’ampleur de leur intégration dans le système sécuritaire de Dramane Ouattara. «C’est depuis seulement un an que nous sommes constitués légalement (…) à ce jour, nous avons identifié plus de 10 000 dozos. Nous avons créé la Sécurité Nouvelle et Intervention Rapide (SNIR)… les policiers et les gendarmes ne peuvent pas être partout. Sur ce plan nous pouvons aider parce que nous sommes plus présents partout à l’intérieur ». Bien avant cette interview, Le Patriote du 11 février dernier nous rapporte l’injonction à eux faite par le patron de la police militaire de Ouattara de mettre fin aux activités des coupeurs de route. Une mission dont les contours restent aussi flous que les motivations qui animent le gouvernement. Quand on se souvient de la réputation sulfureuse des milices tribales au Rwanda, au Congo Kinshasa, à Brazzaville, tout près de nous, au Liberia et en Sierra Leone… le bon sens voudrait qu’on prenne un peu de recul avec cette question de Dozo. Soit on se décide à construire un Etat moderne en se dotant d’une armée véritablement nationale, soit on n’a pas fini, avec la logique de la rébellion et on prépare les esprits à une guerre tribale. Le ‘’dozoya’’ relève de la culture mandingue, l’une des nombreuses cultures dont regorge la Côte d’Ivoire et il est à l’évidence, maladroit de vouloir créer un corps de police sur une base tribale dans un Etat qui se veut moderne. On ne demandera pas aux dozos de ne pas s’organiser à travers des structures reconnues par l’Etat, mais de quel droit devraient-ils assurer la police dans les régions où on ne les reconnaît pas comme investis de ce pouvoir ?

Joseph Marat

mardi, 14 février 2012

Pitreries de "journalistes"


Ils avaient projeté de réconcilier les Ivoiriens grâce à la victoire des Eléphants. Ils ont tellement rêvé de ce moment où, entourés des héros de cette compétition, ils se recouvriraient de la liesse des Ivoiriens comme le signe de leur popularité, qu’en tombant des nues, ils ont perdu le sens de la mesure. Sur le Nouveau Réveil d’hier, on pouvait lire ceci : « des pro-Gbagbo jubilent et dansent, c’est méchant, c’est cruel et antipatriotique». A l’intérieur, le journaliste Ouattara Cherif nous donne la mesure du désespoir et du ridicule en écrivant ceci : « ils sont même sortis pour danser et chanter et réclamer la réinstallation de Gbagbo au pouvoir (…). Ces gens qui, jusque là se disaient patriotes ont démontré à la face du monde que le bonheur du pays n’est pas leur préoccupation.» Sur un autre support, précisément à la radio nationale, Rash N’Guessan, face au manque de mobilisation à l’aéroport, n’a pas pu contenir sa colère contre les pauvres Ivoiriens que la fête de Dramane Ouattara n’intéressait pas. «Tant pis pour ceux qui ne sont pas sortis, les vrais Ivoiriens se sont mobilisés pour accueillir les Eléphants… » Pouvait-on entendre vociférer le médiocre autodidacte sauvé des eaux du chômage technique à la RTI par son militantisme au RHDP. Nous n’arrivons même pas à nous indigner face à l’ironie de ces propos. Eux, qui voulaient tellement voir les Ivoiriens réconciliés, les voila en proie à l’esprit de division pour diffuser des propos haineux contre des personnes qui n’ont jamais pris les armes pour attaquer leur pays, mais qui sont subitement devenus moins Ivoiriens, moins patriotes parce qu’ils sont restés chez eux pour éviter de cautionner l’imposture, la récupération politique et saluer très bas le coup du sort. Mais ce que ces "journalistes" ignorent, à l’instar de leurs mentors, c’est qu’une défaite comme celle des Eléphants, dimanche dernier, aurait même pu servir de ciment social. Autant la victoire aurait pu être une occasion pour nous réconcilier selon leur plan, autant cette défaite aurait pu nous permettre de communier autour de ceux qui sont tombés les armes à la main. D’autres auraient compris que la crise ivoirienne est bien trop profonde pour s’absoudre d’un coup de patte dans un ballon. Mais hélas, que faut-il attendre des gens qui ne comprennent que leur propre langage, celui de la violence et de la mesquinerie ?

Joseph Marat

La colonisation des ploucs


Il n’y a pas deux mois, Dramane Ouattara feignant d’être excédé par les Frci à qui l’actualité venait d’attribuer les tueries de Vavoua, avait donné 48 heures à ces derniers pour quitter les rues. Soit le chef Dramane a été écouté et nous avons désormais affaire à une armée réunifiée et disciplinée, soit son autorité ne pèse rien et les Frci, les faux ou les vrais, continuent de sévir dans toutes les localités annexées lors de la croisade de Soro Guillaume sur Abidjan entre le 27 mars et le 11 avril 2011. Dans tous les cas, les exactions et les affrontements entre populations et Frci n’ont pas pris fin. Il ne se passe plus un jour sans qu’on ne parle de la réaction des populations contre la soldatesque à la gâchette facile. Après Sikensi hier, nous voilà aujourd’hui à Arrah. Pour un fait divers banal, la localité d’Arrah est en ébullition depuis deux jours et le plus marrant dans l’affaire, c’est le silence des autorités ivoiriennes qui nous donnent l’impression que la paix sociale est le dernier de leur souci. Le pouvoir Ouattara aurait-il voulu nous dire qu’il a été installé pour désagréger la société ivoirienne, qu’il ne se serait pas pris autrement. Quand on fouille bien dans ces nombreuses crises liées aux pratiques des Frci qui sont censées avoir une mission nationale, on a toujours l’impression d’être face à deux armées. Celle qui a la formation pour gérer les crises de maintien d’ordre et qui sont désarmées, confondues à la population quelquefois, et les conquistadors venus de la rébellion du nord et qui assurent visiblement la politique de rattrapage de Dramane Ouattara. Toutes ces populations qui se révoltent un peu partout, ont le sentiment de revivre la colonisation, cette fois par des personnes à qui manque surtout la science de l’impérialiste. La question dans ce genre de situation est : pendant combien de temps les populations ivoiriennes vont-elles se laisser malmener par des personnes moins futés qu'elles ?

Joseph Marat

« On gagne ou on gagne »

« On gagne ou on gagne », cette formule est la marque déposée de la Fesci qui à chaque échéance électorale au sein du mouvement, la sortait pour intimider les candidats qu’on soupçonnait de ne pas entrer dans le moule du leader idéal. Elle était devenue un patrimoine du monde universitaire en Côte d’ivoire. A l’occasion de la campagne électorale pour la présidentielle de novembre 2010, pour montrer leur soutien au président Gbagbo, les étudiants ont prêté ce slogan à sa campagne. Même si beaucoup avaient compris qu’au regard de son programme, de son bilan, et du poids politique de ses adversaires, Laurent Gbagbo ne pouvait que gagner ces élections, la mauvaise foi avait donné l’occasion aux ennemis de Laurent Gbagbo de faire mousser leurs critiques et l’idée que le pouvoir s’apprêtait à frauder. Ils avaient même réussi à donner mauvaise conscience à Ouraga Obou sur un plateau de télévision. Celui-ci avait dénoncé le caractère désespérant de ce slogan pour l’adversaire. A la veille de la finale de la CAN, ce slogan a été énormément entendu. Même dans le langage de ceux qui hier en faisaient une interprétation suspicieuse « On gagne ou on gagne » a acquis tout son sens. Au lieu de faire penser que la coupe sera gagnée par une combine en notre faveur, les Ivoiriens d’en face ont subitement compris que loin d’être désespérant, « On gagne ou on gagne » veut simplement dire qu’on se refuse l’option de la défaite. Non pas qu’on se dispose à manipuler le système pour gagner à tout prix, mais qu’on ne veut pas penser pouvoir perdre. Ce qui n’enlève rien à la possibilité d’une déconvenue si elle devait arriver forcément. La leçon de l’histoire, c’est que ce sont ceux-là mêmes qui s’apprêtent à aller accabler Laurent Gbagbo à la CPI pour avoir utilisé un slogan qui le rendrait responsable de tous les crimes postélectoraux, qui nous éclairent sur la fonction psychologique des slogans de campagne. Pour notre part, nous n’avions jamais pensé que les billets de banque devraient tomber du ciel sous la forme d’une pluie.

Joseph Marat