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vendredi, 15 juin 2012

Ils montrent leur panique


Hier midi, alors que nous nous apprêtions à prendre un déjeuner avec un autre, un ami que je venais d’informer du calvaire que j’ai passé la veille devant mon petit écran à regarder la comédie humaine à la RTI version FRCI, m’a répondu exactement ceci : « quelqu’un m’a appelé pour me supplier de regarder la RTI. Au bout de deux phrases du Ministre d’Etat, j’ai comptabilisé quatre fautes de grammaire et de syntaxe. J’ai, à l’instant, décidé de ne pas m’imposer un tel supplice de la part d’un membre de gouvernement ». Alors je lui fais un bref résumé de ce qu’il a bien fait de ne pas souffrir. Et là, il me sort un petit cours de science politique. Ils ont beau vociférer partout qu’ils sont dans un état de droit, ils ne cessent de nous montrer au quotidien les formes les plus perverses du totalitarisme. C’est dans un Etat totalitaire que le criminel apporte la preuve de sa culpabilité. Dans un Etat de droit les aveux d’un présumé coupable ne valent rien parce que même cela a besoin d’être prouver. Dans une République normale, on aurait eu droit à un véritable procès et Lida Kouassi n’aurait pas eu à faire des aveux. En plus, lorsqu’on analyse les aveux, on en revient encore plus déçu. On se rend compte qu’on a sorti toute une batterie de communication autour d’une tempête dans un verre d’eau. Nous avons retenu que le régime reproche à Lida Kouassi deux choses. Et misère des misères, il l’a conduit à se croire coupable de ce que le bon sens lui aurait recommandé de faire. Lida Kouassi aurait eu vent d’un coup politique qu’il n’a pas eu l’amabilité de signer et on aurait trouvé dans ses documents un plan de transition. Est-ce qu’on est vraiment sérieux dans ce pays ? Lida est un homme politique en exil. Son statut d’exilé est en soi une négation de la nature démocratique du régime qui sévit dans son pays. De quel droit, il devrait contribuer à la pérennité d’un tel régime en lui signalant tous les petits coups qui se préparent contre. Subséquemment et secundo, ce qui aurait du être reproché à Lida, aurait été de ne pas avoir un plan de transition vers un Etat normal et démocratique. C'est-à-dire un Etat qui mettrait fin à son exil et dans lequel il vivrait librement avec tous ses concitoyens. On a l’impression avec nos amis d’en face que c’est ce qui est normal et juste qui les scandalise. En définitive le show d’Hamed Bakayoko à la télévision n’a servi à montrer que le régime d’Abidjan panique. Ce qui, pour notre part est normal et ne nous scandalise pas parce que la sagesse nous a enseigné que quand on sème le vent, on récolte la tempête.

Joseph Marat

Le dessin de la victoire


Nous nous sommes réveillés ce matin avec la confirmation d’une information. Charles Konan Banny sera reçu dans le cours de la journée par le président Laurent Gbagbo. Toute la pudeur qui a entouré le départ du patron de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation cache mal la gêne du régime Ouattara. Jusqu'à la dernière minute, Banny a fait nier son départ à la Haye. Et cela se comprend aisément. Dramane Ouattara et Konan Banny s’étaient jurés de réconcilier les Ivoiriens sans les hommes du régime passé. Ils étaient tellement convaincus que les ivoiriens les exécraient, qu’il suffit qu’ils ne soient plus là pour que les ivoiriens tournent la page. Plus d’un an après, ils se sont certainement rendus compte que, plus ils se sont entêtés à faire oublier Laurent Gbagbo, plus ils se sont retrouvés bloqués dans toutes leurs initiatives politiques. On comprend donc que ce soit en rasant les murs, la queue entre les pattes qu’ils se délèguent auprès de Laurent Gbagbo pour qu’il leur donne la clé de la gouvernance de la Côte d’Ivoire. Récemment en France, après l’élection présidentielle, l’Etat de France a organisé ce qu’on appelle toutes les passations de charge. Ce sont des moments solennels au cours desquels l’Etat se transmet d’une main à une autre. Au cours de ces passations, celui qui s’en va remet la clé et les dossiers de la maison à celui qui vient. Mais quand vous entrez par « effraction » dans la République, pouvez-vous vous attendre à mieux que le blocage de la machine étatique ? En y entrant par la fenêtre, vous êtes certainement loin de vous imaginer que vous entrez dans un labyrinthe dont il faut vous remettre les clés d’entré et de sortie. Si le pouvoir est un mystère comme le tient à nous le faire comprendre les hagiographes du régime actuel, il ne peut pas être moins complexe qu’un labyrinthe à multiple entrées et sorties. Si Banny se rend en cachette aujourd’hui auprès de Laurent Gbagbo après l’avoir vilipendé et ignoré dans son processus de réconciliation des ivoiriens, c’est dans le secret espoir que celui-ci leur donne la clé de l’Etat ivoirien. Mais, aveuglés par leur conception du pouvoir, ils n’ont jamais pu voir la clé que celui-ci leur a toujours tendue. Aujourd’hui, ils se rendent à la Haye espérant obtenir de lui une formule magique ou des codes spécifiques. Ce ne sera pas le cas parce que le célèbre prisonnier de Scheveningen leur dira simplement que le pouvoir appartient au peuple et qu’il ne s’est pas battu démocratiquement pour sa propre gloriole. Ce n’est donc pas sa victoire à la dernière élection présidentielle qui est en jeu. Il peut l’avoir perdue ou gagnée. Ce n’est pas cela le problème parce que le pouvoir de toute façon continue d’être dans la main du peuple ivoirien. Et c’est d’ailleurs pourquoi Ouattara a des difficultés à gouverner la Cote d’Ivoire. Le problème découle donc de la question que se pose encore le peuple ivoirien depuis la fin du scrutin présidentiel de 2010 : à qui, se demande-t-il, faut-il qu’il remette ce pouvoir pour les cinq années à venir, Gbagbo ou Ouattara ? Mille déplacements à la Haye ne résoudront rien tant qu’on n’aura pas pris la clé ou la solution que le président Gbagbo n’a jamais cachée et qu’il a toujours tendue : le recomptage des voix.

Joseph Marat

mardi, 12 juin 2012

Avec Dramane la réconciliation devient une vue de l’esprit



Et si on allait directement à la réconciliation ? La question n’est pas nouvelle. Depuis que le président Gbagbo, alors qu’il était encore malmené dans le cachot de fortune de l’Hôtel du Golf, recommandait qu’on tourne la page militaire pour passer au règlement civil et politique de la crise, il n’y a personne qui y a pensé sérieusement. Même ceux qui ont fait la guerre pour kidnapper le président Laurent Gbagbo ne s’imaginaient pas la poursuivre pour gérer la suite des événements. Ils ont tous certainement rêvé qu’ils allaient accéder enfin à une autre page de l’histoire : celle de la reconstruction et du développement du pays. Puisqu’on a fait croire à tout le monde que le véritable obstacle à notre sortie du sous développement c’était le président Laurent. Aussi se pose-t-on la question aujourd’hui encore de savoir, pourquoi après plus d’un an, on n’arrive toujours pas à créer la simple condition de notre émergence ? C’est une trivialité de dire que sans sécurité, il n’y pas d’investissement et ce n’est pas au « financier international » qu’il faut apprendre que sans un climat de confiance dans un Etat, il ne faut pas s’attendre que les investisseurs se bousculent à vos portes. Ils ne viennent pas investir pour les beaux yeux d’un quidam, ils viennent certainement quand ils savent que leurs investissements seront sécurisés dans un Etat qui assure sa propre continuité. En Côte d’Ivoire le premier drame qu’apporte le régime de Dramane c’est qu’il a rompu, dès ses premiers pas, avec toute idée de continuité de l’Etat. Toutes les mesures prises par les régimes précédents sont nulles et de nul effet avec le régime Ouattara. Dans un tel Etat, les investisseurs qui ne sont pas nés de la dernière pluie et qui ne se déshydratent pas par leurs narines savent très bien qu’un chef d’Etat qui n’a aucun respect pour des valeurs de politique moderne comme la continuité de l’Etat ne peut garantir la pérennité de leur bien au-delà de sa gouvernance. Même si les charlatans nous disent que Dramane Ouattara cumulera 3 à 4 mandats présidentiels, rien ne dit aux cartésiens de la finance qu’ils ne sont pas dans une sorte de loterie avec un régime qui ne donne aucun gage de sa survivance. Sous nos yeux d’opprimés impuissants, ce régime est en train de réinventer la nation ivoirienne mais il ne se rend même pas compte que ça ne marche pas. Sinon comment comprendre que c’est sous Dramane, l’homme qui sait chercher l’argent, que les ressources de l’Etat se raréfient. Apparemment Dramane Ouattara n’a pas intégré dans sa prétention à sortir la Côte d’Ivoire du sous développement, la mystique de la paix sociale. Sur la question, présupposons que Dramane Ouattara ne soit pas en mission pour effondrer totalement ce pays et imaginons qu’il est vraiment de bonne foi quand il professe qu’il veut sortir ce pays du sous développement. Dans ce cas, deux voies s’offrent à lui dans cette situation de crise qu’il a contribuée pour une bonne part à créer. Soit il renonce à toute idée de vengeance en mettant fin à cette justice des vainqueurs qui consiste à ne traquer que les citoyens d’un camp politique et à concevoir des complots pour leur coller une image dont il n’arrive pas lui-même à se défaire. Soit, il s’incarne en véritable homme d’Etat qui traque réellement l’impunité partout où elle se manifeste. Dans le premier cas il faut avoir de la hauteur et se surpasser. D’aucuns diront qu’il copiera Laurent Gbagbo. Mais, il n’est pas obligé de faire comme l’ex-chef d’Etat. Son orgueil en prendrait un coup et il ne faut certainement pas attendre cela d’un homme qui a une vision martiale du pouvoir. Ce qu’il est tenu de faire est de créer des conditions sociales de paix pour que « tombent ses pluies de milliards » et que ce pays redevienne gouvernable. Dans le deuxième cas, Dramane Ouattara peut décider d’être un véritable justicier. C’est-à-dire incarner cette dame au regard bandé sur le symbole de la justice et qui est prête à frapper de façon aveugle dans tous les camps où le besoin de justice se fait sentir. C’est une option politique qui peut mettre fin à l’impunité et pourquoi pas réunir tous les Ivoiriens autour de l’idéal de justice pour rebâtir la nation. En revanche on devine aisément qu’au delà d’être un idéal inextinguible par un simple mortel comme Dramane Ouattara, ce serait lui demander de se menotter lui-même. Il gère ce pays depuis plus d’un an et la transparence de sa gouvernance n’est pas forcement établie. On a même l’impression que c’est le poids des scandales qui emportera son régime. En définitive, dans tous les cas de figures, dans notre imagination la plus positive, et au regard de la démarche politique qui est la sienne, Dramane Ouattara n’est certainement pas le chef de l’Etat qui réconciliera les Ivoiriens. Sa haine, pour eux, est trop vive. Il ne leur pardonne certainement pas leur outrecuidance. Sinon dans un pays qui traverse une crise aussi profonde comme celle de la Côte d’Ivoire, la justice et surtout celle des vainqueurs ne peut pas être une priorité. Avec la guerre nous avons fait un retour à l’Etat de nature. Il nous faut rebâtir notre Etat en créant la confiance entre tous ceux qui veulent partager le même idéal de vivre ensemble. Cela ne veut pas dire qu’il faut consacrer l’impunité. Cela veut dire qu’il nous faut nous mettre d’accord sur les instruments et les méthodes de notre coexistence pacifique. Sinon de quel droit un criminel poursuivrait un autre si ce n’est sur la base de sa force du moment ? Même celui qui transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir n’a pas la garantie d’arrêter la course du temps qui passe pour lui. Personnaliser un Etat est la meilleure façon de le rendre éphémère ou de ne pas en avoir du tout. Alors que fait Dramane ? Est-il en train de construire ou de détruire notre Etat en voulant régler les comptes à tous ceux qui, à un moment donne de sa vie, ont osé le défier démocratiquement ?

Joseph Marat

Quand ils prennent du recul


Discussion décalée, mais suffisamment révélatrice de l’état d’âme que se font actuellement nos amis d’en face. Ils n’étaient certainement pas en train de parler de Laurent Gbagbo dans cette période où les prouesses politiques de leur champion leur donnent le tournis. L’arrestation de Lida Kouassi au Togo, l’identification immédiate des pro-Gbagbo dans la tuerie des casques bleus dans l’ouest du pays, le gazage des policiers contestataires, la convocation du procureur Ocampo pour lui donner des instructions contre le prisonnier de la Haye…sont des haut faits politiques que les courts moments matinaux autour des titres des journaux qui encensent leur gourou ne suffisent pas à décrypter. Mais ce jour-là, je rasais les murs par là et je suis tombé sur l’intervention de l’un des leurs qui, loin de m’agacer, a plutôt interrompu ma fuite. Le sujet s’est planté au cœur du débat suite à la boutade d’un débateur qui voulait comparer les politiques de Ouattara et de Gbagbo : « Gbagbo a mis 800 milliards dans l’achat des armes pour exterminer son peuple…» il n’a pas fallu plus pour que celui qui a attiré mon attention et qui, dans un recul réflexif, méditait certainement la question depuis un moment réagisse en disant exactement ceci : « arrêtons de dire cela, sinon il faudra admettre que Laurent Gbagbo est véritablement le seul d’entre eux tous qui aime vraiment ce pays. » Comment ? Imaginez le calme consécutif à cette question pour écouter une démonstration iconoclaste. « Si Gbagbo a mis 800 milliards dans l’achat des armes, je pense qu’il en avait le droit en tant que chef d’Etat pour protéger son territoire. Mais si malgré toutes ses armes nous avons réussi à le vaincre, c’est que nous en avons acheté au moins autant que lui sinon plus. De quel droit ? Et où avons-nous pris tout cet argent si on considère que les caisses de l’Etat étaient tenues par Gbagbo…? - Ce sont les armes qu’ils prenaient pour nous attaquer que nous avons arrachées à ses soldats pour les vaincre… l’interrompt un auditeur qui supportait difficilement qu’on bouscule les bornes. Arrêtons d’être ridicules ! reprend l’illuminé du moment. Comment des gens qui, dans la majorité ne connaissent aucun métier des armes peuvent arracher leurs armes aux militaires et les vaincre ? C’est d’ailleurs pourquoi je pense que si nous continuons d’articuler nos argumentaires de cette façon, il nous faudra admettre que Laurent Gbagbo a trop aimé ce pays et c’est peut être pour cet amour pour nous qu’il est actuellement en prison. Parce qu’avec autant d’armes, avec une armée de professionnels acquis à sa cause et avec toutes les milices qu’on lui attribue, je pense que s’il avait vraiment voulu faire la guerre, je ne suis pas sûr qu’on serait là aujourd’hui en train de discuter tranquillement. Au minimum avec tout ce qu’on lui prête, il aurait pu prendre la tête d’une rébellion très puissante pour rendre ce pays complètement ingouvernable…» Ah frère ! Tu es devenu LMP ou quoi ? Rétorque un autre. Comme quoi…

Joseph Marat

Diplomatie cavalière


Porté par la vague de la communauté internationale, Alassane Dramane Ouattara avait promis nous faire bénéficier de son estime tout le long de son mandat. Nous nous souvenons tous avec quelle célérité, sans gant et sans la langue de coton qu’on leur connaît, les diplomates dans leur ensemble ont fait chorus derrière Dramane pour lâcher Gbagbo. Nous nous souvenons encore de la verve d’Hamed Bakayoko sur les antennes de TCI faisant une litanie des Etats puissants et des organismes internationaux qui comptent dans le monde et qui avaient décidé de ne plus coopérer avec le gouvernement Aké Ngbo. Un chef d’Etat n’a jamais été autant ostracisé par ses pairs pour faire la place à son opposant. Nous avons connu dans cette période des pratiques inédites dans les relations internationales. Malgré le poids de la Côte d’Ivoire dans l’UEMOA, les vivres lui ont été coupés. Le monde civilisé a piétiné sa propre morale pour priver de médicaments tous les citoyens ivoiriens sans distinction. C’est dans la même période que nous avons connu la salutation diplomatique à reculons. Pour ne pas donner l’image de quelqu’un en connivence avec le président Laurent Gbagbo, nous avons vu Jean Ping le saluer comme s’il touchait un interdit. Ils avaient tous choisi le camp de Dramane Ouattara. Et nous avons tous été bluffés qu’avec son arrivée la Côte d’Ivoire allait accroître son capital estime auprès de ses partenaires internationaux. Que s’est-il passé ? Pourquoi c’est sous la gouvernance du messie Dramane que les Ivoiriens se sentent si pestiférés. En tout cas la situation ne s’est pas améliorée. Au contraire, nous confondant à celui qu’il souhaitait voir nous gouverner, la communauté internationale s’enfonce de jour en jour dans une détestation des Ivoiriens. Hier, c’est Laurent Gbagbo qu’elle ne voulait pas voir au pouvoir et ce sont les jeunes patriotes qu’elle exécrait. Aujourd’hui, c’est la Côte d’Ivoire de Dramane Ouattara qui n’a plus bonne presse dans le concert des nations. C’est au cours des rencontres sportives internationales que nous nous rendons compte de la mésestime dont nous sommes victimes auprès des autres. On a vu dans des stades pleins à craquer, le public huer notre hymne national. Il s’est trouvé même des Ivoiriens qu’on a pris a partie, sans les connaître et à qui on a reproché le fait d’être gouvernés par Dramane Ouattara. Pourquoi ceux qui nous ont fait la guerre hier pour que ce dernier nous gouverne nous haient-ils aujourd’hui ? Pourquoi sommes-nous traqués au Mali ? Pourquoi avons-nous commencé à tirer sur les casques bleus ? Pourquoi le Liberia nous enferme-t-il hors de ses frontières ? Sommes-nous devenus maudits ? Le sage a dit que le pouvoir corrompt forcement et la diplomatie cavalière de Dramane n’a certainement pas fini de nous valoir la descente aux enfers.

Joseph Marat

Le pays est simplement ingouvernable


Un homme dans le tourbillon de ses déboires, a osé prononcer un jour sur la Cote d’ivoire une formule, à l’évidence maléfique « je rendrai ce pays ingouvernable ! » Depuis lors, ce pays se gouverne difficilement. Faut-il que ce monsieur, au même endroit, prononce-t-il des paroles contraires pour nous délivrer de ce sort qui plane sur ce pays. Les sages disent que c’est par la parole que toute chose a été créée. C’est par la parole qu’on emmène à l’existence ce qui n’existait pas. Quand quelqu’un dit qu’il rendra un pays ingouvernable, il ne suffit pas qu’il prenne les rênes de ce pays pour qu’il ne le soit plus. Il est désormais simplement ingouvernable et c’est tout. Et ce qui est marrant dans cette affaire, c’est la promptitude avec laquelle, ceux qui gèrent désormais un pays ingouvernable trouvent leurs bouc-émissaires. Sept casques bleus sont morts dans une attaque dans l’ouest de la Côte d’ Ivoire. Des qu’ils ont reçu l’information, les autorités ivoiriennes, ont avec une célérité qu’on ne leur connait pas du tout en la matière, ont désigné les pro-Gbagbo et remis en cause l’étanchéité de la frontière du Liberia. La pauvre Dame, fatiguée d’être chaque fois indexée dans cette pagaille qu’on a sciemment semée dans l’ouest de la Cote d’Ivoire a décide carrément de fermer sa frontière. Arrivera-t-elle à faire comprendre à Dramane qu’elle n’a rien à avoir avec le sort qui frappe son pays ? Quant à l’identification des bandits qui sévissent à l’ouest comme étant des pro-Gbagbo, on se pose deux questions. Pourquoi c’est aujourd’hui, après presqu’une décennie sur le territoire ivoirien que les pro-Gbagbo s’en prendraient à des casques bleus nigériens ? Justement au moment où le dirigeant nigérien montre des signes de sympathie pour leur cause. Il y a toujours quelqu’un à qui profite le crime. Le moment où les pro-Gbagbo devraient s’en prendre aux casques bleus est connu. On les a vus convoyer les rebelles jusqu'à Abidjan, combattre même à leur coté le régime de Laurent Gbagbo. La seule réaction qu’on connait aux pro-Gbagbo alors qu’ils en avaient les moyens armés de tirer sur eux, a été de faire des sit-ing devant l’Hôtel Sebroko. La seconde question qu’on se pose est : quel est cet appareil d’Etat dont dispose le régime de Dramane Ouattara qui en un clin d’œil identifie les pro-Gbagbo dès qu’il y a tuerie et attend toujours des enquêtes qui ne viennent jamais quand il s’agit des exactions des FRCI à travers le pays ?

Joseph Marat

Comme des goutes d’eau


Face à l’armada médiatique nationale et internationale qui entourait et accompagnait la grande croisade des Frci sur Abidjan, face à la répression sauvage qui s’est abattue sur toutes les presses qui n’encensaient pas Dramane Ouattara, (le siège du journal Notre Voie était occupé par des hommes en armes et Aujourd’hui n’avait pas de lieu de travail fixe, la majorité des journalistes pro-Gbagbo étaient en exil ou virés…) il faut avouer que le doute nous a souvent traversés quant à l’impact réel de nos écrits sur la population. Sommes-nous entendus, sommes-nous vus par les Ivoiriens qui sont dans un brouillard d’intoxication quotidienne et dont les préoccupations existentielles se sont décuplées ? Cette question était essentielle pour nous parce que nous trouvions primordial de ne pas laisser les Ivoiriens sombrer dans le désespoir. L’adage dit que tant qu’il y a la vie il ya de l’espoir. Et pour toute l’équipe du journal Aujourd’hui c’était un défi majeur de faire renaître les Ivoiriens de la cendre et des décombres des bombardements. Il fallait chaque jour trouver les mots, les informations, les bonnes nouvelles pour entretenir la flamme de l’espoir. Comme une étincelle dans la grisaille, nous refusions chaque jour que disparaisse le germe de l’humanité que le président Laurent Gbagbo avait inoculé dans le cœur de tous les Ivoiriens. Il ne fallait pas qu’ils se fient à l’apparence de la victoire de la méchanceté sur les forces du progrès. Le Président Laurent Gbagbo a été déporté depuis Korhogo à la Haye. Sur le terrain, ses partisans sont traqués, exilés, emprisonnés… Une logique de totale degbagboïsation bat son plein dans le pays. Dans cette atmosphère hostile qui nous obligeait, nous-mêmes, a rasé les murs à défaut de passer derrière, le doute nous a souvent traversés, pas parce que nous tâtonnions sur nos convictions, mais parce que nulle part on n’a trouvé un tel déploiement de force pour combattre un démocrate et l’idée même de la démocratie. Pouvions-nous réussir ? N’allions-nous pas nous faire écraser par la machine ? Une parole rassurante nous sera un jour donnée par Joseph Titi le Directeur de Production du journal : « comme des gouttes d’eau qui arrivent à faire un trou dans le rocher, nous faisons œuvre utile en continuant à façonner la mentalité de nos concitoyens. C’est dans la tête que s’opèrent d’abord les grandes révolutions et c’est par la pensée que nous viendrons à bout de la force sauvage. » Il n’avait pas eu tort. Aujourd’hui même nos amis d’en face, armes et force au poing, ne sont plus sûrs que la démocratie restera encore longtemps enfermée.

Joseph Marat

vendredi, 08 juin 2012

Quand la chine s’éveillera … (1)


Un ami m’a envoyé une petite vidéo qui date certainement d’avant l’élection présidentielle en France. C’est une interview donnée par un intellectuel chinois à une chaîne de télévision en Chine à la suite d’un livre qu’il a écrit sur le déclin de la France. Avant de faire mes observations, voici la teneur de cet entretien qui fait de nous les spectateurs d’un passage de témoin entre deux civilisations.

« Bonjour, aujourd’hui dans notre rubrique, nous allons nous intéresser au déclin de la France. Bonjour vénérable professeur Melhang Chang. Vous êtes chercheur en économie politique. Après un long séjour en France vous avez écrit l’ouvrage « La patrie des droits de l’homme en déclin », pouvez-vous nous en parler ?
Melhang Chang : la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le pays est dirigé par une classe politique corrompue qui pille les richesses publiques pour le bénéfice d’une petite oligarchie financière. Plus grave, ce sabotage est organisé avec le consentement du peuple français. Car une majorité des Français votent contre leurs propres intérêts au profit des rentiers qui les exploitent sans contrepartie. C’est absolument incroyable une partie des recettes fiscales est redistribuée aux milliardaires de ce pays malgré une dette record et une pauvreté grandissante, leur président c’est Robin des bois à l’envers. Ce petit personnage est le valet des plus fortunés qui pervertissent et ruinent leur model social. Leur économie est à l’image de leurs illusions libérales, le marketing, le trading, les compagnies d’assurance ne créent globalement aucune richesse. C’est évident. Mais ils ferment les hôpitaux, les crèches, les bureaux de poste… tout ce qui ne profite pas directement aux portefeuilles d’actions des privilégiés
C’est de l’autodestruction en puissance que font les medias et le politique. Mais n’y a-t-il personne pour tirer la sonnette d’alarme ?
Melhang Chang : Vous savez les Français ne se soucient guère que du football et de la santé de Johnny Halliday. C’est vraiment pathétique. La propagande de masse et les media ont réussi à les culpabiliser sur leurs acquis sociaux qu’ils ne doivent pourtant qu’à eux-mêmes. Les travailleurs français n’ont pas conscience de leur niveau de compétitivité et de productivité. La France est immensément riche, mais pas les Français. Tout à l’heure je parlais de leur dette faramineuse. Les Français ignorent qu’elle provient uniquement de la confiscation de leur droit régalien de création monétaire. La France ne peut plus créer de l’argent pour elle-même mais seulement pour les banques privées, lesquelles prêtent à leur tour cet argent avec intérêts à l’Etat français. Voilà d’où vient la dette de la France. Une majorité des Français seraient atteints par une pathologie nouvelle qu’on appelle le syndrome du larbin. Un larbin prend systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celle dont il est issu. En France il est courant que des individus militent pour supprimer l’impôt sur la fortune alors mêmes qu’ils ne sont pas imposables. Les fins stratèges qui dirigent ces moutons refusent toute idée de protectionnisme. Ils préfèrent importer nos produits bas de gamme que de sauvegarder leurs emplois et leurs industries. Ils sont dogmatiques. Voilà pourquoi la France souffre d’un chômage de masse malgré une main d’œuvre très qualifiée. De plus leur gouvernement est en train de leur augmenter leur durée de cotisation pour la retraite, ainsi en France moins il y a de travail, plus on doit travailler.
Vénérable professeur Merci de nous avoir si bien résumé le mal profond qui affecte l’Hexagone. La situation semble désespérée…
Melhang Chang : Oui, mais n’oublions jamais que c’est dans cette petite région du monde pendant la nuit du 4 aout 1879 que fut proclamée l’abolition des privilèges. Que reste-t-il de cette flamme ? »

Joseph Marat

Quand la chine s’éveillera … (2)


« Quand la Chine s’éveillera le monde tremblera » est une prophétie de Napoléon Bonaparte, reprise deux siècles plus tard par Alain Peyrefitte qui nous en donne un début d’interprétation dans l’un de ses livres du même nom sorti en 1973 : « Vu le nombre de Chinois, lorsqu'ils auront atteint une culture, une technologie suffisante, ils pourront imposer leurs idées au reste du monde » Le monde est certainement en train de trembler parce qu’on a déjà vue en image le président Nicolas Sarkozy et Barack Obama dans des postures soumission devant Hu Jintao. Dans les débats économiques à travers le monde on ne se cache plus pour dire que la Chine est la banque du monde. A l’ami qui m’a envoyé cette vidéo, je n’ai pu m’empêcher, après l’avoir visionnée de répondre ceci : « le regard des Chinois sur la France et par ricochet sur la civilisation occidentale me surprend à moitié. Toi et moi nous sommes des privilégiés. Nous assistons à un passage de témoin. Le pôle de la civilisation a commencé en Egypte, il y a eu ensuite la Grèce ou l’Occident. Aujourd’hui le pôle économique se déplace en Chine et cela ne va pas sans le déclin de l'empire européen. Je peux me tromper, mais voir un Chinois parler de la grande France comme s'il parlait d'un territoire à coloniser est révélateur. » Quel intérêt pour nous qui nous cherchons encore dans la préhistoire de ceux dont le déclin fait rire les Chinois ? On ne nous demande pas aujourd’hui d’inventer la roue. Mais, c’est une question de bon sens. Il faut simplement se garder de copier les modèles économiques en déclin. Avant d’entamer la colonisation des contrées africaines, les Occidentaux se son convaincus qu’ils appartenaient à une civilisation supérieure. Leur modèle de développement est aujourd’hui moqué par les Chinois qui les enferment dans une sorte catégorisation psychique pour montrer à quel point leur civilisation pour ne pas dire leur race s’est dévaluée. « Une majorité des Français serait atteinte par une pathologie nouvelle qu’on appelle le syndrome du larbin. Un larbin prend systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celle dont il est issu » dit l’intellectuel chinois qui ajoute une autre phrase terrible qui nous renvoie à toute la complexité de notre sort « ils ignorent que leur faramineuse dette provient uniquement de la confiscation de leur droit régalien de création monétaire ». La question de la création de sa propre monnaie est le nœud gordien de toute véritable souveraineté nationale. Pour les Etat africains francophones indépendants depuis plus 50 ans, dont les comptes d’opérations sont logés dans une caisse du trésor français, l’autonomie monétaire, est certainement la clé du progrès. Mais comment nous tirer de là si, plus que des larbins, nous nous battons pour être les prisonniers de ceux qui se sont enfermés ?

Joseph Marat

Mission de déstabilisation permanente


Nous sommes tous dans un bateau et nous avons un capitaine au gouvernail qui ne rassure pas. Comme nous aurions aimé avoir un chef de l’Etat qui agisse, qui travaille et qui nous donne le tournis dans tout ce qu’il fait pour nous conduire à bon port. Cela ne nous aurait pas empêché de le critiquer parce que nous avons tous conscience que la critique est facile, là ou l’art n’est pas aisé. Nous nous serions complus dans des critiques qui aiguillonnent le chef à approcher la perfection dans l’art de gouverner. Quoiqu’on lui reproche, quelle que soit la façon dont il a acquis le pouvoir et qui exècre, nous sommes tous dans un même bateau et notre souhait à tous est que le chef qui s’est emparé du gouvernail de notre destin commun fasse preuve d’une grande lucidité. Nous nous souvenons que le régime actuel avait même justifié et soutenu la rébellion de Soro Guillaume sur la base de la présupposée inaction de Laurent Gbagbo à discuter avec les déserteurs de l’armée ivoirienne. On pouvait comprendre le président Laurent Gbagbo, un chef d’Etat civil, quand il lançait son appel à ces militaires exilés pour qu’ils rentrent sans peur parce que l’objet de leur crainte n’était plus au pouvoir. Ils ne sont jamais rentrés parce qu’ils avaient leur projet de déstabilisation en tête. Cela nous a coûté 10 ans de crise qui s’est soldée par une guerre postélectorale dont nous ne nous remettons pas encore. Aujourd’hui, Ouattara, à la même place que Laurent Gbagbo, au lieu de faire ce qu’il lui reprochait de ne pas faire, nous donne plutôt des leçons de justice sélective au risque de saper les bases de notre communauté politique. Nous sommes à nous demander s’il n’est pas en mission pour ne plus jamais qu’on se retrouve dans ce pays. Puisqu’on n’y comprend plus rien. Dramane Ouattara a mis en mission Charles Konan Banny pour réconcilier les Ivoiriens. Pour doubler la corde, il a fait conduire une autre mission de conciliation politique à son premier ministre Ahoussou Jeannot qui a d’ailleurs repris langue avec le FPI récemment. Alors que fait Dramane Ouattara avec cette opération d’arrestation et d’extradition de l’ancien conseiller du Président Gbagbo, le ministre Lida Kouassi ? Maintenant qu’il est livré à la machine de la répression, ce n’est pas trouver les raisons de cette arrestation qui est le plus dur. C’est toute la mise en scène qui a accompagné cette arrestation qui emmène les analystes à penser que les réalisateurs veulent plutôt nous distraire de ce qui se passe à la Haye. Parce qu’en définitive Lida Kouassi n’est qu’un prisonnier sur la longue liste de ceux qui squattent les goulags du nord. Alors pourquoi autant de simagrées si ce n’est pour nous enfoncer davantage.

Joseph Marat