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lundi, 28 mai 2012

Le CNP en position de tire

Les anciens disent que c’est par la parole que Dieu a emmené à l’existence ce qui n’existait pas. Ce qui donnerait à la parole son caractère performatif. Sur cette foi, j’aimerais pouvoir dire que le CNP ne nous suspendra pas avant le 18 juin prochain. Parce que nous y travaillons. Nous aimerions être sur la place en première ligne pour informer les Ivoiriens sur tout ce qui se passera à la Haye ce jour et autour de ce jour crucial du procès politique engagé contre le président Laurent Gbagbo. Nous ne ménageons donc aucun effort pour traquer toutes les occurrences qui pourraient léser la majesté d’Alassane Dramane Ouattara. C’est un fer supplémentaire à la liberté d’écrire ce qu’on pense vraiment. La psychose d’être suspendu à tout moment nous rend-il paranoïaque ? Nous aimerions en prendre conscience et en guérir. Mais la machine est tellement huilée qu’elle ne peut qu’avoir raison de notre extrême vigilance. En fait, elle n’a pas besoin d’être très performante. C’est le journal en lui-même qui ne devrait pas exister. Toute sa ligne éditoriale est un problème au fond. Il suffit donc de prendre n’importe lequel de son numéro pour justifier une sanction. A partir du moment où nous ne sommes pas fait pour acenser l’homme fort du moment, nous sommes des suspendus en sursis. Aussi nous sommes-nous posés la question de savoir si tous nos efforts actuels n’étaient pas vains ? En l’espace de deux semaines, sans avoir trop cherché de quoi fouetter un chat, le CNP nous a déjà envoyé une interpellation, une mise en demeure, deux avertissements et deux blâmes. « C’est le cheminement normal vers la suspension », nous informe un collègue qui ajoute que la prochaine fois que le CNP décidera de jeter un coup d’œil sur notre journal, ce sera pour nous envoyer une suspension. Le Conseil National de la Presse est donc dans une sorte de calcul que nous devinons très bien. S’il décide de nous suspendre pour un certain nombre de parutions, ce sera pour que nous ne soyons pas présent le jour de la seconde comparution du président Gbagbo à la Haye. Nous sommes donc tacitement prévenus. Nous nous attendons à une suspension avant le 18 juin prochain. Personne ne veut s’accommoder de notre tronche le lendemain de ce jour de vérité. Nous pouvons nous tromper. Notre paranoïa justifiée peut nous conduire à cette déduction architectonique. Il n’en demeure pas moins que la balle est dans le camp du CNP. A ses membres de nous prouver qu’ils ne sont pas dans cette logique qui leur colle désormais à la peau d’être en mission de répression de la presse bleue. Jour J –X.

Joseph Marat

vendredi, 25 mai 2012

Mali : qui ne peut le moins, ne peut le plus


Il ne faut pas être à la place de Dramane Ouattara actuellement. Pour un politicien qui s’était présenté comme un messie dans la sous-région ouest africaine, ses déboires ne relèvent plus des aléas. En Côte d’Ivoire, les choses ne se sont pas améliorées depuis qu’il a pris le pouvoir. Au contraire. Même les fallacieux arguments selon lesquels, il est celui qui réveille, en moins d’un an, un pays mort, ne tiennent pas. Parce que pour le commun des mortels, c’est absurde de tuer parce qu’on se croit doter du pouvoir de ressusciter. Mais on comprend aussi pourquoi la situation sociopolitique devient pire en Côte d’Ivoire. Le pays est délaissé. Il est approximativement gouverné. Et ce sont des aficionados de la cause de Dramane qu’on tient cette image d’un chef d’état qui n’a véritablement pas les pieds sur terre et qui survole les dossiers. Le petit peuple se dit certainement que la Côte d’ivoire était devenue trop petite comme territoire pour un chef qui est entre deux avions, qui a arraché la présidence de la CEDEAO et qui s’apprête à remettre son « gars » à la tête de la commission africaine. J’ai entendu l’un d’entre eux dire : « le bravetchè n’a plus affaire à vous, il est devenu le président de l’Afrique » Ils ne savent pas qu’il ne suffit de se hisser à la tête des institutions, encore faut-il avoir la baraka pour résoudre les problèmes qu’elles présentent. La résolution de la crise suite au coup d’Etat du capitaine Sanogo au Mali est le véritable baptême de feu qui devrait nous donner toute la palette du charisme politique dont Dramane Ouattara se prévaut. Il a échoué sur ce qu’il ya de moins complexe dans cette crise malienne. Malgré toutes ses incantations, il n’a pas réussi à civiliser le pouvoir central de Bamako. Le putschiste Sanogo qu’il ne voulait pas voir, l’a tourné en bourrique. Aujourd’hui on se demande si on peut parler au « président » de l’Afrique de Ansar Dine et de MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad). Ces mouvements rebelles qui avaient arrêté leur course en occupant les villes maliennes de Tombouctou, Gao et Kidal regardent avec amusement les acrobaties diplomatiques du sud du Mali et se préparent avec l’aide des terroristes de l’Aqmi à descendre sur le sud pour faire de la surenchère au moment venu. Plus Ouattara joue au jeu de la chaise musicale avec la junte et le pouvoir civil à Bamako, plus la partition du Mali se confirme.

Joseph Marat

jeudi, 24 mai 2012

Nuance, Bictogo a démissionné


Adama Bictogo l’un des nombreux hommes d’affaires sulfureux du gouvernement de Dramane Ouattara a été l’objet d’un décret de limogeage le lundi après midi. Sur le coup, des voix se sont levées d’un peu partout pour saluer cet acte de probité dans un gouvernement qui en a véritablement besoin. D’aucuns ont pensé que non seulement l’acte vient tard mais il n’est pas suffisant devant l’ampleur de la gangrène. Une hirondelle ne faisant pas le printemps, le sacrifice d’un Adama Bictogo ne résout profondément rien. Mais même quand on lacère ainsi la critique, on se dit quelque part qu’une tâche, quelle que soit son immensité, commence toujours quelque part. Dans l’absolu Dramane Ouattara a donc bien fait de se dessaisir de l’un de ses nombreux ministres véreux. On en était à notre réunion de rédaction à accorder un bon point au chef de l’Etat pour l’encourager à continuer quand je suis tombé hier sur un reportage de Fraternité Matin, qui m’a arraché l’espoir de voir les mentalités changer dans le bon sens sous Dramane Ouattara. C’est Adama Bictogo lui-même qui a déposé sa démission selon l’organe pro-gouvernemental. Après avoir reconnu avoir détourné plus de 600 millions dans la sale affaire des déchets toxiques, « l’honorable » député qui n’est pas à son premier coup de filou, se sachant protéger par l’immunité parlementaire, a pris son courage à deux mains pour renoncer aux miettes d’un ministère à problème. Etre entre deux avions pour gérer les caprices de putschistes maliens, ce n’est pas ce qu’il y a de moins risqué pour quelqu’un qui aimerait vivre tranquillement du fruit de ses rapines. Aussi me suis-je demandé s’il y a un mérite à se débarrasser, à son corps défendant, d’un collaborateur véreux ? Dramane Ouattara s’est séparé de Bictogo, pas parce qu’il veut donner un coup de balai dans son écurie, mais parce que ce dernier n’y trouvait plus son compte. Cela veut dire que Dramane Ouattara attend que tous ceux qui traînent des casseroles autour de lui s’en lassent. A-t-il les ressources morales nécessaires pour prendre l’initiative de sanctionner un collaborateur corrompu ? Il courra forcement le risque de la réplique biblique qui dit qu’avant de vouloir ôter la paille dans l’œil de l’autre, ôte d’abord la poutre qui trône dans le tien.

Joseph Marat

mercredi, 23 mai 2012

La liberté de Gbagbo devient indiscutable


Laurent Gbagbo n’a-t-il pas passé trop de temps en détention au regard de tous les mensonges qu’on a véhiculés sur son compte et qui ne résistent plus à l’épreuve du temps ? La question mérite aujourd’hui d’être posée parce que l’idée même qu’il ne sorte pas de la Haye blanchi, commence à pâlir dans l’esprit de ses pires ennemis. Toutes les Organisations Non Gouvernementales qui ont produits des rapports sur la crise ivoirienne, malgré leurs divergences, sont toutes d’accord pour dire que les crimes de guerre ont été commis de part et d’autre. Même Dramane Ouattara qui fait la fine bouche pour dire que Gbagbo est « là où il doit être parce qu’il a été le chef d’une armée qui a fait 3000 morts pendant la crise postélectorale » sait que sa place à lui aussi se trouve en prison. Parce que, justice pour justice, il a créé et il est le commandant en chef des FRCI qui n’ont pas laissé moins de 800 morts sur leur passage à Duékoué. Alors, après avoir saisi le président Gbagbo et déporté à la CPI, le monde entier attendait qu’à défaut de se rendre lui-même aux juges du Tribunal Pénal International, il livre, au moins, un de ses hommes de main dont la culpabilité pour les crimes atroces n’est pas à démontrer. Quand la CPI lui a exposé cette préoccupation élémentaire de l’équilibre de la justice, Dramane Ouattara a trouvé que sa justice était désormais compétente pour juger les criminels de guerre. Et que s’ils sont encore en liberté jusqu’aujourd’hui cela est dû à la lenteur de la justice qu’il ne veut pas influencer. Si la Côte d’Ivoire est devenue compétente pour juger les auteurs directs de crime de guerre, celui qui peut le plus, pouvant forcement le moins, la CPI ne peut que relâcher le coauteur indirect en attendant que Dramane juge les auteurs directs. Au-delà de ces incongruités auxquelles on nous a habitués finalement, il y a la chute d’une des plus grosses méprises de l’histoire de la Côte d’Ivoire. On a fait croire, à force de propagandes médiatiques sans fondement, qu’il suffisait d’extirper le président Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire pour que le pays devienne un paradis. Ils l’ont fait. Mais la conséquence qu’ils escomptaient est devenue un mirage. Pire, l’enfer s’est pointé au rendez-vous. Le pays est bloqué depuis que le « problème » n’est plus là. Le Conseil de Sécurité de l’ONU qui avait été bassiné par les performances politiques de Dramane n’y comprenant plus rien, c’est à juste titre que les opposants à l’unanimité lui ont signifié que Gbagbo est mieux et qu’il faut le libérer.

Joseph Marat

Pourquoi la France l’a installé


On ne finira pas d’épiloguer sur la dernière interview que Dramane Ouattara vient d’accorder à Alain Foka de RFI. C’est une mine de propagandes vides qui viennent confirmer ce qu’on a toujours pensé. Plus que jamais la fameuse formule « Ouattara parle et s’enfonce » prend tout son sens. Le journaliste qui, à l’occasion, avait rompu avec la langue de bois, nous a permis ainsi de comprendre le complexe qui justifie l’obsession à vouloir cacher le soleil avec sa main. Ce soleil, c’est la façon dont Dramane Ouattara prend le pouvoir. Tous ses hagiographes et lui sont convaincus que c’est de façon démocratique. Et nous aimerions ne pas en douter. Seulement Dramane Ouattara lui-même a du mal à ne pas convaincre du contraire. Voila un bout de cette interview qui porte justement sur la question : « Alain Foka : La France, monsieur le président, avait promis une aide, vous avait accompagné dans votre aventure qui vous a installé au pouvoir après les élections…par son intervention… En tout cas grâce à son intervention… Alassane Dramane O : Non… non … la France ne m’a pas installé, j’ai été élu démocratiquement par les Ivoiriens…et il y a eu cette crise postélectorale, les Nations Unies ont pris une résolution parce que les Nations Unies avaient supervisé cette élection et à l’issue de cela le président sortant n’avait pas voulu partir. Des armes lourdes étaient utilisées et au vu de cela les Nations Unies ont demandé l’intervention des forces de l’Onuci et comme les questions de sécurité étaient reparties par zone, la France a eu l’obligation d’accompagner les Nations Unies. Il y a eu donc cette intervention. Cette intervention a permis de régler le problème du départ de l’ancien président avec les troupes ivoiriennes… » L’insistance d’Alain Foka est révélateur de ce qui, même au-delà de nos frontières, est perçu comme étant la vérité. Alors qu’est-ce que Dramane Ouattara répond pour montrer que la vérité est ailleurs ? Il reprend simplement ce qu’on sait déjà et qui nous fait penser exactement le contraire de ce qu’il veut nous faire admettre. Le monde entier sait pourquoi le président Gbagbo était un obstacle à l’accession de Dramane Ouattara au pouvoir. Il pense de bonne foi avoir gagné l’élection qui les opposait. Il n’était donc pas, en tant que personne, le problème. C’est le doute qui entoure la véracité des résultats de cette élection qui était en cause. Entre démocrates convaincus quelle aurait dû être la solution pour pouvoir se prévaloir d’avoir été élu démocratiquement? Le président Gbagbo a proposé la voie démocratique du recomptage. Dramane Ouattara a proposé celle non démocratique des armes. Et c’est à partir de ce moment-là que l’adversaire de Dramane Ouattara devient un obstacle. Mais que faut-il penser de quelqu’un qui vous aide à ôter un obstacle ? N’est-ce pas, rien que par reconnaissance, grâce à lui que vous accédez à ce que vous considérez désormais comme votre droit ? Si votre accession au pouvoir découle du « boulot de la France » comme vous le reconnaissez, n’est-ce pas dans un sens elle qui vous a installé ? Vous seriez-vous installé sans elle ?

Joseph Marat

mardi, 22 mai 2012

Le grand oral


Une importante délégation du Conseil de Sécurité de l’ONU est en Côte d’Ivoire depuis hier pour une durée de trois jours. On parle dans son agenda d’une évaluation générale de la situation de sortie de crise qui implique l’examen sur le terrain des « progrès réalisés dans les domaines de la réforme du secteur de la sécurité et du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion des combattants, de la situation sécuritaire, de la réconciliation nationale, de la bonne gouvernance, de la lutte contre l'impunité et de la consolidation de l'Etat de droit, en particulier de la justice… » Dramane Ouattara s’attendait-il à cette descente des examinateurs de l’ONU ? On comprend certainement mieux pourquoi l’homme a dressé son bilan sur RFI ces jours-ci. Une façon de signaler à la communauté internationale qui l’a adoubé hier et qui vient l’évaluer aujourd’hui qu’il a tout bien fait. « Si les Ivoiriens s’impatientent, c’est parce que tout va bien ». Voici la formule avec laquelle Dramane Ouattara tenait à accueillir ses hôtes onusiens.
Tout compte fait, ce n’est jamais de gaieté de cœur que les enfants se présentent à un examen. Même quand ils sont très brillants, ils n’ont jamais la certitude d’être très en forme le jour j. A plus forte raison le chef de l’Etat d’un pays souverain qui ne devrait avoir de compte à rendre qu’à son peuple. Juste une année après lui avoir remis les rênes du pouvoir ivoirien, l’Onu est venu lui demander ce qu’il en a fait. Il a beau se précipiter, comme à son habitude, pour dire qu’il n’y rien à signaler, la préoccupation demeure pour tout observateur attentif de la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire : Dramane Ouattara peut-il réussir son examen de contrôle ? Quelqu’un a écrit quelque part que les amis de Ouattara l’ont lâché. Cela ne semble pas loin de la vérité parce qu’en temps normal ses amis de la communauté internationale auraient fermé les yeux sur le déroulement de son mandat. Sinon comment le « Bravetchè » peut-il justifier la nomination dans son administration des personnes qui sont sous le coup des sanctions onusiennes ? Que va-t-il dire du désarmement et convaincre quand on sait que le cités universitaires et les rues sont toujours occupées par les supplétifs en armes ? Pour la réconciliation, va-t-il leur dire que Banny a tellement réussi que la balle est désormais dans le camp du Premier ministre Jeannot Ahoussou ? Pour la bonne gouvernance avec quoi va-t-il blanchir les Bictogo et consorts qui disent : « Oui, j’ai détourné mais je vais rembourser » ? Quant à la justice, Dramane Ouattara peut-il encore convaincre quelqu’un qu’il n’est pas dans une logique de la tyrannie du vainqueur ? Si examen il y a, Dramane n’a-t-il pas déjà échoué ?

Joseph Marat

lundi, 21 mai 2012

Ouattara est-il encore crédible ?


Dramane Ouattara à donné une interview a Rfi le dimanche dernier. Dans le fond de cette campagne de communication, gît son bilan depuis son investiture le 21 mai 2011. L’impression qui se dégage de cette interview est que l’homme n’a rien perdu de son mépris pour les Ivoiriens. Sauf que cette fois-ci, après un an de pouvoir, l’homme a pris conscience de la vanité de tout ce qu’il dit. Il sait qu’il a perdu la faveur de l’état de grâce. Son image s’en est trouvée écornée. Trop de slogans ont subi en effet l’épreuve du temps et de la vérité. Trop de combats ont été aussi perdus dans le soutien aux amis. C’est un Dramane Ouattara sans solutions et désormais seul face à son destin qui, n’eût été l’orgueil de ceux qui chutent, aurait fait pire que se mettre à genoux pour supplier les Ivoiriens d’être patients et d’attendre un ou deux ans encore avant de voir la pluie de milliards. Même là, la certitude qui caractérisait l’économiste qu’il se gargarise d’être, l’a quittée. Une simple question nous vient alors immédiatement à l’esprit. Le PPTE est pour le mois de juin prochain. Pourquoi devrait-on attendre encore un ou deux ans avant de voir le bout du tunnel ? Les Ivoiriens discutent beaucoup aujourd’hui dans leurs salons. Ils échafaudent des plans de sorties de cette crise qui chaque jour devient plus profonde. A l’une de mes questions qui transpiraient le désespoir pour un pays qui, même en ayant pris un faux départ, aurait pu se remettre sur les rails avec cette opportunité du PPTE, un jeune ivoirien, diplômé de science-po Paris, m’a froidement répondu : « le PPTE n’est plus un atout pour nous. Au contraire il aurait fallu ne plus l’avoir. On aurait conservé toutes nos chances de l’obtenir dans des circonstances plus clémentes. Nous sommes exactement dans la situation de quelqu’un qui prend un crédit pour rembourser un autre crédit. Il n’a aucune chance de sortir de sa pauvreté. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est un chef d’Etat légitime. Au sens ou la légitimité rime ici avec la crédibilité. Il nous faut un président crédible qui nous demande de faire des sacrifices énormes nous permettant de reconstituer une économie sans endettement pour redécoller. Car sans adhésion de tous à une politique de récession économique, personne ne peut nous sortir du gouffre où nous plongeons. » Alors après un an de gouvernance à vue et avec des réponses ou des solutions aussi oiseuses les unes que les autres aux préoccupations essentielles des ivoiriennes, Dramane Ouattara est-il encore crédible ?

Joseph Marat

Le G8 et les 13 000 milliards de Dramane


Nous avons tous aperçu John Atta Mills et Boni Yahi respectivement à la gauche et à la droite de Barack Obama au sommet du G8 2012 à camp David. Sur les extrémités de cette table de travail, on apercevait aussi le tout nouveau président de France, François Hollande, le britannique David Cameron et le désormais premier ministre Russe Dmitri Medvedev. Ils étaient tous en train de travailler sur la question de la sécurité alimentaire dans le monde. Un ami qui a cherché en vain Alassane Ouattara autour de cette table m’a donné un coup de fil pour fonder sa certitude que ce dernier n’a pas été invité à ce dernier sommet du G8. Je lui ai fait comprendre qu’effectivement le chef de l’Etat ivoirien n’a pas été invité à ce sommet. Obama à qui Nicolas Sarkozy avait pratiquement forcé la main la dernière fois qu’il l’a reçu, s’est certainement rendu compte que l’homme est tout sauf un démocrate. Le protocole veut qu’au sommet des puissances mondiales, les chefs d’Etat des pays pauvres avec qui elles devraient s’afficher soient au moins des modèles de démocratie et de développement. Yayi Bony et Atta Mills ont été invités parce qu’ils servent d’exemples démocratiques aux dictateurs tropicaux dont les prisons sont pleines de prisonniers politiques et qui n’ont cure des droits de l’homme. « Je suis d’accord avec toi, mais notre chef d’Etat avait été invité en 2011 au sommet de Deauville dans le sud de la France. Il en était même revenu avec la promesse de 13 000 milliards dont on n’a vu nulle part le début de réalisation. Tu ne penses pas qu’il aurait été très courageux, en se rendant, même sans invitation, à ce sommet durant lequel on parle de la faim dans le monde, pour rappeler à ces nantis qu’il lui ont fait une promesse faramineuse qu’ils n’ont pas encore tenue. Et qu’il n’y a pas meilleure façon d’aggraver la faim dans le monde que de faire des promesses intenables. » Quelle ironie ! Mais voilà comment d’un sommet à un autre, la vérité, qui va lentement, rattrape le mensonge. On se souvient qu’au sommet du G20 à Deauville, Nicolas Sarkozy avait invité une coterie de chefs d’Etat africains pour faire de la communication autour de leur régime. Abdoulaye Wade avait même profité pour présenter son fils comme son héritier politique à ces hommes puissants qui ont rompu, dans leur pays, d’avec les monarchies. A l’occasion Sarkozy avait miroité à Dramane Ouattara 13 000 milliards pour l’aider à reconstruire tout ce qu’ils venaient de bombarder ensemble. Autre temps, autre sommet. La Sarkozie est tombée en France, Dramane Ouattara fait donc semblant d’ignorer que le G8, cette année, c’est à Camp David et qu’il n’a toujours rien reçu des milliards promis.

Joseph Marat

vendredi, 18 mai 2012

Somalisation


Il y a des fois où la fiction côtoie la réalité. Au regard de tout ce qui se passe actuellement dans notre pays, tous les scenarii se bousculent dans nos têtes, plus par patriotisme que par ressentiment. Il y a trop d’armes qui circulent en Côte d’Ivoire. Par ambition démesurée pour le pouvoir, les challengers ont armé la population plus que de raison. Un concitoyen gendarme, réaffecté après la crise postélectorale dans le nord du pays me racontait un jour une scène ubuesque qu’il a vécue à un poste de gendarmerie dans cette localité du septentrion de notre pays. « Je me suis permis de siffler un motocycliste qui passait, sans panique, il s’est tranquillement arrêté. Je me suis approché et j’ai remarqué qu’il portait en bandoulière une kalachnikov. Moi, je n’avais que mon sifflet pour verbaliser. Après avoir fait semblant de le contrôler, c’est lui qui me souhaite bonne chance avant de démarrer en trombe. Ils sont tous armés là-bas ». Cela m’a rappelé l’histoire de cette dame, ici à Abidjan, avant le déclenchement de la crise postélectorale, qui a été traumatisée quand elle a vu sous le siège d’un conducteur de taxi une arme à feu. Depuis le kidnapping du président Laurent Gbagbo, l’Organisation des Nation Unies en Côte d’Ivoire se comporte comme si le désarmement a été tacite. Elle se complait dans une sorte d’auto-satisfaction qui dessert totalement l’équilibre de notre société. Elle assiste, si elle n’y travaille pas à « comzoniéser » la gestion politique du pays. Aujourd’hui tous les anciens chefs de guerre sont entourés de factions composées de plusieurs hommes en armes qui défendent une sorte de territoire matériel et virtuel indépendamment du pouvoir central. Soro Guillaume, hier chef rebelle, aujourd’hui président du parlement ivoirien n’est pas suffisamment rentré dans la république. Il traine encore plus 300 hommes en armes autour de lui, dans le périmètre résidentiel du chef de l’Etat comme s’il s’en méfiait toujours. Rien qu’à les lister, on imagine les différentes zones qu’ils dirigent. Aucune localité du pays n’échappe à l’influence d’un com-zone. Chacun attendant son heure. Dramane Ouattara est la clé de voute de tout cet échafaudage qui ne nous garantit qu’une seule chose : la partition à l’ infini du pays quand il ne sera plus là. Nous vivons et l’Onu avec nous, comme si Dramane Ouattara était eternel. Personne ne s’imagine, à commencer par lui-même, qu’il est fait de chair et comme tous les hommes, il est appelé à tirer un jour sa révérence. Si nous n’y prenons garde, c’est la « somalisation » qui nous guette dans l’après Dramane Ouattara.

Joseph Marat

Est-ce qu’il n’y pas pire ?


Ce n’est plus facile pour nos amis d’en face. Leur rôle d’accusateurs devient ardu. Au fur et à mesure que nous avançons vers la date fatidique du procès du président Laurent Gbagbo, leurs arguments se raréfient et s’appauvrissent. A coté de cette misère de l’esprit, quand ils ne disent pas une chose et son contraire, ils profèrent carrément des contre-vérités. « Laurent Gbagbo a menti à la CPI ». Voici la Une de l’avant-dernière parution du journal Le patriote qui veut persuader son lectorat qu’avec 700 millions sur son compte, le célèbre prisonnier de Scheveningen ne peut avoir dit vrai en se déclarant indigent devant la cour pénale internationale. On comprend le journal Le patriote et tous ses acolytes verts. Pour ceux qui les lisent, l’hygiène de l’information est un luxe. Ils sont devenus accrocs aux stupéfiants qui galvanisent. Sinon, avec un peu de lucidité, Laurent Gbagbo aurait-il pu dire autre chose au regard de l’état dans lequel il atterrit devant les juges de la CPI. Le président Laurent Gbagbo a décrit, lors de sa première comparution à la Haye, les circonstances et les conditions dans lesquelles il a été enlevé et déporté devant cette cour. Etaient-ce celles d’un richissime prisonnier ? En sus, même si le président Laurent Gbagbo avait des milliards sur son compte - ce qui aurait été banal à coté des comptes de ceux à qui on ne connait aucune activité lucrative ou qui savent à peine mettre un article devant un nom et qui trône aujourd’hui librement sur les fortunes de leurs rapines - comment aurait-il pu s’en prévaloir si la première solution de Dramane Ouattara a été de bloquer tous les comptes de tous ceux qui ont une seule fois dans leur vie prononcé le nom du Président Gbagbo. Alors vous confisquez de façon abusive, et par abus de pouvoir, les biens de quelqu’un et vous vous attendez à ce qu’il dise qu’il est plein aux as. A coté de cela, nous nous interrogeons encore sur l’opportunité de revenir sur une information qu’ils ont eux-mêmes ébruitée au moment où leur régime gelait tous les comptes, il y a maintenant plus d’un an. Au départ il était question de quatre comptes du président Gbagbo qui ne contenaient en tout que 700 millions. Aujourd’hui on parle d’un compte qui contiendrait plus d’un milliard de nos francs pour donner l’impression qu’il y en a d’autres dont on ne peut mesurer l’énormité. Que faut-il dire pour s’expliquer de telles manipulations ? La proximité du procès du président Gbagbo ou le non lieu qui va s’en suivre peuvent-ils tout justifier ? Une chose est sûre, si Dramane Ouattara n’avait pas déjà échoué, lui et ses hagiographes auraient été occupés à mieux que d’entretenir dans la mémoire de leurs affidés la prépondérance d’un homme qu’ils ont cru pouvoir dégommer de la vie politique nationale.

Joseph Marat