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mardi, 08 mai 2012

Les garanties de Hollande à Dramane


Alassane Dramane est en France depuis le 29 avril dernier. Il a fait un tour rapide au Sénégal, pour ne pas donner l’impression de se désintéresser du drame malien et il est reparti aussitôt pour le pays de son ami Sarkozy. Il y a assisté au dernier meeting et au dernier débat électoral de son mentor. Malheureusement, tout ce zèle à vouloir donner un contour à l’exception qui confirme la règle gaullienne qui dit que les états n’ont pas d’amis, mais des intérêts, n’aura pas suffi. Le militantisme du chef de l’Etat ivoirien n’a pu empêcher la chute de Sarkozy le 6 mai dernier. Après cette défaite, notre chef d’Etat qui nous a abandonnés à nos misères, ne s’est pas souvenu qu’il a un pays à sortir du sous développement. Après ses condoléances au bravetchè de Paris, Dramane Ouattara continue de prolonger son séjour en Occident. Il veut rencontrer aussi François Hollande le vainqueur de l’élection présidentielle. En dépit de ce que peuvent penser ses partisans ici, Dramane Ouattara est certainement le seul à savoir que c’est son destin politique qui se joue actuellement en France. Les cartes se redistribuent dans l’establishment politique de l’ex-puissance coloniale. Les hommes qui vont avoir à gérer les armées qui soutiennent les dictatures en Afrique ne seront certainement plus les mêmes. Il y a aussi le risque que les nouveaux maitres ne comprennent pas bien les subtilités d’une crise postélectorale qui a conduit une puissance à opter pour le bombardement des institutions d’un autre Etat souverain au détriment des voies démocratiques pour installer un copain au pouvoir. Comment celui qui vient d’être élu démocratiquement peut-il comprendre le langage de compromission de celui qui n’a pas été un exemple de moralité en France avec des dictateurs tropicaux ? Ouattara a des problèmes et ils se posent des questions au bord de la Seine. Que faut-il faire quand le sable devient mouvant sous l’édifice politique construit dans la précipitation, sans prospection et contre toutes les règles élémentaires de la maçonnerie politique ? Il lui faut voir le nouveau maitre et voir si celui-ci peut reconduire les garanties de son copinage avec Sarkozy. Le délai de 10 jours officiels d’absence a expiré. Et Dramane Ouattara est rentré hier soir. Mais pourra-t-il sereinement séjourner dans le bourbier ivoirien s’il n’a pas la garantie que les piliers de sa politique sont toujours tenus par la Licorne ?

Joseph Marat (Aujourd'hui )

Le changement


« Nicolas Sarkozy est tombé, mais cela ne changera rien dans les relations entre la France et la Cote d’Ivoire ». M’a lancé un ami du RHDP avec qui j’ai voulu partager la nouvelle du changement de pouvoir en France. Je n’ai pas voulu poursuivre cette conversation. Elle ne m’aurait pas avancé puisque sa réaction me donnait le sentiment qu’il n’était pas prêt à saluer la victoire de la démocratie en France. Il semblait trop attaché à la personne de Nicolas Sarkozy. Et je le comprenais Ị Plus tard un collègue me dira que dans le taxi communal qu’il a emprunté ce lundi matin, le chauffeur plaignait les français. « Les français ne sont pas très futés, ils ont chassé Sarkozy, ils vont le regretter ». Tout cela montre l’ampleur du désespoir de tout ceux qui ont un peu trop vu en Sarkozy un surhomme qui aurait du s’imposer à son peuple comme il a imposé ses petits copains aux autres peuples. Sans m’attarder sur ces réactions qui cachent les larmes d’une défaite personnifiée, je me suis aussi souvenu d’une réflexion que Michel Rocard aurait, en privé, confié à un homme politique ivoirien. « Pour que ça change chez vous, il faut que ça change chez nous et pour que ça change chez nous il faut que ça change chez vous ». Je suis de ceux qui pensent que la rencontre de l’Afrique et de la France a produit une autre culture de coopération qu’une révolte de ressentiments ne suffirait pas à déconstruire. La volonté de déconstruction de cette relation serait même commune de part et d’autre qu’elle n’y arriverait pas. Les Etats colonisés par la France sont devenus plus francophone, plus français et plus francophile quelquefois à leur corps défendant. Et la France a commencé à se colorer des apports de toutes ses connexions internationales. Ce qu’il nous faut combattre, en attendant de le nommer autrement, c’est le caractère vicié de la françafrique qui consiste à continuer de traiter les peuples qu’on a annexés dans le passé comme des civilisations inferieures pour qui la démocratie serait un luxe et qui ne seraient pas entrées suffisamment dans l’histoire. Je présuppose donc une autre France-Afrique ou pourquoi pas une Afrique-France pour dire avec Rocard que pour que ça change ici, il faut que ça change là bas et pour que ça change là bas il faut que ça change ici. Pour notre part en Cote d’Ivoire, l’élection de François Hollande est le dernier changement que nous attendions pour que tout change pour nos deux peuples. Pour ce bond qualitatif commun dans le rapport de l’Afrique avec la puissance Française, la Cote d’Ivoire a pris de l’avance depuis 2000. Ça avait déjà changé chez nous avec l’élection de Laurent Gbagbo et sa politique de refondation. Sur la marche du changement de mentalité et du progrès pour tous nous attendions la France. Nous espérons seulement que le changement dont parle François Hollande ne sera pas celui d’un écran de fumée.

Joseph Marat (Aujourd'hui)

Minés par le complexe de l’esclave


Ils n’ont pas voulu le montrer. Mais ils n’ont pas pu nous empêcher de le voir. L’aigreur qui se mêlait à la raillerie face à la joie des autres de voir Hollande élu en France a pris les couleurs d’un désespoir mal contenu. Au-delà, nous notons qu’ils ont une haine viscérale pour la démocratie et confondent le plaisir qu’on peut tirer d’un bon « match » de démocratie à l’expression d’un sentiment de vengeance. En fait, ils ont rarement ressenti quelque chose d’autre. Et ils pensent que leur mentalité est universelle. Le désespoir est tel que pour leur remonter le moral leur canard idéologique a sorti des archives une vieille interview de François Hollande qu’on a pris soin d’antidater et de manipuler pour le coller à l’actualité. Hier Le Patriote barrait sa Une du titre suivant : « Pendant que les refondateurs fêtent sa victoire ; Hollande sans pitié pour Gbagbo ». A l’intérieur une interview dont on peut bien douter de l’authenticité et une réaction du porte parole du RDR qui résume un Etat d’esprit bien particulier : « la victoire de Hollande ne changera rien à la situation du FPI et Gbagbo ». Qu’est-ce que l’élection de François Hollande a à voir avec le sort du président Laurent Gbagbo ? Et pourquoi ce dernier représente-t-il dans leur subconscient le justicier désarmé qui ne fera finalement plus rien pour mettre fin à la longue liste de leurs crimes. En termes plus simples : « Ne vous réjouissez pas parce qu’en définitive Hollande viendra parachever l’œuvre de Sarkozy Ị » Si Hollande est le continuateur de l’œuvre de son adversaire politique, pourquoi sont-ils si tétanisés au point de défoncer une porte déjà ouverte et se triturer les méninges pour assener des “évidences”. Pour notre part, il y a des raisons qui justifient la joie des démocrates du monde entier. N’en déplaise à ceux qui sont victimes du complexe du hors-la-loi. Il y a un sage grec qui a dit en substance que la même personne ne peut se baigner deux fois dans la même eau qui coule. Une façon pour lui de conceptualiser le devenir et dire que tout change. Aussi faut-il admettre que le François Hollande d’une interview sortie des archives n’est plus le même que celui qui vient d’être élu. Les eaux ont coulé sous le pont. En sus, l’élection de François Hollande signifie à coup sûr la fin du sarkozisme. Rien que ce changement suffit au bonheur de toutes les victimes des pseudo-démocrates qui ont pour seul argument politique l’assassinat des chefs d’Etat, le bombardement des palais, la séquestration et l’élimination des opposants politiques. Enfin, François Hollande est un socialiste qui remplace Sarkozy. On ne lui fera pas l’injure d’accéder au pouvoir pour copier bêtement une politique libérale sauvage. Pour les progressistes le changement en France est une avancée. Nous ne sommes pas naïfs pour penser que F. Hollande a été élu par nous et pour nous. Nous refusons d’ailleurs par simple principe de souveraineté que ce soit ainsi. Nous saluons simplement à travers cette élection la victoire de la démocratie et l’avènement d’un esprit ouvert, d’une oreille désormais sensible à notre aspiration à la liberté totale. Nous comprenons que nos frères d’en face, encore minés par le complexe du Blanc ne soit pas très enthousiastes à l’idée que l’esclavage va prendre fin.

Joseph Marat ( aujourd'hui)

Sarkozy, le jour du dernier jugement


Et si on faisait un peu de politique fiction ? Au fond ce ne sera pas aussi imaginaire que cela. Je pense plutôt que c’est une possibilité qu’on aura tort de ne pas envisager. Une élection présidentielle n’est jamais gagnée à l’ avance. Et les informations qui proviennent des Etat-major de Hollande sur le vote électronique ne sont pas faites pour mettre l’élection présidentielle française à l’abri d’un éventuel imbroglio électoral. J’ai reçu hier le coup de fil d’un contact français qui s’inquiétait du flou qui entoure le contrôle du million et demi de voix qui s’exprimera à travers le vote électronique. Nous avons tous peur que Sarkozy détourne ces voix et importe en France le précédent américain du recomptage des voix. Alors je lui demande pourquoi ce serait forcement l’exemple américain qu’on prendrait. A moins que ce ne soit une question de discrimination qui met certains peuples à l’abri de certains déboires politiques, la dernière fois qu’on a parlé de démocratie et de recomptage de voix, le gouvernement français avait plutôt servi l’assassinat du guide libyen et le bombardement du palais du président Gbagbo. Sarkozy va-t-il changer cette méthode qui lui a apparemment réussi quand il s’agira de lui et de la France ? C’est parce que nous ne pouvons pas savoir ce que peut nous réserver la dernière journée d’un homme comme Sarkozy à l’Elysée qu’il peut être recommandable de ne pas se laisser surprendre par cette éventualité qui côtoie la folie. Sinon la France est une vieille démocratie dont le mécanisme électoral est quasiment irréprochable. A 20 h GMT, on n’aura pas droit a un Youssouf Bakayoko pour répéter invariablement « il n’est pas encore minuit ». La machine est très huilée et ce dimanche 6 mai c’est face à cette machine électorale implacable que Nicolas Sarkozy recevra comme un coup de massue ponctuel, le résultat le donnant perdant. Comme le dernier jugement, le verdict sera sentencieux et sans recours. Nicolas Sarkozy n’aura pas eu l’aura de ses prédécesseurs pour faire deux mandats à la tête de la France. Avant lui François Mitterrand et Jacques Chirac ont passé respectivement 14 et 12 ans à la tête de la France. Comme un météore trop turbulent, Nicolas Sarkozy aura eu cinq longues années pour déstructurer la société française en creusant le clivage social et salir l’image de la France à l’extérieur en menant des croisades obsolètes contre d’autres nations. Il pourra toujours se consoler de n’être pas le seul dans le cas. Valery Giscard d’Estaing, après les sulfureuses affaires de diamant avec la tyrannie de Bokassa a été sanctionné par le peuple français à la fin d’un mandat de 7 ans. Après ce qui s’est passé en Libye, en Cote d’Ivoire et même en France avec les incongruités du Fouquet et de la direction de la Défense dans laquelle il a eu l’attitude d’un vulgaire népotiste, les diverses reformes du bouclier fiscal accompagnant les affaires Liliane Béthencourt, Bernard Tapie dans lesquelles on a vu Sarkozy étaler l’Etat français au pied d’un club d’amis riches. Le bons sens veut que celui qui a brassé plus de scandales en cinq ans que tous les autres chefs d’Etat réunis, ne survivent pas en tant chef d’Etat à cette élection qui marquera pour le peuple français le retour à la raison.

Joseph Marat ( aujourdhui )

dimanche, 06 mai 2012

On l’a eu


Il se sera battu comme un beau diable. Mais, il était certainement le dernier à savoir qu’il n’avait plus le profil de l’emploi. Nicolas Sarkozy est tombé hier à la suite d’une élection démocratique comme on peut rêver de la vivre. J’étais encore en train de taper ce texte quand un ami m’a envoyé un twitte de Gérard Depardieu « j’ai eu Sarkozy au téléphone, nous avons perdu. » quelque temps après, il me fait part d’une autre actualité. Il m’annonce que la garde républicaine était en route pour Tuile, le village de François Hollande. Nous étions à une heure de la proclamation officielle des résultats. Une chose ne nous échappait plus depuis la mi-journée de cette journée électorale. Les résultats partiels qui nous parvenaient sur l’ensemble des votes provenant du monde entier où les Français ont exprimé leur devoir citoyen n’ont à aucun moment infirmé tout ce que les souhaits et les sondages ont pratiquement programmé depuis le début de cette campagne électorale. Il est 17 h 30 quand mon ami qui tient à me faire vivre chaque instant de cette victoire m’envoie un autre message « le journal de 17 h de RTBF donne Hollande vainqueur avec 53% » cette chaine de télévision belge avait pris ses dispositions en délocalisant dans les locaux de l’ambassade de Belgique en France pour échapper à la restriction française de ne parler du résultat qu’à partir de 20 h. A partir de ce moment, ceux qui avaient prévu sabrer le champagne, s’ils ne l’avaient pas encore fait, pouvaient le faire. La place de la concorde était désespérément vide pendant que les Français ne faisaient qu’affluer à la rue Solferino et à la place de la Bastille. Il faut retenir pour la petite histoire que tous les réseaux qui font de notre monde un petit village planétaire étaient bien pressés de tourner la page Sarkozy. L’empressement était tel qu’on se demandait si c’est la victoire de François Hollande ou la défaite de Sarkozy qui était la plus désirée. La nuance est fondamentale parce que dans l’histoire de la cinquième République en France un chef d’Etat n’a jamais autant cristallisé la colère de son peuple et des autres nations. Du début jusqu'à la fin, la fin du mandat de Nicolas Sarkozy n’a jamais rimé avec sa reconduction. Il a trainé des casseroles jusqu'à sa chute ce 06 mai 2012. A croire que le peuple s’est rendu compte qu’il s’était engagé dans un tunnel d’erreur en élisant Sarkozy. En France, il peut y avoir des citoyens contents de l’avènement de François Hollande au pouvoir. Ils connaissent certainement l’homme et ce qu’il peut apporter au peuple français. Mais pour nous qui jubilons sous les tropiques, ce n’est pas parce que François Hollande défendra nos intérêts au détriment de ceux des Français, notre joie que nous ne bouderons pas est simplement le signe de la fin d’une collusion politique qui avait confondu croisade armée, bombardement des palais et assassinat de chef d’Etat avec coopération respectueuse entres les peuples. Sarkozy représentait pour nous la résurgence des vieux démons de l’esclavagisme, de la colonisation à travers une françafrique qui ne s’est jamais aussi mieux portée. « On l’a eu Ị » comme si nous étions dans une partie de chasse pour se débarrasser d’un monstre qui s’est aventuré dans la prairie de notre coexistence pacifique avec l’ex-puissance coloniale. La chute de celui qui incarnait l’hyper-présidence en France, pour ne pas dire la dictature, et la joie qui l’accompagne de part et d’autre des Pyrénées marquera-t-elle le début d’une coopération rationnellement hygiénisée avec tous les peuples ? La balle est désormais dans le camp de François Hollande parce que pour notre part, en dépit de l’approximation qu’on nous a imposée ici, nous sommes mentalement prêts pour regarder dans la même direction que tout dirigeant qui veut bien construire une civilisation des hommes mutuellement heureux de cheminer ensemble.

Joseph Marat

Désarmement et irresponsabilité


Nous avons tous le regard tourné vers la présidentielle française, mais nous n’avons pas oublié qu’il y a plus d’un an la nôtre se dénouait à coup de bombardement. Je me remémore encore ce moment parce qu’avant-hier, pendant qu’on savourait la trêve électorale, mon jeune frère est venu me rendre visite. Il était 20 h et il était pressé de rentrer chez lui. « Grand frère, il faut que je rentre. Nous qui sommes à la lisière d’Abobo, nous continuons de vivre les affres de la guerre. Tous ceux qui ont été armés durant L’avènement du commando invisible à Abobo, n’ayant pas été désarmés et n’ayant rien reçu en retour de leur activisme ont décidé du “pay yourself” Depuis quelque temps ils font des incursions nocturnes dans notre quartier pour dévaliser les résidents. Hier nous avons eu droit à plus de quatre heures de tirs entre minuit et cinq heures du matin à l’alentour. » Sur le coup, il m’est revenu que l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire avait envoyé une demande de couverture aujourd’hui pour un séminaire sur le désarmement. La rédaction avait trouvé cette invitation curieuse. Un an après avoir installé son poulain au pouvoir, l’ONU n’avait toujours pas régler le problème du désarmement en Cote d’Ivoire. Avec tout ce qui se passe dans les rues et avec tous les braquages à armes quelquefois lourdes, on se demande si elle a même commencé ce travail. Les faits sont d’autant plus graves qu’après avoir fait un tapage médiatique autour de la « mort de 7 femmes » dans une commune annexée par un commando dit invisible pour renverser un pouvoir qui a toujours réclamé le désarmement pour éviter de tels accidents, l’ONU ferme désormais les yeux sur l’insécurité et la mort en silence de la population civile sur toute l’étendue du territoire ivoirien. L’indice de sécurité n’a jamais été aussi alarmant en Côte d’Ivoire. Dans le même temps, l’ONUCI n’a jamais été autant invisible. Les diplomates qui étaient en première ligne pour brocarder le régime du président Laurent Gbagbo rasent aujourd’hui les murs pour susurrer aux oreilles de leurs compatriotes de rester prudents et de ne circuler dans le pays qu’entre 6 et 19 h. Pour une fois, j’ai du mal à pointer du doigt la gouvernance de Dramane Ouattara. Il voulait être chef d’Etat, c’est tout. Le reste le concerne de très loin. C’est d’ailleurs de bonne guerre. Qui n’aimerait pas être à sa place. Et il a le droit de penser de façon machiavélique que la fin justifie les moyens. La grande déception nous vient de cette organisation de nations créée au lendemain de la seconde guerre mondiale pour préserver le monde de la guerre et veiller à la promotion de la dignité humaine. Tout porte à croire qu’elle est entre les mains des forces du mal et elle se porte mieux là ou sa charte est constamment déchirée.

Joseph Marat

Il y avait un chiffonnier sur le plateau


Les débats entre les deux candidats du second tour des élections en France ont toujours eu une constance qui me fonde à dire que le peuple et peut être tous les peuples au monde n’aiment pas avoir a leur tête des hommes agités. Quand j’étais plus jeune, j’ai vu la fougue de jacques Chirac face à un Mitterrand, à mon sens trop timoré. Avec un peu d’expérience je dirai aujourd’hui « bien serein ». J’ai regardé Lionel Jospin face à Jacques Chirac en 1995. Jospin qui participait a son premier débat de ce niveau, faisait office de challenger. Il avait la fougue de son coté. Chirac qui n’était pas à son premier coup, m’a paru dans les cordes devant l’excitation chaleureuse du jeune premier. En 2002, il n’y a pas eu de débat. En 2007, le débat a opposé Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. Les deux étaient novices. Mais Nicolas Sarkozy qui héritait par idéologie du bilan de Chirac, pouvait difficilement jouer le rôle d’un challenger. Il eut néanmoins une phrase célèbre qui marqua le tournant du débat. Devant une Ségolène Royale qui refusait de se calmer, il dit calmement : « pour diriger un pays comme la France, il faut bien être calme ». Même si, durant les cinq dernières années, la France n’a jamais eu une chef d’Etat aussi agité, Sarkozy avait su camper, à cet instant, le rôle parfait du président que les français ont toujours voulu. Nous qui, avant de comprendre, avions une vision pugilistique des débats politiques, avons chaque fois été déçu du résultat final. Nous ne comprenions pas pourquoi ces français choisissaient chaque fois le moins pugnace et le moins bon des débateurs. La maturité nous permettra de comprendre que les peuples font toujours le choix de la sérénité et de la maitrise de soi chez les candidats à l’élection présidentielle. Avant-hier, au cours du débat qui a opposé Nicolas Sarkozy à François Hollande, mis a part les militants Ump qui veulent encore y croire, la victoire a choisi son camp. La petite expérience que j’ai des élections présidentielles en France me dit que le 6 mai prochain François Hollande l’emportera devant Sarkozy qui a été dans une méforme qui n’a échappé à personne. Les observateurs du langage comportemental diront même que celui qui a incarné la présidence française ces cinq dernières années, s’était lui-même convaincu qu’il perdra. Pour notre part, il faudra certainement se désillusionner et penser qu’avec Hollande, tous nos problèmes prennent fin. Il a été élu pour défendre les intérêts du peuple français. Le seul intérêt pour toutes les luttes à l’émancipation des peuples encore opprimés, c’est que cette élection nous aura débarrassé d’un interlocuteur qui n’écoutait que la voix de son instabilité.

Joseph Marat

jeudi, 03 mai 2012

La trêve sociale du renard


A coté de la régression politique dont je parlais dans un précédent papier, il y a la régression économique. Je m’indignais d’être citoyen, au 21eme siècle, d’un Etat dont le dirigeant s’accommode d’une dictature obsolète et de détenir des prisonniers politiques dans des goulags. Et pourtant, il y a pire. Non au sens d’une classification classique, mais au sens ou, sur le plan économique, c’est de Dramane Ouattara que nous devrions attendre le plus. On pouvait comprendre que Laurent Gbagbo qui est un homme politique de métier, ait eu beaucoup de scrupules à s’encombrer de prisonniers politiques. Qu’il ait compris, qu’avec un opposant mieux valait discuter que d’enfermer. Et qu’avec le warifatchè, l’homme qui est né avec les formules économiques dans la tête, nous devrions vivre et sentir la croissance économique. Non seulement il nous fera honte constamment par la cruauté d’une dictature désuète mais en plus il nous servira pire que ce qu’on était en droit d’attendre de lui sur le plan économique. Il fut un temps ou, ceux d’en face moquaient Laurent Gbagbo pour avoir classé la Cote d’ivoire parmi les pays pauvres très endettés. Les slogans de campagne s’en sont tellement imprégnés qu’on en avait mauvais conscience. Nous nous étions mis à rêver, à notre corps défendant, que le bravetchè vienne nous débarrasser de ce concept déshonorant. Nous étions loin de penser que nous le serions encore plus sous l’économiste. Premièrement, le point d’achèvement de l’initiative PPTE qui était un acquis dès le premier trimestre de 2011, pour récompenser les prouesses économique de l’historien Laurent Gbagbo, va prendre un an et demi de retard avec le pouvoir du prétendu économiste. Les institutions financières, après une pléthore de menaces de suspensions leurs accords face aux contre-performances de leur poulain viendront bientôt nous accorder la coquille vide de l’initiative PPTE pour ne pas avoir eux-mêmes honte d’avoir soutenu quelqu’un qui n’en valait pas la peine. Deuxio, et c’est pour cela que cette initiative sera une coquille vide, il ne sera plus question de financer tous les programmes de lutte contre la pauvreté concoctés par le gouvernement de Laurent Gbagbo, mais de rembourser les institutions financières privées qui ne sont pas concernées par l’élargissement de la banque mondiale et du FMI et auprès de qui Ouattara s’est déjà endetté à hauteur de ce qu’on pouvait attendre du PPTE. En clair, on n’aura rien. Cela veut dire qu’on ne cessera pas de payer le service de la dette sur ce qu’on a cessé de produire. Les syndicalistes à qui on demande une trêve sociale après un an de gouvernance à vue, doivent comprendre une seule chose : le régime est dans une fuite en avant ! Et il ne vivra, comme le renard, qu’aux crochets de ceux qui l’écoutent.

Joseph Marat

Les prisonniers politiques


Nous avons énormément régressé dans la vie politique en Côte d’Ivoire. Oui ! il n’y pas qu’en politique que nous ayons régressé. En attendant de revenir sur toutes les régressions que nous impose le régime de Dramane Ouattara, je voudrais m’appesantir sur une situation politiquement dépassée à laquelle on est en passe de s’accommoder en Côte d’Ivoire. Avant Dramane Ouattara, nous avons connu le régime d’Houphouët Boigny, ensuite celui de Henry Konan Bédié, Robert Guei, et enfin de Laurent Gbagbo. Tous ces régimes différents les uns des autres nous ont donné comme une tradition ou une culture qui traverse les générations politiques, le respect, dans une certaine mesure, de la dignité de nos concitoyens. Avec le temps, les Ivoiriens ont commencé à comprendre que malgré nos divergences politiques qui peuvent émaner de nos diversités culturelles, nous formons une unité indivisible de frères. En le disant, d’aucuns croiraient que nous voulons donner dans le sentimentalisme pour amadouer un régime cruel. Non, notre démarche relève d’un constat qui refuse d’être un appel à la compromission. Parce que je suis convaincu, qu’on peut être humain en politique sans se compromettre. Au début des indépendances, on a pu mettre la fermeté politique et toutes les violations des droits de l’homme sur le compte de toutes les velléités de sécession, quelque fois à caractère tribale qui secouaient la frêle nation qui venait de naitre. Sans donner un quitus aux méthodes sauvages qui ont accompagné la répression du président Houphouët, on pouvait toujours comprendre qu’il a fallu une certaine dose de fermeté pour asseoir la nation ivoirienne. On pouvait d’autant plus comprendre cela que le président Houphouët, une fois que de la Cote d’Ivoire s’est consolidée dans la réalité d’une communauté ivoirienne distincte, ne s’est jamais accommodé à l’idée d’avoir un prisonnier politique. Il n’aimait certainement pas l’adversité politique, mais il respectait ses opposants politiques. De lui malgré tout ce qu’on a pu imaginer d’atroce, son opposant historique Laurent Gbagbo a retenu cette expression célèbre : « Hélas, tu me ressembles ! ». La ressemblance de l’amour que les deux portaient pour leur pays. Après cet épisode, les ivoiriens ont connu le régime de Konan Bédié, celui de robert Guei et de Laurent Gbagbo. Sous aucun de ces régimes on n’a parlé de prisonniers politiques malmenés dans des goulags. Ces hommes politiques ont compris qu’au-delà de tout ce qui pouvait les diviser, il y a l’amour d’une nation qui les unit quelque part et qui les force au respect mutuel. On ne peut pas aimer un peuple et indigner ses fils au delà du nécessaire. Nous ne nous souvenons plus dans quel pays en Afrique un dirigeant politique s’accommode d’avoir des prisonniers politiques. Depuis la libération de Nelson Mandela, il n’y a que Dramane Ouattara qui se plait d’avoir emprisonné un chef de parti politique, des députés de la nation, des journalistes, et de simples citoyens pour leurs opinions… Même la junte militaire Birmane trouve cela démodé. Mais que voulez-vous ? Sommes-nous encore une nation souveraine, une communauté soudée par la tradition ?

Joseph Marat

Confusion

Quelqu’un que j’ai beaucoup écouté, avait dit, dans l’une de ses réflexions politiques qui sonnent comme des prophéties politiques : « quand la case de ton voisin brule, aide le sincèrement a éteindre le feu. Sans quoi, les flammes, en se répandant, peuvent emporter la sienne.» Pour avoir louvoyé avec la crise ivoirienne, la CEDEAO est aujourd’hui prise dans la tourmente de ses propres turpitudes avec le coup d’Etat en Guinée Bissau et ce qu’on n’arrive plus à qualifier au Mali. On n’a jamais entendu un président en exercice de cette organisation dire ceci : « aucune de nos dispositions ne saurait être dévoyée ou travestie et l’autorité du pouvoir civil doit être renforcée et affirmée ». Après avoir martelé ainsi à la table du sommet de la Cedeao le 22 avril dernier à l’Hôtel Ivoire, Dramane Ouattara a refilé la patate chaude à Blaise Compaoré pour se rendre en France, tenter le sauvetage de son ami Sarkozy au moment ou la confusion se renforce au Mali et en Guinée Bissau. Dans ce dernier pays, malgré toutes les élucubrations de la CEDEAO et de la communauté dite internationale, la junte militaire n’est toujours pas inquiétée. A croire que c’est un coup d’Etat sur commande. Au Mali, pareil. Les commanditaires des putschs en Afrique ont, une fois encore, préféré un pantin malléable à souhait qu’un démocrate sorti des urnes de son pays. Sauf qu’ici, nous avons nettement l’impression que dans cette période de transition politique en France, les boules du jeu échappent au prestidigitateur. Au Mali, le coup d’Etat s’est mué en un pouvoir civil avec un accord truffé de mauvaises fois apparentes des putschistes. Après avoir accaparé tous les ministères de souveraineté, ils opposent à la CEDEAO l’ordre constitutionnel dont elle avait réclamé le retour : deux mois au lieu d’un an selon les recommandations de Dramane Ouattara. Avec lui, même quand la constitution sauve d’un péril, on n’est pas prêt à la respecter. Sur ces entrefaits ponctués de chantages politiques exercés par Compaoré qui refuse de recevoir la délégation de la junte tant qu’elle n’a pas fait suite aux exigences de la Cedeao, le Mali s’est réveillé, le premier mai, sous des tirs nourris à armes lourdes. Les frustrés de l’armée loyaliste fidèle à ATT veulent leur part de gâteau. Là ou le casse tête devient chinois et même improbable pour un savant de la NASA et pour un ancien patron de mission de paix de l’Onu en Cote d’Ivoire, c’est la réponse à cette question : comment arrive-t-on à refaire l’intégrité d’un territoire coupé en deux par au minimum deux rebellions nordistes, si on n’arrive pas à asseoir un pouvoir central ? « Il ne faut pas, dit le président tchadien, que le Mali devienne comme le Soudan qui ne connaît toujours pas la paix malgré la scission. » Vœux pieux d’Idriss Debi.

Joseph Marat